CHAPITRE PREMIER
ANATOMIE DU FOIE ET DES VOIES BILIAIRES APPLICATIONS A L'EXPLORATION PHYSIQUE DU FOIE ET DES VOIES BILIAIRES SUR LE VIVANT ET SUR LE CADAVRE
I. ANATOMIE DESCRIPTIVE DU FOIE NORMAL ET PATHOLOGIQUE Caractères physiques du foie.
Lorsqu'on étudie un foie humain sur la table d'autopsie, il est rare que l'on puisse affirmer qu'il s'agit d'un viscère absolument normal ; la maladie cause de la mort, l'agonie même et la cadavérisation, peuvent avoir modifié singulièrement l'aspect, le volume et la consistance du foie. Ces réserves étant faites, il faut néanmoins établir .'es dimensions et l'aspect habituel du foie, afin de posséder comme un étalon de mesure auquel on puisse comparer les foies pathologiques.
POIDS. — Le foie est le viscère le plus lourd de l'organisme. Vide de sang, il pèse de 1 400 à 1 500 grammes. Ce chiffre est loin d'être fixe, et certains anatomistes ont admis que le poids du foie normal peut varier dans de larges Hmites, du simple au double suivant les individus. Le poids brut du foie cadavérique est différent du poids physiologique. Celui-ci se rapporte au foie normalement distendu par le sang : on l'estime de 500 grammes supérieur au précédent. La quantité de sang contenue peut d'ailleurs varier, et pour l'apprécier, il faut, lorsqu'on examine des. foies gorgés :de sang, peser l'organe avant et après les sections multiples que nécessite l'examen nécropsique. On peut ainsi apprécier la quantité de sang qui s'est écoulée des surfaces de coupe. C'est une mesure grossière de la congestion hépatique, mais elle peut être intéressante dans certains états, tels que la congestion d'origine asystolique.
VOLUME. — 11 varie dans les mêmes conditions que, le poids, c'est dire qu'il dépend du développement général du corps, de l'âge et du sexe des sujets. A première vue, l'appréciation des variations do volume paraît chose facile. Ce n'est exact que lorsqu'il s'agit do modifications importantes. Pour des différences légères, l'écart n'est pas toujours
facilement décelable. Normalement les dimensions transversales du ïoie (hauteur) sont fixées à 28 centimètres avec des oscillations possibles entre 22 et 37 ; les dimensions antéro-postérieures (largeur) sont de 17 centimètres avec une marge d'écart allant de 15 à 22 ; ■€nfm, les dimensions verticales (épaisseur) sont de 8 centimètres, mais •on peut observer les chiffres extrêmes de 5 et de 11 centimètres suivant que le foie est du type plat ou du tyi^e bombé.
POIDS SPÉCIFIQUE. — Il coustituc uuc mcsurc importante, car, à l'état normal, le foie est beaucoup plus dense que les organes qui l'entourent, atteignant, d'après Krause, les chiffres de 1,06 à 1,08, tandis que dans quelques états patho'o piques, et notamtr.ent c'ans la dégénérescence graisseuse, la densité peut se rapprocher de l'unité. C'est pourquoi, dans certains cas, des petits cubes taillés dans le foie et jetés dans un récipient contenant de l'eau, ont tendance à ne pas tomber rapidement au fond. Cette épreuve, dite de la docimasie hépatique, peut présenter un certain intérêt, comme l'ont à juste titre établi Roger et Garnier.
COULEUR. — Rouge brun à l'état normal, elle peut varier pour bien dés causes. Pour peu que la cadavérisation soit un peu avancée, •cm voit que si la partie supérieure est restée normale, la surface inférieure prend une teinte verdâtre ou brunâtre, due soit aux matières colorantes de la bile qui ont diffusé hors de la vésicule ou des canaux extra-hépatiques, soit à l'action de gaz putrides issus de l'iatestin et parfois même de l'estomac. Si la putréfaction est un peu plus avancée, l'organe est grisâtre et parsemé de petites bulles inégales extrêmement serrées les unes contre les autres. Cet aspect est prodvit par les gaz que dégage le développement des microbes anaérobies ■qui, après la mort, peuvent passer des voies de la circulation biliaire dans le parenchyme hépatique. A l'état physiologique, la couleur du foie peut encore devenir plus ou moins foncée, suivant la quantité de sang contenu. Enfin, àl'état pathologique, de grandes variations s'observent. Le foie devient jaune pâle dans la dégénérescence graisseuse, vert-olive ou jaune vif sous l'influence d'une imprégnation biliaire excessive; il est violacé dans la congestion passive des asystoliques.
SURFACE DU FOIE.. — Elle cst habituellement lisso, exceptiou faite des dépressions normales que nous aurons à décrire. Elle donne au doigt xme sensation de parfaite régularité. Anormalement, et principalement ■dans les cirrhoses, la surface de l'organe devient irréguhèrement granuleuse. Parfois, au lieu de granulations, on observe des sillons profondément tranchés rappelant ceux que déterminent les ficelles entourant un morceau de viande préparé pour la cuisson, d'où le nom de foie ficelé qui leur a été donné : ce sont généralement des foies syphitiques. Quelquefois enfin la surface de l'organe est seulement soulevée
de place en place par des saillies régulières ou non, allant de la grosseur d'une noisette à celle d'une orange : tel est l'aspect que peuvent déterminer des abcès, des gommes, des kystes hydatiques, des noyaux cancéreux superficiels. Ces saillies peuvent ou non, suivant les cas, trancher par leur coloration, sur le fond jaune brunâtre de la glande.
CONSISTANCE. — A l'état normal, elle est ferme et rénitente. En réalité, d'ailleurs, le foie est moins ferme qu'il ne le paraît, et si on l'examine, non pas au travers de sa capsule et de son enveloppe péritonéale, mais directement, comme il est possible de le faire sur une surface de section, on le trouve beaucoup plus mou. Cette mollesse est d'ailleurs infiniment plus marquée sur le vivant que sur le cadavre, et à diverses reprises les chirurgiens ont insisté sur la sensation un peu inattendue que donne à la main le foie normal, au cours des opérations..
Les modifications de la consistance du foie peuvent, au cours desautopsies, comme d'ailleurs sur le vivant, fournir de précieuses indications. Qua:nd elle est considérablement accrue, que le foie est véritablement dur, on peut penser soit à une cirrhose, soit à un cancer massif; en tout cas, on peut affirmer une lésion. Quelquefois aussi la consistance peut être fort diminuée, et dans la dégénérescence aiguë,, qui correspond au syndrome clinique de l'ictère grave, elle est tellement modifiée que le viscère, posé sur la table d'amphithéâtre,, s'étale un peu à la manière d'une vessie à demi remplie de liquide. Malgré sa consistance molle, le foie est fort peu élastique, et ceci exphque qu'il soit très friable, et qu'il se déclùre facilement lors des traumatismes de la paroi abdominale.
La présence sur la surface hépatique d'un certain nombre de dépressions qui correspondent aux organes voisins, a permis de penser que la glande est douée d'une certaine plasticité. En réalité, pour beaucoup d'auteurs, cette plasticité n'existerait pas sur le vivant et ne serait qu'un phénomène cadavérisation.
Description du foie.
La forme du foie est assez irrégulière : on peut lui décrire cependantdeux faces (antéro-supérieure et postéro-inférieure), un bord antérieur, un bord ou face postérieure, deux extrémités, l'une droite, l'autregauche.
l"Face antéro-supérieure. — Convexe dans sa totalité, elle est divisée en deux parties inégales par l'insertion d'un repli du péritoine appelé ligament suspenseur. Bon nombre de lésions hépatiques ou péritonéales se localisent au tour de l'insertion de ce repli membraneux.
Les doux surfaces séparées par lui constituent le lobe gauche et le lobe droit, ce dernier beaucoup plus étendu que l'autre, au moins chez.
l'adulte, car il n'en est pas de même chez le fœtus. Cette division est d'ailleurs purement superficielle, et ne se continue en rien à l'intérieur de la glande. La ligne de division est pourtant quelquefois marquée par une dépression plus ou moins profonde, qui constitue comme un étranglement. Lorsque cette disposition s'exagère, elle transforme
le lobe gauche en un organe à peu prés indépendant du foie, auquc-f il demeure attaché par une sorte de charnière, autour de laquelle il peut exécuter des mouvements étendus.
La face supérieure du lobe gauche offre quelquefois une légère empreinte due au cœur ; celle du lobe droit reste à peu près régulière.
2° Face postéro-inférieure.—EWe est presque plane, et présente une série de dépressions et de saillies. Deux sillons antéro-postérieurs à peu près parallèles permettent d'y distinguer une zone moyenne et deux zones latérales.
ANATOMlli; DESCRIPTIVE DU FOIE ET DES VÛ1K3 D1LIÂIRE5.
A) Le SILLON GAUCHE cu PRINCIPAL sépare les deux lobes et correspond sensiblement à la ligne d'insertion du ligament suspenseur. A sa partie antérieure il loge le cordon fibreux de la veine ombilicale ou ligament rond ; dans sa partie postérieure, le canalveineuxd'Aranzi, vestige d'une veine qui réunissait chez le fœtus la veine ombilicale à la veine porte. Lorsqu'on fait l'autopsie d'un foie, il faut toujours chercher si la cicatrice fibreuse existe et si le canal n'est pas resté perméable.