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Circonstances qui favorisèrent l'immédiatisation. — Il

existait déjà des points de contact légaux entre le suzerain et l'arriérevassal. Rappelons ici, en les réunissant, quelques-unes des conclusions particulières qui ont été précédemment énoncées.

a. En cas de déloyauté ou d'infidélité du seigneur direct, le vassal a le droit de transporter son hommage et son fief au suzerain.

b. On a recours à la justice du suzerain quand il y a impossibilité de juger le vassal à la cour du seigneur direct (en cas d'insuffisance du nombre des pairs ou autrement).

c. Dans les querelles de succession amenées par une minorité ou une déshérence, le droit du suzerain se rencontre avec celui des vassaux du fief, pour régler le litige et rétablir la paix.

d. Dans plusieurs provinces, les propriétaires d'alleux, qui sont en dehors de la féodalité, remplissent leurs devoirs de fidélité envers le haut suzerain, duc ou comte de la province, et non envers le seigneur local dans le territoire duquel leurs alleux sont placés.

1. Un des exemples les plus caractéristiques de la tendance qui poussait la féodalité inférieure à l'immédiatisation, se trouve encore dans la chronique si curieuse, à tant d'égards, de Lambert d'Ardres. Depuis la fin du xie siècle, l'histoire des seigneurs d'Ardres n'a été, en grande partie, que l'histoire de leurs efforts persévérants pour rejeter la suzeraineté de leurs seigneurs directs et naturels, les comtes de Guines, et porter leur hommage au haut suzerain, le comte de Flandre, qui naturellement les encourage. On voit Thierri d'Alsace autoriser, comme s'il était le seigneur direct, le mariage de Béatrix, fille du seigneur d'Ardres, Baudouin. Mais les seigneurs d'Ardres sont punis par où ils ont péché. Leurs propres vassaux, les seigneurs de Hénin-Liétard et de l'Écluse, ne font que suivre leur exemple, lorsque, refusant de subir le joug de la seigneurie d'Ardres, ils portent directement, eux aussi, leur hommage au comte de Flandre. [Chronique d'Ardres, éd. Méxilglaise, p. 277.) Le chroniqueur Lambert s'indigne, au nom du droit féodal violé, « contre ces seigneurs sans frein et sans pudeur, qui se sont faits les vassaux du comte de Flandre, au mépris des réclamations de beaucoup d'honnêtes gens, qui flétrissaient ouvertement leur perfidie. Les seigneurs d'Hénin et de l'Écluse n'en persistèrent pas moins à frauder les seigneurs d'Ardres, comme les comtes de Boulogne, de la vassalité qui leur était due. Aussi le seigneur d'Ardres, Arnoul, se vengea-t-il en réduisant à l'état servile tous les gens d'Hénin et de l'Écluse qu'il put saisir dans sa seigneurie. Le même seigneur, apercevant un jour à la cour de Flandre Eustache de Hénin, son vassal rebelle, l'accusa hautement de trahison pour avoir transporté indûment son hommage au comte flamand et le provoqua en duel. » Il oubliait que tous ses ancêtres s'étaient rendus coupables du même crime à l'égard des comtes de Guines. — Il est vrai que les comtes de Guines eux-mêmes ne se firent pas faute de commettre la même infidélité. Dès la fin du xne siècle, ils s'éloignent de la suzeraineté flamande pour se tourner vers le suzerain suprême, le roi de France, Philippe Auguste. En 1211, le comte de Guines fait hommage au roi de France et à son fils. Les comtes de Boulogne et de St-Pol, qui oscillaient depuis longtemps entre les deux suzerainetés, finirent aussi par adopter celle du roi. Dans la même région nous voyons, au commencement du xiv<= siècle, les châtelains d'Oisy transporter au comte d'Artois l'hommage auquel ils étaient tenus envers levèque de Cambrai. (A. de O.ardevacque, Oisy et ses seigneurs, dans Mémoires de la Société d'émulation de Cambrai, t. XXXVIII.)

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