‹ Manuel des sociétés de tempéranceChapitre 3 sur 35 · L. J. Tavernier · texte numérisé non relu

L. J. Tavernier

J. B. Leroukdais, W. Nelson,

W. Sutherland,

F. Badgley, M. D., F. C. T. Arnoldi, Alex.Rowan, M. D., J. L. Leprohon,

H. Peltier, M. D.,

A. Hall, M. D.,

P. Brassard, M. D., T. L. Grenier,

Ls. Boyer, M. D,

Montréal . 29 Déc., 1844.

L’Histoire de l’Église, depuis les premiers siècles jusqu’à 110s jours, présente à celui qui l’étudie bien des faits remarquables, bien des choses étonnantes et dignes d’admiration. Rien pourtant n’y doit faire davantage le sujet de nos remarques et l’objet de nos consolations, que la manière toute spéciale dont nous voyons Dieu veiller sur son Eglise-et sur les peuples qui en suivent la doctrine. Car à chaque nouveau danger, à chaque lutte nouvelle, à chaque erreur ou impiété naissante, on voit que Dieu a suscité, au sein de son peuple, des hommes aux fortes convictions et aux profondes pensées, qui, soit par leurs écrits, soit par leurs paroles, n’ont pas craint d’affronter ces périls, de combattre le combat de l’Église, et de ramener courageusement dans la voie droite les fidèles qui s’en étaient écartés un instant.

Ce que Dieu a fait autrefois, il le renouvelle aujourd’hui. Aux sophismes et prétensions des érudits de l’ancienne Rome, à une philosophie altière et insolente, et plus tard au génie d’un moine perverti et hérésiarque, l’Eglise protégée d’en haut a pu avec confiance opposer un Paul, des Grégoire, des Chrysostome, et finalement l’immortel Bossuet. De nos jours, pour les grands maux de l’époque, il s’est trouvé encore dans l’Eglise de puissants remèdes. Des Lacor-

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claire, des Ravignan, des Mathieu ont paru comme par enchantement, et devant eux et sous le coup de leurs fortes paroles l’ennemi a dû succomber ou du moins s’avouer vaincu. Il en est de même parmi nous.

Le sort des armes avait fait passer le Canada sous la domination anglaise. Les Canadiens peu nombreux pouvaient craindre dès lors pour leurs Institutions, pour leur Langue, pour leur Religion; mais on veillait là haut. Trois quarts de siècle après, ce petit peuple a grandi, il compte plus d’un demi million d’hommes; sa langue et ses mœurs ne périront pas. Mais un danger plus grand le menace : cette fois, il ne s’agit plus d’anglification ; c’est le chancre de l’Intempérance qui le dévore, et qui, en lui ravissant la dignité de l’homme raisonnable, tend à lui faire perdre sa foi religieuse. Devant un si grand mal, les moyens humains semblent faibles, inutiles, impuissants. Personne ne se sent là force de l’affronter, et c’en est fait de nous si la Providence ne vient encore au secours d e son peuple. Mais l’œil de Dieu est aussi vigilant, la miséricorde de Dieu est aussi grande, les ressources de Dieu sont aussi étendues que jamais. Pour ce chancre hideux, pour ce cancer infect, pour cette plaie dégoûtante, le ciel nous réserve un grand médecin ; et.... desseins adorables !... c’est au milieu de nous qu’il le trouvera, c’est au sein même du pauvre peuple qu’il viendra le chercher. Il le nommera son Envoyé, son Représentant, son Messager de Paix; et les hommes l’appelleront le Prêtre du Seigneur, l’Apôtre de la Tempérance, le RÉVÉREND PÈRE CHINIQUY.

M. Chiniquy est né à Kamouraska, District de Québec, le 30 Juillet 1809 ; il a quarante ans. Il reçut au Baptême le nom de Charles, qui était aussi celui de son père, Notaire du même endroit. Dès l’âge de douze ans, il dut quitter les joies et les douceurs

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du toit paternel, pour aller à plus de 60 lieues, à Nicolet, recevoir son éducation collégiale. Il s’y fit bientôt remarquer par sa piété et ses succès ; mais la Providence lui ména geait de suite une bien rudo épreuve* Personne ne saurait mieux en parler que M. Chiniquy lui-même, qui, bien des années après, 11e fit que se convaincre davantage que la reconnaissance l’empêchait de ’céler plus longtemps cette circonstance de sa vie. Il la racontait donc comme suit, il n’y a que quelques mois, devant une nombreuse assemblée des citoyens de Longueuil \

“ Il y a 24 ans, un enfant de 14 ans disait à sa bonne et pauvre mère éplorée un adieu qui pouvait être étemel. Forcé de quitter le collège faute de ressources pour continuer ses études, il entreprenait un voyage de 300 lieues pour aller gagner sa vie, chercher les moyens d’être un jour utile à son pays. L’âme de ce pauvre enfant était navrée de douleur, et chaque pas qui l’éloignait des lieux et des personnes chers à son enfance était comme un dard qui lui perçait le cœur. Cet enfant 11’avait pour toute fortune qu’un désir ardent de s’instruire. Il marchait seul dans cette route si longue de l’exil ; et, pendant que des larmes brûlantes coulaient sur ses joues, il priait le Dieu des orphelins d’avoir pitié de lui et d’envoyer son Ange pour l’accompagner. Sa prière et ses larmes furent exaucées. Sur la route, il est arrêté par un jeune prêtre, qui avait été son premier maître au Collège. “ Mon enfant, lui dit ce digne ministre du Dieu de a Charité, je sais les malheureuses circonstances do “ famille qui vous font interrompre vos études ; “ mais voilà que deux de vos amis, qui ne veulent “ pas être connus, ont mis ensemble leurs petites res- “ sources pour payer votre pension ; retournez donc au “ Collège.” — Vous aimerez sans doute, Messieurs, à connaître le nom de ce pauvre enfant si malheureux et si heureux tout à la fois ? Je vais vous le dire: Cet enfant, c’est moi ! Et je vous dirai qu’ivre de joie, lors-

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que je repris le chemin du Collège, je formai dans mon cœur d’ardents désirs de connaître les noms de ces deux anges tutélaires qui me tendaient la main, au moment ou des dragons, plus dangereux que le poisson monstrueux qui allait dévorer Tobie, pouvaient m’arrêter à chaque pas et briser mon avenir. J’ai eu enfin le bonheur d’être exaucé ; et je viens vous révéler les noms de ces généreux et modestes bienfaiteurs, afin que vous vous joigniez à moi pour les aimer et les bénir. Le premier est déjà au Ciel ; son nom est Joseph 0?iésime Leprohon, alors Directeur du Collège de Nicolet. Le second de ces anges tutélaires est M. Louis Moïse Brassard,, aujourd’hui votre Curé !”

M. Chiniquy put ainsi reprendre son cours d’études, qu’il termina avec succès en 1829, et durant lequel il ne cessa de se signaler par sa douceur et ses excellents principes religieux. Aussi, en 1844, un journaliste traçait-il les lignes suivantes à l’occasion de la publication du Manuel de Tempérance : “ M. Chiniquy ne “ fait là que couronner son apostolat de Tempérance, “ avec la sainte et ardente ambition de caractère “ dont il donnait déjà de visibles preuves dans sa vie “ de collège, où nous avons si longtemps été témoin il de sa piété d’enfant, quand il était le modèle de “ tous ses compagnons qui l’avaient surnommé le <( Louis- Gonzague de Nicolet.” (1)

Avec une piété et des inclinations aussi remarquables, il n’est pas étonnant qu’il ait embrassé l’état ecclésiastique. C’était d’ailleurs pour lui en quelque sorte un moyen de témoigner sa reconnaissance à Dieu qui semblait avoir présidé d’une manière si spéciale à son éducation. Aussi, après ses quatre années de théologie, le voyons-nous entrer avec joie parmi les prêtres du sanctuaire, et devenir, pour nous servir de

(1) M. J. G. Barthe,...en 1844.

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l’expression si énergique d’un de nos prédicateurs, comme le chien de la maison de Dieu. Cette dénomination n’a rien que de raisonnable ; car, selon l’appellation même des saintes écritures, “ le Prêtre catholique est un de ces anges que le Seigneur a préposés à la garde d’un royaume, d’une contrée, d’une ville, le Dieu tutélaire, la sentinelle avancée placée aux avant-postes du salut, le père spécial d’une portion de l’héritage du Christ, l’ami-né de tous les infortunés, le conducteur de tant d’aveugles, la providence visible de tout ce qui souffre, de tout ce qui gémit ici-bas.”

Dès ce moment, commence pour l’abbé Chiniquy sa vie réelle de travaux et de labeurs. Il y débute par le vicariat de St. Charles, Rivière Boyer, sous la direction et les soins spéciaux du vénérable M. Perras, Curé de cette Paroisse. L’année suivante (1834), il est transféré au vicariat si laborieux et si pénible de St. Roc h de Québec, où nous le voyons tour-à-tour offrir les consolations de son ministère de charité aux infortunés cholériques de la paroisse de Charlcsbourg et aux nombreux malades de Y Hôpital de la Marine. Les soins empressés qu’il portait ainsi avec ses confrères dans le sacerdoce aux pauvres malheureux, dont les plaies dégoûtantes et le mal contagieux ne pouvaient ralentir son zèle et son assiduité, étaient bien propres à rappeler à chacun l’éloge fait du clergé par un publiciste français, qui n’hésitait pas à proclamer que “ le clergé est la plus imposante de nos institutions.”

C’est ainsi que M. Chiniquy préludait aux travaux plus longs, plus nombreux et plus laborieux encore, que devait lui imposer sa mission d’Apôtre de la Tempérance. Ajoutons que, durant tout ce temps, le jeune Prêtre nourrissait au fond de son cœur la pensée, qui l’avait frappé dès son plus jeune âge, du moyen de retirer ses compatriotes de l’abîme de maux où les précipitait sans cesse l’Intempérance. Ce moyen il crut avec raison l’avoir trouvé au moment où, en 1838, ses

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supérieurs ecclésiastiques lui confiaient l’importante Cure de Beauport. Il pensa qu’il ne pouvait mieux faire que de commencer, an milieu de son nouveau troupeau, une sainte croisade contre l’Ivrognerie, dont les affreux résultats n’étaient que trop visibles. C’était aussi dans ce but que, l’année précédente, il avait suivi à Québec un cours régulier d’anatomie qu’il compléta en 1840.

Il se mit donc énergiquement à l’œuvre, malgré les préjugés nombreux et les obstacles presque insurmontables qu’il ne rencontra que trop souvent. Ses peines ne furent pas inutiles. Dieu bénit ses travaux entrepris pour le seul bien moral et matériel de ses compatriotes. A peine en effet quelques mois s’étaient- ils écoulés, que déjà la religieuse et intelligente population de Beauport accourait en masse autour de son digne pasteur, et promettait devant Dieu et devant les hommes de s’abstenir de toute boisson forte. Ce résultat magnifique et presque incroyable, quand on considère la force d’une habitude enracinée, devait être bientôt (1841) récompensé et béni de la main même d’un pieux et saint Pontife.

L’Evêque de Nancy, ce Prélat-missionnaire dont la mémoire est si chère au cœur des Canadiens, venait d’arriver parmi nous. Dans ses longues et pénibles missions d’Amérique, il n’avait pas oublié l’ancienne colonie de la France, colonie qui, plus heureuse que sa Métropole, avait conservé paisiblement la foi de ses pères. Il voulait adresser lui-même la parole sainte à ce peuple privilégié, de l’hospitalité et de la foi duquel il parla plus tard avec tant d’éloges et de bonheur. Il arriva donc, et de suite son adhésion fut acquise à la belle cause de la Tempérance. Il entrevoyait dès ce moment le bien immense qu’était appelé à faire l’humble Curé de Beauport ; et il l’encouragea dans son œuvre, et il le seconda puissamment dans sa mission, et la Colonne de Beauport est là pour

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témoigner cle ]a sanction donnée par ce pieux Evêque à la régénération morale et matérielle du Canada.

Cette espèce de consécration de l’œuvre de la Tempérance ne contribua pas peu à sa réussite. Toute la Côte de Beaupré et bon nombre de paroisses au sud du fleuve arborèrent le même étendard que les habitants de Beauport, et appelèrent M. l’abbé Chiniquy à planter au milieu d’elles l’arbre de la Tempérance. Il n’y eût pas jusqu’au vénérable Evêque actuel de Montréal qui n’invitât spécialement l’Apôtre de la Tempérance à venir se fixer dans son Diocèse pour y prêcher sa croisade si sainte et si patriotique. Mais la Providence en décida autrement,

M. Chiniquy, après avoir administré pendant quatre ans et avec tant de succès la Cure de Beauport, fut envoyé à celle de Kamouraska, son lieu natal. Ce changement do localité ne lui lit pas perdre de vue le but de sa mission, et, dès son arrivée dans sa nouvelle Paroisse, le jeune prêtre reprit le cours de ses instructions de Tempérance, fonda une association pour le même objet, et, durant les quatre années qu’il eut la charge de cette cure, il convertit à la sobriété au delà de vingt Paroisses dont les Pasteurs l’avaient prié d’y annoncer l’heureuse nouvelle de la Tempérance. Mais des demandes semblables arrivaient si nombreuses et d’une si grande variété d’endroits que, malgré tout son zèle et son patriotisme, M. Chiniquy vit qu’il lui était impossible de s’y rendre tant qu’il desservirait Kamouraska. Il savait en effet que, comme curé, il avait entre ses mains les destinées éternelles de son troupeau, qu’il en était responsable à Dieu. Aussi, sentit-il de suite que sa mission d’Apôtre de la Tempérance exigeait qu’il se retirât de l’administration d’une Cure. Il offrit donc sa démission à son Evêque qui l’accepta, et il partit pour le noviciat des Pères Oblats à Longueuil. Il quittait ainsi la position si honorable et si consolante de curé, et, comme disait Bous-

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seau, u ce qxi’ily a de. plus beau dans le monde,” pour se vouer à la vie errante, si laborieuse et si pénible du missionnaire. Mais sa résolution était prise.

A Longueuil, il demeura quatorze mois, afin d'y retremper son âme dans la solitude, méditer davantage le sujet qui devait être l'occupation de sa vie, approfondir encore ses études religieuses, et obtenir de Dieu les forces nécessaires pour accomplir son œuvre, sur laquelle il le priait de répandre ses plus abondantes bénédictions.

Cette longue retraite terminée, le Père Chiniquy voulut faire l’essai de ses forces appuyées de la grâce si puissante d’en liant ; et comme pour témoigner sa reconnaissance à son protecteur le Ilév. M. Brassard, c’est par la paroisse de Longueuil qu’il commencera son apostolat dans le Diocèse de Montréal, et ses prédications seront suivies de la conversion à la Tempérance des 2300 habitants de cette religieuse Paroisse. Varennes, Boucherville, Chambly et Laprairie l’appelleront alors à grands cris, et cédant à la conviction inspirée par ses chaleureuses improvisations, elles imiteront Longueuil, et la grande œuvre comptera 10,000 nouveaux défenseurs.

Nous ne suivrons pas M. Chiniquy dans toutes ses pérégrinations, dans toutes ses courses évangéliques, dans tous ses immenses succès. Qu’il nous suffise de dire que, dans le court espace de 18 mois, il a parcouru 120 paroisses, prononcé au moins 500 discours, converti à la Tempérance au delà de 200,000 personnes ! C’est là lin succès prodigieux et presque inouï. Il nous rappelle les triomphes de St. François Xavier sur l’infidélité. Ce grand saint écrivait en effet: “ J’espère, cette année, faire pour ma part jus- “ qu’à cent mille chrétiens !” Qu’on n’aille pas croire pour cela que nous voulions égaler l’Apôtre de la Tempérance à l’Apôtre des Gentils. Telle n’a ja-

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niais été notre pensée, et d’ailleurs on peut être bien cher à l’Église et bien cher à son pays, et demeurer encore bien endeçà des mérites du grand saint François Xavier. Nous avons seulement voulu faire ressortir toute la miséricorde de Dieu envers nos compatriotes, afin qu’ils connûssent l’instrument dont il a voulu se servir et qu’il a comme préparé pour cette grande régénération.

Pour compléter la suite des faits, nous devons ajouter que, durant tout ce temps, après chaque retraite, après chaque mission, le Père Chiniquy n’a cessé de recevoir, de la reconnaissance des associés à la Tempérance, des adresses de félicitations et plusieurs fois des témoignages éclatants de leur estime et de leur bonheur. De son côté, l’Apôtre de la Tempérance ne croyait pas faire encore assez pour avancer son œuvre philanthropique, et dès 1844 nous le voyons publier la première édition de son Ma?iuel de Tempérance , dont les 4000 exemplaires furent placés en moins de six mois. Une seconde édition devenait donc nécessaire ; M. Chiniquy l’entreprit en 1847, et, dix-huit mois après, les 6000 exemplaires avaient déjà tous trouvé des acheteurs.

Des travaux si constants et si bien couronnés de succès durent attirer l’attention spéciale des autorités constituées. Aussi vit-on juges et jurés, corporations et municipalités rivaliser de zèle pour seconder les efforts de l’Apôtre de la sobriété, jusqu’à ce qu’enfîn la Législature, pressée par les requêtes d’un grand nombre de citoyens, crut devoir faire quelque chose dans le même sens. Espérons qu’à sa prochaine réunion elle complétera ses travaux sur ce point. Elle ne peut reculer devant l’opinion du pays, si bien formulée dans la manifestation des 18,000 associés de la Tempérance à Montréal, qui, le 15 Juillet dernier, se joignirent à tous ceux de la Paroisse de Longueuil et présentèrent à M.Chiniquy une médaille d’or, com-

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me témoignage de leur reconnaissance et en même temps comme protêt contre l’usage des boissons enivrantes.

Si nous ne devions nous renfermer dans les bornes étroites qui nous sont prescrites, nous présenterions maintenant M. l’abbé Chiniquy, dans la chaire de vérité, aux prises avec son ennemi l’Intempérance ; ou plutôt, reproduisant quelques extraits de ses discours, nous le montrerions, lorsque, l’onction de Dieu sur les lèvres, il déroule le tableau des misères que l’homme s’impose par l’ivrognerie en sus du travail auquel il a été condamné en expiation de la première faute de ses pères. Mais l’espace nous manque. Contentons-nous de dire que M. Chiniquy ne s’applique pas tant à faire de belles phrases et de rondes périodes, qu’à faire passer au cœur de ses auditeurs la conviction ferme qui se trouve au fond du sien avec un désintéressement et une charité immense ; et il y réussit si bien que chacun de ses discours est un succès, un triomphe.

En terminant, nous devons exprimer l’espoir que l’homme providentiel, qui a pris en main dans la Tempérance la cause de l’Eglise et de l’humanité, nous soit longtemps conservé, pour jouir de son succès et affermir dans le bien ceux qu’il a ravis à l’Intempérance. Nous devons le prier en même temps de nous pardonner si nos éloges ont pu blesser sa modestie et son cœur de prêtre. Nous avons pensé que ce que nous ressentions profondément ne pouvait revêtir une forme plus humble. Notre bonne intention sera auprès de lui notre excuse ; et il ne nous refusera pas alors de terminer lui-même cette notice par un extrait d’une de ses lettres, dans laquelle il nous raconte son entrevue récente avec son illustre devancier :

“ J’ai eu le bonheur, dit-il, de rencontrer le Père Mathieu à Boston. Je ne vous dirai pas ce que j’ai

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éprouvé, lorsque j’ai pu presser contre mes lèvres cette main qui a essuyé tant de larmes, consolé tant de cœurs, donné du pain à tant de malheureux ; je n’en suis pas capable... En l’abordant, je n’ai pas voulu lui décliner mon nom ; je me suis contenté de lui dire : “ Père Mathieu, voici un de vos disciples du Canada, “ qui vient réchauffer son cœur de Prêtre contre votre “ cœur d’ Apôtre !” Je n’avais pas fini de parler qu’il se jetait entre mes bras, me nommait, et me pressait contre son cœur avec la bonté, la tendresse d’un

père . Le père Mathieu a environ 60 ans ; mais, si

ce n’était sa belle chevelure qui commence à blanchir, on ne lui en donnerait pas 40, tant sa figure est fraiche et radieuse de vie. Le regard du Père Mathieu est plein de douceur et de suavité. 11 a sur ses lèvres le sourire gracieux que les peintres donnent aux anges que Dieu envoie comme messagers de paix sur la terre. Il parle peu et l’on voit que la paralysie, dont il a été frappé il y a deux ans, gêne encore chez lui les organes de la voix ; mais ce qu’il dit est plein d’àpropos et de gracieuseté. En un mot, tout dans le Père Mathieu dénote le vrai gentilhomme Chrétien et le bon Prêtre. Sa mission aux Etats-Unis est appelée à faire faire un pas immense au Catholicisme. ..Il m’a promis de venir en Canada l’été prochain, et nul doute que son passage parmi nous ne soit accompagné des plus abondantes bénédictions.”

Hector L. Langevin, Montréal, 1er Décembre 1849.

Le soussigné a acquis du Révérend Mr. Chiniquy la propriété de son Manuel de Tempérance, et il en est actuellement le seul propriétaire. Il a cru que les progrès rapides de la Tempérance en Canada exigeaient une nouvelle édition du Manuel , et il la présente aujourd’hui au public, avec l’espoir de recevoir de celui-ci un accueil bienveillant.

Cette troisième édition du Manuel a été revue par l’auteur lui-même ; et le soussigné a pensé qu’en y ajoutant le portrait et une Notice Biographique de Mr. Chiniquy, l’ouvrage n’en serait que plus complet et n’obtiendrait qu’un plus prompt débit, sur lequel il a droit de compter, cette Edition étant une Edition à bon marché.

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