RECRUTEMENT
Auguste laissa subsister en théorie l'obligation du service militaire pour tous les citoyens romains^, et il fut toujours possible de faire des levées à l'ancienne mode. Mais il avait besoin d'une armée dévouée à sa personne, et ni lui ni ses successeurs ne tenaient à l'encombrer d'Italiens, qui eux-mêmes manifestaient peu de goût pour le métier des armes* et se réservaient volontiers pour les corps d'élite. D'un autre côté, il ne voulait point confier la défense de l'Empire à une armée de mercenaires qui auraient pu, à un moment donné, trouver autant d'avantage à combattre contre Borne que pour elle.
Une étude attentive (]^s inscriptions, qui nous indiquent le lieu d'origine et les états de service de milliers de soldats, permet de retrouver sinon la lettre, au moins l'esprit des règlements édictés par Auguste et ses successeurs gn ce qui concerne le recrutement de l'armée.
Le but de tout le système est d'éliminer progressivement de l'armée les citoyens de race, et de faire des légions comme une fabrique de citoyens nouveaux. L'entrée au service dans les légions confère le droit de cité, droit virtuel tant que le légionnaire est soumis au code militaire, effectif dès qu'il rentre dans la vie civile. Ce principe, une fois admis, donnait aux empereurs toute latitude pour recruter les légions dans les provinces. Du reste, en portant la durée normale du service à 25 ans, on n'avait besoin que d'environ 20 000 recrues par an pour maintenir au complet l'effectif d'une armée de 300000 hommes.
L'exclusion des Italiens, sans être de règle, fut tout d'abord assez apparente pour être remarquée parles historiens. Auguste, dit Hérodien, < dispensa les Italiens des fatigues et leur enleva les armes^ ». Hérodien exagère sans doute, mais Auguste prépara le régime inauguré après lui, régime sous lequel la race conquérante ne fournit plus guère à l'Ëm-
* Gh. Revilloat, De romani eocercitus delectu et supplemenlo ab Actiaca pugna usyue adiBvum Theodosianum. Paris, 18i9.— W. EaxvieT.DieNationendesRômerretchi tn den Heeren der Kaiser. Speier, 1873. — 0. Bobn, Ueber die Heimatn der Prtetorianer (Cymn.-Progr.). Berlin, 1883. Milites prmtoriani et urbanicia originis Italicac Œphern. Epigr., V [188i], p. 250-258). — Th. Mommsen, Die Conrscriptionsoranung der rômischen Kaiseneit (Hermès, XIX [1884], p. 1-79. 210- 234j. Militum provincialium patriae (Ephem. Epigr., V [1884], p. 105-249).
1. Dic, XLIX, 16, 4, g 10. A partir deTrajan, les citoyens passibles du service peuvent fournir des remplaçants (vicarii), même en cas de levée obligatoire (Plin., Epist. ad Traj.y 30 |39]).