‹ Manuel des institutions françaises, période des Capétiens directsChapitre 93 sur 264 · L'INSUFFISANCE DES LIENS HIÉRARCHIQUES · texte numérisé non relu

L'INSUFFISANCE DES LIENS HIÉRARCHIQUES

e. 11 est des circonstances où le suzerain peut percevoir un droit pécuniaire sur les arrière-vassaux. L'aide féodale décrétée au profit du suzerain peut, du moins dans la période la plus tardive de l'évolution seigneuriale, à la fin du xm° siècle, atteindre directement les arrière-vassaux.

f. Dans la levée générale ou arrière-ban, le suzerain a le droit de convoquer les arrière-vassaux (il est vrai, par l'intermédiaire des vassaux du premier degré), et de les réunir à son osl.

422. Principaux procédés d'immédiatisation. — Profitant de ces circonstances légales et exploitant habilement leurs droits, les vassaux et les hauts suzerains arrivèrent à l'immédiatisation par les voies les plus diverses.

a. La pluralité des suzerainetés entra de plus en plus dans les mœurs, et donna un moyen facile de porter atteinte à la hiérarchie. Tel baron dont les ancêtres, à l'origine des temps féodaux, n'avaient point de rapports directs avec le roi de France, séparés qu'ils étaient du roi par plusieurs seigneuries intermédiaires, finit par contracter un engagement d'hommage lige envers ces différents suzerains. Dans une foule de cas, les degrés de hiérarchie se trouvèrent ainsi supprimés et remplacés par des ligences multiples. Celui que le vassal reconnaissait, au xme siècle, pour son suzerain principal, ante omnes, n'était pas toujours le suzerain naturel et traditionnel, mais souvent le plus riche et le plus puissant.

b. Les suzerains s'attachaient immédiatement leurs arrière-vassaux, en leur donnant une pension, un fief-pécuniaire quelconque, impliquant contrat de ligence.

c. Pour accroître leur vassalité directe, les suzerains achetaient des hommages, et se substituaient au seigneur immédiat.

d. Même sans recourir à ces procédés d'ordre féodal, le suzerain attirait ] à lui les hommes de ses vassaux en les prenant sous sa protection, par le moyen de la commande, de l'avouerie ou du captennium.

L'extension de ce mouvement d'immédiatisation explique, en majeure partie, la formation des souverainetés provinciales, des duchés ou comtés puissamment organisés, quelques-uns même déjà fortement centralisés, que nous trouvons à la tête de la France féodale, à la fin du xme siècle. A cette époque il existe, dans toutes les baronnies de premier ordre, un grand nombre de fiefs de simples chevaliers qui relèvent directement du haut baron. Remarquons seulement que, sur certains points, l'immédiatisation avait produit ses effets plus complètement que dans d'autres parties du même État1.

1. Voir un exemple de ce fait dans la Recognitio ou dénombrement qui nous fait connaître 1 état féodal du duché d'Aquitaine en 1272. Ce document montre que dans l'Armagnac, le Béarn et le Bigorre, le duc ne possédait guère que des mouvances : la petite féodalité ne dépendait de lui qu'indirectement; les seigneuries intermédiaires s'étaient conservées, Au contraire, dans les prévôtés de Dax et de St-Sever, une multitude de chevaliers et de bourgeois tenaient leur fief directement de l'autorité ducale, Là où les barons intermédiaires étaient trop puissants, trop ombrageux, ou trop

Page 1