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CHAPITRE III

LA MARINE

Histoire de la marine romaine. — Institution des Ilviri navales (31i). — Les quastores elaasici (267). — Les Hottes permanentes et les stations navales* créées par Auguiste. — Types des navires de guerre. — Les équipages et les soldats de marine. — Recrutement des soldats de marine depuis le règne de Claude. — Les légions adjuirices, — Les officiers et principales de la marine. — Tableaux des stations navales durant les trois premiers siècles de TEmpire et au début du v* siècle.

Les Romains n'étaient pas et ne sont pas devenus un peuple de marins. Ils ont dû avoir de bonne heure des vaisseaux: on en a pour preuve la colonisation d'Ostie au temps d'Ancus, le traité de commerce signé avec Carthage dès les premiers temps de la République, la proue de navire qui figure sur Vœs grave du temps des Décemvirs, l'envoi d'un navire de guerre à Delphes en 394 ; mais ils n'eurent une flotte de guerre qu'après la fin de la guerre du Latium (338), et ils considérèrent toujours le service sur la flotte comme à peine digne d'un citoyen. Ni l'art nautique ni la stratégie navale ne leur doivent le moindre perfectionnement^ Ils se bornèrent d'abord à remettre en état les galères prises aux Antiates et à en construire sur le même modèle, jusqu'au jour où — en 261, d'après Polybe* — une quinquérème carthaginoise échouée leur fournit un type nouveau. C'est chez les Grecs qu'il faut étudier l'art des constructions navales : il ne sera question ici que de l'organisation de la flotte romaine*.

En 311, les Romains instituèrent des duoviri navales^ élus par les

* F. Robiou, Le recrutement de Vétat-major et des équipages dans les flottes romaines (Rev. Archéol., XXIV [1872], p. 95-108. U2-156). — 0. Hirschfeld, Die italischen Flotten ) Untersuchungen, I 11876], p. 122-127). ~ E. Ferrero, Lordinamento délie armate romane. Torino, 1878. ïscriiioni e ricerche nuove intomo alV ordinamento délie armate delV impero romano. Torino, 1884. La marine militaire de l'Afrique romaine (huW. des Aniiq. afric, lll[188i|, p. 157-181). — H. Haupt, Zur Geschichte der rômischen Flotte (Hermès, XV |1880l, p.l5i-157).— F.Coraxsini, Storia délia marina militare italiana antica. Livorno, 1882.— Jurien de la Gravière, La marine des Ptolémées et la marine des Romains. Paris, 188 i.

i. Tout au plus perfectionnèrent-ils V abordage, au moyen du corvus ou crochet de fer, cherchant toujours à ramener le combat naval aux conditions du combat sur terre. «. POLYB., I, 20.

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tribus, probablement pour toute la durée d'une campagne, et chargés de mettre la flotte en état. En 267, on doubla le nombre des questeurs, et les quatre nouveaux paraissent avoir été des qusestores classici*. Rome n'eut de grandes flottes que durant ses luttes contre Carthage. Plus tard, elle négligea ce coûteux appareil, se réservant de réquisitionner au besoin les navires de ses alliés. La marine joua de nouveau un grand rôle dans les guerres civiles de la fin de la République. Auguste, après Actium, créa des flottes et flottilles permanentes stationnées en certains ports et destinées à protéger les convois de subsistances^, à faire la police de la Méditerranée ou à coopérer à la défense du territoii*e. La flotte de Misène, celle de Ravenne^, celle de Fréjus (qui ne fut pas maintenue longtemps), plus les flottilles du Rhin (classis Germanica) et du Danube (classis Pannonica - Moesica), ont été instituées par Auguste. Les flottes du Pont, de Syrie, d'Alexandrie, de Bretagne, furent créées au cours du premier siècle de l'empire, celle de Libye probablement au temps de Marc Aurèle. Au cinquième siècle, la Notitia dignitatum énumère 32 flottes et stations navales, dont la majeure partie sur les fleuves frontières.

Les flottes comprenaient des navires de guerre {naves longœ) et de transport (onerariœi). Pour les navires de guerre, la trirème était le type le plus employé : les grandes flottes avaient aussi des quadrirèmes et des quinquérèmes : celle de Misène avait même quelques navires à six rangs de rames (hexeres), ainsi que la flotte du Pont. Les libUrnsR étaient les navires légers à deux rangs de rames, faisant le service d'avisos^. Les musculi ne s'employaient guère que dans les flottilles d'eau douce.

De tout temps, le service sur la flotte fut considéré comme une corvée ingrate et que l'on n'imposait pas volontiers aux citoyens romains. Aussi bien les rameurs (rémiges) que les matelots chargés de la manœuvre des voiles (nautse) étaient compris sous la dénomination générique de socii navales ; il y avait en outre des soldats de marine {classiarii^ clas-

1. Liv., IX, 90. Il u* est plus question des duoviri navales depuis 180 avant J.-G.

3. [xua(oTopeç] xXaaaixcf (Lyd., Magiêtr.f I, 27). Cf. ci-dessus, p. 75, 4.

3. Il y aurait un chapitre complémentaire à écrire sur la marine semi-officielle, pourvue do privilèges et organisée en corporations de naviculariif qui assurait le service de Vannona. C'est une question qui a été étudiée de très près et avec compétence par H. Pigeonneau, dans un ouvrage déjà cité (ci-dessus, p. 160). On voit les premiers empereurs encourager les associations de nautx (cf. la dédicace des nautsR Paruiaci à Tibère) et surtout les entrepreneurs de transports maritimes, accordant des privilèges de touto sorte aux armateurs qui transportent des denrées à Rome. A partir du règne de Marc Aurèle, TËtat rend ces privilèges perpétuels en faveur des corporations ou collèges d-armateurs, qui ont le monopole des transports faits pour le compte de l'annone.

4: Les flottes de Misène et dcRavenne portent — probablement depuis le règne de Trajan — le titre de prsRtorm et sont aux ordres du préfet du prétoire.

5. E. Ferrero a réuni tous les noms des navires de guerre connus par les inscriptions. La flotte de Misène fournit à elle seule 8-i noms, dont 1 d'hexère, 2 de quinquérèmes, 10 de quadrirèmes, 53 de trirèmes, 12 de /tournas, et 6 de catégorie incertaine. Il est bon de remarquer que les auteurs du temps de l'Empire appellent tous les navires de guerre libumm.

334 L'ARMÉE [Part, iv

sici milites on propugnator es). Lesuns et les autres se recrutaient parmi les alliés, les pérégrins et les affranchis ou même les esclaves^ Jusqu'au règne de Claude, il n'y avait pas de milice spéciale, régulièrement levée, pour le service de la marine. Depuis lors, le recrutement des troupes de marine se fit dans les provinces impériales, de préférence dans celles qui, comme la Sardaigne, la Bithynie, le Pont, pouvaient fournir des hommes habitués à la mer*. Les Italiens qui figurent parmi les classiarii doivent être des « enfants de troupe » nés dans les stations navales. Au bout de 26 ans de service, les matelots et soldats recevaient comme les autres pérégrins une retraite et un diplôme leur octroyant le droit de cité. On a vu plus haut que, à pailir du règne de Néron, les empereurs formèrent avec les marins des légions d'ordre inférieur appelées adjutrices. En somme, ce n'est guère qu'à partir du règne d'Hadrien que les inscriptions fournissent quelques renseignements certains sur la constitution de la marine impériale. Depuis lors, la flotte nous apparaît composée de pérégrins, qui ont la qualité de Latins tant qu'ils sont au service et deviennent citoyens en le quittant. L'extension du droit de cité à tous les hommes libres de l'Empire change les conditions du recrutement. Les classiarii sont des citoyens, et on voit entrer dans la flotte même des Italiens, qui y trouvent plus facilement accès que dans les légions.

Comme les soldats, les officiers de marine étaient inférieurs à ceux de l'armée de terre. Les commandants de flotte ou amiraux portaient le titre.de prssfecti : ce sont ordinairement des chevaliers, parfois des affranchis. On rencontre çà et là des vice-amiraux ou subprœfecti également d'ordre équestre. Les prxpositi (classibfAs) paraissent avoir été des officiers faisant fonction de préfets, à titre extraordinaire; les prœpositi reliquationi {classis) étaient des commandants de dépôts. On ne sait au juste ce qu'il faut entendre par stolarchiy ce nom pouvant être un synonyme grec de prsefectiy subprœfectiy pra^positi (classibus)^ ni quelle était la fonction des archigyberniy ni quelle distinction il faut établir entre les titres de trierarchij navarchi^ principes et centuriones (classiarii). On les explique d'une façon plausible en considérant les navarchi et trierarchi comme des capitaines de grands et de petits navires, qui, une fois assimilés par faveur spéciale aux centurions de l'armée de terre, prennent le titre de centurions et même de centurions principes.

Dans la marine comme dans l'armée de terre, il y avait un certain nombre de principales^ investis de divers emplois {optiOy armorum custos, gubernator, proretay etc.) et supérieurs aux simples soldats {milites ex classe).

1. Sous TEmpire, les soldats de marine étaient considérés comme les esclaves de Tempereur (familia imperatoris).A partir du règne de Claude, ou même dès le temps de Tibère, les esclaves ne furent plus admis dans la flotte, qui se recrutait surtout parmi les pérégrins.

2. La règle n*e8t pas absolue : on rencontre quelques classiarii originaires d'Asie» d'Afrique, de Crète, de la Cyrënaïque, provinces sénatoriales.

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