ORGANISATION DU COLLÈGE
Le collège des Pontifes tient dans la constitution religieuse de Ronoe une place exceptionnelle. Chargé de surveiller tout l'ensemble du culte national, privé et public, de pourvoir de desservants les cultes dont le soin n'est point dévolu à des sodalités spéciales et de desservir lui-
• Wulf, Der altrômische Pontifex Maximus. VechU, 1861. — A. Bouché-Leclercq, Les Pontifes de Vancienne Home. Paris, 1871. — G. SchweÔJBf De Pontilicum coUegii Pontificisque }faximi in republica voleslale. Lipsiae, 1874. — J. Picon» Organisation et compétence du collège des Pontifes. Angers, 1883. Cf. les indications bibliographiques données au cours du chapitre.
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même ceux qui autrement tomberaient en désuétude, il est ainsi le premier parmi les sacerdoces occupés de fonctions liturgiques. Il est encore le premier parmi les collèges qui ont mission de conserver, d'adapter aux circonstances les doctrines léguées par la tradition, et d'éclairer de leurs conseils les « maîtres » ou magistrats de la cité. Son organisation est aussi exceptionnelle que sa compétence. Tandis que les autres corporations, n'ayant point d'autorité à exercer au dehors, sont comme de petites républiques égalitaires et élisent chaque année leur président, le collège des Pontifes a un président nommé à vie, qui résume en lui toute l'autorité du collège, qui a seul le pouvoir effectif et en use au besoin sans l'avis de ses collègues ^ On peut dire que le collège des Pontifes a, seul entre tous, une constitution monarchique.
L'explication de ces règlements insolites et de cette compétence démesurément étendue doit se trouver dans l'histoire du collège; mais, comme toujours, les origines en sont obscures.
Le collège des Pontifes passait pour avoir été la dernière création de Numa' : il est, en effet, le couronnement et le complément de l'œuvre attribuée à l'organisateur du culte officiel. On ignore de quelle façon il était constitué au début, quel était le nombre de ses membres^ et le sens du titre qu'ils ont porté *. Ce qui parait certain et ce qui explique
1. Judexet arbiier rerum divinarum et humarharum (Fest., p. 185, b. v. Ordo) — rerum, quœ ad sacra et religiofies pertinenty judex vindexque contumacia privatorum magistratuumque (Fest., Epit., p. 125, s. v. Maximus).
a. Dion., Il, 73. Cf. Cic, De Orat., IIÎ, 19. Liv., I, 20. Plut., Numa, 9, etc.
3. Autant de questions, autant de problèmes insolubles. Les auteurs anciens supposent toujours que le coUc^çe est né tel qu'il était à Tépoque historique, à cela près qu'il comptait moins de membres au début. Denys et Tite Live dénombrent avec complaisance toutes ses attributions. Tite Live cite même le nom du « pontife j», c'est-àdire sans doute du Poni. Max., institué par Numa. Il ne paraît pas douter que le collège n'ait eu tout d'abord son président. Sous l'Empire, on enseignait que, comme les Césars, les rois avaient été les présidents du collège pontiAcal (Plut., Num., 9. ZosiM., IV, 36. Serv., /£'n., III, 81), ce qui parait bien Ôtre la vérité. — En ce qui concerne le nombre originel des Pontifes, on est las d'opposer l'un à l'autre ou de concilier les textes de Cicéron (Rep., Il, li), suivant lequel Numa créa quinque pontifices, et de Tite Live (X, 6} qui trouve en l'an 300 av. i.-C. quattuor pontifices. Le plus simple serait de supposer que les cinq pontifes de Cicéron comprennent le roi, et que, la royauté étant abolie, il ne restait que quatre pontifes au début du régime républicain, comme semble le dire Tite Live. Mais ce nombre de cinq n'a aucun rapport avec les divisions connues de la cité, dont le collège devait être la représentation, c'est-à-dire avec les tribtu génétiques. En admettant que chaque tribu fut représentée par deux membres, on arrive au chiffre de six. Quand Cicéron dit que Numa créa cinq pontifes, il faut donc entendre que Numa était lui-même le sixième. Ce raisonnement vaut pour l'époque où les trois tribus sont représentées. Ceux qui n'admettent dans la cité au temps de Numa que les Hamnes et Tities, ou qui trouvent sufflsant un Pontife par tribu, abaissent les chiffres en conséquence. En somme, rien de certain ni qui puisse devenir une certitude.
4. Le nom de Pontifex est aussi une énigme. Après avoir fait intervenir l'osque et l'inévitable sanscrit, nos philologues n'ont rien trouvé de mieux que l'étymologie donnée par Varron (L. lat., V, 83), et déclarée ridicule par Plutarqiie {Numa, 9). Pontifex signifie, malgré qu'on en ait, faiseur de ponts. Ce titre ne parait plus si étrange quand on songe au rôle que joue dans le cérémonial religieux le pont Sublicius. Les
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^' ' la constitution monarchique du collège, c'est que le roi était le prési-
dent de cette espèce de conseil d'État, dont il nommait sans doute les membres ^
La révolution qui fit disparaître la royauté et sépara les pouvoirs civils et religieux concentrés jadis aux mains du roi assigna au collège pontifical un rôle nouveau. Le président du collège, le Pontifex Maximus, 0{ ^^S^ d^^ l'ancien palais des rois (Regia)^ devint une sorte de prètre-
X magistrat, revêtu de toute l'autorité nécessaire à un directeur général
|^.^ du culte*. Il dut laisser les collèges se gouverner eux-mêmes^; mais il
-;':; eut le droit de nommer lès desservants des divers cultes officiels, de les
!»• inaugurer** sous ses propres auspices^ et de les frapper de peines disci-
f^^ . plinaires. On lui reconnut de même le pouvoir de convoquer les comices
calâtes, pour valider les inaugurations, adrogations et testaments, ou pour porter chaque mois à la connaissance du peuple les dates et prescriptions du calendrier; le P. M. présida même de véritables comices électoraux lorsque le peuple prétendit désigner lui-même les membres des grands collèges sacerdotaux. Ces prérogatives royales furent dévolues non pas au collège lui-même, mais à son chef, qui les gardait sa vie durant, comme eût fait le roi lui-même^. Pour classer les nombreuses attributions des Pontifes, il ne faut pas
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* Th. Mommsen, Die magistratische. Befugniss <ies Oberponiifex (Staatsr., II*» p- 17-70).
: ' ** H. Oldenberg, De inaugwatione sacerdoium Romanorum (Gomment, in honorem
;;" Th. Mommseni, p. 159-172). Berolini, 1877.
Pontifes ont été les historiens et les astronomes de la Rome primitive : ils ont pu en être les ingénieurs. Il suffit qu'ils aient fait construire le pont ; il suffirait même qu iU eussent, comme théologiens, déterminé les règles à suivre dans la construction de ce joug imposé au dieu Tibre, pour que le nom de Ponli-fices leur soit resté. On peut du reste invoquer à ce propos Tanalogie des FeçupaToi athéniens, déjà remarquée par Jean de Lydie (Mens., HI, 21). Helbig (ap. Philolog. Wochenschrift, IV [1884], p. 21-39) veut que poru ait le sens général de tahulainm, et que les Pontifes aient été les constructeurs des planchers orientés sur lesquels les habitants des villes lacustres élevaient leurs demeures. Il n'est pas prudent de chercher ainsi Texplication de faiU que Ton connaît mal dans ceux que Ton ne connaît pas du tout.
1. Lange (Rom. Alierih.y I', p. 349) admet que le collège avait déjà un Poniifex Maximus au temps des rois, mais que ce président était, comme ses collègues, le subordonné du roi.
2. A part un incident obscur, une amende infligée à un augure pour refus de concours— probablement lors d'une inauguration sacerdotale (voy. ci-après, p. 514,1)" il n*y a pas trace d'autorité disciplinaire exercée par le P. M. sur les collèges. Cer pendant il est tel règlement intéressant tous les collèges, comme l'autorisation du cumul des fonctions sacerdotales, qui a dû être élaboré par les Pontifes.
3. Tous les prêtres de la religion officielle, c'est-à-dire les flamines dépendant du P, M. et les membres des collèges, étaient inaugurés. Oldenbehg assimile à tort cette inauguration à une « consécration » de la personne des prêtres : la cérémonie a simplement pour but de constater que les dieux agréent les personnes présentées et acceptent leurs services. De même, Vexauguraiion est un congé en forme.
4. MoMMSEN (Siaatsrechtj II', p. 22) fait observer que le collège joue vis-à-vis du P. M, le rôle du Sénat vis-à-vis du roi. Â la mort du P. M., son autorité reste infuse dans le collège, qui remplit l'interrègne : en cas d'absence du P. M, y il est possible qu'il ait eu dans le coUègç un suppléant.
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