‹ Manuel des maladies du foie et des voies bilairesChapitre 20 sur 210 · F. MODIFICATIONS DES MATIÈRES FÉCALES, DANS LES CAS DE DÉFICIT · texte numérisé non relu

F. MODIFICATIONS DES MATIÈRES FÉCALES, DANS LES CAS DE DÉFICIT

BILIAIRE. De tout ceci résulte que le rôle antiseptique de la bile n'est pas net et que, sur ce point, il y a lieu de revenir au moins partiellement sur les doctrines classiques. Mais on doit retenir néanmoins de cet exposé que la bile joue un rôle important dans la digestion intestinale, et dans la constitution du bol fécal : ainsi l'on comprendra aisément toutes les modifications présentées par les matières en cas de déficit biliaire. Elles ne seront plus colorées, puisqu'elles ne contiennent plus de bilirubine. Elles seront privées de cholestérine, qui ne s'élimine que par la bile. On les trouvera surchargées de graisse qui n'est pas digérée, et même en matières albuminoïdes qui sont moins bien élaborées qu'à l'état normal. Enfin, le

PHYSIOLOGIE DE LA. CELLULE HÉPATIQUE

bol fécal, traversant plus lentement l'intestin dont les contractions ne sont plus sollicitées, perdra plus d'eau et pèsera moins. Tous ces ■caractères seront d'ailleurs étudiés en détail, lorsque nous ferons l'oxposé clinique des ictères par rétention.

2*^ Sécrétion de la bile. — A. valeur PHYsioLoaiouE de la. SÉCRÉTION. — La bile n'est donc pas un simple produit excrémcntitiel, et c'est ce qui explique, suivant la remarque de Bunge, que le cholédoque s'ouvre au commencement et non à la fin de l'intestin. En réalité, c'est une sécrétion mixte composée mi-partie de •déchets, mi-partie d'éléments utiles. Comme déchets, on peut citer les pigments biliaires et la cholestérine; comme éléments utiles, les acides biliaires.

Les premiers, rejetés par les matières fécales, peuvent passer en très faible quantité dans le torrent circulatoire, mais seulement pour être éliminés au niveau du rein. Les seconds ne doivent pas être perdus pour l'organisme. Aussi sont-ils repris par les capillaires sanguins de l'intestin, et ramenés par la voie porte au foie qui les utilise à nouveau.

B. TOXICITÉ DE LA BILE. — On voit donc qu'une partie de la bile, celle qui n'est pas faite de déchets organiques, est ramenée, tout au moins partiellement, dans le foie ; l'autre partie, celle que nous considérons comme excrémentitielle, ne saurait suivre la même voie : elle ne doit plus rentrer en circulation, car elle est nocive, et c'est à elle que la bile doit ses effets toxiques sur les divers protoplasmas cellulaires, exception faite pour les muqueuses digestives ; on sait en effet que, prise par les voies digestives, la bile ne se comporte nullement comme un poison organique. Elle produit seulement un léger effet purgatif; d'ailleurs, l'extrait de fiel de bœuf est utilisé dans ce but, en thérapeutique humaine.

Vis-à-vis des cellules du sang, globules rouges et globules blancs, la bile paraît au contraire très toxique, car elle les dissout. C'est une propriété commune à la bile de tous les animaux, et s'exerçant aussi bien sur les globules rouges d'animaux étrangers, que sur ceux appartenant à l'animal qui a fourni la bile. Ce n'est pas une propriété due à un ferment, car elle persiste après chauffage à 100°; mais elle parait liée à la présence des pigments biliaires, comme l'ont établi Bouchard, puis Stockvis et De Brun, Charrin et Carnot. Plus récemment, Rufer a montré que la toxicité disparaît, après fil- Iration sur charbon, opération qui a pour résultat de séparer les pigments de la bile. Elle s'exagère au contraire par addition de < hlorure de calcium, et ce résultat assez inattendu, doit engager les médecins à s'abstenir de ce médicament, lorsqu'ils soignent des hémorragies chez des ictériques.

Au cours de l'ictère, lorsque les globules rouges sont plongés dans un sérum sanguin dont la teneur en bilirubine croit progressivement, ils arrivent, par un phénomène de défense naturelle, à s'entraîner à la lutte contre le milieu ambiant défavorable, et présentent, ainsi que l'ont constaté Vaquez et Ribierre, une résistance plus marquée aux agents vulnérants.

Dans quelques cas plus rares, on peut trouver diminuée la résistance .des hématies contenues pourtant dans un sérum chargé de bile. Tantôt il s'agit de ces faits spéciaux d'ictères congénitaux sur •lesquels Chauffard, puis Widal, ont attiré l'attention, faits dans lesquels la fragilité globulaire est une cause et non un effet de l'ictère. Tantôt il s'agit de cas où, pour une raison quelconque, soit coUapsus des résistances vitales, soit accumulation trop brutale du poison biliaire, l'accouitumance n'a pu se faire et l'hématie résiste si peu qu'elle s'hémolyse facilement. Quelques auteurs ont vu, dans ce fait, l'expHcation des hémorragies profuses chez certains ictériques. Nous verrons, en étudiant le rôle sangum du foie, qu'une autre expUcation en peut être donnée.

La bile manifeste encore sa toxicité par d'autres symptômes. Injectée à l'animal à doses suffisantes, elle produit la somnolence, le ralentissement de la respiration, puis du cœur, et, si l'on msiste, des accidents convulsifs et paralytiques suivis de mort. Ces divers accidents peuvent être observés au cours de certains cas graves d'ictères.

C. MÉCANISME DE LA SÉCRÉTION BILIAIRE. — La sécrétiou bihairo est le résultat de l'activité générale de la cellule hépatique, protoplasme et noyau. C'est une sécrétion exothermique, ce qui permet de conclure qu'elle consiste en phénomènes d'oxydation. Elle est continue, comme l'activité même de la cellule hépatique, mais susceptible de varier du simple au triple, suivant les conditions physiologiques.

a) La première de ces conditions, la plus indispensable, c'est l'apport ■sanguin, car le sang fournit à la cellule tous les matériaux sur lesquels s'exerce son activité.

b) Après l'apport sanguin, le second élément physiologique indispensable est l'excitation nerveuse. A ce sujet, on ne possède cependant que des données assez rudimentaires, ce qui tient aux difficultés de l'expérimentation.

c) A ces causes primordiales, une troisième peut être ajoutée : V alimentation. Pendant le jeûne, la sécrétion se ralentit; elle reprend et s'accentue grâce à l'aUmentation.

Beaucoup d'autres causes sont susceptibles de faire varier l'activité sécrétoire du foie. Il est pratiquement très utile de les déter-

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miner, pour deux motifs principaux : d'une part, parce que les notions acquises depuis quelques années sur certaines formes de dyspepsies intestinales ont permis de les rapporter à une insuffisance de sécrétion biliaire; d'autre part, parce qu'on a pensé que le meilleur moyen de combattre les angiocholites, était de provoquer une sécrétion biliaire intense, afin de faire comme une chasse mécanique de la bile infectée.

D. LES PRINCIPAUX CHOLAGOGUEs. — Pour les raisons que nous venons d'indiquer, beaucoup d'auteurs se sont mis à la recherche des moyens d'augmenter l'activité sécrétoire du foie; mais les résultats acquis ne sont pas absolus, car, dans ce genre de recherches, il est souvent difficile de dissocier pratiquement ce qui est sécrétion proprement dite et ce qui est excrétion. De plus, presque toutes les expériences modifient tellement les conditions de l'activité hépatique, qu'on ne peut les considérer comme l'expression de la normale. Ces réserves faites, on peut admettre que certaines catégories d'aliments jouissent d'une propriété cholagogue. Ce sont, au premier rang, les albuminoïdes et, loin derrière eux, les hydrates de carbone. Quant aux graisses, alors que les uns leur dén'ent toute action, les autres leur accordent une grande activité excito-sécrétoire. Il semble que, dans la pratique, cette dernière opinion ait prévalu, car il est classique de donner le traitement huileux, dans certains cas où l'on veut augmenter la sécrétion ; mais l'action de cette thérapeutique est surtout mécanique, comme nous l'expliquerons ultérieurement.

Parmi les médicaments, c'est de beaucoup la bile et les sels biliaires qui constituent les plus actifs des cholagogues. Après eux, on peut, parmi les innombrables substances auxquelles on a prêté ce rôle, citer la térébenthine et ses dérivés, le benzoate de soude, le salicylate de soude et le salol.

Ajoutons, en terminant, que certaines pratiques couramment usitées en thérapeutique, telles que le lavement froid, agiraient non pas sur la sécrétion, mais sur l'excrétion.

3° Excrétion de la bile. — On peut lui assigner trois causes principales : la vis a tergo ; la compression des voies biliaires par les organes voisins ; la contraction péristaltique de ces voies.

A. La VIS A TERGO est réglée pour la bile, comme pour les autres sécrétions, par l'activité sécrétoire, sur laquelle nous venons de nous expliquer.

B. La COMPRESSION DES VOIES BILIAIRES PAR LES ORGANES VOISINS

se trouve réalisée surtout par le diaphragme, qui presse sur le foie à chaque inspiration, et exerce, de ce fait, une action directe sur la progression de la bile.

C. La CONTRACTILITÉ DES VOIES BILIAIRES iudue pluS quO tOUt lo

reste sur la progression de la bile. Cette contractilité coasiste en mouvements spontanés, rythmés, analogues à ceux de l'estomac ou de l'intestin. Le nerf qui préside à ces mouvements serait, d'après les anciens auteurs, le grand splanchnique, auquel il faudrait ajouter, d'après les recherches plus récentes de Courtade et Guyon, le pneumogastrique, particulièrement le gauche. Seulement, la contraction par le grand splanchnique est lente, tandis que celle du pneumogastrique est brusque. L'excitation du bout central de ce nerf, produit, au contraire, le relâchement des voies biliaires.

La contractilité des voies biliaires n'est pas tout dans l'excrétion de la bile. On tend à l'heure actuelle à accorder un rôle considérable au sphincter d'Oddi, qui ferme le bout du canal cholédoque. C'est l'inhibition de ce sphincter qui permet la chasse biUaire dans l'intestin. C'est sa contraction tonique qui maintient le cholédoque fermé, dans l'intervalle des digestions : grâce à elle, la bile qui ne peut s'écouler dans l'intestin s'accumule dans la vésicule, où elle se mélange au hquide sécrété par la paroi de ce réservoir, et où elle se •concentre par résorption d'eau.

D. MÉCANISBIE RÉFLEXE DE L EXCRÉTION BILIAIRE. Le Système

nerveux préside, d'ailleurs, aux mouvements combinés de contraction des voies biliaires (grand splanchnique) et de relâchement du sphincter d'Oddi. On localise le centre du tonus de ce sphincter, dans les ganghons sympathiques situés entre les fibres musculaires de l'intestin à son voisinage.

Dans la pratique, ce mécanisme nerveux est mis en mouvement par un réflexe : les excitations mécaniques et chimiques qui résultent du passage des ahments dans le duodénum déclenchent ce réflexe, «omme le fait, d'ailleurs, l'excitation isolée du bout central du vague, nerf sensitif de ces régions.

Mais les choses sont encore plus complexes qu'on ne pourrait le croire au premier abord, et des travaux récents ont beaucoup approfondi cette question.

Le point de départ a été la découverte de Pawlow, qui établit que le contact d'un acide sur la muqueuse duodénale est l'excitant spécifique de la sécrétion pancréatique.

Peu de temps après, deux physiologistes anglais, Bayliss et Starling, montraient qu'en faisant macérer dans de l'eau acidulée chlorhydrique un fragment de muqueuse duodénale, et en injectant ensuite cet extrait aqueux dans la veine d'un animal, on voit, quelques instants après, la fistule pancréatique préalablement établie, devenir le siège d'une sécrétion fort abondante.

Cette expérience montre donc, que la muqueuse intestinale contient une substance de nature inconnue, qui, sous l'influence de l'acide

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chlorhydriquc, donne naissance à un corps ayant, vis-à-vis du pancréas, un énorme pouvoir excito-sécrétoire ; c'est ce qu'on a appelé la sécrétine. Il était facile de déduire que le contenu gastrique naturellement acide, met en liberté de la sécrétine lorsqu'il arrive au contact du duodénum, et qu'ainsi il provoque la sécrétion pancréatique. Par la suite Victor Henri et Portier, puis Enriquez et Hallion, ont montré que la sécrétine agit autant sur la sécrétion biliaire que sur la sécrétion pancréatique, et même qu'elle agit plus tôt sur le foie que sur le pancréas, car elle est d'abord absorbée par les voies portes qui la mènent au foie.

Fleig, qui a beaucoup étudié ces phénomènes, pense qu'il s'agit là d'une action réflexe, car elle se produit même si l'on empêche la sécrétine d'être portée au foie par le système circulatoire.

On voit, en somme, que cette question très complexe n'est fas encore complètement résolue. En tout cas, il est remarquable de constater, avec quelle précision est réglée l'arrivée de la bile dans l'intestin, au fur et à mesure des besoins. On a même poussé l'analyse plus loin, et on a mis en lumière, l'existence d'un mécanisme régulateur qui permet de proportionner l'émission de bile aux besoins de la digestion. Kladnitzki a montré, en étudiant l'ingestion d'aliments simples (lait, viande et pain), que l'apparition de la bile dans le duodénum suit l'arrivée de ces aliments, dans des délais toujours identiques, et que la proportion de bile sécrétée est en raison directe de la quantité d'azote contenue dans les divers aliments.

E. SENSIBILITÉ DES VOIES BrLiAiRES. — Lcs voics biliaires possèdent une sensibilité assez vive, constatable sinon à l'état normal, tout au moins à l'état pathologique. Cette sensibilité fait comprendre les douleurs aiguës produites par le passage du calcul dans la colique hépatique. On sait que ces douleurs peuvent même se compliquer de divers accidents, et il est facile de reproduire expérimentalement tous ces accidents en excitant violemment la muqueuse biliaire d'un chien endormi. On a pu constater, dans ces conditions, outre le spasme des voies biliaires, du ralentissement et même de l'irrégularité du rythme cardiaque, une forte élévation de la pression dans la circulation pulmonaire, ce qui pourrait expliquer certains accidents parfois constatée chez l'homme, l'asystolie et même un brusque arrêt du cœur correspondant à la syncope mortelle.

ACTIONS DE LA CELLULE HÉPATIQUE SUR LES PRODUITS DE LA DIGESTION APPORTÉS PAR LA VEINE PORTE.

On. en peut distinguer au moins trois manifestations principales :

L'action sur les matières azotées ou albuminoïdes, à laquelle est liée l'uréopolèse ;

L'action sur les matières grasses ;

L'action sur les hydrates de carbone, à laquelle est liée principalement la fonction glycogénique.

Action sur les matières albuminoïdes et fonction uréopoiétique.

1° TRANSFORMATIONS QUE LA CELLULE HÉPATiaUE FAIT SUBIR AUX albuminoïdes PROVENANT DE LA DIGESTION. — Le foic reÇOit

les albuminoïdes, soit sous forme de peptones qui ont traversé directement la muqueuse intestinale, soit sous forme d'albumine, reconstituée par l'activité propre de cette muqueuse aux dépens des peptones fournies par la digestion. Il transforme en albumine parfaite, les peptones qui M arrivent en petite quantité, ainsi que l'ont démontré Bouchard et Roger. Des albumines reçues, le foie laisse passer la plus grande partie dans le sang circulant, après leur avoir fait subir une transformation inconnue, grâce à laquelle elles font désormais partie intégrante du sang, et n'ont plus d'action toxique sur lui, comme cela arrive, lorsqu'elles pénètrent dans l'organisme en dehors de cette voie normale. L'autre partie des albumines reçues, est utilisée par le foie, pour la formation d'une petite quantité de graisse et de sucre, ainsi que nous le montrerons plus loin.

Les substances albuminoïdes une fois introduites dans la circulation générale, seront comburées, et formeront des déchets qui ramenés au foie y sont transformés en urée.

2° La FONCTION uRÉopoiÉTiauE compte parmi les plus importantes et les plus anciennement connues. Deux questions sont à discuter à ce sujet : Comment le foie produit-il l'urée? Aux dépens de quels matériaux ?

A. Comment le foie produit-il l'urée? — La formation de l'urée doit être attribuée à un ferment soluble, sécrété par la cellule hépatique. Ce ferment peut être isolé par macération et filtration. S'il était besoin de fournir une nouvelle preuve de l'existence de ce ferment, on la trouverait dans une curieuse expérience de Gautrelet,

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qui récemment a montré que, après injection de fluorure de sodium, l'uréopoièse diminue très vite. Or on sait que le fluorure a pour propriété de paralyser l'activité des ferments. L'existence de ceux-ci ne saurait donc faire de doute ici ; même il semble qu'ils soient doués d'une grande activité, car, après la mort, ils forment de l'urée aux dépens des albumines propres de la glande : c'est là une des particularités de Vaiitolyse hépatique.

B. Aux dépens de quelles substances le foie forme-t-il l'urée? — Il semble que l'urée dérive des matières albuminoïdes ingérées et assimilées. D'innombrables expériences viennent à l'appui de cette idée, et l'on a même pu préciser les choses, puisqu'on a calculé que l'on retrouve dans l'urine environ les quatre cinquièmes de l'azote des albuminoïdes absorbées.

Toutefois, malgré tout, la question n'est pas encore complètement tranchée. On sait, depuis les recherches de Nencki, de Pawlow et de Zaleski, que le foie est incapable de former de l'urée directement aux dépens des matières albuminoïdes. Il faut donc qu'existent des réactions intermédiaires, entre la molécule d'albumine et celle d'urée. Les réactions, qui consistent sans doute en une série de phénomènes d'hydratation et de réduction, sont encore mal connues. Ce n'est pas cependant que l'on ignore tout de ces diverses étapes : ainsi l'on sait que la digestion intestinale ou tissulaire des albumines donne facilement naissance à des sels ammoniacaux divers, ou à des corps azotés voisins de l'ammoniaque au point de vue chimique, corps tels que le glycocolle, la leucine, la tyrosine, la xanthine.

Or, on a pu démontrer que le foie arrête et transforme directe^ ment en urée les sels ammoniacaux. Le fait a été mis hors de doute par des travaux dus à Minkowski et à une pléiade de physiologistes russes : Pour eux, la fonction uréopoiétique du foie, n'entre en jeu qu'en présence de doses toxiques d'ammoniaque. Quoi qu'il en soit, il est démontré au moins pour l'un des principaux dérivés des albuminoïdes, l'ammoniaque et ses sels, que le foie peut les transformer en urée. A côté de ce fait principal, beaucoup de points de détail restent obscurs. Mais cela n'empêche que soit très sûrement établie la fonction uréopoiétique du foie aux dépens des albuminoïdes.

Deux correctifs doivent cependant être acceptés : D'une part, il est probable que le foie peut, dans une petite mesure, faire de l'urée avec d'autres substances que les albumines alimentaires, et quelques physiologistes, en particulier M. Patein, ont pensé qu'il peut utiliser, à cet effet, l'hémoglobine.

D'autre part, il est certain que le foie n'est pas le seul organe susceptible de détruire l'ammoniaque, et de former de l'urée ; mais c'est sans aucun doute lui qui est le plus qualifié pour cette fonction.

L'étude des faits pathologiques apporte, à cet égard, une preuve décisive. Dans toutes les maladies spontanées ou expérimentales qui détruisent plus ou moins complètement les cellules hépatiques, qu'il s'agisse de dégénérescence ou de destruction proprement dite, on voit baisser la production de l'urée, quel que soit le régime alimentaire suivi par le malade.

3° FORMATION DE L'ACIDE uRiQUE. — Avaut d'abandonucr l'étude de l'action du foie sur les albuminoïdes, il nous faut rappeler qu'on lui attribuait, il y a peu d'années encore, la faculté de fabriquer de l'acide urique au même titre que de l'urée. Cette doctrine reposait principalement sur des recherches célèbres de Minkowski. A l'heure actuelle, elle est vivement combattue, et, en général, on attribue à l'acide urique des urines une tout autre origine. Il proviendrait de la décomposition des noyaux des cellules vieillies, en particulier des noyaux des globules blancs. Peut-être s'est-on trop hâté d'abandonner les idées anciennes, car, dans des travaux récents, Kowaleski et Salaskin semblent avoir démontré, avec précision ^ que le foie joue un rôle direct dans la formation de l'acide urique.

Action sur les matières grasses.

Le foie arrête et met en réserve une partie des graisses qui lui sont amenées {rôle adipopexiqiie). Il fabrique lui-même, en cas de besoin, de la graisse aux dépens des hydrates de carbone et des matières albuminoïdes {rôle adipogénique). Enfin, lorsque le besoin s'en fait sentir, il transforme et détruit les graisses accumulées {rôle adipoly tique).

lo Le ROLE ADiPOPExiQUE est, de tous, le mieux connu, car il peut être mis en lumière par des expériences assez faciles à réaliser. Soupçonné par Claude Bernard, il a été principalement étudié par Rosenfeld, Lebedeff, Munck, Gilbert et Jomier, Ramond.

La graisse, puisée dans l'intestin par les chylifères, passe dans la circulation générale où aboutissent les voies lymphatiques, et arrive au foie par l'artère hépatique. En outre, une certaine partie des substances grasses est directement absorbée par les capillaires sanguins, et atteint le foie par la voie porte.

Carnot et M"° Deflandre ont cependant fait remarquer, que l'activité de fixation n'est pas identique pour toutes les graisses. D'une façon générale, elle est maxima vis-à-vis de celles qui ont une provenance animale, telles que le lait et le beurre, et par là est indiquée la supériorité de celles-ci dans l'alimentation.

Une partie de la graisse ainsi retenue dans le foie, est reprise par la circulation générale : le sang de la veine sus-hépatique,

PHYSIOLOGIE DE LA CELLULE HÉPATIQUE

Ht

contient en efl'et, d'après les analyses chimiques, une coiiaine quantité de matières grasses. Une autre partie est consommée sur place r nous en parlerons quand nous nous occuperons du rôle adipolytique. Enfin le reste est excrété par la bile, non seulement au niveau de l'épithélium des conduits biliaires, mais encore et surtout parles cellules hépatiques elles-mêmes dans les capilUcules intra-lobulaires. Des conduits biliaires, elle passe dans l'intestin, mais il est vraisemblable que, arrivée là, elle peut être reprise par les chylifère& et rentrer en circulation. Cette graisse d'excrétion atteint parfois des proportions considérables, lorsque les ingestions ont été massives.. Ceci permet de comprendre l'action mécanique de certaines médications, telles que l'absorption d'huile d'olive à haute dose préconisée dans le traitement de la lithiase biliaire. Nous disons action mécanique, car nous avons indiqué plus haut que l'huile ne parait pas être un cholagogue.

La durée du séjour de la graisse dans la cellule hépatique ne sechiffre pas par heures, mais par journées entières. Elle s'accumule donc dans le foie d'un repas à l'autre. Le jeûne absolu ne dégarnit pas la glande de sa graisse, mais en diminue la proportion. L'alimentation grasse en excès détermine une surcharge, mais elle ne. suffit pas pour créer une véritable dégénérescence graisseuse, ainsi que l'ont montré Lebedeff et Forster. Il semble donc que, pour obtenir le foie gras chez les animaux, il faut, faire intervenir des poisons minéraux ou microbiens.

2° Le ROLE ADiPOLYTiauE OU LiPOLYTiQUE du foio paraît certain, quoique encore assez obscur. Il est en effet facile de constater, ainsi que l'a fait Drossdoff, que le sang de la veine sus-hépatique ne contient pas toute la graisse absorbée. Comme, d'autre part, l'élimination par la bile n'a lieu qu'au cas de surcharge graisseuse, il s'ensuit que le foie, ayant fixé une grande partie de la graisse alimentaire, ne peut indéfiniment accumuler celle-ci, s'il ne la digère au fur et à mesure. Il la décompose en ses éléments essentiels, glycérine et acides gras, et, si Ton s'en rapporte aux recherches de Ramond et Flandrin, la transformation serait même poussée plus loin, car le sang porteet le sang périphérique sont plus riches en glycérine que le sang sushépatique. La glycérine disparaît rapidement du foie ; elle est donc transformée par cet organe. Seegen, Chauveau, Rumpf croient quecette digestion hépatique de la glycérine donne du glycogène, opinion contre laquelle se sont élevés Bouchard et Desgrez.

Ramond a tenté d'analyser le mécanisme intime de l'action du foiesur la graisse. Il pense que, dans un premier temps, elle subit au contact de la cellule une préparation qui la rend fragile et instable. Cettepremière élaboration n'a lieu que si le pancréas et le foie fonctionnent-

harmonieusement. Dans le cas contraire, les processus normaux ne se font pas, et l'assimilation de la graisse se trouve troublée de ce chef. C'est ce qui explique l'amaigrissement si rapide au cours de certaines maladies du foie.

Après ce premier temps préparatoire, la graisse est attaquée par un ferment propre, la lipase, qui commence alors les dédoublements dont il a été question plus haut.

3° Le ROLE ADiPOGÈNE du foic reste le moins bien étabh. Il repose sur des inductions artionnelles, plus que sur des expériences très probantes. Il s'agit bien entendu ici de la formation de graisse par un foie normal, et non de la dégénérescence spéciale qui transforme en graisse la substance hépatique, et ne se produit que sous l'action de certaiiis poisons. Il paraît probable, néanmoins, que le foie, même à l'état normal, est susceptible de fabriquer de la graisse aux dépens soit des albuminoïdes, soit des hydrocarbones. Ce fait est admis, parce qu'on sait qu'un animal peut engraisser avec un régime exclusivement composé de l'une de ces catégories d'aliments, mais cette fonction est encore mal étudiée et peu analysée.

Action sur les hydrates de carbone et fonction glycogénique.

Ces deux propriétés méritent d'être rapprochées, car la fonction glycogénique dépend principalement, sinon exclusivement, de l'absorption des hydrates de carbone. Elles ont été découvertes et presque complètement étudiées par Claude Bernard qui, dans une série de recherches échelonnées à partir de 1855, a su élucider ce problème difficile, non sans de nombreuses controverses avec Pavy, Schiff, Ritter, Colin, Chauveau, Seegen. Nous en diviserons l'exposé, en une série de propositions qui permettront de mieux comprendre cette question encore assez complexe.

10 LE FOIE FABRIQUE DU SUCRE — En 1855, Cl. Bernard démontra que, privée de sucre par lavage et abandonnée à elle-même pendant quelques heures, la glande récupère le sucre perdu. D'autre part, si on dose le sucre dans un foie aussitôt après la mort, puis un peu après, on voit la proportion s'élever progressivement, sans doute parce que la circulation sangume n'entraîne plus au fur et à mesure le produit sécrété. L'accroissement du sucre est même très rapide, puisque, après- neuf minutes, la dose initiale se trouve quadruplée, et après vingt-cinq minutes elle est augmentée douze fois. Cette progression ne se maintient d'ailleurs que dans la première heure; elle se ralentit ensuite; puis elle cesse après vingt-quatx*e heures. ^. Une autre question intéressante est celle de la quantité de sucre

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sécrétée en vingt-quatre heures par le foie. On peut admettre que la glande fournit en moyenne, à l'organisme, environ

I 850 grammes de sucre par jour chez l'homme (Bouchard). Ce chiffre est assez comparable à celui qu'ont donné Seegen et Basch, après des dosages chez un chien de 10 kilogrammes. Ils ont estimé que le sucre produit par jour varie entre 70 et 140 grammes, ce qui, ramené au poids d'un homme normal, donne de 560 à 1020.

On a tenté aussi de déterminer combien de sucre contient un foie à l'état normal. Mais, étant donnée la rapidité de transformation du glycogène en sucre dès que le foie se trouve séparé du corps, on conçoit la difficulté d'une pareille mesure et on s'explique les divergences entre les auteurs : 0,2 à 0,6 p. 1000 (Pavy, Girard), 2 p. 1000 (Cl. Bernard), 5 p. 1000 (Seegen).

Enfin la nature du sucre hépatique a suscité quelques recherches. La plupart des auteurs, avec Nasse, Seegen, admettent que ce sucre est du glycose. Mais Bourquelot pense qu'il est impossible de se prononcer sur ce point.

2° LE FOIE FABRIQUE DU SUCRE AUX DÉPENS D'UNE SUBSTANCE SPÉ- CIALE, LE GLYCOGÈNE. — A. Existencs du glycogène. — Les expériences de Cl. Bernard montrant l'apparition progressive du sucre dans le foie isolé, laissaient déjà pressentir que cette substance n'est pas sécrétée telle quelle, mais qu'elle dérive d'un corps préalablement formé.

II démontra d'abord que la glycoformation hépatique ne se fait pas, si le foie a été soumis à l'ébullition; qu'elle n'a pas lieu non plus dans un foie desséché par l'alcool et pulvérisé; mais que, dans ce dernier cas, elle peut reparaître si l'on met la poudre de foie au contact de l'eau ; puis le célèbre physiologiste français émit alors l'hypothèse que le sucre se forme par une fermentation spéciale, aux dépens d'une sorte de fécule animale. Il fît mieux : en 1857, il isola cette substance, le glycogène, en la précipitant par l'alcool, et il la dosa simultanément; Hansen l'isolait aussi.

Depuis lors, ces expériences ont été reprises et reproduites par tous les physiologistes. On a pu perfectionner la technique relativement à l'isolement et au dosage du glycogène, mais on n'a rien modifié aux premières affirmations. On les a même confirmées de façon directe; en faisant des circulations artificielles dans des foies isolés, on a montré que l'apparition du glycose est parallèle à la disparition du glycogène.

11 est bon de rappeler encore, que l'on peut facilement transformer in vitro le glycogène en sucre. Il suffit de faire bouilhr une solution glycogénique acidulée avec un acide fort, et de maintenir l'ébullition assez longtemps et sous pression. On peut arriver au même résultat, en mettant au contact la même solution Dedove, AciiAni) cl Castaigne. — Tul/C digestif. III. 8

soit avec des fragments des principaux organes (foie surtout, mais aussi muscles, rein, cerveau, intestins, pancréas), soit avec des sucs digestifs variés (salive, suc pancréatique, bile) et même avec des cultures microbiennes.

B. Sous quelle influence se fait, dans le foie mort ou vivant, la transformation du glycogène en sucre. — Un grand nombre d'auteurs, reprenant l'hypothèse de Cl. Bernard, ont admis qu'il s'agit là d'un ferment spécial.Le fait que la glycoforraation est arrêtée parla chaleur ou l'alcool, a été considéré par beaucoup de physiologistes comme une preuve décisive de l'action fermentative, et il y a seulement eu quelques discussions sur le point de savoir si le ferment qui existe dans presque tous les organes, en particulier dans le sang, quoique à un degré moindre que dans le foie, tire son origine de la glande hépatique ou du sang même. Mais, à part cette question secondaire, on admet en général l'hypothèse d'un ferment spécial, obéissant aux lois générales des ferments, et susceptible d'être, comme eux, annihilé dans certains cas, au contraire surexcité dans d'autres.

Quelques physiologistes, et encore récemment Hirsch, ont insisté sur l'augmentation d'activité quo reçoit ledit ferment par l'adjonction de suc pancréatique. 11 y aurait là une manifestation nouvelle de la synergie hépato-pancréatique.

En regard de toutes ces opinions, qui admettent l'intervention d'un ferment spécial destiné à transformer le glycogène en glycose, il faut rappeler les idées de Dastre qui a soutenu, avec des arguments très séduisants, que cette réaction est la conséquence directe de l'activité des cellules hépatiques, sans qu'il y ait à faire intervenir, de leur part, la sécrétion d'un ferment soluble. On voit, en somme, que le mécanisme intime de cette réaction est encore un peu obscur.

État chimique du glycogène hépatique. — Le glycogène est à l'état diffus dans la cellule hépatique, et les réactifs le montrent plus abondant dans la partie du corps cellulaire située du côté de la branche intra-lobulaire de la veine sus-hépatique ; tel est l'état normal. Les granulations, décrites par Cl. Bernard, Robin et Schiff, sont dues à une mauvaise fixation.

Ainsi englobé dans la cellule, le glycogène se trouverait uniformément réparti dans le foie. Quelques auteurs, cependant, ont mis ce fait en doute et Sérégé, en particuher, croit pouvoir affirmer que, pendant les premières périodes digestives (phase gastrique), le foie gauche contient plus de glycogène que le droit,

D. Quantité du glycogène hépatique. — Elle est fort difficile à apprécier. Certains auteurs ont indiqué, comme normale chez les animaux, une proportion de 0,5 à 5 p. 100. D'autres, ayant tenté d'accroître le glycogène hépatique par des régimes spéciaux, sont

PnYSrOLOGlE DE LA CELLULE HÉPATIQUE- lir>

arrivés à des cliiffres plus élevés : 10 p. 400 et même 20 p. 100. , Pour l'homme normal, on ne possède que qu(3lques rares dosages faits ckez des suppliciés : ils ont donné 2 p. 100 à Larabling, entre 2,79 et 4 p. 100 à Garnier.

Somme toute, le glycogène est produit en abondance, par la cellule hépatique. Il est produit directement par elle et non préformé dans les éléments de l'alimentation. Peut-être y a-t-il un état préparatoire précédant le stade de glycogène, ainsi que Permilleux a tenté de le montrer, mais, en tout cas, on peut affirmer que la cellule hépatique réalise la synthèse de cette sorte de féouJe animale (Cl. Bernard), de même que la cellule végétale réalise celle de l'amidon. Et c'est le grand mérite de Cl. Bernard d'avoir le premier montré que l'une et l'autre utilisent les mêmes procédés peur leur nutrition.

3 OLE GLYCOGÈNE HÉPATIQUE EST FORMÉ PAR LE FOIE, PRINCIPALE- MENT AUX DÉPENS DES HYDRATES DE CARBONE, ACCESSOIREMENT AUX DÉPENS DES SUBSTANCES ALBUMmOIDES OU DES GRAISSES. LeS pliy-

siologistes sont d'accord actuellement, pour reconnaître que le glycogène se forme dans l'organisme par voie de synthèse, aux dépens des éléments apportés par l'alimentation. Mais les difficultés commencent, lorsqu'o-n tente de préciser quelle est la catégorie d'aliments la plus propre à former le glycogène, et ceci tient à des difficultés expérimentales qu'il est bon de signaler de suite. Pour étudier ce problème, fin soumet en général un animal à tel ou tel régime exclusif, puis, au bout d'un certain temps, on le tue et on dose le glycogène de son foie. Mais de ce que telle ou telle catégorie d'aliments fait augmenter le glycogène hépatique, il n'en ressort pas nécessairement qu'elle contribue directement à sa formation. Il est possible qu'elle ménage la dépense de glycogène, en se substituant à celui-ci dans les combustions organiques ; il est possible qu'elle ralentisse les combustions qui usent le glycogène ; on peut encore imaginer que les conditions '•xpérimentales surexcitent au contraire ces combustions, et empêchent de constater la teneur exacte du foie en glycogène. De tout ceci résulte que les chiffres fournis par ces expériences, n'ont pas une valeur absolue ; il est nécessaire de les interpréter.

A. Rôle des hydrates de carbone. —Malgré ces diverses difficultés, on admet que la principale source du glycogène, réside dans les hydrates de carbone fournis par l'alimentation.

Certaines réserves doivent cependant être apportées, relativement au rôle des hydrates de carbone. S'il est hors de doute que presque tous peuvent, après saccharification par les sucs digestifs, servir à la constitution du glycogène ; si par exemple l'ingestion de fécules, (amidon, glycose, dextrine, dextrose, lévulose, etc.) augmente la proportion du glycogène hépatique, d'autres sucres véritables n'ont pas

les mêmes propriétés. C'est ainsi que le saccharose, la maltose ne peuvent être utilisés que s'ils sont au préalable intervertis ; d'autres encore ne peuvent se transformer directement en glycogène, tels que le lactose et le galactose.

Néanmoins, avec quelques réserves, on peut admettre que les hydrates de carbone constituent l'origine principale du glycogène. Est-ce la seule? Depuis que la question s'est posée, un certain nombre d'auteurs se sont appliqués à démontrer que les albuminoïdes ou que les graisses peuvent jouer un rôle important dans la glycogénie, et peu à peu cette notion s'est créée, qu'en somme le foie peut faire du glycogène avec toute substance contenant du carbone dans sa formule de constitution.

B. Origine albuminoïde du glycogène. — Elle paraît bien douteuse, quoiqu'il existe en sa faveur un argument de valeur que fournit la clinique humaine; c'est le suivant : Tout diabétique à la période de tolérance peut, avec un régime exclusivement albumineux, continuer à fournir du sucre en abondance, et par conséquent fabriquer de grandes quantités de glycogène. Ce fait, très important, n'est cependant pas aussi décisif qu'on pourrait le supposer au premier abord. 11 faut, en effet, se rappeler que, par l'injection de phlorydzine dans le sang, on détermine instantanément une glycosurie marquée. Il est donc des circonstances où existe la glycosurie sans que soit augmentée la glycogénie hépatique, et le fait qu'un diabétique urine du sucre, alors que son régime est exclusivement carné, ne prouve pas, de façon irréfutable, que le glycogène peut être constitué, par le foie, aux dépens des matières albuminoïdes. D'autre part, on ne doit pas oublier que, dans l'alimentation carnée, les diabétiques absorbent souvent aussi des graisses, et il n'est pas absolument démontré que celles-ci ne soient pas la source du glycogène.

C. Le rôle des graisses dans la formation du glycogène a effectivement paru fort important à quelques auteurs, spécialement à Pfluger qui a pu suivre la série des réactions séparant le glycogène de la graisse. Presque tous les physiologistes sont tombés d'accord sur ce fait que l'ingestion de glycérine augmente le glycogène (Lûchsinger, H eidenhain). Seulement quelques-uns ont attribué cet effet à ce . que la glycérine est un aliment d'épargne (Weiss) ; quelques autres ont prétendu qu'il est en rapport avec une action d'arrêt exercée sur la transformation du glycogène en sucre, c'est-à-dire avec un arrêt du débit glycogénique (Ransom); le plus grand nombre, enfin, a conclu à un rôle réel exercé par les graisses dans la glycogénie.

On pourrait d'ailleurs apporter à l'appui de ces idées bien des preuves secondaires, parmi lesquelles nous choisirons les plus importantes. On a rappelé que l'absorption de féculents et de

PHYSIOLOGIE DE LA CELLULE IIIÎPATIQUE

sucres, favorise l'accumulation de la graisse dans l'organisme. Il y a donc des rapports biochimiques entre celle-ci et ceux-là. D'autre part, il est de notion classique que, dans certaines graines, les graisses oléagineuses se transforment en amidon et en sucre : le règne végétal offre donc un exemple certain du rôle des graisses dans la glycogénie. On en peut trouver d'aussi probants, chez les animaux et l'homme : Nattan-Larrier a montré qu'à la naissance le foie de l'enfant est très chargé en graisse et un peu en glycogène. Si on suit l'évolution réciproque de ces substances, on constate que, dans les premiers jours, la graisse disparaît, mais, en revanche, que le glycogène augmente.

En somme, si l'on résume l'ensemble des connaissances actuelles sur la question, il paraît probable que les graisses contribuent à la formation du glycogène hépatique. Il est possible, quoique encore douteux, que les albuminoïdes jouent le même rôle. Mais il est certain et universellement admis, que l'origine principale est constituée par les hydrates de carbone et les sucres de l'alimentation.

Il est une conséquence physiologique très importante, qui découle de ces données. Si le foie trouve dans les hydrates de carbone plus ou moins saccharifiés une source importante de matériaux nécessaires à la formation du glycogène, il doit, pour les utiliser, les arrêter au passage. Il en résulte qu'un foie normal puise, dans le sang porte, les hydrates de carbone saccharifiés, et les fixe'; mais, que le foie vienne à être malade, qu'il perde de sa valeur fonctionnelle, et les sucres non arrêtés passeront dans la grande circulation et seront éliminés par le rein : il y aura glycosurie, et, comme ce phénomène suivra nécessairement les repas, elle portera le nom de glycosurie alimentaire. C'çst un syndrome sur lequel nous reviendrons. Mais nous voulons montrer, dès maintenant, la valeur physiologique de ce signe. Il a d'ailleurs été constaté dans toutes les expériences où l'on a, par un moyen quelconque, entravé la vitalité hépatique. Une des plus probantes, à cet égard, est celle qui a été réalisée par Bierry et Mayer à l'aide du sérum hépatotoxique (1). On sait qu'on peut obtenir par une préparation spéciale un sérum qui, injecté à un animal donné, se montre nocif pour les cellules de son foie, et seulement pour elles.

(1) La production du sôruin liùpat.utoxiquo résulte d'une application particulière des s6rums cytotoxi(iuos et d'une façon générale de la tliéorie des anticorps due à Bordel. Cette tliéorie est la suivante ; si l'on injecte à un animal donné, des fragments d'un organe ou d'un tissu quelconque, on provoque la formation de ' orps spécialement toxiques pour cet organe ou ce tissu, et, en renouvelant, souvent cette injection, on détermine une jiroduction d'anticorps assez considérable pour (|u'une petite (piantité du sérum do l'animal en contienne sul'lisammcnt. Tels sont les principes qui président h la pn'paration des sérums cytotoxiqucs, et en particulier de l'Iiépatotoxique.

Or, les auteurs précités ont montré que, après avoir provoqué ainsi une lésion rigoureusement élective du foie, on détermine de la glycosurie chez l'animal en lui faisant aljsorber une petite quantité de sucre.

4° LE GLYCOGÈNE HÉPATIQUE EST SUSCEPTIBLE DE VARIER DANS LES PLUS LARGES PROPORTIONS, BOUS L'INFLUENCE DE CERTAINES CON- DITIONS PHYSioLOGiauEs OU PATHOLOGIQUES. — Un grand nombre de causes de variations peuvent être citées, mais il convient d'en distinguer au moins quatre catégories.

A.Variations corrélatives des apports. — Il est certain que l'alimentation constitue la source commune du glycogène. Nous avons étudié l'influence spéciale des diverses catégories d'aliments, et nous avons vu comment les physiologistes, en observant celles-ci, ont pu déterminer l'origine probable du glycogène. D'une façon générale, l'alimentation suffisante augmente le glycogène, le jeûne le diminue ; mais il est très difficile d'obtenir, par le jeûne, une disparition complète, et celle-ci ne se produit que peu de temps avant la mort de l'animal. En dehors des diverses catégories d'aliments que nous avons précisées, certains corps paraissent susceptibles d'agir sur la production du glycogène : l'asparagine, le glycocolle, le carbonate d'ammoniaque l'augmentent. Dans le même ordre de faits, il faut placer l'action excitante ou retardante exercée par les causes qui modifient la circulation sanguine du foie : si on l'entrave expérimentalement [ligatures, injections thrombosantes, injections vaso-constrictives d'adrénaline dans l'artère hépatique ou la veine porte], la glycogénie est diminuée ; si on l'accélère (injections vaso-dilatatrices), alors la glycogénie est augmentée.

B. Variations dans la consommation organique du glycogène. — On comprend que, lorsque l'organisme use de plus grandes quantités de sucre, la quantité contenue dans le foie puisse diminuer à un moment donné, et que, par là, se trouve restreinte en apparence la glycogénie hépatique. C'est ainsi que les exercices musculaires violents, le séjour à des températures très basses ou à des températures très hautes, la fièvre et les maladies fébriles, diminuent la proportion du glycogène hépatique.

C. Variations dans l'activité propre de la cellule hépatique. — Quand la cellule hépatique est fatiguée ou malade, le pouvoir glycogénique est diminué. Ainsi en est-il, à la suite d'intoxications par le phosphore ou l'arsenic ; ainsi encore au cours de l'auto-intoxication causée par la rétention de la bile dans le foie.

La glycogénie augmente au contraire quand la cellule est surexcitée, comme il peut arriver lorsqu'elle est mise au contact du suc pancréatique, qui joue à son égard le rôle d'une kinase puissante.

PHYSIOLOGIE DE LA CELLULE HÉPATIQUE

D. Variations parallèles à celles des excitations nerveuses sécrétoires. — L'organisme est muni d'un appareil nerveux de régulation, grâce auquel il sollicite ou retarde la production du glycogèae dans le foie, suivant les besoins du moment. Il paraît vraisemblable que le centre de ce réflexe se trouve au niveau du bulbe.

'a) Centre sécréioire. — L'hypothèse d'un centre bulbaire de la glycogénie remonte à l'expérience célèbre de Claude Bernard qui, chez un chien, produisit de la glycosurie par piqûre du bulbe en un point limité. Il interprétait cette expérience de la façon suivante : sous l'influence de l'excitation produite par la piqûre du centre de la glycogenèse, le foie met en circulation des quantités de sucre tout à fait anormales et celles-ci sont éliminées du sang par le rem : d'où la glycosurie. Cette hypothèse est en effet beaucoup plus plansible que celle qui attribue la glycosurie ainsi produite à un arrêt de la consommation organique du sucre, et exphque par ce seul fait la cause de l'accumulation du sucre dans le sang. D'ailleurs, on a montré que la piqûre du bulbe ne peut produire la glycosurie quand l'animal est privé de son foie, ce qui prouve que l'action de la piqûre est bien directement excito-sécrétoire pour la glycogénie et non frénatrice de la consommation du sucre.

h) Vaies nerveuses centripètes. — Elles paraissent nettement loca- Msées dans le pneumogastrique. En effet, les expériences de Cl. Bernard, reproduites plus tard et complétées par Eckard, ont établi que la section des nerfs vagues au cou, arrête la production de sucre dans le foie, après l'avoir momentanément accrue, ce qui est d\i à l'excitation produite par la section. Si d'ailleurs on ii-rite le bout central du nerf coupé, la glycosurie reparait. La direction centripète des excitations glycoformatrices dans le Vague, est encore prouvée par ce fait que, même avec le nerf coupé, la piqûre du bulbe produit toujours la glycosurie.

On a pu préciser davantage encore ces notions, et on a montré que la portion du pneumogastrique — d'où partent principalement les excitations glycoformatrices — est formée des filets pulmonaires; en effet, si on excite le pneumogastrique au-dessous d'eux, on n'obtient aucune glycosurie. Cette constatation est d'un intérêt considérable, car on peut imaginer que la muqueuse pulmonaire est douée d'une sensibilité spéciale, qui lui permet d'apprécier la quantité d'acide carbonique éliminée. Celui-ci est le résidu des combustions organiques et, suivant qu'il s'en élimine plus ou moins, il part de l'alvéole pulmonaire des excitations nerveuses qui, par voie réflexe, arrivent au foie et déterminent la mise en liberté d'une quantité de combustible, c'est-à-dire de glycogèno, proportionnelle à ce qui a été brûlé. Il faut encore savoir que, en dehors du pneumogastrique, tous les nerfs

peuvent, au cours d'une excitation violente, réagir sur le centre bulbaire et modifier la glycogénie; une irritation \ive du sciatique, une lésion cérébrale, surtout au voisinage de l'hypophyse, une cause psychique peuvent déterminer la glycosurie.

c) Voies nerveuses centrifuges. — Ces voies, par lesquelles les excitations parties du bulbe gagnent le foie, paraissent suivre les nerfs splanchniques, car la piqûre du bulbe ne produit jamais de glycosurie chez l'animal, si l'on a au préalable sectionné ces nerfs (Cl. Bernard). Des expériences très délicates deEckard, ont montré en outre que l'excitation quipasse par les splanchniques, ne provientpas directement du bulbe et qu'elle doit passer par les ganghons cervicaux du sympathique, en particulier par l'inférieur. Ce sont là des faits assez complexes, qui montrent seulement que le mécanisme des excitations hépatiques n'est pas simple, qu'il est mis en jeu non seulement par le centre bulbaire, mais encore par une série de centres médullaires cervicaux, et que les excitations sécrétoires, quelles qu'elles soient, sont soumises au contrôle du système sympathique.

En somme, ce qui paraît hors de doute, c'est l'existence d'un centre bulbaire et d'une voie nerveuse centripète passant par le nerf vague, véritable organe régulateur qui permet à l'organisme de proportionner à ses besoins constamment variables la formation du glycogène et du sucre. On voit, en outre, combien de causes différentes peuvent faire varier cette fonction du foie, et on comprend combien il est difficile au physiologiste de déterminer avec précision si telle ou telle substance favorise la glycogénie, alors que toujours il doit se demander si les différences constatées tiennent réellement à des variations dans la formation, ou à des différences dans la consommation, différences que tant de causes paraissent susceptibles de produire.

5° LE GLYCOGÈNE FORMÉ DANS LE FOIE EST RÉPARTI PAR LE SANG DANS LES DIVERS TISSUS ET ORGANES, EN PARTICULIER DANS LES MUSCLES AUXQUELS IL FOURNIT L'ÉNERGIE NÉCESSAIRE A LA CON

TRACTION. — On sait que le glycogène, extrêmement abondant dans tous les tissus du foetus, existe normalement, chez l'adulte, dans un très grand nombre d'organes : pancréas, poumons, glandes salivaires et génitales, mais surtout dans les muscles où sa proportion moyenne est de 0,25 p. 100 (Rouget et Colin). On n'en trouve néanmoins nulle part autant que dans le foie, et Seitz a calculé que cette glande contient, à elle seule, le quart du glycogène réparti dans tout l'organisme. Ce simple fait semble donc indiquer, que tout le glycogène extra-hépatique provient du foie. Pourtant, certains doutes ont été émis à ce sujet. Déjà autrefois Quinquaud, Kiilz, puis plus récemment Pugliesi, ont soutenu que le glycogène peut être, dans une petite proportion, fabri-

PHYSIOLOGIE DE LA CELLULE HÉPATIQUE

que en dehors du foie, et Pugliesi a cru démontrer que les muscles comptent parmi les plus importantes de ces sources extra-hépatiques du glycogène. Mais la question n'est pas définitivement jugée et l'on doit, à l'heure actuelle, tenir encore pour certain que tout ou presque tout le glycogène des tissus, ainsi que tout le sucre du sang, est fourni par le foie.

Le glycogène fournit aux divers tissus l'énergie nécessaire à leur vitalité. C'est surtout pour les muscles que le fait a été bien démontré : les expériences célèbres de Chauveau et Kauffmann ont nettement établi ce fait. Elles ont d'ailleurs montré que normalement le muscle puise son énergie dans le glycogène transformé en sucre que charrie le sang, et ce n'est qu'en cas de surmenage qu'est attaquée la réserve glycogénique contenue dans le tissu musculaire même. Ce qui contribue à montrer le rôle du glycogène dans la contraction musculaire, c'est que cette substance disparaît du muscle d'abord, puis même du foie, lors du surmenage musculaire. Au contraire, dans les muscles paralysés, le glycogène s'accumule. Il ne faudrait d'ailleurs pas croire que le glycogène soit la seule source d'énergie musculaire, et Pflûger, qui s'est élevé contre cette idée, a démontré que l'albumine, les graisses, et les autres hydrates de carbone, peuvent fournir une partie de cette énergie.

En dehors de l'énergie musculaire, le glycogène constitue encore l'élément de la vitalité d'un grand nombre de tissus. Aussi le trouve-t-on en abondance dans ceux qui sont en voie de formation, et en particulier dans les tumeurs malignes.

On voit de quelle utilité est cette substance pour l'activité organique, et l'on comprend l'importance du mécanisme nerveux dont il a été question plus haut, et grâce auquel l'organisme peut régler la production glycogénique.

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