CHAPITRE I
Du Toucher,
§. i32. Les parties génitales , et celles qui concourrent à l'enfantement , peuvent être, comme on l'a observé plus haut, non seulement viciées ou malades , mais elles éprouvent en outre divers changemens , soit par la défloration, par la grossesse, ou par l'enfantement et pendant les couches ; ainsi cju'il sera démontré par la suite.
§. i33. La reconnoissance de ces différens états des organes de la génération étant très
nécessaire a la sage-femine, nous allons indiquer lamanière d'ehfaire la recherche: opération qu'on appelle le Toucher , parcequ'on y procède principalement par le tact.
§. 134. L'on pratique le toucher aux fins de reconnoître : 1) si une personne possède l'aptitude h la génération et à l'accouchement ; conséquemment si ses organes destinés à ces fonctions sont bien ou mal conformés. 2) Si une personne est en état de virginité, ou de défloration, et si elle a enfanté ou non. 3) Pour découvrir si elle est enceinte , et en ce cas le terme de sa grossesse; si celle-ci est utérine ou extra-utérine, simple ou composée; si l'enfant est mort ou vivant; si c'est une fausse grossesse etc. 4) Si l'heure de l'enfantement est proche , si elle est déjà arrivée, ou à quel point l'accouchement est avancé ; dans quelle position l'enfant se présente ; de quelle manière s'opère la délivrance, et quelles sont les circonstances qui exigent le secours de l'art. 5) Pour se convaincre après l'accouchement de l'état des parties de la génération. 6) Pour s'instruire si une personne est nouvellement accouchée ou non. 7) Enfin pour découvrir un grand nombre de maladies de différentes espèces.
§. i35. Ce qu'on vient de dire suffira pour juger que l'art du toucher est une science des plus importantes pour la sage-femme. Ce n'est
qu'au moyen du toucher qu'elle obtient la certitude convaincante sur l'objet de ses recherches; c'est sur le toucher, qu'elle règle ses fonctions dans les accouchemens ; de son exécution bien ou mal exercée dépendent souvent la santé, et l'éloignement du plus imminent danger, comme aussi la vie de la mère , de l'enfant , ou même de tous deux ; l'honneur, la réputation d'une femme, quelquefois le sort d'une famille entière , et par réaction la tranquilité de cous*cience, et la réputation de la sage-femme.
Comme il est très difficile d'acquérir avec assurance une grande dextérité dans l'exercice de cet art, on ne sauroit trop recommander aux jeunes sage-femmes de le pratiquer fréquemment, en commençant de préférence sur des corps morts , puis sur des filles et enfin sur les femmes grosses etc.
§. x36. Ces recherches se divisent en externes et en internes', les externes ont pour objet l'examen des mamelles , du bas-ventre et de la surface externe du bassin. On y procède a l'égard des deux derniers à main ouverte , et quant au sein par le bout des doigts. Par le toucher intérieur on recherche les parties molles de la génération, la cavité du bassin , les parties de l'enfant qui se présentent dans le travail. On touche intérieurement du doigt indicateur seul , ou conjointement avec celui du milieu .
ou des quatre doigts sans le pouce, (jamais a trois, ) ou enfin de la main entière, le bout des doigts reunis , et dont par un mouvement de rotation on doit faciliter l'introduction.
§. 137. Selon le cas et le but de la recherche on peut toucher la femme dans quatre différentes situations, savoir: debout, assise, couchée et à genoux.
Debout on peut également pratiquer le toucher sur toutes femmes en bonne santé, et sur celles en enfantement pendant les deux premiers périodes du travail , cette attitude étant la plus commode pour y procéder. La sage-femme , assise sur une chaise basse, prend la femme entre ses cuisses, de manière que celle-ci, en effaçant l'une de ses épaules , porte le bras de l'autre sur l'épaule de la sage-femme , qui alors touche la femme d'une main, en la tenant de l'autre autour de sa ceinture.
§. i38. Assise on peut toucher toute femme en santé, et celles en enfantement durant tout le cours du travail ; mais particulièrement les malades qui ne se tiennent pas volontiers debout ou couchées. Elles peuvent être assises sur un lit, sur un lit de repos, ou sur une chaise ; mais de manière que les fesses se reposent sur le bord du lit, ou de la chaise, et que le corps soit appuyé contre son dossier. La sage-fémme se
placera devant, ou à côté de la personne, soit assise, ou debout. Si elle est deyant la personne, elle appliquera une main sur son ventre; placée à côté , elle soutiendra la femme en passant un bras autour de sa ceinture.
§• 139. Couchée ) on exerce le toucher sur toutes les femmes malades , ou en couche , ou en travail , et notamment dans les dernières périodes de l'enfantement. La femme est couchée ou sur le dos , le derrière relevé , ou sur le côté. Dans la première situation la main qui recherche se portera de l'un des côtés par-dessous, ou mieux encore par-dessus, la cuisse de la femme aux parties de la génération , tandis que l'autre main sera appliquée aux reins , ou sur son ventre. Si la personne se trouve tournée sur le côté, on lui passe un coussin entre les genoux , ou bien une aide lui soulève une cuisse ; la sage-femme fait Mors sa recherche par derrière d'une main, soutenant de l'autre les reins du sujet.
§. 140. La recherche sur la femme à genoux ne se pratique , que dans certains cas de déviation de la matrice ou de mauvaise position de l'enfant. Quand l'un ou l'autre a lieu, on place la femme à genoux sur un lit de repos , appuyée sur ses coudes et la téte penchée , ou bien dans la même posture sur ses jambes devant une chaise; la sage-femme, se tenant à côté de la
personne, dirige une main par derrière aux parties génitales , en soutenant de l'autre le ventre.
§. 141. Quelles que puissent être l'attitude et l'intention dans lesquelles on pratique le toucher } il convient essentiellement d'y observer en général les règles suivantes : 1 ) d'exercer cette importante recherche avec gravité et décence , mais surtout avec adresse 5 en tachant 2) d'offenser le moins possible la pudeur de la personne qu'on recherche. Pour cet effet on apportera sur place sans appareil affecté , ni ostentation, ce qui est . nécessaire ; on éloignera tout témoin inutile , et si le cas n'exige pas un changement d'attitude, la recherche se fera dans celle que la personne occupe ; on ne la découvrira qu'autant qu'il sera indispensablement nécessaire, et pendant la recherche on détournera ses regards du sujet. 3) ïl importe encore d'opérer sans rudesse, mais avec douceur, pour ne pas causer de douleur à la femme ; par la même raison il convient encore de graisser par quelque douce onctuosité , ou mucilage , les doigts qui doivent servir au toucher interne ; la main doit être chaude , les ongles doivent être coupés et point acérés ; on n'introduira pas plus de doigts qu'il n'en faut , et on les appuyera toujours sur le périnée et la paroi postérieure du vagin, en suivant l'axe du bassin, et les retirant avec la même circonspection , avec laquelle ils ont été introduits. /,) Lorsque les circonstances
le demandent, on placera cependant la femme dans l'attitude la plus convenable au but qu'on se propose. 5) Il n'est pas moins important de s'habituer a faire dans un certain ordre et avec précision la recherche des parties qui en sont l'objet, et de n'en abandonner aucune sans s'être assuré de son état. 6) On s'abstiendra de fatiguer le sujet par d'autres recherches , que celles des parties .dont on veut reconuoître l'état , c. a. d. on ne leur donnera pas plus d'étendue que ne l'exige la circonstance. 7) Enfin la sage-femme doit savoir aussi-bien toucher d'une main que de l'autre 5 elle s'abstiendra de travaux qui rendent les mains insensibles et dures, mais elle les entretiendra au contraire propres et saines.
§. 142. Si un toucher complet a lieu , il doit être commencé extérieurement et de la suivi intérieurement. Les organes qu'on touche extérieurement sont les mamelles , puis le bassin et l'abdomen.
§. i43. Le toucher des mamelles se pratique du bout des doigts ; on ne se servira de la main de champ , que dans le cas où il est nécessaire d'en exprimer le lait ; cependant on peut également l'extraire par la pompe h lait. Dans cette recherebe il convient de se servir de la vue. On examine la conformation, la grosseur, la tension et la propreté des mamelles j la forme et la gran-
deur des mamelons, s'ils fournissent du lait, et quelle en est la qualité.
§. 144. Le toucher externe du bassin s'effectue de la manière suivante: on passe les deux mains de champ , sur la face extérieure des cuisses , depuis les genoux jusques sur les deux trochanters , et reconnoissant par cette recherche la forme et la convergence des cuisses , et l'éloignement des trochanters , on juge par cette distance de la largeur du petit bassin en raison de son diamètre transversal. Delà on dirige les mains s tir les deux crêtes iliaques, pour reconnoilre la structure et la largeur du grand bassin; et portant ensuite une main sur les pubis, l'autre au sacrum , on recherche la position et Télevation des pubis, la courbure, la largeur et la longueur du sacrum et du coccix, comme aussi la situation du sacrum par rapport \ la colonne vertébrale, et enfin l'on juge encore de l'inclinaison du bassin et de la grandeur des diamètres sacro-pubiens et du cocci-pubien.
\. 145. Pour la recherche du bas-ventre une main suffit. On commence par l'appliquer transversalement au-dessus des pubis, la dirigeant ensuite vers l'endroit ou l'on suppose le fond de la ma^ trice , et ayant découvert par une douce pression, la hauteur de sa situation, ainsi que l'état du nombril, on promène la main sur le ventre, pour reconnoilre généralement sa circon-
férence, sa forme, les maladies ou les défauts dont peut-être il est affecté, tels que hernies et autres , le mouvement et la situation du fœtus etc. Le toucher sur les femmes en vacuité n'a lieu que pour s'assurer de l'étendue, de la solidité ou du relâchement de l'abdomen.
§. 146. Pour procéder au toucher interne la sage-femme glissera la main le long de la face intérieure de la cuisse, située de son côté, jusqu'aux parties de la génération , et appliquera le bout des doigts sur le périnée , puis elle placera la main de champ sur la vulve, pour rechercher si sa position est antérieure, postérieure, ou moyenne, et pour en conclure sur l'inclinaison du bassin; ensuite de quoi elle reconnoîtra par le doigt indicateur si le périnée est intègre, ou cicatrisé, ou déchiré. En continuant la recherche on écarte doucement, du pouce et de l'index, les grandes lèvres, et l'on introduit l'indicateur , (et suivant les circonstances deux ou quatre doigts, même la main,) en appuyant le pouce sur le pénil et les quatre doigts, ouverts ou fermés, sur le périnée. (Quand la recherche se fait par derrière , on porte le pouce sur le périnée et les doigts au pubis. ) Par le doigt indicateur on examine la fourchette , sa présence , son absence, ou si elle est cicatrisée ; alors on l'insinue avec précaution dans l'entrée du vagin, afin de reconnoitre l'absence , ou la présence et la structure de l'hymen 5 pénétrant de la dans
le vagin même on en recherche l'amplitude, la longueur, la souplesse, le nombre et l'ordre de ses plis ; de plus, en tournant autour du col de la matrice , on examiné sa situation , sa longueur, sa conformation, son épaisseur et sa solidité ; de même on s'assure de la conformation et de la grandeur de l'orifice utérin , et s'il a des déchirures , ou des cicatrices, comme aussi de la grosseur et de la mollesse des lèvres de cet organe ; et enfin on peut rechercher , durant la grossesse, parla voûte du vagin, la partie de l'enfant qui se présente sur l'orifice.
Quand on veut reconnoitre l'état intérieur du bassin, on avance, si cela est praticable, le bout de l'index au promontoire , de là au milieu du sacrum , et enfin au sommet du coccix. En appuyant alors ce doigt contre l'arcade pubienne on vérifie la longueur des diamètres sacropubiens et du cocci-pubien. Pour reconnoitre la forme de la cavité du bassin, on parcourt avec l'extrémité du doigt indicateur de la main droite la sémi-circonférence à droite des détroits et de l'excavation, et l'on pratique la même chose avec l'indicateur gauche-, dans le côté sénestre du bassin. Toutefois ces recherches internes du bassin sont toujours très difficiles , et ne peuvent avoir lieu que dans les accouchemens. Avant d'entreprendre le toucher interne il faut évacuer le rectum et la vessie.
§. ik'j. ' Le toucher externe et interne est également applicable de diverses manières dans le dessein d'examiner les mouvemens du foetus. On distingue deux sortes de mouvemens du fruit, l'actif et le passif Les mouvemens actifs sont les mouvemens de l'enfant vivant et jouissant du libre exercice de ses membres. Ils sont très faciles à reconnoitre, mais seulement après le quatrième mois de grossesse , en appliquant le matin la main froide sur le ventre de la femme, pendant qu'elle est encore à jeun , et couchée sur le dos, dans son lit, les muscles du ventre . détendus. Du reste ce mouvement est presque dans chaque situation, et à toute heure du jour le résultat de l'application de la main froide sur le ventre.
Le mouvement passif, ou le ballottement , est le mouvement de l'enfant mort. Il peut être produit par son propre poids de deux manières : la première s'exécute en introduisant au fond du vagin le doigt indicateur , duquel on tâche de pousser en en-haut l'enfant qui repose sur la partie inférieure de la matrice , et qui retombe par son propre poids sur le doigt introduit ; mais on observera d'accélérer cet effet , par une douce pression de l'autre main, appliquée sur le fond de la matrice. En exécutant le second manuel, on laisse la personne couchée de côté, et, après avoir placé les deux mains ouvertes aux deux côtés de son ventre, on la
fera changer de situation en la tournant sur le côté opposé. C'est par ces niouvemens que le ballottement de l'enfant devient palpable. On peut présumer qu'il a également lieu chez l'enfant vivant, mais jamais si sensiblement.
§. 148. Le toucher par le rectum est principalement employé dans les cas d'une position irrégulière de la matrice, de l'étroitesse du vagin, de grossesses extra-utérines etc. Cette recherche se pratique la personne étant couchée sur le côté , ou se tenant debout en avançant le corps , et préférablement quand elle est appuyée sur ses coudes et ses genoux. Dans cette attitude on avance avec précaution dans l'anus , après l'avoir évacué par un clistère , l'index graissé, en le tournant, et en suivant la direction de ce canal. Souvent on touche en même tems de l'autre indicateur par le vagin, si non, on soutient de la main plate le ventre de la femme.