LE CURÉ DE PAROISSE
4. La paroisse. — La paroisse (parrochia, parochia, plus anciennement parœcia et titulus) est la division la plus élémentaire du diocèse. Elle comprend « le territoire dont les habitants sont attribués par l'autorité épiscopale à une église particulière et confiés aux soins spirituels d'un prêtre institué d'une manière permanente dans cette église et subordonné à l'évêque » . Pour qu'une paroisse soit légalement constituée, deux conditions principales doivent être réunies :
a. La fixation d'une circonscription territoriale nettement déterminée. La délimitation du territoire paroissial1 ou du ressort de la cure appar-
* Généralités. — Thomassin, Ane. et nouv. discipl. de l'Église (éd. de 1725), I, livre H, chap. xxi à xxvm ; — If, livre II, chap. xxin, xxxn, xxxvi, lxxx et lxxxi ; — III, livre I, eliap.-tx, x; livre II, ehap.xxin, xxiv, xxxih. — J.-1I. Boehmer, Jus parochiale (1760). — Seitz, Reéht des Pfarramtes, 1840-54. — Schefold, Die Parochialrcchte, 1846- 1855. — Walter, Lehrbuchdcs Kirchenrechls, 14B éd., 351 suiv. — Bomx, Traclalus de parocho (1856). — Héféle, Hist. des Conciles (trad. Delarc), pass. — Hmscures, Das Kirehenrecht, t. II (1878). — Ihbart de la Tour, De ecclcsiis ruslicanis selale carolingica (1890) (conclusion).
Monographies. — Guillaume, Recherches sur l'organisation et l'administration religieuses des paroisses en Normandie, du xie au xvic s., dans Positions des thèses des élèves de l'École des Chartes, année 1890. — Cauvet, Du droit de patronage ecclésiastique dans l'ancienne Normandie, relativement aux paroisses des campagnes, dans Mém. de la Soc. desantiq. de Normandie, t. XX. — Delisle, Le clergé normand au xm° s., dans Bibliothèque de l'École des Charles, t. VIII. — D'Arbois de Juba inville, V ordre Teutonique en France, dîins Bill, de l'Éc des Chartes, t. XXXII, p. 75 suiv. — V. Mortet, Maurice de Sully, p. 53 suiv. (sur les rapports de l'évêque avec les paroisses).
h Accord relatif à la fixation des limites de deux paroisses (1226), dans A. Leroux, Molknier et Thomas, Doc. histor. sur la Marche et le Limousin, I, 161.
!y LES INSTITUTIONS ECCLESIASTIQUES.
tient exclusivement à l'évêque du diocèse. Lui seul a le droit de créer des limites nouvelles ou de modifier les limites existantes, d'unir ou de démembrer les territoires paroissiaux. Les paroisses se divisent, suivant leur situation, en paroisses urbaines (parochiœ urbanse) et rurales (rusticœ). Les premières comprennent soit tous les habitants d'une ville de petite étendue, soit les habitants d'un quartier dans les grands centres. Les cités ou villes épiscopales ont leur population répartie entre des groupes paroissiaux qui relèvent de la juridiction de l'évêque ou de celle du chapitre cathédral. Les paroisses rurales embrassent un seul gros village ou une communauté composée de plusieurs hameaux;
b. La constitution d'un groupe ou d'une commune de paroissiens (parochiani, plebs ou populus parochiœ). Dans le territoire paroissial doit se trouver en permanence un nombre suffisant de familles de fidèles (au moins dix), soumises à la juridiction spirituelle du curé, et parmi lesquelles les fonctions curiales s'exercent d'une manière exclusive. Ces paroissiens sont obligés d'assister aux offices de leur église, sous peine d'excommunication, et ne peuvent entendre l'office d'une paroisse étrangère que dans des cas exceptionnels. Les étrangers sont exclus de l'office paroissial : on a le droit de les éloigner de l'église et de les contraindre à retourner dans leur propre paroisse. L'attribution à une circonscription paroissiale offre donc un caractère rigoureux, obligatoire non seulement pour le paroissien, mais pour le curé, qui ne peut remplir une fonction quelconque dans une paroisse étrangère, sans la permission du curé propre (parochus proprius). — Au moment où s'ouvre le xie siècle, la division en paroisses est définitivement accomplie dans tous les diocèses : on n'a plus à constater que des cas particuliers. 1° La réduction de la population paroissiale au-dessous du minimum légal peut nécessiter l'extinction de la paroisse ou Y union à la paroisse voisine; 2° l'augmentation de cette même population peut entraîner le démembrement (divisio) de la paroisse, soit que l'on crée une nouvelle paroisse indépendante, soit qu'on assigne une partie de la paroisse trop étendue à une paroisse voisine1.
2. L'église paroissiale. La fabrique. — Le centre de la paroisse est l'église paroissiale (ecclesia parochialis). Dans la France du Midi on emploie souvent, pour la désigner, le mot capella, d'où le nom du curé, capellanus. Mais en général capella signifie chapelle ou bien église inférieure, affiliée, dépendante de l'église principale (ecclesia matrix). Le mot altare, dénomination encore très usitée au xie siècle, a disparu au xme. — Il faut distinguer, outre les églises paroissiales à curés, celles qui sont desservies par des chanoines ou des moines (prieurés-cures) et les
1. Acte de l'officialité portant dédoublement [divisio) d'une paroisse (1265), dans Guéiiard, Cartul. de N.-D. de Paris, III, 189-190. Cf. un acte capitulaire constatant fondalion d'une église par un laïque et déterminant les droits paroissiaux entre cette église et celle sur le territoire de laquelle elle est fondée (1112), dans Guérard, N.-D. de Paris I, 587.