‹ Manuel des [so]ciétés de tempérance [microforme]Chapitre 27 sur 44 · QUE LIANT CYCLE LIEN EE · texte numérisé non relu

QUE LIANT CYCLE LIEN EE

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Ah! nous voudrions que Dieu daignât donner à notre faible voix la force et l’autorité qui lui manquent pour faire pénétrer partout la vérité: nous dirions à nos concitoyens: ‘“ Défiez-vous par dessus tout des disilleries et de ceux qui vous en vantent les bienfaits imaginaires.”?

Le haut prix qu’elles donnent pour vos grains n’est qu’illusoire et n’a rien de réel, car si on a mis, dans l’automne de 1845, un million de piastres entre vos mains pour prix de ves grains, on a trouvé le moyen, dans le cours de l’année, non seulement de vous faire rapporter cette somme à la distillerie, mais on vous l’a fait doubler ; et, pour un million de piastres qu’on a semblé vous donner, on vous en a arraché deux millions !

Mais les gra,ns,dit-on, baisseraient considérablement s’il n’y avait pas de distilleries !.. Qu’est-ce que cela fait... Au lieu de vendre ses grains un million de piastres aux distiilateurs, le peuple n’en aura que cinq cent mille des autres Commerçans..… C’est bien vrai... Mais, encore une fois, cinq cent mille piastres employées à soutenir ses institutions, à payer ses écoles, à améliorer l’agriculture, à ouvrir de nouvelles terres et y établir les enfans, ne feront-elles pas mille fois plus de bien au peuple que deux millions données pour du wiskey, de la bière, à l’avantage de Messieurs les Distillateurs ?

Bien plus, le seul mal que les distilleries font au peuple, n’est pas de lui enlever le prix de ses sueurs et de le ruiner, tont en lui faisant croire qu’on l’enrichit, mais encore, à la suite de la pauvreté et de la misère profonde où elles en réduisent tous les jours un grand nombre, viennent les crimes de tous genres, la désolation, la mort. Six lignes plus haut que l’article que nous signalons, nous en lisions, sur le même journal, une nouvelle preuve: ‘ Mardi matin, y disait-

‘ on, une femme de la rue Ste, Elizabeth a été “ trouvée morte dans son lit. La veille elle s’était ‘ couchée ivre aussi bien que son mari !”?

“ Le trois du courant, un homme a été trouvé mort dans un champ, dans un état complet. de nudité. C’était un ivrogne reconnu. L’on croit qu’ayant l'esprit dérangé par la boisson, il se sera déshabillé en plein air, et sera mort de froid |”?

Et pendant que nous tracions ces lignes, non loin de notre demeure, un homme est ramassé se roulant à terre dans son sang. Troublé par la boisson, il s’était coupé la gorge avee un rasoir |

Peuple Canadien, voilà le bien que les distilleries vous font ! Avec les poisons qu’elles vous donnent, elles affaiblissent votre raison, elles vous démoralisent, elles vons tuent ; et pour cela vous leur donnez, tous les ans; DEUX MILLIONS DE PIASTRES |

Nous traversions, il n’y a que peu de tems, de Longueil à Montréal, sur un steamboat où nous remarquâmes trois voitures richement chargées. L’une appartenait à un Irlandais des Townships qui nous dit qu’il n’habitait le pays que depuis quatre ans, et qu’avant de quitter sa chère I:lande, il s'était enrôlé dans la Société de Tempérance, comme le reste. de ses compatriotes. Les deux autres voitures qui fixèrent notre attention étaient conduites par des Canadiens.

L’après-midi, revenant de la ville à la campagne, nous ne fûmes pas peu surpris de nous rencontrer avec les trois mêmes personnes que nous avions remarquées le matin. Mais quelle ne fut pas notre douleur de voir qu’une seule avait su faire un bon et saint usage de son temset de son bien ! C’était le brave Irlandais. JL était parfaitement sobre et regardait aveo une véritable complaisance tous les effets qu’il rapportait pour

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le soutien de sa famille. C’était de la farine, du euir, des livres d’éceles. Son visage rayonnait de joie. Il semblait penser aux tendrez embrassemens de son épouse, à son retour; aux caresses si douces de ses chers petits enfans, qui ne manqueraient pas de venir bien loin au-devant de lui se jeter entre ses bras. On eut dit que son cœur s’épanchait en actions de grâces que les Anges portaient an ciel...

Et les deux Canadiens? Nous le disons le cœur nâvré de honte et de douleur; ils n’avaient chacun qu'au gros baril de boisson dans leur voiture! L’un

es deux, dans un état de stupidité et d’ivresse complètes, était étendu près de:son baril, et servait de risée aux nombreux étrangers qui traversaient avec nous. Il n’ouvrait la bouche que pour proférer des sottises ou des blasphêmes. L’autre, quoique moins ivre, était cependant dans un état déplorable !

Sans doute que tous nos Canadiens ne reviennent pas de la ville dans cet état de dégradation. Mais, si vous voulez avoir une idée de ce qui en est, comptez le nombre prodigieux d’auberges et d’autres maisons

1 où l’on vend des boissons, et qui toutes prospèrent ra-

pidement: allez, de tems en tems, vers le soir, sur les chemins par où passent les habitans qui reviennent du marché, et vous ne serez pas longtems sans voir que la boisson fait, comme disait l’honorable Juge Mondelet, un mal incaleulable à notre peuple. Le mémoire suivant, que nous tenons de la complaisance de Mon-

À sieur Jessopp, officier de douane à Québec, est bien de

nature, ce nous semble, à faire comprendre la nécessité d’une réforme prompte et générale,

ErTarT des boissons fortes importées à Montréal et à Québec, et quantité fabriquée en Canada dans les années 1839, 1840 et 1841. (1).

Importées | Distillées | Importées à en à

Années, à Montréal, | Canada. Québec.

Gallons. Gailons. Gallons. Gallons.

Bureau de la Douane, Québec, 21 octobre, 1841.

(Signé,) H. JESSOPP, Collect.

Cette statistique prouve heureusement une diminution considérable de la consommation des boissons fortes en ce pays, dès 1840 et 1841. Ce résultat est provenu @es efforts tentés partout à ces époques pour l’établissement des Sociétés de Tempérance. Mais, depuis

1843, les chiff:es suivants, dont nous garantissons l’ex- |à actitude, montrent une effroyable et rapide augmenta- |

tion dans l’importation et la distillation des spiritueux :

(1) Ces tableaux de la consommation des liqueurs fortes en Canada, | pour les années précédentes jusqu’à 1846, sont instructifs et méritent d’être conservés. Ils forment un contraste bien remarquable avec le |

debit actuel de ces liquides malfaisants dont l’importation est déjà réduite à une quantité proportionnellement très faible, La distillation en ayant totalement cessé dans le Bas-Canada.—(Ed.)

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