‹ Manuel des maladies du foie et des voies bilairesChapitre 19 sur 210 · E. ROLE D'ARRÊT DES FERMENTATIONS PUTRIDES DE L'INTESTIN · texte numérisé non relu

E. ROLE D'ARRÊT DES FERMENTATIONS PUTRIDES DE L'INTESTIN

QuoN A ATTRIBUÉ A LA BILE : c'est uue conceptlon qui repose surtout sur ce fait que, chez les malades ictériques qui ne reçoivent plus de bile dans leur intestin, l'odeur des matières est particulièrement fétide et qu'il existe alors un énorme développement des gaz intestinaux. Il en serait de même, chez les chiens à fistule biUaire. Ce fait est certain, mais l'interprétation qu'on en donne est discutable. En effet, d'une part, il n'est pas démontré que la bile ait une action sur le développement des microbes, et, d'autre part, dans les cas où elle n'arrive pas à l'intestin, on peut douter que la fétidité des matières tienne à des phénomènes de putréfaction.

Le pouvoir antiseptique paraît, en effet, très problématique. E. Sergent a pu cultiver du bacille de Koch dans la bile, sans lui faire perdre aucune de ses propriétés; Copermann et Winston ont réalisé la même expérience avec d'autres bactéries.

Mais il y a plus : dans ces dernières années, une grande quantité

de travaux ont établi l'action favorisante de la bile et des sels biUaires sur les cultures des bacilles typhiques et paratyphiques, action rendue encore plus manifeste, par la persistance indéfinie de ces germes, dans la vésicule des malades guéris de la fièvre typhoïde.

Enfin Gilbert et Lippmann, en montrant l'existence normale et constante de germes aérobies et anaérobies dans la partie inférieure des voies biliaires, ont définitivement ruiné l'hypothèse du rôle antiseptique de la bile. Il est pourtant nécessaire d'ajouter, que Nicolle et Adel-Bey ont établi ce rôle antiseptique, à l'égard des bacilles morveux et pesteux; que Lesieur a fait la même démonstration avec le virus rabique et Vincent avec la toxine tétanique.

Mais ces dernières expériences ne sauraient infirmer les faits précédents, d'où il découle que, d'une façon générale, la bile ne peut guère empêcher le développement des germes intestinaux. D'ailleurs, il est bon de remarquer que les germes producteurs de fermentation putride sont principalement des anaérobies, et que ce sont précisément ceux qu'on a constamment isolés dans les échantillons de bile prélevée dans le cholédoque.

D'autres arguments peuvent encore être invoqués contre ce prétendu rôle antifermentescible, en particuUer la constatation que la bile exposée à l'air libre se putréfie toujours, en donnant de l'indol: elle n'a donc pas le pouvoir d'entraver le développement des germes déposés par l'air. Rôhmann a fait encore cette autre remarque intéressante : les matières des ictériques atteints de rétention biliaire ne seraient pas, comme on l'a dit, le siège de phénomènes de putréfaction marqués; en effet, les urines de ces malades ne contiennent pas les produits sulfo-conjugués qui correspondent aux fermentations putrides de l'intestin, et d'autre part on ne constate pas de diminution des substances albuminoïdes des fèces, ce qui devrait pourtant exister, en bonne logique, puisque la fermentation putride se fait aux dépens des substances quaternaires.

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