‹ Manuel des [so]ciétés de tempérance [microforme]Chapitre 28 sur 44 · EN 1844. | EN · texte numérisé non relu

EN 1844. | EN

Importées...Gallons,| 401,728 | 867,893 | 588,893 | 1,858,493

Distillées en Canada,

Voilà six millions six cent cinquante-huit mille quatre cent quatre-vingt-treize gallons de boissons en esprit que l’on dépense en Canada dans le court intervalle de trois ans ! ‘

En supposant que chaque gallon de ces boissons en esprit ne coûte qu’une piastre, (et il est certain qu’en grande partie il coûte davantage) voilà six millions six cent cinquante-huit mille quatre cent quatre-vingttreize piastres dépensées pur les Canadiens en trois ans, pour cet unique objet! Par conséquent, depuis vingt ans, voilà plus de vingt millions de piastres dépensées en Canada pour la boisson ! ! ! |

Vingt millions de piastres dépensées pour se procurer une chose qui n’a pas contribué au bonheur d’une seule famille, qui n’a pas inspiré à un seul individu, une pensée, une action honorable à son auteur, utile à la patrie, glorieuse à Dieu! Sans compter les blasphémes, les discordes, les désordres de toute espèce, les meurtres, les vols, dont la boisson a été la source féconde parmi nous, depuis vingt ans, l’effrayante dépense qu’il a fallu faire, pour nous procurer les dangereuses jouissances que les boissons donnent, n’est-elle pas un crime qui pèse sur notre malheureux pays ? S’il y a des crimes pour les nations comme pour les individus, assurément celui-là en est un. Si on eut jeté cette somme à la mer, on aurait certainement commis une grande füute ;

mais notre faute n’est elle pas mille fois plus grave d’avoir employé une si prodigieuse somme d’argent à l’acquisition d’une chose qui a produit des milliers de crimes, sans produire un seul acte de vertu; qui a causé la perte éternelle d’une foule de malheureux, sans avoir jamais contribué au salut de personne ; qui a ruiné de fond en comble de nombreuses familles, sans avoir jamais ajouté au bonneur d’aucune ; qui a abrégé la vie à une fouie innombrable de nos frères, sans avoir jamais âjouté un jour à l’existence de personne !

Ne mériterait-il pasl’exécration de Dieu et deshommes, le peuple dont tous les chefs de familles, d’un commun accord, artacheraient, tous les vingt ans, vingt millions de piastres à leurs pauvres enfans, pour les jeter à la mer? Une pareille action ne serait-elle pas aussi criminelle qu’insensée ? Et sommes-nous moins coupables, moins insensés, que ceux-là le seraient, nous qui, depuis vingt ans, avons arraché des xains de nos enfans, de nos neveux, cette énorme some, non pas pour la jeter à la mer, où elle n’aurait sait de mal à personne, mais pour en acheter un breuvage destructif de tout ce qu’il y a de bon dans :’homme ?

Quel bien n’uurait-on pas pu faire sion eut voulu utiliser un pareil capital! Que de jeunes gens auraient pu être établis ! que de forêts encore incultes et sauvages, auraient été converties, depuis vingt ans, en champs fertiles et couverts de moissons,avec vingt milhons de piastres ! Que de terres habitées encore aujourd’hui par les ours et par les loups, seraient couvertes de jeunes familles devenues le soutien, la force de la patrie, l’honneur et l’espoir de la religion !

Voyez-vous ces terres immenses et fertiles, vers lesquelles se dirige, tous les ans, de toutes les parties de . PAngleterre, de l’Ecosse et de l’Irlande, une population frugale et laborieuse? Pourquoi les Canadiens n’ont-ils pas été les premiers à acquérir ces terres, atin d’y établir ieurs enfans? pourquoi, tous les jours, se laissent-ils cerner et absorber par uue population

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étrangère qui tôt où terd finira par tomber sur eux comme le vautour sur sa faible proie? Ne croyez pas que les moyens ni la force nous aient manqué. Dieu nous a donné vingt millions de piastres depuis vingt ans: c’était plus qu’il ne fallait pour acheter et cultiver toutes ces terres... Mais nons avons trouvé une voie plus facile, plus douce pour l’écoulement de notre argent : nous avons fêté, traîté nos amis, nous avons fait des noces somptueuses, donné de grands repas ; nous avons fait la fortune de plusieurs personnes, qui, à leur entrée dans ce pays, n’avaient'en partage que la mendicité, et qui roulent maintenant carosse ; ces étrangers ont eu la bonne volonté de nous fouruir des boissons de toute espèce, et, par reconnaissance, nous leur avons sacrifié le prix de nos sueurs et la plus riche portion des biens que nous tenions de nos pères. Nous ne pouvons établir nos enfans: ils ne peuvent rester toujours avec nous, car l’étendue de nos terres ne nous permet pas de les diviser plus qu’elles ne le sont déjà... Que vont donc devenir ces nombreux jeunes gens, l’espoir de la patrie et de la religion? Ce qu’ils vont devenir? Ah ! si vous en avez le courage, voyezles se séparer tous les ans par milliers de leurs familles, s’éloigner du lieu natal, pour devenir serviteurs, valets d’écurie, travailler comme des mercenaires aux péches du Golfe et s’y démoraliser ; ou, ce qui est pis encore, s’enfoncer dans les forêts du Flaut et du Bas- Canada, à la suite de quelques spéculatenrs de chantiers, pour en revenir les mains vides, le corps épuisé, mais surtout l’esprit et le cœur gâtés par tous les vices.

Si, uu lieu de dépenser ces millions de piastres pour la boisson, on les eut consacrées à l’établissement de notre jeunesse, quel bien n’en serait-il pas résulté 7...

L’éducation languit encore partout dans notre pays: nos institutions publiques ne s’élèvent’que lentement, ne se soutiennent qu’avec peine. Quand on parle au peuple de la nécessité d’envoyer les enfans à l’école, on en reçoit cette réponse, presque partout la même : “ Nous n’en avons pas le moyen.” (C’est bien vrai ;

quand un pauvre peuple a dépensé vingt millions de piastres au profit des marchands de boissons, il doit lui en rester peu pour ses écoles... Mais un pareil état de choses peut-il subsister longtems? ÆEn honneur et en conscience, pouvons-nous ainsi prodiguér ‘‘ pour nous procurer un objet presque toujours inutile, souvent nuisible, et toujours dangereux, les biens que Dieu nous dispense dans sa bonté? Non, non, c’est impossible ! A moins que nous ne voulions notre ruine, notre dégrudation, comme peuple et comme chrétiens, il est tems pour nous d’y prendre garde !

N’imitons-nous pas l’enfant prodigue, qui, après avoir follement dissipé les biens qu’il tenait du meilleur des pères, se trouva bientôt réduit à la dernière misère, et finit par rechercher la nourriture des plus vils animaux? Le peuple Canadien en est presque arrivé là: après avoir follement dépensé vingt millions de piastres, on l’a vu (du moins en grande partie,) descendre à une telle pauvreté, qu’il n’a eu pour se nourrir que l’avoine qu’il ne donaait autrefois qu’à ses animaux. C’est un fait qu’on ne peut nier, et dans lequel il est impossible de ne pas voir le bras de Dieu qui nous punit. Mais il ne nous châtie que pour nous faire rentrer dans de meilleures voies; voilà pourquoi sa Providence nous offre, dans la Société de Tempérance, un moyen prompt et infaillible de faire cesser les maux que la boisson a fait tomber sur nous.

Quelques calculs faciles nous aideront à comprendre ce que le pays doit gagner, seulement sous le point de vue économique, par l’établissement de la Société de Tempérance. Supposons que les cent mille membres qui la composent aient été dans l’usage de dépenser, tous les iours, pour la valeur d’un sol de boisson, avant de s'être joïnis à cette Société ; ils dépensaient donc, tous les ans, la somme de trois cent quatre mille cent

soixante-six piastres, qu’ils épargnent aujourd’hui ! }

Quand on ne considérerait la Société de Tempérance

que sous ce point de vue d’économie, tout Canadien |

ami de son pays ne devrait-il pas se faire un devoir et un honneur d’en devenir l’apôtre zélé ?

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On demande souvent, d’une manière pharisaïque, si c’est un grand péché de prendre un petit coup, de tems en tems, seul ou avec ses amis? A cela nous répondrons : Dans l’usage des boissons fortes, il y a deux péchés à craindre : le premier est le nage de gourmandise, qui est presque tonjours ou du moins très souvent le péché de celui qui fait usage de boisson forte, sachant qu’elles ne sont propres ni à conserver sa santé, ni à soutenir son corps, et qui n’en boit que parce qu’il les aime; le second péché, qui se commet, sinon toujours, au moins très souvent par l’usage (même l’usage prétendu modéré) des boissons tortes, est la dépense inutile.

Par exemple, un homme, qui ne prendrait que pour trois sols de boisson (cela ne ferait pas deux verres), tous les jours, ne serait certainement pas coupable du péché d’ivrognerie, une si petite quantité ne pouvant pas l’enivrer; cependant il aurait dépensé, au bout de l’année, neuf piastres et quinze sols pour cette boisson. Or, nous ne craignons pas de dire qu’une pareille dépense est excessive et criminelle pour la majeure partie de nos habitans, (et nous en donnerons plus bas les raisons); voilà pourquoi un homme, sans pécher gravement sous le rapport de la gourmandise, pourra se rendre coupable d’une autre manière en buvant ses deux ou trois petits verres par jour. Il en serait autrement si Dieu avait laissé chacun le maître de faire cv qu’il veut de son bien; mais cela n’est pas, et nous rendrons compte, au jugement, d’un sol mal employé, comme d’une parole dite mal à propos.

La plupart des cultivateurs canadiens sont endettés ; il sont, ou du moins ils se disent incapables d’envoyer leurs enfans à l’école ; ils ne peuvent seconder une foule de bonnes œuvres qui se feraient tous les jours avec un peu d’aide ; ils ne peuvent établir leurs enfans, ou, s’ils les établissent, ce n’est qu’après avoir donné une partie de leur patrimoine aux marchands de boissons. Nous ne croyons pas exagérer en disant que chacun de nos habitans, (nous parlons des plus sobres,)

a dépensé, année cominune, entre quinze et vingt piastres en boissons, tous les ans, ce qui fait environ trois cent soixante piastres sorties de chaque maison depuis sh amie c’est-à-dire, plus qu’il ne faut pour fonder un bel établissement à un jeune homme ayant quelque industrie. Il en résulte que, depuis vingt ans seulement, au moins cinquante mille jeunescanadiens ont manqué de s’établir et sont restés dans la misère, parce que leurs parens ont fondu leur patrimoine à l'auberge ! Et si à cela on ujonte les autres dépenses que cette boisson a entrainées, par les visites, les promenades inutiles, le tems perdu, les malrdies, les repas, les festins, etc., rien de plus certain que l’usage des boissons fortes ne sera pas pour peu de chose dans le poids des iniquités d’une foule de pères de familles, même de ceux qui ne se seront jamais enivrés. Nous connaissons deux paroisses, où la Société de Tempérance du second ordre avait été établie, et nous tenons de la bouche de MM. leurs Curés, qu’il n’y avait pas, ou presque pas d’ivrognes parmi leurs paroissiens, c’est-à-dire qu’ils observaient très bien ce qu’on appelle bonnement la petite tempérance ; chose d’ailleurs très-facile.

paroisses qui ne compte guères plus de 1000 commu- . niants, il s’est dépensé, en 1843, 840 gallons de rum, : à 28. 6d. le gallon; 988 gallons de wiskey, à 2s 7d., ; et 60 gallons de brandy à 78. 6d.: ce qui fait que ces

habitans, qui se disaient et se croyaient tempérans,

ont consommé 1,888 gallons de boissons fortes, qui . leur ont coûté plus de mille piastres, dans une année où les grains étaient gelés en partie ou restés sous la neige, sans compter qu’une grande quantité de patates

avaient été détruites par les froids prématurés. Cette |

même année, la paroisse dont il s’agit avait peine à soutenir deux chétives écoles, et n’avait pu donner un sol à la Propagation de la Foi!

L’autre paroisse compte environ dix-huit cents communiants: presque tous ses habitans étaient. aussi de la petite lempérance : eh bien! ils ont dépensé pour

Eh bien! dans l’une de ces

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SOCIÉTÉ DE TEMPÉRANCE. 161 “ dix-huit cent quatre-vingt piastres de boissons fortes en 1843 !”

Les respectables marchands qui nous ont fourni ces détails, et qui ont èux-mêmes vendu ces boissons, étaient désolés du manqgne de sasfésse de leurs s0-paroissiens et de voir se dépensër tant d’argent, nonobstant la misère publique, pour une chose si parfaitement inutile, où plutôt si féconde en maux de tous senres.(1.)

Ces deux paroisses réunies (elles sont voisines) ont donc dépensé, dans une seule année, la somme énorme de deux mille huit cents piastres, pour la boisson ; de sorte que, si elles s’en fussent tenues à leur tempéranée prétendné modéré; elles auraient dépensé, dans vingt ans, l’effrayante somme de cinquante-sept mille six cents piastres!

Ces calculs sont bien propres à nous démontrer que, si la Société de Tempérancé du second ordre n’est pas de nature, comme le disait M. le Curé de Québec dans

| une assemblée publique, à réformer les mœurs et à | faire disparaître l’ivrognerie, elle n’est pas de nature

non plus à arrêter un autre crime peut-être plus funeste encore: nous Voulons dire le “ mauvais usage des biens que Dieu nous donne.” En effet, qui osera dire que chacune de nos paroisses a le droit de dépenser, pour une chose inutile et dangéreuse sous tous les rapports, (dans la plupart des circonstances où l’on s’en sert;) les sommes énormes citées plus haut? Or, on peut dire que presque toutes les paroisses du Canada,

(1) C’est avec bonheur que, depuis cette époque, nous avons vu la première de ces deux paroisses s’enrôler généreusement sous les bannières de la Tempérance. Et, pour aider leurs co-paroissiens à être fidèles à leurs Lonnes résolutions, les principaux marchands ont pris Péngagemétit solennel ét pablic de ne plus importer de boissons. Aussi, quels éhängemens admirables n’a:t-on pas vus parmi ce peuple généreux ! Plusieurs belles maisons d'écoles y ont été bâties, soixantesix louis y ont été collectés pour la Propagation dé la Foi, et on y

jette'en cé momeñt les fondations d’uñé magnifique église, ete.—(Nofe

de l'Auteir.)

(excepté celles ou la Société de Tempérance parfaite a été généralement établie,) font autant ou plus de dépenses pour la boisson, que celles dont nous venons de parler. Après “ela nous taxera-t-on d’outrer nos principes, si nous émettons l’opinion que les chefs de familles, qui dépensent de pareilles sommes, n’en ont pas le droit ? qu’ils les ravissent d’une manière aussi cruelle qu’insensée à leurs enfans, dont ils diminuent ou ruinent l’héritage ? et qu’ils rendront un compte sévère à Dieu de ces exemples d’une folle prodigalité ? … Nous blâmera-t-on d’élever notre faible voix, pour dire à nos compatriotes que Dieu leur a donné du bien pour en faire un plus noble usage ? que la religion et la raison s’unissent pour nous avertir qu’il est tems d’arrêter ces folles dépenses? Nous reprochera-t-on de conjurer tous nos compatriotes d'employer ce que

la Providence leur laïsse à l’instruction de leurs en- À

fans, à étublir leurs familles, à nourrir et à vêtir leurs pauvres, à soutenir leurs institutions, enfin à faire emploi de ce qu’ils ont pour le plus grand bien de leur patrie, pour la plus grande gloire de Dieu ?

Pour l’amour de leur pays, que les membres de la k

Société de Tempérance se montrent donc en tout tems zélés, courageux à détruire autour d’eux, et à bannir de leurs paroisses, toute espèce de boissons fortes ; que, dans ce but, ils s’efforcent d’attirer sous le glorieux étendard de la Société de Tempérance, tout ce qu’il y a dans leurs localités d’hommes généreux, à qui sans doute un faible sacrifice ne coûtera pas quand il s’agira d’éloigner de leur pays un des plus grands fléaux dont le ciel l’ait jamais visité dans sa colère.

Oui, à considérer les choses sous leur véritable jour, à les peser au poids du sanctuaire, nous pouvons dire qu’un des plus grands fléaux que Dieu, dans son trop juste courroux, ait fait peser sur nous, a été de laisser s’introduire parmi nous l’usage des boissons fortes.

On se rappelle encore avec effroi ces époques de deuil où le choléra semait dans tous les rangs la dé-

solati boisst que 1 sionn cruell malhe bles e Que saisie ont pé sur le ment | ce mo pendai compa fortes.

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généreux,

solation et la mort... Mais, depuis vingt ans, les boissons fortes nous ont causé mille fois plus de mal que le choléra... Elles ont abrégé la vie, et occagionné une mort funeste, prématurée, et souvent plus cruelle, plus prompte que le choléra, à dix fois plus de malheureux : tout ce qu’il y a de médecins respectables en ce pays sont là pour l’attester.

Quel est le canadien qui ne se sente l'âme flétrie, saisie de douleur en pensant à ceux de nos frères qui ont péri sur l’échafaud politique ; ou qui n’ait gémi sur le sort de ceux qui ont eu pour partage dernièrement la terre d’exil et les chaînes? Qui ne déplore en ce moment les malheurs de la guerre civile? Et cependant, les maux de la guerre civile ne sont rien, comparés à ceux que nous ont causés les boissons fortes. La guerre civile, il est vrai, a fait périr sur l’échafaud plusieurs de nos infortunés compatriotes : mais combien plus grand est le nombre de ceux que la boisson a fait périr de la main du bourreau !

Le nombre des malheureux exilés à la suite de nos troubles politiques fut-il jamais comparable à celui de tant d’infortunés que la boisson à conduits de crime en crime, de prison en prison, jusqu’à ce qu’enfin la patrie les ait chassés loin d’elle, et les ait condamnés, eux aussi, à vivre chargés de chaînes pesantes et ignominieuses, et à mourir dans la terre d’exil ?

Visitez la prison, interrogez les nombreuses victimes qu’elle renferme : presque toutes vous diront que leur premier pas vers l’abîme où elles sont tombées, a été l’usage des boissons fortes.

Le plus grand nombre des valeurs vous avoueront que la boisson seule est la cause des vols qu’ils ont commis, et que, sans la hardiesse que la boisson donne, ils sauraient été incapables de commettre les crimes dont ils sont coupables. Pénétrez au fond des noirs et humides cachots, et si vous y rencontrez un de ces monstres qui a trempé ses mains dans le sang de son semblal le, et qui est à la veille de subir le châtiment de son crime, demandez-lui comment il a pu se déci-

tête « der à commettre un pare:l forfait : il vous répondra était presque toujours, qu’un pareil malheur ne lui serait main pas arrivé s’il n’avait pas eu l’habitude de boire ; qu’il

était échauffé par la boisson lorsqu'il est devenu Le meurtrier, M'La ; sonne Chacun se rappelle la tragique histoire de ces deux cette Jeunes gens qui, il n’y a pas encore bien longtems, se avaie! rencontrèrent après une longue absence : c’étaient minai | des amis d’enfance ; ilsavaient voyagé chacun de leur ‘“ Soc | côté et ne s'étaient pas vus depuis plusieurs années ; on:

| aussi grande fut la joie de se revoir. Ils se pressent Ù cordialement la main. Mais, se trouvant à la porte Si 1 d’une auberge, ils y entrent pour se traiter en véritables que I: amis, et célébrer dignement la fête ; chacun fait sa coup d | politesse, et la reçoit de son ami ; la joie va toujours sonner nl augmentant, les verres se vident rapidement, et bien- 1846, [ iôt les voilà à peu près ivres tous les deux. La con- Boissot

versation alors s’anime ; ils se contredisent, ils se fàchent, ils s’insultent et se frappent sans pitié ; le plus ivre des deux tombe : l’autre lui donne un coup de pied sur le côté de la tête, et le tue ! :

Voici ce qu’on lisait, il n’y a pas longtems, sur tous les journaux du pays: “Jean Baptiste Rousseau, }

rçon tailleur, entre chez M. Dubois, aubergiste, près tu marché, pour s’y faire faire la barbe. Quelques instaus après, un nommé Louis Beaucaire, boucher, et | père de famille, quoique jeune encore, entre dans la même auberge, échauffé par la boisson ; ilse mit aussitôt à engendrer querelle au premier, contre qui il E avait conservé du ressentiment par suite de quelqwaltercation qu’ils avaient eue ensemble autrefois. Ronusseau, pour l’apaiser, lui offrit de prendre un verre de } boisson avec lui ; ce qui fut accepté, et l’accord parut rétabli. Mais, comme le remède était plus propre à exciter les passions qu’à les apaiser, quelques momens après, Beaucaire saisit un fer-à-bière qui rougissait à le porte du poële, et en asséna un si rude eoup sur la

répondra lui serait re ; qu’il | devenu

ces deux gtems, se c'étaient in de leur s années ; > pressent à la porte véritables un fait sa a toujours t, et bien- La con- ,ils se fà-

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tête de Rousseau, qu’il l’abattit à ses pieds... Le coup était mortel, et l’infortuné Rousseau expira le lendemain !”

Le Gardien de la prison de Québec, Mr. James M’Laren, nous donnait, en 1840, le tableau des personnes emprisonnées pendant les neuf premiers mois de cette année. Sur 1400 emprisonnements, plus de 1140 avaient été causés par la boisson. Ce Monsieur terminait sa lettre par ces paroles remarquables : ‘ Si la ‘“ Société de Tempérance était généralement établie, “ on aurait peu besoin de prisous.”?

Si l’on veut avoir une idée des maux sans nombre que la boisson fait à la société, qu’on jette encore ün coup d'œil sur les deux tableaux saivans des emprisonnemens qui ont eu lieu à Montréal en 1845 et 1846, où l’on a aussi authentiqué ceux causés par la boisson :

Mois Nombre d’empri- Provenant de

sonneméns. |lintempérance. Inconnu.

Janvier, Févriér,

. Mars, Avril, Mai,

Juin, Juillet,

- Septembre, Octobre,

vembre, Décembre.

ARRESTATIONS par la Police de Montréal depuis le 1er.

Janvier jusqu’au 30 Novembre 1846, par suite de l’ivrognerie.

Ramassés ivres dans [Causant du scandale, et troublant la paix

les rues. dans leur ivresse. Indictem

Hommes Femmes Enêts. Hommes Femmes) Enfns. Les (

1846. un tota Janvier, avaient Février, sultat d

dans ce propor menté Et pers sans €

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dessus !

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J. WILEY, les ligr

Chef de Police. | Une

plie nc

Montréal, 22 Décembre, 1846: alé

vrantes

L’immoralité croît d’une manière effrayante en pro- Là ni

portion, non de l’accroissement de la population, mais D pau

de l’augméntation de l’usage des buissons... Le ta- ps de

bleau suivant que nous avons extrait du Journal de LORS

Médecine, publié à Montréal par A. Hall, Ecr., M. D. | maire et R. MacDonnell, Ecr., M. D., No. 7, vol. II, en

donne une nouvelle et triste preuve ;

hommes anis scies enmmtstties | utéminisesne |tonsamenn messe | msmemnosmatal lemntemsas LE Total. 1273 | 315 | 13 | 792 | 146 3 | 2542 s’il est

is le ler.

r suite de

e en proion, mais

Population du District de Montréal en 1844370342

En En | En En |Enl En En | En En | En 182911830 183111832 1833 1839,1840118411842 1843

Indictemens.. 137] 121] 179 Li 379| 419| 697| 347 qu 342

Les cinq premières années de ce tableau présentent un total de 1099 personnes contre lesquelles les jurés avaient trouvé bill, et les cinq dernières 2151. Le résultat de ces recherches prouve que si la population, dans cette période de tems, s’est augmentée dans la proportion de 33 par 100, les crimes publics ont augmenté dans l’effrayante proportion de 100 par 100. Et personne ne peut douter que cette démoralisation sans exemple et si rapide ne soit due à l’usage des boissons fortes.

Mais voici quelque chose de plus désolant encore, s’il est possible, que tout ce que nous avons dit cidessus !

Quel est le catholique, Prêtre ou laïc, qui pourra lire les lignes suivantes sans que son cœur ne soit brisé par” une immense douleur, sans que son âme ne soit remplie non seulement d’un dégoût profond, mais d’horreur et de haine implacable contre les boissons enivrantes? Ah ! quel est donc l’étrange pouvoir de ces poisons funestes, puisqu'ils semblent défier et braver Dieu même jusque dans les traits de sa plus grande: miséricorde !

Voici ce que M. Bolduc, jeune et courageux Missionnaire à la Colombie, écrivait dernièrement à un de ses amis: “ Un avenir des plus déplorables s’offre à ‘#° mes yeux, et tellement que, Dimanche dernier, en- “ tendant prêcher le Père... sur ce sujet, j’en étais “ tout-à-fait découragé, et je formai le projet certain “ de retourner en Canada dans peu d’années, si les:

MANUEL DB La

choses ne changent pas, pour n’avoir point la dou-

leur d’être térioin oculaire des maux qui vont fondre

sur cette malheureuse colonie. Sans doute, tu me demanderas qui a pu apporter un si prompt déranperent aux belles espérances que J'avais conçues.

e voici en un mot: La boisson! oui, cette malheureuse boisson qui se fabrique ici même, va en

aire ‘us que le Diable en a fuit depuis qu’il y a

es Lines en ce pays, et cela en moins de deux ans.

LU: & lou précher et menacer de la colère du ciel, le ‘ désyure ‘roît rapidement. Tous ces vieux voya-

eurs qui n’unt fait que boire pendant tout le tems. e leur jeunesse, et qui en ont été privés depuis plusieurs années, trouvent cela si doux, qu’il y en

a plusieurs qui vendront femme et enfans pour pou-

voir se procurer un verre de ce poison. Le débor-

dement des mœurs va recommencer ; ik ne faisait que de cesser en plnsienrs lieux. Les meurtres vont se ‘“ commettre de tous côtés. (C’est une désolation !”?

Si nous devons tous détester les boissons à raison du mal qu’elles nous ont fait, quelles bornes mettronsnous à cette haine méritaire contre elles? A la vue des malheurs particuliers et publics, des morts funestes, des crimes de tout genre qu’elles enfantent partout où elles règnent, quelles pensées doivent naître dans nos âmes, sinon des pensées. de destruction, d’anéantissement complet de ces funestes breuvages? Eussent-ils produit quelque bien à notre pays, il faudrait encore les détruire, à cause de l’immense disproportion qui se, trouve entre le bien et le mal qu’ils causent. Mais, à côté des maux sans nombre qu’ils enfantent, ils sont entièrement stériles pour le bien. C’est donc, l’abstinence totale prêchée par le Père Matthew qu’il faut embrasser et enseigner de paroles et d’exemples.

mer; tandis qu’ils sont forcés. d’avouer que celuiqui y goûte, peut finir par les aimer, et, court visiblement: le.

risque dit: « dix pet usage sans cri sieurs € Il n°0 Société totale.

a fait l’ les Soc avec hot turog'nes la plups Tempé cette æ Qu'avon ment a renonce En L c'es

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ette mal- 1e, va en qu’il ya deux ans.

lu ciel, le IX VOYAit le tems.

és depuis ju’il y en pour pou- Le déboraisait que es vont se ation !” à raison mettrons- A la vue s funestes, artout où dans nos

1 ‘“ ble.

1 malfoisant, et prêcher la chasteté parfaite,

risque de devenir ivrogne. Or, l’Esprit Saint nous dit: “ Celui qui aime le danger y périra.”’ Si je vois dix personnes qui font aujourd’hui ce qu’on appelle usage modéré de ces liqueurs dévorantes, je puis dire, sans crainte de me tromper, qu’aimant le danger, plusieurs d’entr’elles y périront,

Il n’est pas possible aujourd’hui de prêcher d’autre Société de Tempérance que la parfaite, c’est-à-dire, la totale. Le Père Matthew, dans une lettre qu’il nous a fait l'honneur de nous adresser, a flétri pour toujours les Sociétés du second ordre, disant qn’? les regardrit avec horreur; qu’elles n'étaient bonnes qu'à faire es iurognes, Depuis la première édition de ce Maruel la plupart de nos dignes confrères qui travaillez: : la Tempérance, ainsi que les amis les plus éclé.res 2 cette œuvre, ont reconnu pleinement cette vér.ié. Qu’avons-nous donc à craindre en renonçant « ‘ièrement aux boissons fortes, et en portant les auties à y xenonser pour l’amour de J.-C. Qu'on ne dise pas, $t c’est demander un sacrifice trop grand, trop péni- Les peuples ne sont pas ainsi appelés à prati- “ quer la vertu la plus héroïque ; cette abstinence

1 ‘“ parfaite ne peut être proposée qu’au petit nombre,

% comme la virginité.” Il n’y a assurément aucune parité entre prêcher l’abstinence totale d’un breuvage Celui qui s’efforcerait d’amenerle monde à cette vertu héroïque,

À serait un insensé ; et s’il avait assez de talens oratoires

pour engager les peuples dans cette voie, il serait prudent de le renfermer. Il s’opposerait à une des premières lois de la Providence ; il chercherait à mettre sur les épaules de tous un joug que Dieu n’a pas imposé an. plus grand nombre.

D’étranges malheurs, des crimes affreux surgiraient bientôt de toutes parts... Pour être parfaitement chaste dans un corps humain, quelle grâce spéciale ne faut-il pas! pour que cette vertu, qui égale l’homme à l’Ange, puiss : être pratiquée, au milieu des mille séductions du: monde, il faut presque un miracle continuel du Tout-Puissant.

Mais dirons nous qu’il faille une grâce extraordinaire et privilégiée pour qu’un homme se prive toute sa vie d’une boisson qui ne lui fait ancun bien, et qui peut, tôt on tard produire la désolation et le crime dans sa famille? Non, il ne faut qu’une grâce ordinaire, il ne faut qu’un crucifix, une image de Jésus-Christ abreuvé de fiel 2t de vinaigre, pour tout esprit droit et pour tout cœur bien disposé. Il n’ya donc, encore

une fois, aucune parité entre prêcher au peuple la |

chasteté parfaite, ou quelqu’autre vertu évangélique, et l’inviter à s’abstenir des boissons malfaisantes que

les nègres de la Jamaïque lui envoient, ou que les |

Américains lui composent dans leurs caves infectes. Voilà pourquoi le Père Matthew, en invitant ses compatriotes et frères à renoncer à l’usage de boissons qui ne leur faisaient que du mal, a été écouté avec respect. Si, comme d’anciens hérétiques, il eut voulu

faire un crime de la chasteté conjugale, l’Eglise l’eût |

dès lorsanathématisé. Mais il a planté un arbre que Dieu a béni: six millions d’hommes ont goûté de ses fuits, et les ont trouvés délicieux. Des peuples entiers

se sont mis à l’ombre de cet arbre, dont les racines |

sont sur la terre, mais dont la tête est au ciel ; ils y ont trouvé le rafraîchissement, la paix, le bonheur et la vie qui leur avaient manqué.

En travaillant pour l’amour de nos frères et de nos enfans, pour l’amour de notre pays, pour l’amour de Jésus-Christ, à détruire l’usage journalier des boissons enivrantes, nous travaillons à une œuvre sainte et bonne ; Dieu nous sera en aide. Les boissons ont de grands et de puissans ennemis qui lescombattent. De tous côtés nous voyons des cœurs et des bras généreux armés contre elles. Prêtons l’oreille, et nous entendrons des voix aux ciel, sur la terre et dans les enfers qui les accusent, les maudissent, et nous exhortent à les détruire. Ellessont maudit:s par une effroyable multitude de répronvés qu’elles ont précipités dans Pabîme éternel. Elles sont maudites par des milliers de femmes qui leur doivent une existence de larmes

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SOCIÉTÉ DE TEMPÉRANCE. 171 et de tribulations ; elles sont maudites par d’innombrables enfans qu’elles ont dépouillés des biens de leurs aucêtres, et réduits à l’indigence.

Et si Jésus-Christ a maudit le figuier stérile, parce qu’il ne portait pas de bons fruits, ne doit-il pas détester et maudire la boisson, qui lui a arraché des milliers d’âmes rachetées au prix de son sang!

Pour nous, prosternés aux pieds de chacun des Ministres de Jésus-Christ, dont nous savons être le dernier et le plus indigne, de chaque chef de famille, de

| chaque Canadien, quelque humble que soit la position

sociale que la Providence lui ait assignée, nous les conjurons tous de frapper, mais de frapper à mort cet ennemi si terrible de nos âmes et de nos corps. Qu’on ne parle plus de modération dans l’usage de ces détestables et brûülantes liqueurs. Parlons plutôt au peuple, à nos amis, à nos frères, le langage de la vérité. Disons-leur franchement que ces boissons ne sont pas

Jun breuvage que Dieu a donné à l’homme pour en

faire un usage journalier, mais qu’elles sont un poison destructeur, invention d’une cupidité originelle qui n’a trouvé son éloge et ses succès qu’à la faveur de nos appétits sensuels. Et si quelqu'un nous dit: ‘ Si les ‘“ boissons sont si malfaisantes, comment donc un si “ grand nombre d’hommes, qui en ont toujours fait ‘“ usage, ont-ils atteint un âge très avancé?” Reépondons-leur :—“ Le feu qui passe dans la forêt, dé- “ truit, brûle. et ravage tout devant lui; cependant “ quelques arbres échappent toujours à sa fureur, soit à “cause de la dureté naturelle de leur écorce, ou de “ quelque autre circonstance. Tandis que la terre gémit sous la chôûte des pins et des cèdres, qui ont si long-tems bravé la tempête et la foudre, et qui tombent dévorés par la flamme, le chêne, érable n’ont perdu que quelques branches, que quelques. feuilles peut-être. Il en est ainsi des hommes qu’a touchés le feu des liqueurs fortes en usage parmi “ mous; elles abrègent la vie à des milliers de mal- “ heureux; mais quelques-uns, dont les forces phy-

“ siques sont plus développées, la constitution plus |

“ robuste, résistent plus longtems.”?

Comment, d’ailleurs, voulez-vous qu’on puisse ap- |

pliquer le mot modération à l’usage journalier d’une| chose que les plus savans hommes ont déclarée nui-|

sible et pu jamais utile à l’homme? À notre avis;lf re usage est mauvais, le grand usage un péché, |!

le moin et souvent un crime affreux. Notre malheur est d’a-| voir préféré la modération à l’abstinence.

“ Si votre wil, votre main, votre pied droit vous! “ scandalise, vous fait pécher ; coupez-le, jettez-le au ‘“ feu,” dit Jésus-Christ. 11 ne parle pas d’en régler mieux l’usage : il veut qu’on coupe, qu’on détruise cet] œil}, cette main, ce pied malheureux. Or, ces paroles ne sont pas seulement adressées à individu, elles sont

adressées à la société tout entière. Ainsi ce n’est pas

seulement l’individu qui doit cesser entièrement de faire usage de ce qui est communément pour lui un sujet de péché, mais la société tout entière doit détruire ce qui est pour elle un sujet de péché, et la cause des châtimens de Dieu.

Si nous n’osons pas marcher sur les pas de l’Apôtre] de lIrlande; si nous n’avons pas le courage d’embrasser la Tempérance parfaite ; si naus nous bornons à ce qu’on appelle l’usage modéré des boissons, qu’en ré sultera-t-i1? Sans doute, les efforts prodigieux qui sont tentés pour abattre l’ivrognerie, auront quelques succès, mais la racine du mal demeurera, l’arbre aux mauvais fruits n’aura été qu’effeuillé, que diminué dans ses branches; bientôt il repoussera pour eouvrir la terre et l’empoisonner encore. L’usage prétendu mo déré de ces matheureuses boissons, (qui n’est dans le fond qu’un apprentissage de l’ivrognetie), amenera una réaction terrible à laquelle rien ne pourra résister, TJ sera ce quest l’étincelle qu’on a eu le malheur dé né gliger après l’incendie, et qui rallume bientôt un feu plus dévorant que le premier; ce qu'est le torrent ar rêté quelque tems dans sa course, et qui, franchissan| ses digues, entraîne tont: dans sès flots dé vastateurs.

boisson:

nous de nous a:

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