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LA FONCTION BILIAIRE

La fonction biliaire compte parmi les plus importantes : sa connaissance s'est précisée surtout depuis qu'on a pu observer sur des sujetsvivants, et par ailleurs bien portants, des fistules biliaires mettant en relation directe la vésicule ou le cholédoque avec le milieu extérieur; les premières ont permis d'étudier la sécrétion et ses variations, lessecondes l'excrétion et ses lois.

Composition de la bile.

1° Caractères physiques. — La bile humaine est un liquide clair ,^ d'odeur faible ou nulle, de saveur amère avec arrière-goût douceâtre, de couleur variant entre le jaune-orange et le brun verdâtre.

A. COLORA.TION. — Si la bile séjourne à l'air et à la lumière, elle devient verte par transformation en biliverdine du pigment colorant principal, la bilirubine.

A l'état pathologique, la couleur de la bile varie : chez les asysto-

Fig. 4G. — Glandes des conduits biliaires (d'après Sappey).

liques, elle est épaisse et fortement teintée. Quand elle se concentre énormément, comme dans le typhus ou le choléra, elle devient noire : c'est l'atrabile des anciens auteurs qui voyaient dans ce phénomène un signe de démence. La bile prend une teinte rouillée

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OU chocolat par mélange avec le sang, au cours de certaines maladies générales infectieuses graves, fièvre typhoïde, tuberculose aiguë, charbon, ou encore à la suite d'interventions chirurgicales sur le foie et les voies biliaires. Elle est encore teintée par les diverses substances colorantes que l'on injecte dans le sang, dans un but expérimental ou thérapeutique. Enfin il existe des cas où la bile est décolorée : chez les tuberculeux, par exemple, les pigments biliaires sont sécrétés en moins grande abondance, la bile est pâle; on rencontre surtout des biles blanches, incolores {acholie pigmentaire), dans certains cas où le fonctionnement de la cellule hépatique a été complètement annihilé, comme dans l'ictère grave ou l'hépatite graisseuse aiguë. Enfin, lorsque dans les canaux bihaires, et en particulier au col de la vésicule, un obstacle, le plus souvent un calcul, se place de façon à isoler complètement un segment des cavités biliaires d'avec le reste des canaux, il arrive que l'on trouve, dans ce segment exclus, un liquide parfaitement incolore. Ce n'est plus de la bile, c'est du mucus que sécrètent les innombrables glandes de la paroi vésiculaire.

B. La QUANTITÉ DE BILE sécrétéc chez l'homme, par vingt-quatre heures, est difficile à apprécier, car les fistules ne donnent, lorsqu'elles sont A^ésiculaires, qu'une partie de la bile sécrétée et, lorsqu'elles sont cholédociques, elles sont souvent établies dans des conditions pathologiques telles, que le fonctionnement du foie est imparfait.

La quantité quotidienne parait d'ailleurs varier dans de larges proportions, de 200 à 1 100 centimètres cubes. En tous les cas, on conçoit l'importance énorme de cette sécrétion qui, chez l'homme sain, peut atteindre et dépasser un litre par jour. L'étude des malades a montré en outre que la sécrétion biliaire suit un cycle assez régulier, diminuant pendant la nuit et atteignant son plus bas chiffre le matin, pour augmenter ensuite pendant les premières heures qui suivent le repas de midi. Nous étudierons, avec la sécrétion, les causes qui font varier la quantité de bile quotidienne.

2° Caractères chimiques. — La réaction de la bile est neutre ou légèrement alcaline pour certains auteurs, acide pour d'autres (Dastre).

Sa composition cliimique doit surtout retenir notre attention. Ce liquide contient une série de substances en dissolution dans de l'eau, la proportion d'extrait sec variant, suivant que la bile est plus ou moins épaisse, de 15 à 140 grammes par litre. Les éléments qui composent cet extrait sec peuvent être divisés' en normaux et anormaux.

Éléments normaux : ce sont principalement les sels biliaires et les pigments biliaires qui constituent la matière colorante de la bile. Il faut y joindre, à. titre secondaire, quelques substances organiques

et minérales. Les substances organiques sont la mucine, la pseudomucine, la cholestérine, les matières grasses dissoutes par la bile (palmitine, stéarine, oléine, et les acides gras correspondants) ; la lécithine et ses produits de décomposition, choline et acide phosphoglycérique; des traces d'urée; de l'acide acétique et propionique à l'état combiné.

Labbé et Vitry ont montré, en outre, que la bile contient, à l'état normal, une certaine quantité de sulfo-éthers qui, passant avec elle dans l'intestin, sont repris par la circulation et forment sans doute la plus grande partie des sulfo-éthers urinaires.

Les matières minérales qu'on retrouve dans les cendres, sont le chlorure de sodium; le carbonate de sodium et de calcium; les phosphates de fer, de calcium, de magnésium ; les sulfates de sodium et de potassium ; des traces de cuivre et de silice.

Éléments rares ou anormaux : ce sont les produits de décomposition de la bile : acide cholique, taurine, glycocolle ; les produits de putréfaction : ammoniaque, hydrogène sulfuré, acides gras volatils, acétique et valérianique, sulfate de soude, sulfhydrate d'ammoniaque, phosphate ammoniaco -magnésien, phosphate de chaux.

Enfin il faut ajouter à ces corps anormaux, ceux qui peuvent se rencontrer dans la bile parce qu'une fois introduits dans l'organisme ils s'éUminent par cette voie. Tels sont les sels métalliques (plomb, cuivre, mercure et même l'argent colloïdal), certains métalloïdes toxiques (phosphore, arsenic), des médicaments (l'essence de térébenthine, la terpine, l'acide salicylique et ses sels, les bromures et iodures), des substances colorantes (fuchsine, indigo, carmin). Même les albumines hétérogènes peuvent être éUminées par cette voie.

Au cours des maladies, d'autres éléments peuvent encore être trouvés dans la bile, tels que le sucre et l'acide glycuronique, dans le diabète ; l'urée, dans l'urémie ; l'albumine, dans les néphrites ; l'hémoglobine, dans les empoisonnements par les corps qui détruisent en masse les globules rouges.

De tous ces corps constituants, nous ne retiendrons que les plus importants, pour les étudier plus particulièrement. Ce sont les sels biliaires, les pigments biliaires, la cholestérine et la mucine.

A. Sels biliaires. — Ils constituent l'élément caractéristique de la bile ; ils lui sont exclusifs, alors que les autres composants peuvent se rencontrer, en plus ou moins grande quantité, dans le sang et les tissus. Dans la bile de l'homme on trouve deux sels : le glycocholate et le taurocholate de sodium, le premier trois fois plus abondant. Ces sels correspondent à des acides glycocholique et taurocholique, susceptibles eux-mêmes de se dédoubler par hydratation en acide choUque et glycocolle, acide cholique et taurine.

PHYSIOLOGIE DE LA CELLULE HÉPATIQUE. 93 FORMATION ET DESTINÉE DES ACIDES BILIAIRES. — LeS acideS

biliaires se forment dans le foie par Tactivité des cellules hépatiques aux dépens des éléments apportés par le sang.

In vitro, on peut, en plongeant des cellules hépatiques dans un mélange de glycogène et d'hémoglobine, produire des acides biliaires, mais on ignore quelle est, dans cette expérience, la succession des phénomènes. Les acides et sels biliaires sont, comme les autres éléments de la bile, déversés dans l'intestin, et pourtant ils ne sont décelables que dans les parties supérieures de celui-ci.

On pourrait croire que cette disparition tient à une décomposition rapide ; mais, si cette hypothèse était exacte, on devrait retrouver, dans le gros intestin, les produits de décomposition des sels biliaires : le glycocoUe, lataurine, l'acide cholique. Or on ne peut y déceler ni la taurine ni le glycocoUe, qui sont donc ou détruits ou résorbés. Seul, l'acide cholique est éliminé, et encore partiellement : l'acide cholique des fèces peut donc être utilisé pour la mesure des acides biliaires éliminés. Mais quand, par ce moyen, on compare ceux-ci à la quantité totale déversée chaque jour dans l'intestin, on constate que les fèces contiennent à peine la dixième partie des acides biliaires fournis par le foie. Il est facile d'en conclure que les neuf autres parties sont reprises, ramenées au foie, par la circulation porte, et utilisées à nouveau par la glande. Les acides et sels biliaires subiraient donc un incessant mouvement de va-et-vient du foie à l'intestin par la bile, de l'intestin au foie par le sang. C'est ce qu'on a appelé la circulation hépato-entériqiie des acides biliaires. Elle a été pour la première fois supposée et démontrée par Schiff, d'après la constatation suivante : La bile du bœuf donne des réactions que ne donne pas la bile du cobaye. Or, si l'on introduit dans l'intestin du cobaye de la bile de bœuf, la sécrétion biliaire du cobaye présente, et pour un temps fort long, les réactions de la bile de bœuf. D'autre part, lorsqu'on introduit dans l'intestin d'un animal, soit un mélange de sels biliaires, soit un sel biliaire donné, on voit la sécrétion bihaire augmenter et on retrouve dans la sécrétion accrue le ou les sels introduits. Ces expériences ne sont pas absolument inattaquables, mais néanmoins elles plaident en faveur des idées de Schiff, à condition toutefois qu'on ne les prenne pas au pied de la lettre. Comme l'a fait remarquer Dastre, en effet, il ne faudrait pas se faire une conception trop simpliste de la circulation entérohépatique, et s'imaginer que la bile résorbée en nature par l'intestin, traverse le sang porte sans modifications et finalement est reprise telle quelle par le foie. Il est certain que l'intestin dédouble les acides biliaires pour les absorber, et qu'il les sépare en un noyau cholique et des acides amidés. Il est probable que le foie, recevant ces éléments, leur fait subir une synthèse. Dans ces divers dédoublements

et reconstitutions, ce qui est le plus stable, c'est-à-dire, ce qui effectue surtout la circulation entéro-hépatique, c'est le noyau cholique que possèdent tous les acides biliaires. En somme on voit que les choses sont moins simples qu'elles ne le paraissent d'abord. Peutêtre d'ailleurs les acides biliaires ne. reviennent-ils pas directement au foie, et passent-ils par la circulation lymphatique et la grande circulation avant d'atteindre la glande. En effet, Tappeiner a retrouvé une quantité appréciable de sels biUaires dans la lymphe du canal thoracique à l'état normal, et Crofton a constaté leur fixation sur les leucocytes du sang.

B. Pigments biliaires. — Ils constituent, après les sels biliaires, un important élément de la bile, puisqu'ils lui donnent sa coloration, mais ils sont moins caractéristiques, en ce sens qu'ils ne paraissent pas absolument spéciaux à ce liquide. Dans la bile fraîche existent deux pigments principaux : la bilirubine et la bilicerdine, celle-ci résultant de l'oxydation de celle-là. A ces pigments principaux se rattachent d'autres corps dérivés par réduction ou hydratation : la biUfuscine, la biUcyanine, la cholételine, la biliprosine. Cette dernière, signalée par Kuster, est un pigment vert et contient du soufre. Tous ces corps n'ont pas une égale importance et, en réalité, la bile normale de l'homme contient surtout de la bilirubine et de la biliverdine à l'état de sels alcalins en solution aqueuse.

La RÉACTION spECTRoscopiQUE est importante à connaître, car elle est fréquemment utilisée en clinique pour la recherche du pigment dans le sérum ou l'urine. En solution les pigments éteignent uniformément le spectre, et la bande d'absorption s'assombrit du rouge au violet. D'après Dastre, lorsque la bilirubine se trouve en solution chloroformique convenablement diluée, elle présente un spectre particuher avec deux bandes entre D et E et une zone obscure à chaque •extrémité.

POUVOIR TINCTORIAL. — Chimiquement, ces sels jouissent de la fonction acide et, en se combinant aux bases, forment des sels. C'est d'ailleurs à l'état de bilirubinates alcalins qu'ils colorent la bile humaine. Seuls ces sels sont solubles, la bilirubine et la biliverdine étant privées elles-mêmes de toute solubilité. Malgré leur faible proportion dans la bile {le\bO à 2«',60 par litre), ils communiquent à ce Uquide une coloration très foncée, car ils possèdent un pouvoir tinctorial intense.

ORIGINE DES PIGMENTS BILIAIRES. — Ils sont formés daus le foie par synthèse, aux dépens des éléments apportés par le sang, et non extraits par simple fdtration. En effet, lorsqu'on abouche la veine ■'porte directement dans la veine cave, réalisant par cette opération, dite fistule d'Eck, la suppression fonctionnelle du foie, la proportion

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des pigments n'augmente pas dans le sang. La cellule hépatique est donc la seule origine du pigment biliaire ; il reste à savoir aux dépens de quels éléments elle le forme.

On est d'accord, à l'heure actuelle, pour faire dériver la bilirubine de l'hémoglobine des globules rouges et, parmi les preuves qu'on en donne, la suivante est peut-être la plus importante.

Toutes les fois que, par un moyen quelconque, on détruit une grande quantité de globules rouges, il en résulte une hypersécrétion et un épaississement de la bile, qui devient trop riche en pigments biliaires. Ne pouvant s'écouler librement par les voies normales, elle s'y comprime en quelque sorte, et passe directement dans le sang, par un mécanisme analogue à celui des accidents qui suivent l'oblitération ou la ligature des voies biliaires : il y a en somme hypersécrétion et rétention relative. Cet ictère consécutif aux lésions des globules" rouges, peut être produit par l'injection dans le sang d'un animal, de chloroforme, d'éther, ou seulement de grandes quantités d'eau (Hayem), ou encore de sérum provenant d'un sang étranger. On l'observe aussi, à la suite de l'empoisonnement accidentel ou expérimental par le phosphore, l'aniline, l'hydrogène arsénié, ou surtout la toluylène-di^mine (Sclimiedeberg, Afanassiev, A. Vast). Toutes ces substances, en effet, produisent l'hémolyse, c'est-à-dire qu'elles détruisent le globule rouge et mettent en liberté sa matière colorante, l'hémoglobine. D'ailleurs, même en respectant les globules rouges, on peut, par la simple injection d'hémoglobine, reproduire les mêmes phénomènes.

Il faut ajouter à ce premier argument, un autre fait important : toutes les fois que du sang se trouve extravasé, soit sous la peau, soit dans un viscère, comme le cerveau ou le poumon, sa matière colorante disparait peu à peu du foyer de la lésion. Mais il subsiste, à sa place, des cristaux spéciaux dits cristaux d'hématoïdine et qui ne seraient que de la biliverdine, d'après les recherches de Jaffé, Hoppe- Seyler et Salkowski.

Mais ici doit être soulevée une question de première importance. Si dans les hématomes il se forme directement de la bilirubine aux dépens de l'hémoglobine, que devient, en d'autres circonstances, la part de la cellule hépatique dans cette transformation, et n'y a-t-il pas lieu d'envisager des cas d'ictère pour la production desquels la cellule hépatique n'intervient pas ?

Certains auteurs ont démontré que le processus est très général et que, dans toutes les séreuses, les épanchements sanguins donnent de la bilirubine à la suite de l'hémolyse des globules extravasés. Ainsi en est-il dans la plèvre, le péritoine, la cavité arachnoïdienne. Il est donc évident que l'intermédiaire de la cellule hépatique n'est pas indispensable pour la formation des pigments biliaires, mais en

fait rien n'autorise à dire qu'en dehors de ces faits de biligénie locale, il puisse se former de la bile sans que le foie intervienne.

En somme, il ressort surtout do ces différentes observations, que le pigment sanguin est proche du pigment biliaire, et d'ailleurs on passe facilement de l'un à l'autre in vitro, sous l'influence des agents réducteurs. Toutefois, il est bon de remarquer que nous ne connaissons pas les produits intermédiaires, qui doivent exister cependant.

On admet donc que les globules rouges vieux ou usés mettent en liberté leur hémoglobine; celle-ci est arrêtée dans le foie, détruite par la cellule hépatique, qui de ses déchets retire d'une part la bilirubine et d'autre part le fer qu'elle garde en réserve. Des recherches de W. Bain tendent à faire paraître encoi'e plus important le rôle hépatique. D'après cet auteur, le foie ne se contente pas d'élaborer l'hémoglobine abandonnée par les hématies usées, mais, exerçant lui-même un contrôle sévère, il arrête et détruit toute hématie qui parait vieillie; il joue donc un rôle actif dans la destructioii de celles-ci.

De ces divers faits dérivent des conclusions pratiques intéressantes pour la conception des maladies hépatiques. L'hémolyse est un phénomène physiologique, mais qui peut devenir pathologique par son intensité. Dans le premier cas, elle est localisée à certains organes, la^rate principalement, et peut-être aussi le foie. L'hémolyse pathologique peut se produire partout dans les tissus et les organes. Elle peut être intravasculaire (empoisonnement par certains agents chimiques, états infectieux spéciaux) ou extravasculaire (hémorragies interstitielles ou dans les séreuses).

Quand l'hémolyse est physiologique, elle fournit au foie les matériaux nécessaires à la production d'une quantité de bilirubine normale. ^ ^1 ' -

Lorsqu'elle s'accroît de façon pathologique, le foie restant suffisant, il en résulte une hypersécrétion de bile et surtout de pigments biliaires (pléiochromie), d'où dérive un ictère d'intensité variable. C'est dans cette classe de faits que rentrent une grande quantité de cas d'ictères par empoisonnement ; c'est encore là que doivent être classés ces ictères accompagnés d'une fragilité globulaire spéciale qu'ont récemment étudiés Chauffard, Widal et leurs élèves.

Lorsque, l'hémolyse s'étant pathologiquement accrue, le foie ne suffît plus à transformer toute l'hémoglobine ou ses dérivés en bilirubine, ceux-ci, restant en circulation dans le sang, sont éliminés par le rein : ainsi se produit l'hémoglobinurie ou l'hémato-porphyrinurie, la première se produisant avec une hémolyse intense, la seconde tenant aux mêmes causes — • auxquelles s'ajoute un certain degré d'imperméabilité rénale — qui maintient les pigments

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circulants plus longtemps au contact des ferments hydrolysants de l'organisme. On voit par quels liens étroits sont unis certains faits cliniques tels que hémolyse, ictère, hémoglobinurie, et on comprend comment ils peuvent s'enchaîner de façon variable, suivant que le foie et le rein sont ou non suffisants.

ÉVOLUTION DES PIGMENTS BILIAIRES : les pigments introduits avec la bile dans l'intestin, ont une destinée très différente de celle des sels biliaires. Au lieu d'être repris par la circulation porte et ramenés au foie pour passer à nouveau dans la bile, les pigments biliaires, dérivés des globules rouges vieillis, et par conséquent déchets organiques, doivent être éliminés complètement. On en peut distinguer deux parts dont l'évolution a été étudiée, d'une façon très précise, pai* Gilbert et Herscher dont nous suivons la description.

a. Une partie moins abondante pénètre dans la circulation sanguine, franchit le foie et, passant dans la grande circulation, constitue la matière colorante du sérum sanguin. On sait, en effet, que celui-ci est normalement coloré en jaune, et cette coloration tient à l'état normal à la bilirubine et non à l'hémoglobine, à l'urobiline, ou à la lutéine (Halleburton), comme on l'avait soutenu. Le taux normal de la bilirubine dans le sang est de 1/36500, ce qui revient à dire que chaque litre de sérum contient 0,027 miUigrammes de pigment bihaire,soit 0,081 milligrammes pour les 6 litres de sang que contient l'organisme et qui, approximativement, correspondent à 3 litres de sérum.

D'après Gilbert et Herscher, c'est à la bilirubine du sérum sanguin, que la peau normale doit son reflet jaunâtre. De plus, le pigment mêlé au sang circulant arrive, avec lui, au rein par lequel il est éUminé. Seulement, l'épithélium rénal, qui possède des propriétés réductrices, l'hydrate, la transforme en hydrobilirubine ou urobiline. Il va même plus loin et en fait de Vurobilinogène, produit encore plus réduit, si bien qu'il ne prend les caractères de l'urobiline qu'après avoir été oxydé. On voit donc que, contrairement aux anciennes conceptions, l'urobiline ne serait pas un pigment du foie malade, mais un produit normal des urines, en rapport avec la cholémie physiologique (xoXyi, at[j.a, présence de bile dans le sang).

b. La plus grande partie des pigments reste dans l'intestin et devrait par conséquent se retrouver dans les fèces.

L'étude des pigments biliaires dans les matières fécales n'a guère été entreprise que dans ces dernières années : contrairement aux prévisions logiques, on ne retrouve, dans les matières fécales normales de l'homme, aucune trace de bilirubine, mais seulement de la stercobiline ou du stercobilinogèno, produits très analogues à l'urobiline et à l'urobilinogène, dont ils partagent la constitution chimique,

Debove, Ar.iiAni) et Castaigne. — Tube digcstit'. III. 7

mais pourtant distincts de ceux-ci. Ce n'est que chez le nouveau-né. dans les premières selles et en particulier dans le méconium, que 1 on retrouve de la biliverdine, c'est-à-dire de la bilirubine oxydée. On doit même remarquer que la coloration du méconium est due à celle-ci. Les jours qui suivent, on constate, dans les selles du nouveau-ne, de la bilirubine pure, puis un peu plus tard un mélange de bilirubine et de stercobiline, enfin de la stercobiline et du stercobilmogène, cette dernière combinaison persistant indéfiniment chez l'adulte. Cette transformation des pigments biliaires est l'œuvre de l'épithélium intestinal qui, comme l'épithélium rénal, est doué de pouvoir réducteur.

Comme on le voit, cette conception est extrêmement intéressante,, en ce qu'elle montre qu'aussi bien dans l'élimination intestinale quedans l'élimination urinaire, l'organisme met en œuvre les mêmesactions vis-à-vis de la bilirubine. Dans l'un et l'autre cas, les pigments biliaires sont réduits en urobiline ou stercobiline, et même en urobilinogène ou stercobilinogène, produits de réduction maxima.

Mais le parallèle peut se poursuivre encore plus loin. A l'état pathologique, lorsque la bile, ne parvenant plus à l'intestin, est tout entière résorbée dans le sang, la proportion de bilirubine que contient celuici augmente énormément, pouvant atteindre 1 p. 800 au lieu de 1 p. 36 500. Le rein qui reçoit une aussi forte quantité de pigment à transformer n'y suffit plus et, tout d'abord, laisse passer de l'urobiline au lieu de l'urobilinogêne pur ; pour peu que les apports pathologiques continuent, les pigments biliaires passent en nature dans l'urme. De même, lorsque l'intestin reçoit trop de bile, ou lorsque celle-ci, chassée rapidement par les contractions intestinales, ne subit pas assez longtemps l'action de la muqueuse, il arrive que les matières contiennent ncn seulement du stercobihnogène et de la stercobihne, maisencore des pigments bihaires en nature. En somme, qu'il s'agisse du rein ou de l'intestin, quand il se présente à l'organe une quantité de bile un peu trop considérable, la réduction n'est qu'imparfaite et l'on trouve dans l'urine ou les matières, de l'urobiline ou de la stercobiline au heu d'urobilinogène et de stercobilinogène. Que la disproportion s'accuse encore, et l'on verra passer la bihrubine elle-même.

Si le mécanisme des deux émonctoires des pigments biUaires comporte des analogies, il ne s'ensuit pas que ceux-ci fonctionnenttoujours parallèlement.

Ce fait peut cependant être observé lorsque, le foie sécrétant en trop grande abondance de la bile, celle-ci, d'une part, s'évacue abondamment par l'intestin et, d'autre pai-t, se résorbe à travers la paroi de ses canaux excréteurs même, et passe dans le sang. Ainsi en est-il dans certains cas d'ictères dits pléiochromiques ou polycholiques.

PBYSIOLOGIE DE L\ CELLULE HÉPATIQUE

Le plus souvent pourtant, dans les cas pathologiques, rein et intestin, au lieu d'éliminer parallèlement la bilirubine, suivent une marche opposée et fonctionnent en sens inverse l'un de l'autre.

G. La cholestérine vient en importance après les sels et les pigments biliaires. Ce n'est d'ailleurs pas une substance spéciale à la bile, car elle existe dans la plupart des tissus et sérosités normales de l'organisme. Isolée, elle se présente comme une substance solide, blanche, cristallisée en fines aiguilles soyeuses, grasse au toucher. Elle est insoluble dans l'eau, dans les acides étendus et dans les alcools. Ce dernier caractère la distingue des corps gras : c'est donc à tort qu'elle est qualifiée de graisse de la bile. Elle se dissout dans les solutions aqueuses de sels biliaires, ce qui explique sa^résence dans la bile. Mais sa faible solubilité fait comprendre qu'il suffit de modifications légères dans la concentration biliaire, pour que la cholestérine se précipite. C'est sans doute, pour cette raison, qu'elle est un constituant constant, et parfois exclusif, des calculs biliaires. C'est pour le même motif que, dans la grande majorité des cas, les calculs se constituent dans la vésicule, où la bile se concentre beaucoup.

ORIGINE DE LA CHOLESTÉRINE. — Ou ne Sait rien de précis à ce sujet : les théoi-ies en cours la font provenir de trois sources :

a. De la désassimilation de la substance nerveuse (A. Flint) ;

b. De l'alimentation végétale (Beaunis);

c. De la réduction des albuminoïdes.

Cette dernière hypothèse est basée surtout sur ce fait, que le dépôt de cholestérine se fait principalement, dans les cas où les combustions organiques sont insuffisantes (dépenses physiques restreintes, régime azoté trop riche, vieillesse, vie sédentaire). ' La cholestérine de la bile doit être considérée comme un produit de déchet que rejette le foie. A l'inverse des pigments et sels biliaires, elle suit l'intestin sans être l'objet d'une réabsorption sensible, et est expulsée par les fèces. Elle pourrait donc être prise pour mesure de la quantité de bile totale qui pénètre dans l'intestin.

D. La mucine et la pseudo-muclne sont les substances qui donnent à la bile son aspect visqueux ; elles ont une propriété curieuse qui a été mise en lumière par Roger : elles ne sont pas précipitables par la mucinase, ferment intestinal qui coagule les autres mucines, et cela parce qu'il existe, dans la bile, des substances anticoagulantes s'opposant à cette action.

C'est à la suite de ces travaux de Roger, et sous l'inspiration de Mathieu, que Hepper et Riva ont tenté d'extraire de la bile ces substances anticoagulantes, afin de pouvoir les utiliser en thérapeutique, et en particulier s'opposer à la concrétion des fausses membranes, phénomène capital de l'entérite muco-membraneuse.

Physiologie de la bile.

La bile possède une série de fonctions extrêmement importantes et dont la connaissance est nécessaire à qui veut apprécier l'état de la sécrétion hépatique chez un malade.

10 Action sur la digestion. — Cette action est très importante. La bile favorise la digestion des graisses et agit, directement ou indirectement, sur la digestion des hydrocarbures et des albuminoïdes ; elle assure la progression normale du bol fécal, et contribue à maintenir, dans de justes limites, les fermentations de l'intestin.

A. Le ROLE DE LA BILE DANS LA DIGESTION DES GRAISSES OSt Capital.

Elle émulsionne les graisses neutres, c'est-à-dire qu'elle les divise en une infinité de globules microscopiques, aptes à traverser le revêtement épithélial de l'intestin grêle. En outre, elle dissout, en partie, les savons et les acides gras. Ainsi préparées, les graisses sont absorbées par la vitalité propre de l'épithélium intestinal, qui d'ailleurs paraît susceptible, à lui seul, de les émulsionner un peu.

11 semble même que la bile ait le pouvoir d'exalter cette activité propre de la muqueuse intestinale, en ce qui concerne la saponification ainsi que l'absorption.

Claude Bernard avait enseigné que la bile ne sert pas à la digestion propre des graisses, ce rôle étant exclusivement dévolu au suc pancréatique. En réalité, les expériences de Dastre, de Minkowski, d'Abelmann, ont montré que la coexistence de deux sécrétions est nécessaire pour la préparation et l'absorption des graisses, et même elles ont étabU que des deux c'est la bile qui est la plus utile.

D'ailleurs, les recherches récentes semblent montrer que la bile favorise au plus haut point l'action de la lipase, c'est-à-dire de celui des ferments du suc pancréatique qui agit sur les corps gras.

En tout cas, la coexistence nécessaire du suc pancréatique et de la bile, pour la bonne digestion des graisses, expHque la disposition anatomique des conduits bihaires et pancréatiques ouverts par un orifice commun dans le duodénum. Cette disposition est commune à tous les mammifères qui consomment des ahments gras en plus ou moins grande quantité, et même, l'orifice commun des deux canaux est d'autant plus près du pylore, que l'animal mange plus de graisse.

On comprend aisément, d'après ces quelques considérations, les efi'ets nocifs que l'arrêt du cours de la bile peut produire dans la digestion intestinale des graisses. Ces effets sont connus et décrits depuis longtemps, et ona toujours insisté sur l'aspect gras des matières

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des ictériques, et des hommes ou des animaux porteurs d'une fistule qui empêche la bile de s'écouler dans l'intestin. Dans ces conditions, et même si le suc pancréatique arrive à l'intestin, les graisses sont à peine absorbées et on ne les retrouve pas dans les chylifères, de telle sorte que, en l'absence de bile, d'après René Gaultier, 57 à 65 p. 100 seulement de la graisse ingérée se trouvent utilisés.

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