‹ Manuel des institutions romainesChapitre 252 sur 500 · Cf. Tac, //w · texte numérisé non relu

Cf. Tac, //w

i. Spartian., Hadrian., 10. Gapitour., Maxim. duOy 5. Claude eut la faiblesse de laisser créer des places de tribuns surnuméraires, qui portaient le titre et ne paraissaient jamais à rarmée (Suet., Claud.^ i25). Plus tard, on eut des « tribuns disponibles » itribuni vacantes), c*est-à-dirc d'anciens officiers classés dans le cadre de réserve et pouvant être pourvus à Toccasion d'un commandement extraordinaire (Cf. Veget., III, 17. Amm. Marc, XV, 3. XVI, 12. XVIII, 2. XXX, 8).

3. Marquardt, Staatsverwaltung, II*, p. 447. C'est là une question controversée (f. ci-dessi», p. 2M, 2i. Mommsen {Ephem. Epigr., V [1884], p. 239-240) pense que le titre de primi ordines n*a pris un sens précis qu'à partir du temps d'Hadrien, et il croirait volontiers qu'on désignait ainsi les trois premiers centurions de la légion, autrement dit les trois premiers de la première cohorte. E. Desjardins (Bull, des Antiq. a fric, 1884, p. 201) étend cette dénomination à tous les centurions de la première cohorte.

4. Cette coutume doit remonter à Auguste, peut-être môme à César, car il est question dans les Commentaires de César (B. Civ., 111,91) d'une centurie qui comptait plus de 120 hommes, tandis que, même dans une lésion de 6000 hommes, Teflectif moyen de la centurie ne pouvait pas dépasser 100 hommes; en tout cas, depuis le règne d'Hadrien, la première cohorte contient à elle seule à peu près le cinquième de l'effectif total. Mommsen {Ephem. Epigr.,\ (1884], p. 227 sqq.) est amené par l'étude de deux inscription^^ de Lambœsa (C. /. £., VIII, 2554.2555) à penser que la première cohorte, au lieu d'avoir six centurions comme les autres, n'en avait que cinq, aidés par cinq optiones et cinq adjutores, et cela depuis le règiie d'Hadrien tout au moins. Le centurion manquant est le pilus posterior. E. Desjardins {Mélanges Graux, p. 676-679) révoque en doute ces conclusions.

L'ARMÉE

[Part, iv

Comme les légions étaient installées à demeure en divers lieux, le camp occupé soit par une légion, soit par plusieurs, était placé sous les ordres d'un officier sédentaire, chargé de répartir les corvées, de poser les sentinelles, de tenir en état le train et les équipages, de faire exécuter les travaux de voirie, fortification ou autres ordonnés aux soldats, enfin de distribuer les rations, de faire soigner les malades et de vaquer aux mille détails de la vie de garnison. A partir de Domitien, chaque légion ayant son camp à elle ^, les préfets de camp ajoutent à leur titre le nom de leur légion (prxfectus castrorum legionis iV**), de sorte qu'ils finissent par être appelés plus brièvement prœ/i^crt legionis*.

Les rapports du préfet de camp avec le légat et les tribuns militaires étaient déterminés par des règlements, mais il est évident qu'en temps de paix, le commandant de place devait prendre pour lui à peu près toutes les fonctions actives. Il fut bientôt assimilé aux tribuns, et finit par être le suppléant ordinaire du légat ^. Lorsque l'empire cessa d'être partagé entre le prince et le Sénat, et que l'ordre sénatorial n'eut plus le privilège de fournir les légats de légion, il parut que le préfet de camp, devenu «préfet de la légion *j», pouvait être substitué au légat. Cette réforme fut faite sous le règne de Gallien, qui abolit le grade de légat. Naturellement, le grade devint moins accessible à mesure qu'il se transformait, et il ne faudrait pas croire que la ligne de démarcation entre les centurions et les officiers supérieurs se soit trouvée tout à fait supprimée de la sorte ^.

Du reste, tous les grades au-dessous de celui de légat pouvaient prendre une importance exceptionnelle en certains cas. Il arrivait très fréquemment que, sans quitter leur camp et emporter leurs aigles, les légions fournissaient, pour une campagne à faire ou une garnison à tenir, des détachements d'effectif variable {vexilla vexillationes ^), plus

i. Geminari legUmum castra prohilmit (Sdet., DomiU, 7).

3. Tacite {Hist., I, 82) emploie déjà Texpression de prafectus legionis. Cf. Veget.,

3. En 61 y le pr»fectu9 castrorum de la deuxième légion, Pœnlus Postumus, avait le commandement de la légion et désobéit à son général (TAC, i4nn.,XlV, 37). Végëco (H, 9. 10) distingue entre le prsefectus legionis, suppléant du légat, et le prxfectus <:aslrorum, inferior dignitate; mais il est sujet à caution quand il s'agit d*anciens usages, et l'exemple de Pœnius Postumus montre bien que le préfet de camp et le préfet de légion sont une seule et môme personne.

4. 11 n*est plus question de prmfectus castrorum à partir de S. Sévère.

5. On constate cependant que le grade de centurion prend une valeur de plus en plus grande sous TEmpire. Depuis le règne de Néron, on voit de jeunes chevaliers « rendre leur cheval » pour pouvoir commencer la carrière équestre par le centurionat (Cf. C. I. L., VI, 358i, etc.). Au il* siècle, nombre de fils de centurions ont rang de chevaliers. Enfin, on cite Texemple d'un certain T. Pontius Sabinus, contemporain de Trajan, qui, après avoir été préfet de cohorte et tribun de légion, redevient centurion et rentre par le primipilat dans la carrière équestre (Henzei^, 5456), afin d*y faire mieux son chemin.

6. Ne pas confondre ces' vexillationes ou vexilla, soit de légions soit de troupes •auxiliaires, avec les escadrons ou numeri de cavalerie qu'on appelle des vexillationes ou des cunei (voy. ci-dessus, p. 295, 1). Avant de prendre ce sens spécial, le mot avait le

Ohap. ±, § 2J L'ARMÉE SOUS L'EMPIRE 311

considérables parfois que le corps laissé autour de Taigle. L'officier qui commandait le détachement (prs&positus)^ centurion * ou tribun', devenait par le fait une sorte de légat, le représentant de la légion*. De même il pouvait être créé, pour commander plusieurs de ces vexillatieneSy groupées en «régiments de marche», des tribuns ou des légats qui n'avaient point de légions à eux et qui portaient simplement le titre de legatiAugusti^.

^''Les légions forment le cadre permanent et le fond de Tarmée, mais elles sont loin de constituer l'armée entière. Autrefois, il n'y avait en dehors des légions que des troupes alliées ou étrangères, de sorte que — les alliés ayant leur nom à part {socii) — le mot auxilia était synonyme de troupes étrangères. Il n'en va plus de même sous l'Empire. Les légions se recrutent dans les provinces et contiennent bon nombre de soldats qui ne sont que des citoyens improvisés; il y a des corps spéciaux, composés de citoyens romains, en dehors des légions; enfin, quand l'édit de Caracalla fait entrer dans la cité l'Empire tout entier, les auxiliaires sont aussi bien des citoyens que les légionnaires. On entend donc désormais par auxilia tous les corps qui se trouvent en dehors des légions et ne font pas partie des milices privilégiées, qu'ils soient composés de citoyens ou d'étrangers. Ces corps sont toujours recrutés dans les provinces, et même uniquement dans les provinces impériales.

Les troupes auxiliaires se composent de cohortes d'infanterie (peditatsei)j qui est toujours de l'infanterie légère {levés cohortes)^ et d'ailes de cavalerie (alie equitum). A partir du règne de Vespasien, on voit apparaître les cohortes montées {equitatœ), corps mixtes de fantassins et de cavaliers. Tous ces corps ont, comme les légions, leurs numéros d'ordre, leurs noms et leurs surnoms décoratifs. La durée réglementaire du service y est de 25 ans.

Parmi les cohortes d'infanterie, il faut placer au premier rang, par ordre de dignité, les « cohortes italiques > ou «de citoyens romains

* J. Staader,J9e vexilUei vexillariorum apud Tacitum vi ataue wu (Gymn.-Proffr.). KÔln, 1863. — A. HûUer, Abcommandierte Cenlurionen (lH\i\o\o^\iSf XLI [1882], p. 482-507).

sens générique de « détachement ». Tous les postes militaires détaches ou quartier général do la légion, auprès ou au loin, — y compris même les groupes de vétérans disponibles — sont des vexillalioties.

1. Ainsi, près de Pont-à-Mousson, un détachement de la X Gemina était commandé sous Vespasien par un centurion (Orelli, 2008. Cf. 2000, etc.) Il ne faut pas confondre CCS centurions « préposés » et les centuriones deputati (C. /. L., VI, 1110. 3557. 3558. Ephem. Epigr.) qui paraissent ôtro des centurions envoyés avec une mission officielle auprès du gouvernement do Rome. Cf. GoD. Tbeod., VU, 4, 17.

2. On voit un tribun commander en Germanie les vexillarii fournis par la IX //iV pana (Orelli, i95!4).

3. Un tribun commande quatre vexilla empruntés à quatre légions (Henzex, (&i53) : un ancien légat de la X Gemina est nommé legiatiis) Àug{usH) super vexillaiiones in Ca/>pa(/octa (Henzen, 6911). Plus tard, ces chefs de corps hétérogènes portent en général le nom de duces.

312 L'ARMÉE [Part, iv

volontaires {cohortes Italicœ civium Romanorum voluntariorufn^)^ composées — à l'origine du moins ' — d'Italiens qui, systématiquement écartés des légions et ne trouvant point de place dans les milices urbaines, s'engageaient dans les troupes étrangères. Au point de vue de leur emploi stratégique, ces cohortes ne se distinguaient en rien des autres cohortes auxiliaires, de celles du moins qui étaient armées à la romaine. Les cohortes recrutées parmi les divers peuples conservaient souvent leurs armes nationales, par exemple, l'arc ou la fronde^. L'effectif des cohortes était ou de 500 hommes répartis en 6 centuries (cohortes quingenariœ), ou de 1000 hommes en 10 centuries {cohortes miliariœ)*.

L'effectif était le même pour les cohortes montées, ainsi que le nombre des centuries ; mais elles comportaient autant de turmes de cavalerie que de centuries à pied^.

Toutes les cohortes d'infanterie auxiliaire* étaient commandées par des prœfecti, qui sont d'ordinaire d'anciens premiers centurions (prtmipili), sauf les cohortes de citoyens volontaires, dont les chefs ont le titre et le rang de tribuni^.

Les «ailes» de cavalerie** sont organisées comme les cohortes, de même efïeciU {quingenariœ miliariœ)y et commandées de même par des préfets {pnefecti equitum ou alœ) ; mais ces préfets sont de grade

* Eenzen, Sui tribuni comandanti di coorti ausiUm'ii (Annal, d. Instit., 1858, p. 17- 27). — R. Hassencamp, De cohorlibus Romanorum auxiliariis. Pars I. Gottingac, 1869. — 0. Schûnemann, De cohorlibus Romanorum auxiliariis. Pars altéra addenda ad Hassencampii dissertationeni Gottingensom a. 1869. Hal. Sax., 1883.

** Yaders, De alis exercilus Romani quales eranl Imperalorum lemporibus quaesliones epigraphicae. Pars I. Berolini, 1883.

1. Henzen,6709. On rencontre quantité de variantes: cohortes Ilalicorum voluntariorum — ingenuorum civium Romanorum, etc.

2. L'admission des étrangers dans ces cohortes est attestée par un diplôme de Domitien, qui accorde la cité aux fantassins et cavaliers ayant servi 25 ans au moins in cohorte m Alpinorum et in MU voluntariorum civium Romanorum, qui peregrin» conditionis probati erant {C. I. L., III, p. 859). Il y eut au moins 32 de ces cohortes, car la 32* est citée dans une inscription gréco-latine {C. I. (?., 4152).

3. De même qu'il entrait des pérégrins dans les cohortes de citoyens, de môme les cohortes et aWes Thracum, Pannoniorum, etc., admettent aussi des soldats qui ne .sont pas de la nation éponyme. Les inscriptions en donnent la preuve. On rencontre également des ailes et cohortes qui portent, à la suite de leur nom ethnologique, la mention civium Romanorum, soit parce que le peuple éponyme est déjà entré dans la cité, soit parce que le droit de cité a été accordé au corps lui-même.

k, Hygin., De mun. castr., 28. Les centuries devaient être de nombre pair pour pouvoir ôtre rangées sur deux lignes égales.

5. La cohorte quingénaire avait 380 fantassins et 120 cavaliers; la cohorte milliaire, 760 fantassins et ^iO cavaliers.

6. On verra plus loin (p. 318 sqq.) qu'il en est de môme pour les corps privilégiés, les êohorles urbanm, les cohortes vigilum, et surtout les cohortes prétoriennes. Certains commandants de cohortes portent, comme distinction personnelle, le titre de tribuni. Ce sont, suivant Henzen, les centurions des cohortes ])rimse, suivant Grotefe!«d et Marquardt, ceux des cohortes miliarise.

CiiAP. 2, § 2] L'ARMÉE SOUS L'EMPIRE 313

supérieur à celui des préfets de cohorte et même des tribuns de légion ^ * Le grade de préfet de cavalerie est le grade le plus élevé que puisse atteindre un Romain qui n'appartient pas à Tordre sénatorial. Les ailes dites quingénaires comprenaient en réalité 480 hommes, partagés en 16 turmes commandées chacune par un decurio et un optio; les ailes miliaires, 960 hommes en 24 turmes.

Enfin, avec les meilleurs soldats des ailes et cohortes {pedites ou équités singulares '), on constituait des ailes et cohortes d'élite (cohors ou ala singularium)y particulièrement aptes à remplacer auprès des généraux les anciennes « cohortes prétoriennes», et à jouer en temps de • paix le rôle de gendarmerie^.

Le génie, l'artillerie et le train* formaient un corps à part. Déjà, dans l'armée de Servius Tullius, les deux centuries de fabri œrarii et tignarii étaient en dehors des classes proprement dites; on y entrait sans condition de cens. Les fabri étaient plutôt considérés comme des ouvriers au service de l'armée* — armuriers, forgerons, pontonniers et mineurs — que comme des soldats. De même, leur commandant, le prœfectus

* A. de Rochas d'Aiglun, De l'organisation des armes spéciales ctiet Us anciens. Besançon, 1868. — L'artillerie chei les anciens. Tours, 188i. — £. Hardy, Vart de la guerre chei les anciens. Paris, 1879. — 0. Schambach, Einige Bemerkungen ûber aie Geschûtiverwendung bei den Rômem, besonders iur Zett Càsars rCymn.- Pro^r.). Altenburg,*1883. — J. de laChauvelays, L'art militaire che* les Romains. Paris, 1884.

1. Claude avait essayé de maintenir les traditions en mettant le tribunat de légion audessus des postes de préfets : équestres militias ita ordinavit ut post cohortem alam^ post alam tribunatum legionis daret (Suet., Claud., 25), mais les inscriptions montrent que la préfecture de cavalerie était donnée aux tribuns à titre d*avancement.

2. A l'origine, un singularis est un aide de camp ou ordonnance à la disposition d'un officier supérieur, légat, tribun de légion, préfet d'aile ou do cohorte. Sur la création d'un corps d*equites singulares Augusti dans la garde impériale, voy. ci-après, p. 3122.

3. On cite encore comme attachés aux légions des frumentarii — probablement les ferentarii du temps de Gaton (Cat. ap. Non., s. v. Fest., Epit., p. 369, s. v. Velati)^ — sorte d'éclaireurs ou fourriers à l'origine (CiCS., B. Gall., VIII, 35), qui font plus tard oIRce de courriers et de gendarmes. Voy. ci-après, p. 3:23, les frumentarii de Rome.

4. Nous n'avons pas le loisir de donner ici un aperçu des fonctions qui incombaient aux fabri (Cf. Veget., II, 9). Le corps ne jouait un rôle en vue que dans la guerre de siège, où l'on employait toute espèce d'engins, empruntés à l'art des ingénieurs helléniques. On connaît le bélier {aries} et ses variantes {falces murales — dolabrse) employés à ébranler et percer les murailles, les tours mobiles {turres ambulatoriœ) et les terrassements (aggeres) destinés à les affronter et à permettre de les franchir, les abris de toute espèce (testudo — pluteus — vinem — musculus) sous lesquels se creusaient les tranchées et se manœuvraient les machines. Los machines de trait étaient d'un usage moins restreint et suivaient les légions en campagne. On peut les ranger en deux catégories, les machines à tir horizontal (catapultée) et les machines à tir plongeant {balUstse), toutes désignées par le titre générique de tormenta parce que la force impulsive y était produite par la torsion de faisceaux composés de substances élastiques, ordinairement des cordes à boyau ou des crins et cheveux. La catapulte n'est qu'une arbalète (arcuballista — manuballista — scorpio) de grande dimension, avec cette différence que Tarbalète comme Tare emploie Télasticité de flexion. Les balistes, machines construites sur le modèle des catapultes, mais à gouttière inclinée et de plus fort calibre, lançaient ordinairement des blocs de pierre, parfois de grosses pièces de bois, sous un angle d'environ 45*. A l'époque de Constantin, le mot de catapulte disparaît : on modifie do . diverses manières les balistes, et Ton emploie une machine nouvelle, Vonager ou fronde

3i4 L'ARMÉE [Part, iv

fabruMy était plutôt un homme de confiance choisi par le général qu'un officier. Il était remplacé ou renommé tous les ans. Cependant ce poste, inférieur à celui de tribun de légion, était, considéré comme supérieur à celui de préfet de cohorte auxiliaire. A partir de S. Sévère, le corps des fabriy qu'il devait être difficile de fractionner et de répartir entre les légions, est dissous et versé dans les légions elles-mêmes.

L'organisation de l'armée régulière, telle qu'on vient de la décrire, subit de nombreuses modifications. Les Romains, qui n'hésitaient jamais entre leur amour-propre et leur utilité, s'aperçurent, en se comparant à une foule de peuples jusque-là inconnus, qu'ils pouvaient leur faire d'utiles emprunts. Il leur parut que leur infanterie gagnerait à être exercée à la mode grecque et leur cavalerie à la mode barbare. La légion tendit à redevenir comme autrefois une phalange compacte, capable de briser au premier choc l'élan furieux des Barbares'. On y introduisit des armes nouvelles, à plus longue portée, comme la lance {lancea)y arme de trait munie d'une courroie {amentum), et l'épée longue (spatha), qui n'avaient été maniées jusque-là que par les troupes auxiliaires. Au cours du troisième siècle, les cadres de la légion se modifient à leur tour. Elle compte toujours 10 cohortes, mais celles-ci sont subdivisées, la première en 10 centuries, les neuf autres en 5 centuries, et la centurie à son tour se subdivise en 10 « chambrées » (contubernia) commandées par autant de c dizeniers > {decani) ou sous-ofïîciers subordonnés aux centurions '. Les cohortes ont maintenant des commandants spéciaux ; ce sont : un tribunus pour la première, des tribuni ou des prsspositi pour les neuf autres ^. La légion tout entière obéit au prœfectus legionis.

La cavalerie légionnaire, supprimée à la fin de la République, rétablie — en partie du moins — par Auguste et supprimée de nouveau

méccinique, composée d*un levier monté sur un axe horizontal, qui, rétracté et abaissé en arrière au moyen d'un treuil, revient brusquement à sa position première en décrivant un arc de cercle et projetant les pierres contenues dans une fronde attachée à son extrémité. Au temps de Végëce, chaque centurie avait une catapulte ou baliste à tir horizontal (carroballisla) y et chaque cohorte un onagre à tir plongeant. Chaque carroballista était attelée de mules et exigeait 11 servants. Évidemment, les fabrij surtout dans les sièges, notaient pas seuls à exécuter tous les travaux : ils dirigeaient les escouades et se trouvaient ainsi, en fait, dans une condition supérieure à celle du simple soldat. Du reste, on a vu que, dans Tarméo de Servius TuUius, ils étaient assimiles aux censitaires de la deuxième classe (voy. ci-dessus, pp. 29. 276).

1. Cf. Tordre de bataille décrit par Arrien (Tacl., 15) à la date de 136 après J.-C. C*est une « phalange d où les légionnaires sont rangés en lignes continues, sur huit hommes de profondeur, les quatre premiers rangs étant armés du pilum^ les quatre autres du grand javelot à courroie {lancea)y emprunté aux Espagnols ou aux Gaulois. On rencontre sous Caracalla et Alexandre Sévère des phalanges de 16000 et même de âOOOO hommes (Dio Cass., LXXVII, 7, 18. LAMPRiD.,i4^. Sever., 50). Du reste, on voit apparaître les phalanges dès le temps de Néron (Dio Cass., LXXII, 8).

2. Hygin., Demun. castr., 16. Végèce (II, 13) prétend que les conUthemia portaient aussi le nom de manipuli.

3. Reliqtut cohortes, prout principi placuissetj a tribunis vel a prapositis rege^ bantur (Veget., II, 12).

Chap. 2, § 2] L'ARMÉE SOUS L'EMPIRE 3i5

après lui, reparait, organisée sur un pied qui en porte reffectif à près du huitième de celui des fantassins. Elle était répartie entre les cohortes, à raison de quatre escadrons {turmse) — de 30 cavaliers et 3 officiers chacun — pour la première cohorte et de deux escadrons pour chacune des neuf autres cohortes. Le chef d'escadron porte le titre de decurio; son lieutenant est un duplicarius ou cavalier à double solde, le sous-lieutenant, un sesquiplicarius ou cavalier à une solde et demie*.

Le Bas-Empire appliqua à Tarmée son désastreux système, qui consistait à fractionner tous les organismes sociaux et à en rattacher les parcelles au moyen d'une hiérarchie aboutissant de toutes parts à l'empereur. La division de l'Empire en deux parties eut pour conséquence un partage non seulement de l'armée, mais de la plupart des corps qui la composaient, en deux moitiés, distinguées par les surnoms deseniores eijuniores. De plus, quantité de troupes auxiliaires furent transformées en légions, la ligne de démarcation jadis tracée entre les unes et les autres étant devenue purement fictive depuis que les légions étaient armées à la façon des auxiliaires et qu'il y entrait même des Barbares. On obtint ainsi un grand nombre de légions, ornées des noms les plus divers, parmi lesquels dominent les noms ethnologiques, et d'effectif très faible. Les cadres ne paraissent pas avoir été remaniés : du moins, la cohorte, commandée par un tribun ou un préposé, se divise comme parle passé en centuries, commandées par des centurions, qu'on appelle maintenant des centenarii '. Seulement, les grades perdent en quelque sorte de leur valeur en raison de la multiplication des légions, de l'abaissement des effectifs, de la concurrence des services privilégiés et des bureaux, dont les employés sont affublés de titres militaires et constituent la partie la plus considérée de la c milice ».

En revanche, le Bas-Empire introduit dans l'armée une hiérarchie nouvelle. Les légions sont classées par ordre de dignité en «palatines » (pafattnâs)*, légions c du cortège » (comitatenses) et légions € censées du cortège » (psewto-comitatenses) ^. Elles étaient toutes cantonnées dans

* G. JnUian, Origine des légions palatines {^\i\\. Epigr., lY [1884], p. Ud-^l).

1. Cette hiérarchie, qui parait remonter au temps d'Hadrien (Arrian., TacJ.^^â), est évidemment une imitation des difioiptrai et ÔExaardcTT^poi d'Alexandre le Grand (Cf. J. G. Droysen, Hist, de VHellénisme, l, p. 7âti, trad. Bouché-Leclercq).

8. Centuriones ...quinunc centenarii vocantur (Veget., II, 8. 13).

3. Au temps où fut rédigée la Notitia dignitatum (vers 400)', Tannée comptait 25 légions dites palatin» et 70 légions comitatenses. On trouve aussi 38 légions pseudo^ comitatenses et plusieurs autres dites riparienses ou sans épithète spéciale (probablement des milices locales érigées en légions), en tout quelque chose comme \1^ légions. Sur les 33 légions existant depuis le temps de S. Sévère, il en reste encore 30 : les légions disparues ou reformées sous des noms nouveaux sont la VI Ferrata^ la XX Valeria Victrix^ la XXII Primigenia. La plupart des anciennes légions sont comitatenses^ sauf la XI Claudia (Undecimani) qui est Palatina, et la / Italica qui est pseudo-comitatensis. On trouvera dans l'index de l'édition de la Notitia dignitatum par 0. Seeck (Berlin, 1876) des listes complètes de toutes les légUmSy ailes et

316 I/AllMÉE [Part, iv

rintérieur de TEmpire, la garde des frontières étant confiée à des milices sédentaires, c'est-à-dire à des soldats laboureurs {limitanei riparienses ou ripenses)^ qui ont reçu des terres en usufruit tout le long des frontières de l'Empire, à condition de les cultiver et de les défendre, et qui sont enrégimentés de père en fils sous le commandement des dUrCes limitanei ^ La même hiérarchie se retrouve dans les troupes auxiliaires et la cavalerie. Les auxilia palatina passent après les légions palatines, mais avant les légions comitatenses. Les simples cohortes ne sont pas classées. La catégorie des pseudocomitatenses n'est pas représentée dans la cavalerie. Celle-ci est de nouveau complètement séparée de l'infanterie : elle constitue des régiments à part appelés vexillationes dans la partie classée hiérarchiquement, alœ, cuneiy ou simplement equiteit dans les milices irrégulières. Les vexillationes passent avant les légions du même rang '.

Au sommet de cette hiérarchie militaire figurent des grands-mattres de l'armée {magistri militum), sortes de ministres de la guerre faisant partie de la cour impériale, et dits pour cette raison inprxsenti ou pnesentales. Chacune des deux parties de l'Empire en compte deux. Ceux d'Orient commandent à la fois l'infanterie et la cavalerie. En Occident, les prœsentales se partagent les deux armes : le magister peditum^ qui a le pas sur son collègue, a dans son ressort les légions; les milices barbares (Lseti-Gentiles) et la flotte; le magister equitum dispose de la cavalerie. Au-dessous des € maîtres », qui sont tous viri illustreSy figurent, avec le rang de spectabiles, des comtes (comités rei militaris) et des ducs (duces), investis de grands commandements militaires embrassant généralement plusieurs provinces. Les Gaules ont, par exception, un cames et magister equitum per Gallias, qui est vir illustris et prend rang immédiatement après les magistri praesentales^. Entre les comtes militaires et les ducs, il n'y a qu'une dis-

cohortes qui figurent dans cet Annuaire impérial, rangées par numéros d^ordre. Il y a de plus quantité de détachements de cavalerie (vexiUationes-cunei) et d'infanterie appartenant soit aux légions, soit aux atixilia. Il est fort difficile de dire au juste combien de légions font en tout ces corps disséminés de tous côtés, divisés en JU" nioreSf seniores, etc. Marquardt donne le chiffre de 175 comme approximatif. L'effectif des légions était réduit à tel point que Ton voit 5 légions dans un corps de 6000 hommes (Zosim., Y, 45), 7 légions enfermées dans la petite ville d*Amida (An- MiAN., XVIII, 9, 3. XIX, ^, 14), et 12 légions employées à une expédition insignifiante dans le Caucase (Ammian., XXVII, 12, 16).

1. L'institution des milices frontières remonte au temps d'Alexandre Sévère : sola, qusR de hostibus capta sûnt, limitaneis ducibus et militibus donavit, ut eorum essent si heredes eorum militarent, nec unquam ad privâtes pertinerent, dicens attentius eos militaturos, si etiam sua rura defenderent (Lamprid., .4^ Sever., 58}.

S. On compte dans la Notitia 108 auxilia palatinOy dont 65 en Occident. Point d'auxiliaires des autres catégories, sauf un corps de pseudo -comitatenses en Orient. La cavalerie comprend ti vexillationes palalinse et 61 comtatenses,

3. Le magister equitum per Gallias commande également l'infanterie ; sa compétence ne diflere en rien de celle des comités rei militaris. Le chef de ses bureaux e.<t un princeps ex officiis Magistrorum militum prKsentalium, uno anno a parte pedilum, alio a parte equitum (Not. Occid., VII, g 1).

Chap. 2, § 2] L'ARMEE SOLS I/EMPIRE 317

tinction purement honorifique, souvent effacée par la collation du titre (Je confite aux ducs *.

L'autorité dévolue aux maîtres de la milice, comtes et ducs était prélevée sur l'ancienne compétence des préfets du prétoire et des gouverneurs des provinces. Constantin n'avait laissé au prétoire que la direction des services d'intendance, le soin de ce qui concernait l'entretien et la solde des troupes : les chefs militaires étaient investis non seulement du commandement des troupes et de la collation des grades, mais d'une juridiction étendue qui empiétait par bien des côtés sur la juridiction des magistrats civils. Ses successeurs s'occupèrent d'empêcher les maîtres de la milice de devenir aussi dangereux qu'avaient pu l'être jadis les préfets du prétoire: de là la création, au temps de Théodose, de « maîtres de la milice » en Gaule, en Orient, en Thrace, dans rillyricum, pourvus, comme les prsesentales, du titre d''< illustres »- ; de là l'autonomie relative des grands commandements militaires; de là enfin la mesure qui, au cours du cinquième siècle, plaça les milices des frontières et leurs ducs (duces limitanei) sous la juridiction du maître des offices ^.

3"" Tous les corps énumérés jusqu'ici, légions, cohortes et ailes auxiliaires, font partie de la grande armée, de celle qui fait la guerre et protège l'Empire contre les attaques du dehors. Il nous reste à parler des troupes sédentaires, occupées à divers services dans l'intérieur de l'Empire, c'est-à-dire des corps spéciaux qui constituent la garnison de Rome et des milices provinciales et municipales.

Les troupes casernées à Rome comprennent : 1® les cohortes prétoriennes ou garde impériale; â"* les cohortes urbaines ou garde municipale; 3® les cohortes de veilleurs (vigiles) ou pompiers; 4» divers corps étrangers formant une sorte de gendarmerie, et rattachés, les uns à la garde impériale, les autres à la garde municipale.

La garde impériale*, qui remplace, dans le nouveau régime, l'ancienne cohorte prétorienne chargée autrefois de protéger le quartier général {prsetorium) et la personne du commandant en chef^, fut constituée par Auguste à l'état de corps permanent, et placée, en l'an 2 avant notre ère, sous le commandement de deux préfets du prétoire. Elle comprenait alors 9 cohortes, dont 3 logées dans Rome et chargées du service

* Gronemann, Commentatio de militum praetorianorum apud Romanos historia.

Traj. ad Rhen., 1832. — Hensen, Monumenti de" preloriani (Ann. d. Instit., 186i, p. 1-28). — Th. Hommsen (ci-dessus, p. 279). — 0. Bohn (ci-dessus, p. 293).

i. Le titre de cornes n^est pas particulier à une fonction comme celui de dux : il était conféré à divers fonctionnaires à titre de décoration {comitiva primi ordinis, etc.).

2. Zosime (IV, 27) reproche amèrement à Théodose d'avoir grevé ses sujets dé nouvelles charges en multipliant les magiêtri militum : Mç yàp 5vto; tinrdpxou xal éirl Tb)v Tre^i5v hoç TeratYtiîvou, TcXeCoatv f) irévTS "zvdxaç 2iévei|u tàç dpxiç. Les magistri provinciaux flgurent dans la Notiiia.

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