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CONGESTIONS ACTIVES DU FOIE

Les congestions actives du foie sont fort difficiles à définir, car le foie, véritable éponge vasculaire, se congestionne et se décongestionne sans cesse, suivant lés diverses phases de la vie organique. Comme l'ont montré les expériences de Glénardet Sirot,cet organe est susceptible de se réduire en quelques heures d'un tiers de son volume, ou d'augmenter dans les mêmes proportions. Dans ces conditions, il est bien difficile de fixer une limite précise entre les congestions physiologiques, comme celle de la digestion, et les congestions pathologiques. Sans doute, on s'entend bien sur l'existence de la congestion dans les cas où le processus est intense, mais, lorsqu'il est atténué, on peut toujours discuter.

Symptômes. — Les signes cliniques de la congestion varient suivant qu'elle est plus ou moins intense.

DANS LES CAS INTENSES, elle débute brusquement par un malaise profond, une tension douloureuse dans le ventre et parfois des irradiations vers l'épaule droite; souvent le malade est même obligé de s'aliter. Au bout de deux à trois jours, on constate une teinte subictérique des conjonctives, parfois même un ictère franc. L'examen du foie montre l'organe débordant nettement les fausses côtes de deux ou

CONGESTIONS HÉPATIQUES

trois travers de doigt. La partie débordante est tuméfiée, turgescente, toujours très douloureuse à la palpation

Les urines sont rares, d'un rouge brunâtre, souvent riches en pigments biliaii'es,puis, vers la fin de la maladie, ne contiennent plus que de Turobiline; on trouve en outre de l'urée en quantité excessive, jusqu'à 40 et 60 grammes par vingt-quatre heures. Les selles ne sont pas décolorées, ellfs sont au contraire bilieuses, diarrhéiques, et ce flux bilieux montre bien, avec l'hyperazoturie, que sous rinduence de la congestion le foie fonctionne de façon excessive.

A côté de ces symptômes primordiaux se placent parfois une série de phénomènes associés tels que tuméfaction de la rate, épistaxis, dyspnée, ou tout au moins gêne respiratoire, flatulence abdominale, anorexie et céphalée.

DANS LES FORMES MOINS INTENSES, la cougestiou hépatique se caractérise seulement par une sensation de pesanteur dans la région du foie, du subictère conjonctival et même facial, et une hypertrophie douloureuse de la glande hépatique. En même temps surviennent de l'inappétence et une lassitude inusitée.

L'évolution, la durée, la terminaison sont absolument variables suivant les causes; il s'agit le plus souvent d'une poussée aiguë de congestion vite disparue, mais parfois l'état congestif peut devenir chronique et aboutir à la sclérose. A coup sûr il faut, à côté des congestions aiguës les plus fréquentes, admettre l'existence de congestions chroniques que l'on rencontre surtout chez les dyspeptiques et dans les pays chauds.

Anatomie pathologique. — Le foie congestionné apparaît volumineux, lourd, de couleur sombre. Sur section, on trouve un tissu rouge foncé, parfois semé d'ecchymoses sous-capsulaires. De la surface de sectioa le sang s'écoule très abondamment. La vésicule biliaire contient une bile épaisse et foncée.

Histologiquement, les capillaires lobulaires apparaissent dilatés et gorgés de globules rouges. Les cellules hépatiques sont, elles aussi, tuméfiées, troubles, chargées de granulations pigmentaires. Mais ces lésions sont rarement pures, car on constate en général les autres lésions du foie toxi-infectieux.

Étiologie. — A. Les congestions hépatiques d'origine diges- TivE sont de beaucoup les plus fréquentes. Chez bien des sujets, qui ont pris un repas trop copieux, on observe dans les heures qui suivent une tension douloureuse de l'hypocondre droit, tandis qu'apparaît du subictère conjonctival. Cet état s'accompagne de pesanteur de tête, de somnolence, de congestion de la face. Il disparaît au bout de trois ou quatre heures : c'est le plus faible degré des accidents.

Chez d'autres sujets, gros mangeurs habituels et grands bumirs,

l'état de congestion hépatique est permanent. Il est souvent d'ailleurs inégalement réparti dans la glande, et la congestion habituelle du foie chez les gros mangeurs et buveurs peut être compliquée de poussées subaiguës, au cours desquelles les symptômes s'exagèrent.

Chez les dyspeptiques, en particulier les dilatés gastriques, on observe très souvent une congestion active du foie. Ce fait avait déjà frappé Portai, Broussais, Andral et Budd. Il a été étudié méthodiquement

Fig. 192. — Congestion du foie (Bauer).

par le professeur Bouchard, qui l'a observé dans près d'un quart des cas. A sa suite, Le Gendre, Glcnard, Hayem ont fait les mêmes constatations. Mathieu et Roux (1903), ont repris cette étude, mais n'ont observé la congestion que dans 10 p. 100 des faits. Il s'agit, en tout cas, d'une tuméfaction mobile, augmentant, diminuant et disparaissant suivant que les accidents dyspeptiques s'aggravent ou s'améliorent. Comme l'a indiqué Mathieu, il faut, avant de faire le diagnostic de foie congestionné chez un dyspeptique, s'assurer qu'il ne s'agit pas d'un foie prolabé, accident qui s'observerait dans plus de 12 p. 100 des cas.

Avant d'abandonner l'étude des congestions hépatiques^d'origine digestive, nous devons encore attirer l'attention sur une forme spéciale encore peu décrite : la congestion des buveurs d'eaux minérales

CONGESTIONS HÉPATIQUES

Dans certaines stations à eaux très actives, comme à Vichy, il arrive que des crises de congestion hépatique soient observées chez des sujets ayant pris en trop grande abondance do l'eau minérale de certaines sources.

B. Les CONGESTIONS HÉPATIQUES D'ORIGINE INFECTIEUSE sout également très communes. Elles constituent la règle au cours des grandes infections générales: variole, rhumatisme, syphilis, et surtout pneumonie. C'est sans doute cet accident qui motive un certain nombre des cas d'ictère acholurique de la pneumonie. Dans cette maladie, comme dans celles plus haut citées, la congestion hépatique est due à l'olTort défensif fait par le foie contre les microbes et les poisons qui lui sont amenés par l'artère hépatique. La congestion est le premier stade de l'inflammation réactionnelle.

D'autres fois, il s'agit plutôt d'infections gastro-intestinales qui retentissent sur le foie par la voie porte : ainsi en est-il de la congestion hépatique typhique, cholérique ou dysentérique.

En tout état de cause, qu'il s'agisse d'une maladie infectieuse générale ou locale, la congestion hépatique infectieuse peut être le premier stade de compHcations plus sérieuses, en particulier de l'hépatite aiguë ou chronique.

Parmi les congestions hépatiques d'ordre infectieux, il en est une qui, par sa fréquence, mérite une place spéciale : c'est la congestion palustre. Elle est extrêmement fréquente dans les pays chauds et, lorsqu'elle s'accompagne d'accès intermittents simples ou pernicieux, elle leur donne une physionomie spéciale qui lui a fait donner le nom de fièvre bilieuse simple ou bilieuse hématurique.

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