‹ Manuel des institutions françaises, période des Capétiens directsChapitre 177 sur 264 · Ibid., IV · texte numérisé non relu

Ibid., IV

deux reprises une reine mère se remarier avec un simple baron1, fait singulier, qui s'explique en partie par la situation des douairières, désireuses de ne point rester isolées au milieu des crises qu'amenait régulièrement tout changement de règne et intéressées, comme toute héritière féodale, à choisir le plus tôt possible un mari capable de défendre les domaines composant leur dolalitium. La bonne intelligence ne régnait pas toujours entre la reine mère et son fils. On le vit clairement sous Louis VII et sous Philippe Auguste. Celui-ci n'était pas encore roi en titre qu'il entrait en lutte ouverte avec sa mère Adèle de Champagne, saisissait ses châteaux et l'empêchait de jouir de son douaire. Il fallut la médiation toute-puissante du roi d'Angleterre Henri II pour éviter que la querelle ne devînt plus grave et pour amener une réconciliation, au moins officielle, entre la mère et l'héritier présomptif. Plus tard la reine douairière rentra en grâce auprès de son fds, qui confirma ses donations et lui confia même la régence, dans les conditions que nous connaissons, au moment de la troisième croisade. Après le retour du roi, Adèle ne paraît pas avoir conservé la moindre participation aux affaires publiques, mais vécut dès lors assez obscurément, du moins avec tranquillité, des revenus de son douaire.

A la mort de Philippe Auguste, Ingeburge, devenue reine douairière, conclut avec le nouveau roi, Louis VIII, un traité qui lui assurait la libre possession des domaines que son mari lui avait laissés2. Elle conservait d'ailleurs le droit de s'intituler Dei gratta Francorum regina et d'employer dans ses lettres les formules propres aux personnes souveraines. La situation faite à Blanche de Castille pendant ses deux régences fut véritablement exceptionnelle : elle la dut aux circonstances et aussi à des qualités rares chez une femme. Du reste, saint Louis ne cessa jamais de lui laisser une part considérable dans la direction des affaires. Par piété filiale autant que par intérêt politique, il la consulta toujours, lui cédant le pas dans les assemblées et permettant parfois qu'on s'adressât à elle plutôt qu'à lui-même pour les rapports concernant des faits de guerre". Le douaire qu'on lui avait constitué était particulièrement important*. Sous Philippe le Hardi, la reine mère, Marguerite de Provence, se dédommagea de la contrainte où l'avait réduite si longtemps l'ascendant de Blanche de Castille. Profitant de la docilité de son fils, elle se fit l'inspiratrice d'un parti qui avait pour mot d'ordre l'alliance avec l'Angleterre et l'hostilité contre Charles d'Anjou, et réussit en effet à exercer une certaine influence sur la politique extérieure du règne.

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