VoPisc, Aurel.f
225 LES FINANCES [Part, m
les distributions mensuelles de blé furent remplacées par des distributions quotidiennes de pain (panis gradilis*).
L'État ne bornait pas là sa sollicitude : à l'exemple de quelques particuliers charitables ou ambitieux', il distribuait encore, soit gratuitement, soit à bas prix, des congiaria d'huile et de vin, de la viande, des habits ou même de l'argent. Les denrées étaient fournies, comme le blé, par l'administration de l'annone aux individus portés sur la liste de gratuité. En même temps, les empereurs s'attachaient les soldats par des donativay qui devinrent bien vite des faveurs obligatoires^.
Les frumentations, congiaires, donatifs, sont les dernières applications d'un système dont on retrouve les premiers essais dans les assignations de terres. Si l'on voulait se faire quelque idée des sacrifices ainsi consentis par l'État, il faudrait faire entrer en ligne de compte l'aliénation des domaines publics opérée en vertu des lois agraires et coloniales {de coloniis deducendis)y ainsi que les mesures exceptionnelles prises de temps à autre pour l'extinction des dettes {leges de œre alieno) dans les moments de crise sociale^.
L'institution des alimenta publica répond à de tout autres préoccupations. Le gouvernement impérial s'était inquiété dès le début de la diminution progressive des naissances à Rome et dans l'Italie. Auguste avait essayé d'encourager par des lois le mariage et la fécondité dans le mariage, en assurant certains privilèges aux gens mariés et aux pères de famille. Nerva pensa qu'il valait mieux nourrir et doter les enfants des familles pauvres. Il créa à Rome et dans les municipes d'Italie des fondations, consistant en terres, immeubles, hypothèques, dont le revenu devait être affecté à cet usage, et il autorisa les communes à recevoir des legs qui vinrent grossir le capital constitué par l'État^.
1. CoD. Theod., XIV, 17. Le panis gradilis est le pain distribué sur les s degrés > du palais impérial.
2. Le premier congiarium fut une distribution d*huile faite par Scipion durant son édilité (213). On cite des congiaria donnés par M\ Acilius Glabrio (Liv., XXXVII, 57), par César (Suet., Csu.y 38. Dio Cass.> XLIII, 21), par Agrippa (Dio Cass., XLIX, 43). En l^f rédile curule M. Seius fournit toute Tannée de Thuile à 1 as la livre, dans la proportion de 10 livres par citoyen (Plin., XV, 1 § 2). Un auteur anonyme, le Ghronographe de 354, énumère les conjjfiaria donnés parles empereurs sous les divers règnes. La dépense est de 15 millions de deniers en moyenne jusqu'à Trajan, qui décuple les largesses. Gallien gaspilla ainsi environ 260 millions de deniers, Dioclétien et Maximien 310 millions. Voy. la liste des congiaria^ de César à Dioclétien, dans Mar- QUARDT, Slaatsverwaltung, II', p. 134-135. Cette liste, où ne ûgurent que les distributions d'argent, donne un totsd de 2 905 750000 deniers.
3. En 46, César donna 5000 deniers de gratiflcation à chacun de ses soldats, et Octave acheta à plusieurs reprises de cette façon la faveur do son armée. Galba fit Féconomie du donativum lors de son avènement, mais s'en trouva fort mal.
4. Ces lois sont trop nombreuses pour être énumérées ici. On les trouve rassemblées par Lange, Rom. Alterth., II', p. 688-694. Cf., ci^près, p. 231, 6. 232.
5. AUREL. ViCT., Epit.y 12. Ulpian., /t., XXIV, 28. Dic, XXX, 1, 122. Le capiUl de fondation, fourni par le flsc impérial, était conflé soit aux communes elles-mêmes et hypothéqué sur les biens communaux, soit à des particuliers solvables qui devaient fournir la rente et donnaient hypothèque sur leurs propriétés.
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Chap. 1]
LES DÉPENSES
Depuis lors, les empereurs, secondés par la charité privée *, développèrent l'institution, qui subsista jusqu'au jour où elle fut remplacée par d'autres fondations d'origine chrétienne'. On connaît surtout par les inscriptions* l'œuvre philanthropique de Trajan'. L'administration des fonds destinés aux alimenta et la tenue des registres {tabulx alimentariœ) étaient confiées, dans chaque municipe, soit à un magistrat ordinaire, soit à un fonctionnaire spécial (quœstor alimentorum - arcm alimentarix). Ces comptables étaient eux-mêmes surveillés par un certain nombre d'inspecteurs régionaux, pris dans Tordre sénatorial (curatores ou prs^fecti alimentorum) ou équestre (procuratores alimentorum)*.
5° Dépenses administratives. — Nous rangerons sous cette rubrique tous les frais occasionnés par l'administration de Rome et des provinces. Sous le régime républicain, ces frais étaient peu considérables. Les fonctions des magistrats étant gratuites et les municipes s'adniinistrant eux-mêmes, le Trésor n'allouait d'appointements qu'aux employés subalternes de Rome, scribes, licteurs, appariteurs et autres. Les gouverneurs des provinces** recevaient avant leur départ, pour frais de voyage, une certaine somme (vasarium) qui était considérée non pas comme un traitement, mais comme une indemnité : quant aux dépenses administratives {sumptus provincisd), elles étaient payées parle Trésor, jusqu'à concurrence du chiffre fixé par le Sénat lors de la répartition des provinces. Les gouverneurs réquisitionnaient sur place tout ce qui
* à. Wolf, Von einer milden Stiflung Trajans. Berlin, 1808. — Paufler, Quaestio antiquaria de puellis alimentariis . Dresdae, 1809. — P. Lama, Tavola alimentaria Veleiaie detta Traiana. Parmae, 1819. — Borghesi, Tavola alimentaria Bebiana (Bullett. deir Instit., 1835, p. 145-152). — Henien, Tabula alimentaria Baebianorum (Annal. deU* Instit., 1844, p. 5-111). Additamenti e correûoni alVarticolo sugli alimenti publici dei Romani (ibid. 1849, p. 220-239). — R. Garmcci, Afonumenia reipubltcae Ligurum Baebianorum cum disquisitionibus ad àvrCypaçov tabulae aeneae alimentariae. Romae, 1846. — E. DeBJardins, De tabulis alimentariis. Paris, 1854. — Th. Mommsen, Die italische Bodentheilung und die Alimentariafeln (Hermès, XIX [1884], p. 393-416).
** F. Hotmann, De provinciali sumptu populi Romani, Berolini, 1851.
1. Pline le Jeune fit don à Gdme d*un terrain valant 500 000 HS, et rapportant, à 6 0/0, 30000 HS. Coelia Macrina lègue à Terracine un million de sesterces, dont le revenu doit servir à élever cent garçons et cent filles, les premiers jusqu'à 16 ans, les autres jusqu*à 14 ans, etc. Partout, les enfants ainsi secourus (ptieri et puellse alimentarii) portaient collectivement le nom du bienfaiteur (pueri Ùlpiani-Mammstani- Variani-Juncini - puellx Faustinian», etc.).