C. Les CONGESTIONS HÉPATIQUES D'ORIGINE TOXIQUE UB SOUt paS
moins importantes que les précédentes. Le type le plus pur en est peut-être la congestion hépatique chronique des alcooliques qui précède souvent la cirrhose et qui explique peut-être l'hypertrophie hépatique que les anciens aiiteurs considéraient comme constante au début de cette maladie.
En outre, au cours de presque tous les empoisonnements, par exemple ceux qui sont dus à l'oxyde de carbone, l'antimoine, l'arsenic ou le phosphore, la congestion est la règle. Dans ces derniers cas même, elle semble être, sauf exception, très vite suivie de dégénérescence hépatique. Près de ces faits, il convient de placer la congestion hépatique d'origine mercurielle. Elle a été récemment étudiée par Lisanti, qui l'a constatée, avec tous ses symptômes, chez certains syphilitiques soumis au traitement mercuriel intensif et qui a vu qu'elle disparaissait après cessation du traitement.
Au groupe des congestions toxiques appartiennent aussi les congestions goutteuses, bien que la nature en soit indéterminée ; en
tout cas, la tuméfaction hépatique douloureuse est, très souvent, un signe prémonitoire de l'accès goutteux.
Le mécanisme pathogénique des congestions toxiques est lo même que celui des congestions infectieuses. Il s'agit d'une réaction de défense contre les poisons amenés soit par l'artère hépatique, soit par la veine porte, et l'évolution du processus peut, dans l'un comme dans l'autre cas, se terminer, soit par la résolution, soit par l'une des formes anatomiques de l'hépatite dégénérative ou sclérosante.
D. La CONGESTION HÉPATIQUE DES PAYS CHATOs a fait l'objet de très nombreuses discussions. Elle a été étudiée soit par les médecins des contrées exotiques, soit par les médecins des stations minérales où vont se faire soigner les sujets revenant des pays chauds.
Si l'on n'est pas fixé sur sa cause, on connaît bien sa fréquence et sa symptomatologie. Chez un. grand nombre de sujets européens ou indigènes on rencontre, dans les pays chauds, un engorgement chronique du foie. Tantôt il semble peu retentir sur la santé générale. Tantôt il s'accompagne de troubles gastro-intestinaux : langue chargée, surtout le matin, pesanteur épigastriquc après les repas entraînant souvent robhgation de relâcher les vêtements à ce moment, enfin constipation opiniâtre. Parfois s'ajoutent aux troubles précédents des signes de déséquilibre nerveux consistant en abattement, en irritabilité du caractère et enfin en inaptitude complète à travailler après les repas. Ces désordres s'exagèrent souvent à un point extrême. L'insomnie, le découragement augmentent de jour enjour. Continuellement les sujets souffrent de la tête et parfois Jaussi de palpitations cardiaques.
Gomme base de cet état complexe on rencontre toujours les signes de la congestion hépatique, hépatomégaHe,'splénomégalie, souvent associés à l'urobiUnurie, et à un ictère très léger.
Ce qu'il y a de spécial dans cet état, c'est que les malades souffrent à peine et qu'il faut un examen méthodique pour montrer que la glande déborde les fausses côtes de 2, 5 et même 7 centimètres, et que sa consistance est augmentée.
Quel est l'avenir de ces malades ? Il semble que, sous l'innuence de traitements appropriés, ils soient susceptibles de guérir parfaitement. Souvent aussi la maladie persiste à l'état torpide pendant des années. De temps à autre, elle est entrecoupée de paroxysmes fluxionnaires qui révèlent son existence, et peuvent aboutir à la cirrhose.
Si le gros foie des pays chauds est un accident bien connu, on est assez mal fixé sur sa nature, car on manque de documents anatomiques à ce sujet, La plupart des auteurs qui ont étudié ces faits semblent les considérer comme dépendant de la congestion hépatique. Mais là où l'on cesse de s'entendre, c'est sur la cause de cette con-
CONGESTIONS HÉPATIQUES
gestion. Les uns l'attribuent aux troubles digestifs si fréquents dans les climats chauds, du fait que les substances alimentaires subissent très vite des fermentations qui les rendent toxiques, du fait aussi de l'abus des boissons consécutif à la chaleur. Les autres incriminent la vie extrêmement sédentaire imposée par les hautes températures. Enfin certains ont pensé que la congestion est fonction du paludisme si fréquent dans les pays chauds. L'on est ainsi arrivé, arec Kelsch et Kiener, à nier purement et simplement l'existence de la congestion hépatique des pays chauds.
'Pour d'autres auteurs, et en particulier pour Lamarre (d'Évian), le gros foie des pays chauds ne serait pas dû à une congestion simple, mais à une angiocholite chronique, susceptible de passer d'ailleurs de'temps en temps^à l'état aigu.
Il parait en tout cas certain que, si [l'affection ne frappe pas nécessairement tous les Européens mal acclimatés, elle se rencontre souvent chez eux indépendamment de toute tare alcooKque, cardiaque ou paludique.
Il est d'autre part indubitable que les diverses maladies infectieuses, paludisme, pneumonie, fièvre typhoïde, prennent volontiers la forme bilieuse dans les pays chauds, et ceci montre bien que le foie était atteint antérieurement à ces maladies. Nous ne croyons donc pas qu'on soit justifié à nier cette entité morbide. La connaissance des accidents hépatiques, si fréquents en pathologie tropicale, doit servir à imposer, spécialement aux Européens, une hygiène préventive sévère afin de supprimer toutes les causes susceptibles de favoriser le développement de ces accidents.
Traitement. — I^e traitement de la congestion hépatique doit être immédiat et énergique. On appKquera, sur la région hépatique, des sangsues ou des ventouses sèches ou scarifiées. On prescrira, en même temps, une forte dose de calomel qui amènera une déplétion biliaire immédiate. Enfin il faudra, par le régima lacté ou tout autre moyen, provoquer une diurèse abondante
C'est sans doute par le moyen de la diurèse qu'agissent les cures hermales d'Évian, de Vichy, de Garlsbad. Elles sont habituellement combinées à l'hydrothérapie générale. ■
Dans certaines formes de congestion chronique, Sérégé a conseillé, de plus, une sorte de gymnastique qui a pour but d'aspirer le sang du foie dans les veines sus-hépatiques.