‹ Manuel des Sociétés de tempérance dédié à la jeunesse du CanadaChapitre 12 sur 17 · QUATRE MILLIONS DE GALLONS DE WISKET ! I · texte numérisé non relu

QUATRE MILLIONS DE GALLONS DE WISKET ! I

' Pauvres enfans, qui, par milliers, manquez aujourd'hui de pain, d'habits, de feu, parce que vos parens

sont ivrognes, ah ! consolez- vous, vos parens ne

mailqueront jamais de wiskey : Montréal n'en distille pas moins de dix mille neuf cent quatre gallons tous les

JOtUB.

• Femmes infortunées, dont le nombre augmente si rapidement tous les jours, qui avez à supporter les brutalités d'un mari ivrogne, séchez vos larmes... Quatre 'millions de gallons de wiskey ont été distillés cette année dans la seule ville de Montréal, et on espère, va les progrès de la civilisation et les lumières du «ècle, que cette quantité sera doublée l'an prochain ! : Féreç et mères de familles, vous dont les enfans vont tous les jours par centaines et par milliers, oublier, dans l'auberge et le restaurant, les sentimens de probité et de religion qu'ils avaient puisés au foyer ^paternel, consolez-vous et espérez tout de l'avenir.... : les distilleries sont dans Vétat le plus prospère ! Ppur Vous aider à ramener dans les sentiers de l'hpnneur et de la vertu, vos nombreufiçs i^milles, elles vous distillent, à chaque heure du jour et de la nuit, pas moins de quatre cent cinquante-quatre gallons de wiskely, de la meilleure qualité, à vingt-pinq sols le pot, no» rédiUt!

Canadiens de tous les rangs» auMie-L \q& ^csbux^^v^.^ \ Bentimens delsi^^oïe lapU\^\Vve\ \e^^'ûXx\a ^^^»?\f

Pour Orge, Seigle, Aroine, reçus,..

30 Décembre, 184& JMnt

LE PEUPLE CANADIEN A LA Din'ILLEKIE.

Pour Rum, Wiskey, Grosse Bière, etc., livrée, <

vée.' Notre cher Canada va bientôt prendre rang ^ parmi les nations grandes, fortes et intelligentes. tJn ^ avenir de prospérité sans bornes s'ouvre deVant vous ; et, si vous en doutez, venez dans les distilleries voir la quantité prodigieuse de wiskey qui en sort tous les jours, et qui porte partout la paix, le bonheur, l'abondance ! ! !

En vérité, il faut porter un front d'airain, et s'imaginer que l'on parle à des enfans, pour oser faire l'éloge des distilleries !.... On fait sonner bien haut la somme d'argent que la distillerie répand dans le public, et le prix qu'elle donne pour les grains ; mais on ne dit pas un mot des sommes énormes qu'elle soutire au peuple tous les ans. A entendre ces nouveaux économistes, on dirait que Messieurs les Distillateurs, après avoir payé le grain bien cher, donnent leur bière et leur wiskey par charité ! *

Ces quatre millions de gallons de wiskey, distillés dans une seule année à Montréal, ont-ils été exportés ? Non ; (à l'exception de 3074 gallons exportés en Angleterre depuis deux ans) tout a été bu et par conséquent ACHETÉ et PAYÉ par le pauvre et malheureux peuple canadien!

Le commerce par la distillerie est, sons toua les rapj)orts, ruineux pour le peuple ; pour s'en conyaiiicre, il suffît de jeter les yeux sur le tableau suivant qui n'est que l'histoire, en chifires exacts, des rapports du peuple avec la distillerie :

1er. Janrier, 1846.

LA DISTILLERIE AU PB^rL» CSIKAlVIEll.

Piastres 1,000,009

5tfM04m

Balance due par le Peuple A la T)irtî\\erVft> \ V^M»»<ft V j^ft^iaft

SOCIÉTÉ DE TEMPÉRANCS. 151

Ah ! nous vonârîons que Dieu daignât donner à notre faible voix la force et l'autorité qui lui manquent poar faire pénétrer partout la vérité : nous dirions à nc6 concitoyens: ^' Défiez-vous par dessus tout det distilleries et de ceux qui vous en vantent les bienfaits imaginaires*"

Lie haut prix qu'elles donnent pour vos grains n'est qalllnsoire et n'a rien de réel, car si on a mis, dans l'automne de 1845, un million de piastres entre vos mains pour prix de vos grains, ou a trouvé le moyen, daos le cours de l'année, non seulement de vous faire i^pporter cette sonime à la distillerie, mais on vous l'a fittt ^knbler ; et, pour un million de piastres qu'on a semblé vous donner, on vous en a arraché deux millions J'

Mais les grains,dit-on, baisseraient considérablement ^il n'y avait pas de distilleries !... Qu'est-ce que cela faitî... Au lieu de vendre ses grains un million de piastres aux distillateurs, le peuple n'en aura que cinq cent mille des autres Commerçans... C'est bien vrai... Mais, encore une fois, cinq cent mille piastres employéeB à soutenir ses institutions, à payer ses écoles, à améliorer l'agriculture, à ouvrir de nouvelles terres et y établir les enfans, ne feront-elles pas mille fois plus de bien au peuple que deux millions données pour du wiskey, de la bière, à l'avantage de Messieurs les Distillateurs!

Bien plus, le seul mal que les distilleries font au peuple, n'est pas de lui enlever le prix de ses sueurs et de le ruiner, tout en lui faisant croire qu'on l'enrichit, mais encore, à la suite de la pauvreté et de la misère profonde où elles en réduisent tous les jours un SBind nombre, viennent les crimes de tous genres, la solation, la mort. Six lignes plus haut que l'article qae nous signalons, nous en \\8\owa, «v\x \e Tofe^sNa^p^njU, une nouvelle preuve : ** îilatôi m'dîCvcL,^ ^\w^*-

IÔ2 ^ANtEL ï>fi tA

* on, une femme de la nie Ste. Elisabeth a été " trouvée morte dan« son lit. La veille elle «'était " couchée ivre aussi bien que son mari !"

« Le trois du courant, un homme tt été trouvé mort " dans un champ, dans un état complet de nudité. " C'était un ivrogne reconnu. L'on croit qu'ayant " l'esprit dérangé par la boisson, il se sem déshabillé ** en plein air, et sera mort de froid P'

Et pendant que nous tracions ces lignes, iM>n loin de notre demeure, un homme est ramassé se roulant à terre dans son sang. Troublé par la boisson, il s'était coupé la gorge avec un rasoir !

Peuple Canadien, voilà le bien que les distilleries . vous font ! Avec le*s poisons qu'elles vous donnent^ elles affaiblissent votre raison, elles vous démoralisent» elles vons tuent 5 et pour cela vous leur donnez, tous les ans, nsux millions x>e piastres !

Nons traversions, il n'y a que peu de tems, de Loo* gueil à Montréal, sur un steamboat où nous remar* quâmes trois voitures richement chargées. L*une ap* partenait è un Irlandais des Townships qtii nous dit qu'il n'habitait le pays que depuis quatre aiis,et qu'avant de quitter sa ehére Irlande, il s*était enrôlé dans la Société de Tempérance, comme le «este de ses compatriotes. Les deux autres voitures qui fixèrent notre attention étaient conduites par des Canadiens.

L'après-midi, revenant de la ville à la campagne, nous ne fûmes pas peu surpris de nous rencontrer avec les trois mêmes personnes que nous avions remarquées le matin. Mais quelle ne ilit pas notre douleur de voir qu'une seule avait su faire un bon et saint usage de son tews et âe son bien l C'était le brave Irlandais. // était parfaitement sobre et regaTàaW^v^ wtkfo x^tw /a&fe cowplmnuce tous le^effela <\\v^\\. xtv'ç\vo\X'wX-ç«Q;x

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le soutien de sa famille. C'était de la farine, du cuir, des livres d'écoles. Son visage rayonnait de joie. Il semblait penser anx tendres embrassemens de son épouse, à son retour ; aux caresses si douces de ses cners petits enfans, qui ne manqueraient pas de venir bien loin au-devant de lui se jeter entre ses bras. On eut dit que son cœur s'épanehait en actions de grâces que les Auges portaient au ciel

Et les deux Canadiens? Nous le disons le cœur

navré de honte et de douleur; ils n'avaient chacun qu'un gros baril de 'boisson dans leur voiture ! L'un des deux, dans un état de stupidité et d'ivresse complètes, était étendu près de son baril, et servait de risée aux nombreux étrangers qui traversaient avec nous. Il n'ouvrait la bouche que pour proférer des sottises ou des blasphèmes. L'autre, quoique moins ivre, était cependant dans un état déplorable !

Sans doute que tous nos Canadien^ ne reviennent pas de la ville^dans cet état de dégradation. Mais, si vous voulez avoir une idée de ce qui en est, comptez le nombre prodigieux d'auberges et d'autres maisons où l'on vend des boissons, et qui toutes prospèrent rapidement: allez, de tems en tems, vers le soir, sur les ehemins par où, passent les habitans qui reviennent du marché, et vous ne serez pas longtems sans voir que la boisson fait, comme disait l'honorable Juge Mondelet, un mal incalculable à notre peuple. Le mémoire suivant, que nous tenons de la complaisance de Mon-^ sieur Jessopp, officier de douane à Québec, est bien de nature, ce nous semble, à faire comprendre la nécessité d'une réforme prompte et générale.

MAKVfiL DS LA

Etat des boissons fortes importées à Montréal et à Québec, et quantité fabriquée en Canada dans les années 1839, 1840 et 1841. (1).

Années.

Importées Montréal.

Distillées

en Canada.

Québec.

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