CHAPITRE VI
60, JîS ^^EJ^QkQJ^ DE PLUS, PA^ MES PAROLES ET MEj PX;BMPL]ÇS, A PORTER MES PA^^EN^ ET MES AM^ A FAIRE Ï4^ MEME {SACRITJCE.
^P99p?jhJ qu^ les Memàrie^ «fe la SpciçU 4^ Tempérant^
S'il faut du courage et une ardente charité pour s'im pQsef 9 ^our la vie, le sacrifice des boissons &rtes, dan le iwil d'aider nos frères £Giit>ies à y renoneer, il n'ei faut pas moins pour s'acquilt/eir dôicetlie dernière obli gation, que la Société de Tempérance impp&e à se membres. Il faut surtout s'armer d'une sainte haï die^se, si fouler aux pieds tout respect humain* Mai les difficultés et \bs peines tm soot rien quand tm tra vaillA pour le sulut de ses fr^reâ, ^e bien de sa patrif ia ^irje de son Dieu,
Qiiâ les membres de la Société de Tempémne n'ioublieut pas que l'existante de cette bienfaisanti» Su métè dépend du eèle qu'ils laettront à ia propager et PétendriB.
Diaprés les meilleurs renaeignem^ns que naus avon pu nous procurer, il y a aujourd'hui plus de cent mill membres de la Société de Tempér^iice pn Gafiada £h bij^nl que c^iacun d'eux lui gagipe, seulement dan le cours de cette année, deux de leurs parèns et à\ leurs amis, et dans un an la Société de Tempéranc comptera trois eeiit mille m^mhteG \ ist si ceux-ci animés du mâme Kéle que les premiersy gagnant, en m au^deux de leurs amis,avAnt deux ans il ue se dépenser) pas une souIe goutte de boi;s8ons fortes par^ii nom excepté dans les cas rares où elles peuvent être utiles et où des personnes sages et prudentes en conseille raient Pus&ge. Que de pèches %\ota «exout acrèti^s que de bsiiailleSf de juremens, 4e \«tto\e^ Vi^a^u^ ^
MAirUBL DE LA SOCIÉTÉ Dfi TEMPÉRANCE. ISl
àêtàn et d^actio^s criminelles, que la boisson enfante toiK les joan, cesseront ! que de larmes seront séchées ! que de fumilles, sur le penchant de leur ruine, ou déjà minées, se relèveront ! que de pauvres mères, qui n'ont jamais goiké ia paix et le bonheur domestiques, béniront Dieu du changement opéré dans leur mafson ! que d'^nfiiins, destinés à devenir l'opprobre de la sociéiéy le fléau de leurs familles, la désolation de la reli^cm, par la mauvaise éducation qu'ils reçoivent de pareiw adonnés à la boisson, deviendront de bons cito^ans, de bons chrétiens !
Animé par la vue du sentiment qui doit en résulter^ que chaque membre de ia Société de Tempérance profite donc de toutes les circonstances qui se présenteiont pour fiiire cesser la trop bonne opinion qu'on a entretenue,, jusqu'à ce jour, des boissons en usage parmi nous, et ne laisse jamais perdre 1 ^occasion d'augmenter le nomlnre des soldats généreux qui s'engagent à eom%»attre toute leur vie le démon de l'ivrognerie. ICaitt, pour y réussir, il faut que les membres de la Boeiété de Tempérance s'eâbrcent de rendre cette Société re«^ctable ; pour cela, ils ne doivent pas se txNTBer à donner l'exemple de la tempérance dans le fedre et le mange/» Ce serait certainement manquer leur but et attirer sur eux et sur la Société, le ridicule, et en éloigner les honnêtes gens, que de prêcher la Tempérance, et d'oublier les autres devoirs que la religion nous impose. Ce fut le malheur des Pharisiens : ils effieàaient un<^ extrême régularité dans la pratique de certaines vertus api^areutes^ et négligeaient les eommandemens les plus absolus de Dieu ; aussi Jésus- Christ les traite-t-il d^àypoeriies Les membres de
la Société de Tempérance ne se feront donc pas seulement remarquer par cette vertu si belle ; mais ils seront, de plus, modestes dans leurs paroles, simples dans leurs habits, charitables envers leurs frères, fervens à l^église, zélés pour l'œuvre admirable de la Propagation de la. Foi, exacts i a\>\)ioc\v^t ^^^aa\&m, prompts à faire taire les mfeà\a8imeX\^'&\^\«^^\
\t2 MANUEL Dfi LA
et cela, non par ostentation, mais pour leur propre salut et pour la plus grande gloire de Dieu, n'ayant pas d'autre pensée que de suivre le^conseil que notre Divin Sauveur nous donne à tous dans son saint Evan« gile : '^ Que votre lumière brille devant les hommes, <* afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glo- " rifient votre Père 4ui est dans le ciel." (Math. ch« 5, V. 15.)
La religion ne nous défend pas d'aimer notre patrie ; au contraire, elle consacre et bénit cet amour. Et, si nous avons quelque chose de cet amour de la patrie, ne devons-nous pas être tout de feu et de zélé pour détruire ce qui la ruine et la déshonore 1
Depuis plusieurs années tous les fléaux sont tombés sur nous successivement. La peste, la guerre civile, les gelées, les vers qui dévorent les moissons d'un bout à l'autre du Canada: partout la pauvreté, la misère, la gène dans le commerce. Au milieu de tout cela, ne serait-ce pas un abus criminel des dons de la Providence, que nous ajouterions à nos autres iniquités, si nous continuions nos folles dépenses d'autrefois, qui nous ont épuisés même dans nos jours d'abondance 1
" Mais vous exagérez, dit-on souvent aux Apôtres ^ de la Tempérance : la boisson apparaît à votre ima« '^ gination ardente comme certains objets, pendant la ** nuit, à de timides voyageurs. Ils voient partout ^ d'horribles fantômes; leur sang se glace dans leurs '' veines ; ils ferment bien fort les yeux pour ne pas '' voir les spectres hideux qui les poursuivent ; puis " ils courent ; et tout haletants couverts de sueurs, ils ^ racontent en tremblant le lendemain ce qu'ils ont *' vu. Et le crédule vulgaire de s'ébahir et detrem* << bler. Mais les gens sages savent à quoi s'en tenir ** sur toutes ces choses. De quelques faits isolés vous ^ tirez des conclusions générales. De ce qu'un mal- ^ heureux a été aperçu ivre au coin d'une rue, vous « ne voyez plus que des ivrognes partout ; — et, parce ^^ que vous avez connu une famille infortunée, ruinée ^^ par la boisson, vous croyez naïveia^iiX ^^^^«^^A
•oci£t£ ds tempérance. 123
'< peuple Canadien tout entier qui chancelle d'ivresse, <' et qui s'en va, se noyant dans une mer de rum "
Ah ! plût à Dieu que ce que nous avons dit des maux que la boisson nous fait, fût exagéré ! Oui, de tout notre cœur, nous donnerions jusqu'à la dernière goutte de notre sang, pour que les malheurs. sans nom* bre, publies et particuliers, pour que la ruine de tant de familles, la désolation et les larmes de tant de pauvres femmes, la dégradation et la perte de tant de milliers de jeunes gens, la damnation de tant d'àmes, fruits amers, immédiats et journaliers de l'usage des boissons fortes en ce pays^ ne fussent que des exagèlations.
Mais l'erreur et même l'exagération sont devenues choses impossibles. Nous devions à notre pays, nous nous devions i nous-mème, de ne négliger aucun moyen permis de connaître la vérité, et de la connattre tout entière. Or, rien ne nous paraissait plus loyal et plus court, pour parvenir à notre but, que d'écrire à nos vénérables confrères et à tous nos compatriotes en général, pour les prier de nous éclairer de leurs conseils, de nous venir en aide, et de nous faire connaître ce qui pouvait se dire des désordres qu'entraînaient après elles, dans les différentes localités, les boissons, fortes. — C'est ce que nous avons fait, sans égard nuX clameurs de la calomnie, ni aux conseils des timides. — ^Et quelles réponses avons-nous eues î...
" Nous ne ^pouvons vous répondre," nous a-t-on écrit d'un gmnd nombre de lieux différons, '^ car si '^ nous vous disions les folies journalières, les orgies, << les crimes, les malheurs de tout genre qu'enfantent <' les boissons parmi notre peuple, nous aurions trop " l'air d'écrire un libelle ; ainsi nous prenons le parti ''' de garder le silence sur ces choses, et nous vous cou- ^ seillons fortement d'en faire autant." . D'autres confrères, et des laïcs de la plus haute respectabilité, nous ont décrit, d'une main tremblante, des choses à faire verser des larmes de san^^ en nous çQDJarant (quoique ce fût p\\b\\c à^\»\«Nxw^V3R.'s^^^'^
ie n'ei» rien dire daqs le Manuel (k Tempércmee, pouf ne pausi blesser telle et telle ' paroisse ou telle et telle famille.
lin résu^y qyae nous antril été possible ée conclura de 09 qui nops a été eommimiqué de mille endroits divers, si ce n'«6t que ïa, boisson fait encore plus dj9 rQ.Y9ig^9 plus de mal à notre peuple que nous ne nouâ Tétions d'ftbord figuré 1
<< Les Marchands de ma^p^roisse," nous écrivait uq vénérable Prêtre» ^^ ont vendu pour quatre-vingt mille piaistres de boisaoni^ fortes depuis vingt ans, et on n'a pas eu le moyen de soutenir deux bonnes écoles sur un pied permanent et re&pectable xLepois ca temsî"
Un M^pb^nd nous écrivait d'une autre paroifise : ** Pepuis quinze ans j'ai vendu, année commune, entre huit et di% tonnes de boissons fortes ; six autres Marchands en ont débité au moins Autant. Plusieurs Commerçani^ ont figiit ici une aisses; belle ^rtune, mais les pauvres babilans sont ruinés, et ne se relèveront que difficilement {''
^^ J'en aurais bien long à vous dire»" nous écrivait nn commerçant respectable, ^ si je vous racontais Unit le m^l que la boiisson a fait à ma paroisse. Je me contenterai de vous dire que, seulement depuis vingt ans f ue je ^lis établi ici, il y a plus de 60 habitans, et d^
i>Ui« riches, qui ont été obligés de tout vendre; dont «a enfans, en partie, sont isur le chemin* et qui seraient ^niH^e assurément à leur aise et maîtres chez eux, s'il n'y avait pas eu de boisson !....,."
^^Vous désirez connaître le mal que la boisson a &it)" nous écrivait encore une Pâme : f^ Vous savee à peu prè? ma triste histoire. Ah ! Monsieur, si ja voué en rapp^U^ le souveuir, c^est pour vous conjurer 4e continuer à en détruire le régne. On ne comprend pas asseJjSy en général, le mal qu'elle fait tous les jours. Il fout avoir été la femme d'un mari adonné à ce malr À^fiirejjM vice de l'ivrognerie pour «avoir ce c^ui en M:0é00 J'ét&iff j^une, riche et lieuxe\uà^c\ai^iiiaoxL'^ift^
80Cl£tâ DS niilPÉftANCE. tH
hmine fnon éponit mer demanda ma main. Ses bieâi pouvaient monter à deux mille loiiis, et je liti en donfifli neuf cents le jour de notre mariage. Coraibe vous lÈfeXf Monsieur, je suis réduite aujourd'hui à la der^ iSère niMère, et il meiatit souvent tendre la ttain à rfettinOne qu'on fne donne, et manger le pain de la «fatrité !..« Mon mari a tout dépensé, tout bu avec seaT amis dans l'espace de vingt ans que nous avons f écu easeitible, et mes pauvres enfans n'ont ptt recevoir d'édaoatioDw Les deux aines sont partis pour les Etats- Unis 5 il y a hait ans que je n'en ai entendu parler. Croyez-moi, Monsieur, il y a plus de douleur, plus de Uurmes à verser qu'on ne saurait dire, dans une Vie «omme la mienne. Encore si j'étais seule ! Mais je eenftai» bien des femmes qui sont à peu près dans lei mêmes circonstances que moi. Que le bon Dieu Vouri bénisse donc, et vous accorde la grâce de réussir danrt tol^e pieux et généreux dessein. Mes petits enfknn prient, tous les jours, le bon Dieu pour vous !"
Il est impossible de tout citer. Encore une fois il fendrait des volumes pour dire ce que la boisson fait fefsèr de larmes, ruine de familles, paralyse de bonnes Mvres et fait commettre de crimes en Canada, dans lô eoifft espace d'une année !
Il ne se passe presque pas de semaines sans que \eé joumanx n'aient quelques événemens déplorables ed êe genre à nous raconter, et cependant on sait que les Ikmilles, les amis ont soin de les tenir secrets autant que possible, et (jue la plus grande partie échappe à \ik publicité. Ces jours derniers encore, voici ce que nous lisions dans les colonnes de l*i Revue Canadienne :
" Le nommé Edouard O'Neil a assassiné sa femrté et cinq de ses enfkns, pnii^ il s'est tué lui-même snf lei ciadavres de ses victimes. Une fille de seize ans séuld ft échappé à ce massacre horrible. Cette hommiS avait l'habitude de l'ivrognerie, et lorsciu^il a commis sort deriiicr crime, il était plongé dans l'ivresse là plus
—A quelques jourt d^nleiv^Wc, \emVŒvfc*>fJ«M^
126 MAKUSL DE LA
rapportait la un tragique et lamentable d'un autre ivrogne, tombé raide mort dans une auberge.
Nous sommes loin de savoir tout ce que la boisson a causé de malheurs depuis six mois. Cependant la multiplicité des faits enregistrés dans ce court espace de tems, et que nombre de Prêtres ou des concitoyens de la plus haute respectabilité ont bien voulu nous communiquer, est véritablement eôrayant, et la plu« part sont accompagnés, comme toujours, des circons« tances les plus déplorables. Nous ne sommes embarrassés que sur le choix, et nous prenons presqu'au hasard:
" S'il y a un Dieu pour les ivrognes," nous disait* on dernièrement, '< c'est un Dieu bien terrible. Deux de nos habitans les plus marquans viennent d'en faire une épouvantable expérience. Ils revenaient tous deux de la ville tellement ivres qu'ils ne pouvaient plus conduire leurs chevaux. Arrivés à un endroit où le chemin passe sur le bord de la rivière, les voitures ont versé : nos deux malheureux ont été précipités à l'eau et s'y sont noyés !"
— *^ François , était allé avec sa femme à «ne
paroisse voisine, faire visite à un parent ; tous les deux montèrent dans la voiture pour s'en retourner, aussi ivres que possible. Les chemins étaient très mauvais : une pluie de trois jours consécutifs les avaient cuuvertu d'eau et de boue 5 et la voiture était traînée avec une grande vitesse à travers les ornières, par un cheval Rugueux que ne pouvait plus maîtriser la main impuissante de son maître
<< Si vous fussiez passé à cette heure de la nuit dans
la paroisse de , vous auriez vu une lampe éclairant,
de sa pâle lueur, une maison où le bonheur et la paix ne sont jamais entrés. Quelques enfans, assis chacun dans un coin, soupiraient et n'interrompaient le morne silence de. la nuit que pour dire :... << Mon Dieu ! que « c'est triste de penser que nosparens sont sur le che- ^^ min dans une mut aussi noire : mille accidens ^u-' ^ vent Jeur arriver.*^ Un affreux çieaa^xkWtxvfcux ^-
80Cl£Tt DE TEMPÊRANCX. 127
8ait sur leur âme, et chassait bien loin le sommeil. Enfin il est minuit ! Le bruit d'une voiture se fait en-
tendire ; elle s'arrête à la porte , mais elle n'avait
ifiuB de siège. Les enfans aperçoivent leur père, seul, couvert de boue, étendue au fond de sa petite charlette....*. ** Où est notre mère 1 crient-ils tous ensem-
** blet Papa, où donc est notre mèrel". Le misérable, levant avec peine sa tète appesantie par l'i- Tresse, semble sortir comme d'un songe...... '< Quoi !
« BOUS voilà déjà arrivés !... Votre mèreî... Votre. *^ mère t...... Ah ! le diable l'a emportée, je crois ^
" car elle était avec moi quand je suil parti... Mais ^ les chemins sont si mauvais ! Et puis, elle était ** encore plus ivre que moi."
** Ces paroles furent comme un coup de foudre pour ces pauvres enfans. Les deux plus âgés prennent une lanterne et courent à la recherche. A une demi-lieue de distance, ils aperçoivent un amas de boue au milieu du chemin : c'était une femme sur laquelle une voiture semblait être passée, car sa tète était tout- à-fait plongée et cachée dans la vase. Elle était morte. Citait leur mère! P'
— ^Nous venions de faire part de la lettre de la Dame citée plus haut au Rév. Père , qui arrivait de prêcher une retraite : <' Ce que cette femme infortunée vous écrit," nous dit-il, << n'est que trop vrai. La boisson torture l'âme et le cœur de plus de femmes qu'on ne pense généralement ; on ne peut avoir l'idée de ce
âu'nne femme, surtout une mère de famille, souffre e la part d'un mari ivrogne. J'en ai rencontré, dans la dernière paroisse où j'ai prêché, dont l'histoire, si elle était écrite, arracherait des larmes. Comme j^ètaissor mon départ, une de ces infortunées s'est présentée à moi, et m'a dit des choses véritablement incroyables si elle n'en avait porté des marques encore sanglantes sur elle... Son mari, non content d'avoir ref^ d'assister aux exercices de la retraite, comme pour mieux braver le bon Dieu. ^\ V^'ç^^R^sibx v^wk convertir, en avait emploie ^Te«)Dja<û \.wx\%\«'c>^''
IM MANtJBI. DE LA
boire. Fendant ^n ivfesiae^ dam un dccê» de fureur, il s'était jeté sur ^ femine^ et, a|Mrès lui âvoii^ arraché les oheveux et brisé le iHaage . à coupis d6 poings^ il Pavait mordue à plusieurs endroit», stir ks DraSf d'une maniéré horrible...^. Les solipii^, les har-* mes, les sanglots de cette malheureuse femme, ce f isage tout meurtri, ces bras dévorés et sanglani, tout cela joint à la pensée que c'était l'œuvre d'Un clirétieu, et de son propre mari ; que les enfans avaient été témoins de cette scène d'abominatiou et d'hor^ reur....: tout cela a saisi mon âme d'une indidil^étris-* tesse. Jamais le souvenir de ce que j'ai vu là ne s'ef^' faoera de nm mémoii'e. Je savais déjà que la bc»aëoà: était un des grands âéail:^ du pays> mais j'en wsàs res» té plus convaincu que jamais^"
— Mais qui pourra dire les angoisses, les donleursy les cris déchirans de la femme et des enfans de F...«.«
riche habitant canadien de , mais ivrogne, lorsqu'ils
le tirèrent de sa voiture, pour le voir expirer,, de ]A mort des réprouvés, un instant après?... Il était ab^nt depuis plusieurs jours, et grande était l'inquiétude de sa famille, car personne ne savait où il était... Ghsionà faisait de tristes conjectures sut lui ; on l'avait ^i souvent ramassé ivre, étendu le long des fossés ! Et^ dans •e même hiver, il serait mort de froid si la Provi-' dence u'etit pas fuit passer son voisin^ un soit, parune route peu fréquentée. Il le releva pour riiort^ ttu mU lieu du f.hemin, à la tombée de la nuit, par un teiM esttrômenlent rigoureux..... Cette fois-ci done, i\ était parti dans dire où il allait, et s'était rendu à la Ville en compagnie d'un autre ivi^ogûe.-^^noïqu'ils ensteut chacun uiofe somme d'ai'gent assez ronde ^ sôit qu'ils en eussent perdu il ne partie, soit qu'on leur em eÀ vo^ lé, comme c'est très souvent le cas, après huit joutlsde débauchesj^ il fallut sofiger à revenir, ca# la bo«ii1i& était Yîde. D'ailleurs^ comme on peut hieiï le supjioflepyik étaient épnisésj.. Il leur restait cependant a^eïd^ar* S^e/it encore pour sf'ewivret tinê dctm^iô i»v^ «fe M jurfejit de ia ville à peu ptès 8ax\^ e<mvi«MBatA%, «»4
SOCltTt DE temp£eance. . 129
tout le malheureux F Ne pouvant plus se soutenir,
il s'était étendu de toute sa longueur dans le traineau..... Les chemins étaient dans un très mauvais état. Us étaient remplis de cahots que la pluie de la veille, suivie d'un grand froid, avait durcis comme des
Serres. Le cheval, qui était fougueux et n'avait rien it depuis plusieurs jours, impatienté par ces cahots, a bientôt pris sa course ; en un clin d'œil il a franchi les cinq lieues qu'il lui fallait parcourir.
Il se faisait déjà nuit, et l'infortunée femme n'attendait plus son mari ce jour-là. Quoique, dans les dix-huit années qui s'étaient écoulées depuis qu'elle était mariée à un ivrogne, elle n'eût jamais eu un jour de bonheur, son âme était encore plus triste en ce moment que de coutume* Les larmes abondantes qu'elle versait ordinairement, n'avaient pu couler pour la soulager, et elle sentait un poids immense sur son cœur. Les enfans étaient aussi plus abattus qu^à l'ordinaire, et ils avaient passé la journée dans un morne silence* La douleur dé leur mère, ses soupirs continuels, le désordre de la maison que personne n'avait eu le courage de remettre dans son état de propreté ordinaire ; — la conduite infôme de leur père, surtout depuis un an ; ses absences qui devenaient de plus en pins fréquentes, tout leur rendait la vie ennuyeuse et
msappcMTtable Et l'aîné d'entre eux, si l'amour de
sa bonne et douce mère, dont il partageait et parfois calmait les douleurs, ne l'eut retenu, aurait depuis longtems quitté le pays.
Enfin la voiture arrive à la porte, et chacun sort
Ils prennent leur père dans leurs bras, et le rentrent dans la maison
Femme chrétienne, couvre ta tète de deuil !... cœur si sensible et si bon, te voilà au comble de tes douleurs ! ce que tu redoutais tant vient d'arriver ! l'épouvantable châtiment, que ta foi voyait depuis si longtems suspendu sur la tète de ton intottuivé tSLsxv^ et dont tu M as mille fois patlè vie^ ô^^ ^^«xcSsr.^ ^ phwea de douceur et d'amour, est \.ot3c3o» «ax^sxv^ vc
13D lKA.KinSL SK LA
Tient de inoiirrr ivre ! ! ! Et vows, xmturras .eiifiuM, -fautes retentir l'air de vus gémissemens, de vos cris de ^douleur. Un glaive traiichant vient de percer tcb <3œurs, et il n'en sera jamais arraché. Une pensée triste, désolante, empoisonnera détonnais votre vie.... Tous les jours vous aurez à vous «dire : Mon ^fére eei tnort ivre ! !
Voisins, et vons surtout qui avez été les complices deVivrognef venez voir comment il a fini !.^... -Sa •figure est couverte de sang, sa tête est brisée comme ^ on l'eut frappée violemment de mille coups de tnarteau... A force de se heurter contre les èiarres du traiw (Heaii dans les caliots, elle B'était défoncée ! ! iL'é* 'panchement du sang dans le cerveau avait tué l^-
VROGNE !
-^Dieu a toti jours haï les ivrognes: de tons tenEîs il •les a punis bien sévèrement. IVIais jamais il ne ies^t -frappés d'une manière aussi terrible que daas ces«der» '^iers teras.
En novembre dernier, un ivrogne aVsdt laissé sini ^cheval dans une étable, à la Pointe-Lé vy. Il va pour le visiter et le tourmenter, suivant sa coutume: mais \ l'animal se jette sur son malheureux maître, le renverse, et se pliant les jambes de devant, il se met à -genoux sur sa poitrine comme pour l'écraser. C'est ien vain que le malheureux ivrogne crie, se débat, iait. mille efforts pour s'arracher. L'animal furieux le : saisit avec ses dents, l'arrête entre ses jambes, le fbuVe
et l'écrase sous le poids de son cori» Enfin os ]
-accourt.. Et c'est avec bien des difficultés qu'on Parrache aux dents de son terrible adversaire. Il n''était plus reconnaissable... Le clicval lui avait horriUe» ïneut mordu le visage... Le cor|)s entier n'était
qu'une plaie Les deux bras avaient été oas^
«es ou plutôt broyés sous les dents de l'animal
tellement qu'il fallut tout de suite en couper un. Le
Jendemaïn, il fut nécessuire de le couper encore plus
haut Mais les soins' de vaio.r\V èVï& \twx\.\\^%^ ^-o^t Di^a
voulait donner un nouvel exem^Ae «i.\xi5.*vrto%\i^'s^.*.\:(i.
SOCIÉTÉ Dfi TEMPÉRANCE. Idl.
igaagtéfkef «'étant mise dans les plaies, après tra«s joiUB des pl»8 cruelles souôrances, l'ivrogne paraissait devant son redoutable Juge !
-•^rTrois jeaues gens buvant dans une auberge de Ibntxéaly tenaient des discours impies et libertin.s. ^ Buvons à la santé du Dieu néant !" dit Pun d'eux ; et il SQ lève pour boire... Mais il n'avait pas vidé son vene, que la main de Dieu l'avait renversé mort aux ipîeds de ses compagnons !
Maudite boisson !
. *— JiB 28 octobre dernier, une femme, du nom de Auiline St Germain, est ramassée ivre, complètement ji«e,-dttBS une des rues de Montréal. Ou la traus]>orto à l'bôfûtal oà elle expire quelques heures après.
— lîe lendemain, une autre malheureuse est trouvée Àwe dans une autre rue. Conduite à l'hôpital, elle y meurt après une aâreuse agonie.
*-^< Dieu vient de donner un terrible exemple à ma famsse «et à tous les ivrognes," nous disait, vers k JOième époque, un curé des environs de Montréal. <' Une malheureuse, adonnée depuis longtems à l'umge des boissons fortes, en demande à son mari, qui la refuse. Furieuse " tu ne veux pas m'en donner 1'* dit^elle, "je trouverai bien de l'argent ^lour en a^eter!" Elle court au lîord de la irivière pour y prendre dans un })ctit réservoir, quelques poissons qui
topaient d'être pris Elle voulait les vendre pour
acheter de la boisson. Arrivée au bord de l'eau, e^lle f teBoibe morte i"
. — Le jour de Pâques, Louis , après avoir passé
te Vendredi et le Samedi Saints dans les auberges, leyenait de grand matin chez lui. Sa, maiheureuso feflaiBefqui n'avait fait que pleurer pondant ec ten» «ma .pouv<Hr prendre de nourriture ni «de sommeil, «'«était laissé tomber à la fin de lassitude sur .un« ahaise^.... Elle entend frapper à la porte des coup» 8' jUMiompagnés d'horribles blasphèmes. Toute tce^a- BJ tàuntte, elle recounait la voix, de eoti xcïactv««« 1^^ s^o>^x\.^ mrre la .poite: uix faaa du pôKOU >«iV\^ ;e.\«x$^ci\v %»>.
homme étendu sans mouvement: c'était son mari! La boisson l'avait étoufië : il était mort subitement.... en IVROGNE !
—Le jour de la Toussaint, cette année, on ramassait dès le matin dans une basse-cour de Montréal, une canadienne, nommée Anne Labadie qui s'y était couchée ivre pendant la nuit, et y était morte.
— Le lendemain, sur le marché de la même ville, une autre femme avait peine à marcher tant elle était ivre ; elle chancelle à chaque pas. Parmi la foule qui la regarde passer, les uns rient, les autres sont émus de honle, ae compassion et de douleur. Elle tombe enfin sur le pavé... On court à elle : elle était morte !...
— Quelques jours plus tard, à Montréal, une autre femme est trouvée morte-ivre dans une écurie !
Maudite boisson qui dégrade aussi la femme et la , tue !
— Dans les colonnes du Berean, de Québec, du 29 octobre 1 on lit : " Lundi dernier, le Coronaire a tenu " une enquête sur le corps d'un nommé McGlory : Il " venait d'être ramassé ivre sur le marché. Trans- " porté à la première station de Police, il est mort " aussitôt subitement!"
— Nous venions de débarquer sur le quai à .,
lorsqu'un ami nous rencontre ; mais il paraît tout absorbé par une pensée triste...
— " Qu'avez-vous doncî vous esl-il arrivé quelque malheur?...
— ** Oui, un malheur bien déplorable vient d'avoir
'^ lieu Vous rappelez-vous M , que vous avez
*^ dû connaître au Collège î Eh bien, il tient de se " noyer sous mes yeux 5 il était ivre ! Son flréie, à ^< qui, je crois, vous avez fait la classe, n'a pas mieux *^ fini. Après avoir traîné les auberges pendant douze *^ ans, il a été ramassé, il y a quelques mois, dans les " rues de Bytown, pour être transporté dans un hôpi- '- ta!, où il est mort le lendemain comme il avait vécu. ^^ Ces malheureux, qui ont \ifeï\Xfe ô?wTkft ^\ \s&U« *^ fortune, et qui ont partout àfe^ ^iwe^xa ^ \«h-
I " peetables, ont tout perdu par la boisson. Voyez- \ " vous cette belle propriété î Ce n'était pas la seule
I" que leur père avait gac:né à la sueur de son front. ** Ëh bien ! ils n'ont mis que quelques années à la dis- " siper. H est vrai que leur pauvre mère leur en
** avait laissé un bel exemple ! "
— Quelle figure angélique ! quel aimable enfant ! disîolui-noasy en passant notre main sur la blonde chevjehue d'un enfant d'environ cinq ans, ou plutôt d'un petit ange, que nous rencontrâmes assis, seul, sur le perron d'une maison, près de laquelle nous passions ! Comme sa bonne maman doit l'aimer ! Quelles délices elle doit éprouver à le presser mille fois le jour sur son cœur !
■ " Ah ! Monsieur," nous répondit M. le Grand- Vicaire de 9 qui nous fesait l'honneur de noiis accompagner, " sa mère, la pauvre et digne femme ! ** a été enlevée d'une manière bien tragique aux ca- **. resses de ce cher enfant. Au lieu de presser ce petit **■ ange contre son cœur, elle n'a plus que des vers et ** de la pourriture sur son sein... car elle est morte ** dernièrement !...... Ce charmant enfant a été ra-
** massé dans la rue, et doit sa subsistance à la charité ** du brave homme que nous venons de rencontrer.
• " Voici en peu de mots la déplorable fin de ses pa- " rens : — Son père, qui était pauvre, mais honnête ** homme s'il en fut jamais, avait un ivrogne pour " voisin. Un jour qu'il voulait l'empêcher de faire " son tapage ordinaire pendant son ivresse, il en fut ** emellement mordu... La plaie s'est envenimée; et ^ malgré les soins des Docteurs, il est mort après une ** semaine d'horribles soufirances... Sa jeune femme **.- qni était une de ces âmes douces, sensibles et ai- *^ mantes que la peine tue, n'a pu survivre à pon mari. '*. Elle est morte de langueur et de chagrin quelques ** jouis après."
: INous regardions avec un nouvel intérêt ce pauvre jpedt orphelin. Ses blonds cheveux. \.om\»!\«t^ ^\îl\«kx.iies sur ses épaules, mais on vo^«àI c^\e c^ x^^NaNJec^*
1^ HÊMmPAL du: um
pas lès mail» d'iine- mère qui les avaient trsssés. One ent (et qu'tYne triste penséo avait déjà âétn son beair front si blanc. Ah ! sa doiice maman n'était plos là' po«r le couvrir des mille baisers? du plusparet du pllisr* saint' aïHOur, après celui de Dieu. Son bel œit, aivec une indicible expression de douceur et de mélaoeoUey ' se fixait sur nous comme pour nous interroger et dire : **^ Je suis un pauvre orphelin^..... Marnai^ ma hoane '* et chère pethe maoïan m'a abandonné, et je nesai«^
*^ pourquoi On m'a dit qu'elle était moite«.» Aht
*^ si vous la voyez, dites-lui done qu'elle revienne. " iWfes-Iui que je l'aime toujours...... L» deniièro fois-
*^ que je Tai vue> elle était couchée sur des- plancbeff 9 ** je l'appelai, et elle ne me répondit pas !'..•*•. Je vott- " lira l'embrasser, mais elle ne m'a pas souri, elle ne " m^apasttendrt ses bras comme de coutume!...^. *^ Pourquoi donc ne ïevient-elle pas m'endovmir snr '^ soit^sein?... Je ne la trouve plus à- naon^ pwmiev vé*' '^ veil qui me sourit et itie presse contre son- c(Bttr.«u.. ' << Je sui» seul ! *^ Mon papa m^a «usai a^bandon- '
«^ né ! f. ^
Pauvre et cher petit orphelin..., triste vieti»e- de la' boisson ! que Te bon Dieu te protège l munaurtoiesnous en le quittant. Notre ctieur é«a«t gros 4» dcwilent ; notre boiiehe laissait èchoii^r de» pavolee de maTéifîction contre la boisson qui* rend l'homme^ homicide et jette lous les jour» l^enfaul^ san» pit>ieotion sur le* pavé des rues; et nous disions iDêiefn v <« Ser^evr^ « qirï avez promis d*écou«eif ki prièfedeccttW q«i vour **' invoqri'ent, accord ez-nou^ la grâce» de "voa teîr <' parmi nous le règne de ht b<»s8o»;'ear 6ït0= est << maudite: elle sépare F'époux d&sa- femme et te-ltM;* *^ -=^-ellie change Phomme en un afninta^ ctuel etstii- <' mde ^'-^fle enfonce lenitemenf le poigmnfd mt eoMir "* dei la jeune femme ;— ell^ airac^ie* 1» mèr» de» Uw ** de ses enfans, torture son àme de toutes les anig^sMs, * ^^ eé hn rend amer ce que Dien lui avait donné si '^ tfonjT, l'éponx, ia famille, lavie\ \^%,\»msM!fc«ill
SOCIÉTA DB THMPtBANCE. 13&
^ mève, elle sa lui laisse pour héritage que roppiolre *f ^t les lavHues* Seigneur, faites que toui^ ceux qui ^ çtttim cœur chrétieu parmi nous soient remplis d'une ^ immense horreur de la boisson, qu'ils la maudissent, '< et s'enti'aidcnt à en détruire l'usage.'^
GéAéreux chrétiens, qui, pour l'amoiui d^ J.-C et do T08 âréres> avez fait le sacrifice des boissons, soolonez-TOiis que vous avez deux espèces d'ad\cer8ai£es> àifidouter contre les saints eôbits que vous faites pous fBgnei de nouveaux membres à la Société de Tempe- «mœ. Les premiers vous attaqueront de front et ▼eus diKmt de suite, franchement, qu'ils aiment leur liberté^ leurs plaisirs et surtout la boisson ; que, pa>r conséquent, ils sont bien décidés à ne jamais être dea. Yàtieë ; — ceux-li ne sont pas dangereux, car ils sont aa noins honnêtes et francs^. La seconde espèce est pltta à craindre ; de ceux-ci, surtout, vous devez, vous* défier, et devant eux ne jamais reculer. Le nombre^ en. «fit tpès grand ; plusieurs même se sont déjà eivrôlite dans Les Sociétés de Tempéxaoce, ou sentent la nécoHÛtè de le &iiiie bient^, à cause de leur position ga ds certaines circonstances dont ils ne sont pas toujours. b« maitres ; ils sont les Judas de la Société. Ils coii> SiAxifieiit («rdinairement par vous applaudir, ils ad- BMàrant, disent-ils,, votre, zèle, vos succès ; seulement iJA hq voient pas que la boisson fasse autant de mal %iM^Qnr le dit. Ils se pâment d'amour pouv la vérité, el n'woent pas. les exagérations. ^ Prenez garde,'' Waa xépèienJi-ilB sans oesse^ ^^ avec toutes ces exa^- ^ JBBÊMnft vous Êiiftea plus de mal que de bien à la So- ^, olétè de Tempérance.'*
. Maift alors, pour prouvei quHt n^ & ^ i^ea d'exagéré imm k&maux que vous attrilmes à la boisson, vous en apprtesL à l'aigament des argumens> vous ciblez, des iilâib— «• des faita nombreux, lécens, et qiil se sont yasrta à leae pofte, et qnelquefbis dans leur propre fo-^ miU^it C'est alors que, voyant leuis ivi^% d!^\s^^n^2À&^ ik se boucheat presque les oiei^a à^\vau«vx&* b.\s5«osi^
" drait-il pas mieux, s'écrient-ils, ensevelir toutes ces " choses aans l'oubli 1 quels droits avez-vous de pu- " blier des faits qui peuvent compromettre, indisposer 1 « etc."
Ne vous en laissez pas imposer par toutes ces clameurs. Pour inspirer partout l'horreur des boissons fortes, citez sans crainte tous les faits que vous connaissez à leur charge. Pourvu qu'ils soient arrivés au su et au vu de toute une localité, ils sont du domaine du public. Cachez les noms propres, autant que possible, mais le fait public est votre propriété : c'est la Providence qui vous l'a fait connaître pour vous inspirer, à vous et aux autres, le dégoût et l'horreur de la boisson
Rien de plus funeste que ce système de secret qui, sous le manteau de la charité, empêche la vérité d'être connue, quand il ne faudrait souvent que la publier pour arrêter le mal.
Ah ! si le peuple canadien savait ce qui se passe aujourd'hui dans son sein, au sujet des boissons ; si des cc^culs justes, faits dans chaque localité, lui mettaient chaque année sous les yeux ce que la boisson lui coûte d'argent et de larmes ; si, comme nous, il voyait la plaie hideuse qui le défigure, et ternit l'éclat de ses plus belles vertus ; s'il apercevait le chancre qui lui dévore les entrailles, il serait saisi d'horreur, et prendrait flvec énergie les moyens que la Providence lui offre d'arrêter le mal avant qu'il devienne incurable.
Nous ressemblons à des hommes qui, apercevant ]e feu au milieu de la ville, empêcheraient de sonner l'alarme. Nous voyons le mal grandir, et non contons de garder le silence, nous voudrions l'imposer aux autres. Mais un pareil silence n'est-il pas un crime I
La citadelle est cernée : l'ennemi est aux portes. Il forme et grossit ses rangs, prépare de nouvelles batteries ; déjà de larges brèches sont faites aux murs ; et nous ne jetterions pas le cri d'alarme ! et nous n'appela lerions pas tout le monde au combaV \ l Vûj'oJ ce que nous écrivait, le ^â xiovexxAn^ ^^TDk«t<^
SOCitTÉ DX TEMP£&ANCX. 137.
nu médecin des pins distingués et des mieux informés de Québec : '< Vous ne sauriez croire combien ** l^vrc^nerie fait de progrès parmi le peuple. Il y a ** une réaction des plus déplorables. Tout le monde ** en est témoin, tout le monde en gémit ; et personne, '< cependant, n'ose élever la voix pour la signaler et ^ la combattre.
^ Dimanche dernier encore, deux malheureux ont « été victimes de leur intempérance. L'un d'eux est " mort dans une auberge. Sa mort a été si subite, " qu'il n'a pu avoir aucun secours ni de la religion, ni ^ de la médecine. L'autre a été ramassé dans la rue " et déposé dans un fournil pour y expirer, un instant *^ après, d'une congestion cérébrale, causée par la ** boisson. Un troisième ivrogne est tombé hier dans ^ nn puits et s'est noyé. Ces trois malheureux, frap- ** pés par la mort dans leur ivresse, ont été mis dans ^ jun coin du cimetière. Témoin oculaire des désor- *^ dres journaliers et toujours croissans que cause l'u- ** sage des boissons fortes parmi notre peuple de la " ville et des campagnes,' je gémis profondément."
Si nous pouvions faire connaître seulement la moitié des dépenses de la ville de Québec et du Faubourg St. Roch, et peindre les maux sans nombre qui y sont causés par les boissons fortes, nous serions à peine cru ; nous aurions à faire im tableau vraiment effrayant. Mais nos larmes et nos sanglots nous arrêteraient, car nous aimons ces populations de Québec et de St Roch de tout l'amour de notre âme. Mais n'y a-t*il que ce malheureux peuple, déjà si souvent et si étrangement visité par la main de Dieu, qui continue à l'ontmger en se plongeant, plus que jamais, dans le vice de l'ivrognerie 1 Non ; la nouvelle capitale du Canada, la grande, riche et belle ville de Montréal rivalise avec son aînée, et la surpassera bientôt par ses brutales orgies..., par la sale et dégoûtante ivrognerie d'une partie de ses habitans. Ecoutons la voix si patriotique d'un de ses premiei^ ^•aiÇks^t'eN&^^Nvcp^^ jabJe Juge Mondelet, dans sou ii\fifco\xx!k\îtwss«tf^ ^^
WASmmL MB liA
vaut LE»ji]xéar du deraùer terme, surcercpii aa passa^ ea
oe. momeni àLMcmtréal
^ Si l'on CQiKsidèreque l'édueation et la tempérance '♦ ont feit des progrès si rapides, qu'il est peu de per- ^' sûoaes- qui n'aient foi aa triompha éventmbl de l'une '^ et l'aoatre cause> l'on ue. doit guère désespéser^ de ** voir l'état actuel de notre société subir unchange- ** mosiltotal» Mais, Messieurs^ le plus t^ qu'il aura '^ lieu^ sera le mieux, car si l'on ne rencontre que de " l'apathie, là où. il doit y avoir de L'énergie efc de ^^ l'activité, nous ne sercHis pas. seulement station- '' naixesi, nous rétrograderons inévitablement* C'est ** doux? uaa devoir impérieux, pour chaque citoyen, " d'aider à eâëctuer une réforme que l'on demande: à '^ grand&cris. L^'abus^révoUant auquel nous faisons al- '^ liision, a sa source dans le grand nombre de lieuix, ** &a oettO' cUé, où l'on permet à ceux qui y sont en- '^ clins,, de se livrer à leurs pencbans pour l'usage des *^ boissons enivrantes. Le nombre des auberges^ sur- '^ tout de celles dont il est presque impossible d^ don- " ner une description fîdèle, est très^gmad ; et le pta) <^ qu'elles pjrodiûsent sst incalculable i C'eslïskCaes ^ aiotres d'immoralité,, d'orgies et de débaucheer^ qv^il ** faut rapports ces: émeiitea nocttunes^ ces .tunuoiteft '^ et ces acènesc eârayajattes* qui, depuis quelque tems,. '^ eut soulevé Pindignation: da public, aparès. l'avoif '^ scandalisé et prafondément affîgé ; c'est danaceai ^ repaûses de désordjces: que vont se perdre le 'fcuiib ^ d'iuk travail soutenu et ce qui était destiaé et ne*" ^ cessaire an soutien d'une épouse,, d'une rwèm vev^ '^ tijbeuse et économe et de pauvres enlauB ! Q^eth lSà> *^ que l'homme &'avilii( , et que le sentime^rî eorome la *^ honte l'abandonnant, il cesse de se Yespeeter , et finit ^^ par devenir insensible aiiix malheurs de ses sendoèiK ^ blea,. à proportion qu'il fecme l'oreille à aea propoear ^ iftt^àts* Que les crimes et k& désordcea augnsMO-^ ^ tent^ c'est ce dont persoftae ne doute i qu'il soit né<^ ^*^ ceasaine de signaler bejutaBmeBluvb ^\aX ^ «Mûéfcék
SOCIÊTt D» TSHPÉBÀNCE. iQd)
^ pfompt, judicieux et énergiqns, c'est ce dont tout *^ homme éclairé et clairvoyant, et qui a à cœur '^ki'bîeo-ètre de son pays, conviendra aussi facile- ' « Mest qu'il le ressent fortement^ La Tempérance "* gagne,, tous les jours, du terrain, mais pratiquement ' '' parlant, il lui reste encore beaucoup à âdre. Ce- '* pesdant,. si cette cause continue à être soutenue "* avec autant d'habileté qu'elle l'a été par le passé, '*: il s'y a aucune raison de craindre pour l'avenir. La " presse n'a pas été en vain remuée en sa faveur, " Von a ressenti son influence, grâce à l'aide que lui " a donné l'éducation sans laquelle la Tempérance ne ** santaift jamais devenir parfaitement efficace. Tel '< a èth le procédé moral, son eâèt n'a été que par- ** tiel. Mais, i quoi bon tout cela, si au lieu d'être. '' aidés,, assistés et soutenus, les apôtres de la Tempe- ^ MBce sont entravés par l'ignorance d'hommes xrial- **^ TwillaBS et méchans, et par la force physique et bru^- ** taleî Comment peut-on espérer de jamais voir ré- *^ gner la veztu, la sobriété, l'industrie et la poix, si ** l'on tente le peuple, si l'ion met à sa disposition les. ^ moye&a de fonder et soutenir des maisons de la pire ^ nrtev oÀ Ton perd tout sentiment moral? C'est sur ^ cens <^ii se prêtent à ces monstruosités,, qu'en pesa ^ la responsabilité: ils la partageraient cette respea- '* sabitité^ s.'ilsL se taisaient,, ceux qui ont l'énergie de *• dite «n public de se réveiller, d'ouvrir les yeux et " devoir le danger qui nous menace. C'est à> vous;* *^ Menieuis. àa giandf j>aré, qui représentez le» dis- '* tricts, qui en êtes l'ocgane, qne nous faisons un op- **- peli qui ne diememeva pas, non» en sommes per- '* suadôs, sans son eâ^t. Vous ne manquerez pas de ^ vwis occuper à^wk sujet d'mïe si grande importance ^ pour la sociétté. Flusieuis d'entre vous êtes venus *^ des parties éloignées du district : il peut se âiire qne ** l'inâuence pernicieuse du mal, qui a tant grandi ** àmim eette eité, ne se fasse pas ressentir iram^iate- '♦ smnt àaaa les localitèa que vov» vc«l \^\>«i^tt «a&^ ** d'habiter:- œaia pèBètvès^ comixx» i«jo^^^n^î^^^«b«
" Pétes, de l'obligation où nous sommes tous, de faire " du bien à nos semblables, quelque soient leur cou- " leur, leur origine ou leur croyance, vous viendrez ** assurément de l'avant, avec l'énergie convenable, *' et vous vous ferez entendre de manière à ce qu 'pn " ne s'y méprenne pas. — Si, au reste, l'immoralité " qui continue à croître dans cette cité, s'étend au " loin, tôt ou tard, ses effets délétères se propageront " graduellement, jusqu'à ce que le vice et la désolation " couvrent notre sol."
Voilà pour nos deux grandes cités de Montréal et de Québec....
Ainsi, dans les villes comme au sein de nos paisibles campagnes, l'ivrognerie fait d'affreux ravages. Partout des faits publics, partout des malheurs de tout genre attestent que la boisson est une des grandes plaies du pays, et deviendra bientôt sa plaie mortelle et incurable si, comme le dit avec tant d'à-propos l'honnorable Juge Mondelet, les Apôtres de la Tempérance ne sont pas aidés et soutenus partout de la parole et de l'exemple de leurs concitoyens.
" Vous désirez connaître les mauvais effets des ** boissons fortes dans le pays en général," nous disait
M. le Grand Vicaire de " Elles font du mal par-
'* tout, et du bien nulle part. Mais voici un évène- ** ment qui semble amené par la Providence pour ** ouvrir les yeux aux plus aveugles sur les maux qui " suivent livrognerie....
" On avait prêché, comme vous savez, la Tempé-
" rance dans la paroisse de , mais, malgré que la
** plupart de ses habitans eussent grand besoin d'en em- ** brasser les règles salutaires, ils n'en firent rien, et ** continuèrent de boire comme de coutume.Ils avaient *^ besoin de quelque exemple, et Dieu ne les a pas " ménagés; ils l'ont eu bon et terrible. H n'y a que
** quelques jours, F , s'en revenait ivre chez lui ;
** malheureusement, ce n'était pas la première fois.
^' Sa femme veut lui faire quelques te\itoe\ifi^^^ tca\%
'^ ce n'était pas le bon momeul. "SWov ife^u^ V^
SOCIÉTÉ DX temp£rancx« 141
<' manière par des malédictions et des coups. La *^ pauvre femme n'a rien de mieux à faire que d'aller ^ se cacher dans un coin de l'écurie. La nuit était froi. *' de, la terre encore couverte de neige, et le vent de *^ nord soufflait avec force. Etouffée dans ses sanglots, ** fondant en larmes, cette malheureuse dut trouver ** bien longues les heures qu'elle passa ainsi au milieu ^ des animaux qui étaient meilleurs pour elle que '' son propre mari. Enfin, pensant que son cruel et ^ impitoyable bourreau était endormi, et qu'elle pou- '^ vait s'en retourner à la maison sans avoir à " craindre de nouveaux coups, elle sort de l'étable.... *^ Mais quel spectacle, juste ciel ! Le feu sortait par ** toutes les issues de la maison !.•••
'< En un moment les voisins accourent de tous côtés '' pour arrêter l'incendie. Mais il était trop tard. Ils << ne devaient être là que de nouveaux témoins des " vengeances que Dieu exerce contre les ivrognes. *^ Lorsque la porte fut consumée, le vent qui soufflait *^ avec fureur, s'engouffra dans la maison et augmenta ** l'embrasement. La flamme et la fumée, poussées *^ alors dans différentes directions, laissaient Voir de " tems. en tems le cadavre de I'ivrogne. Il était ** étendu sur des monceaux de charbons ardens et *< semblait nager dans une mer de feu.... On eût dit " que la flamme, après l'avoir léché, prenait plaisir à " l'envelopper comme dans un linceul.
" Le lendemain, lorsque tout fut éteint, on ne ** trouva plus que quelques ossemens noircis et cal- *' cinés."
Voyageur, quand tu passeras dans le village de.......
non loin de la demeure du Dieu des vengeances, regarde à ta gauche, et tu verras les restes noircis de la maison de Vtvrogne. Et, si c'est la nuit, arrête-toi :
signe ton front de la croix du Christ, et écoute Tu
-entendras d'abord comme des soupirs, puis de sourds gémisse me n& ; et la terre, tremblante sous tes pieds, semblera prête à s'entr'ouvrir.
Et, pour que ton sang ne tf aii^\ft \»a ^gs^K^ '^«s.>»*
WSl mâxiva&L 0)1 Là
4currenr et la mort, signe encore ton front -de la croix du 'Chnct.*«.. Ecoute,.... et tu entendras comme une voi^
-plaintive sortant des entrailles ée la terre....... et
^^ette voix dira : ^^ Maudite boisscm, ! tu as causé tous
,** ânes malheurs Maudite boisson ! tu m'as jrendu
** .mauvais fils, mauvais père, mauvais époux, jnau-
^* 'vais eitoyen, mauvais chrétien MautUte boisson!
« tu las répandu le deuil, la désolation et i'ojiç)Fobre smr
"** maa femme, mes enfisins, ma paroisse Tu .m'as
** :perdu'! Qu'ello soit à jamais -mtmdite sur la (terre •* Cîc«naie elte l'est dans les enfers, la boiison qui m'a " iÎBKît tomber ivre aux pdeds de mon terrible et son-
'** TBiain Juge ! "
Voyageur, si le son lugubre de ces paroles te fait tvem- ^l«r ^s membres ; si tes dents «'entrechoq^tent malgré toi, et qu'une sueur froide coule de ton front juoqu'i aterce, pense à l'Ange que Dieu t'a donné pour oompa- .gnon de ton pèlerinage. Il a ordre et pouvoir de te défendre. Arme-toi, pour la troisième fois, du:sign« ifiacxé ^t tout-puissaut de la croix, car tu as encoce uns :graiïde leçon à recevoir... Ecoute..., ce n^est plus une voiac seule que tu vas entendre, mais ton âme va être épouvantée par le son confus de mille voix Tu entendras xles hurlemens, et comme un affreux concert de ^blasphèmes et de malédictions... ^^ Maudite soit i '^ jamais la boisson qui nous a rendus mauvais ûh, " mauvais pères, mauvais époux, mauvais citoyens, •** loauvais chrétiens !.... Qu'elle soit maudite auciel ^* retisur la terre, comme elle l'est .aucK onièars, ia bois-
** son qui nous a perdus ! "
•Pais il se fera un giand silence.
Voyiageur, é^loigne-toi prom ptem«nt de ce l ieu 4'diarcteuY] car i^Auge de Ja colère de Dieu a. passé ià^.-^voo isoQ glaive de feu, pour frapper l'ivrogne et le faire
disparaître Et, do quelqitecèté -que tu diriges tos
pas, répète partout ce que tu viens d'entendre : Moudite soitla boisson qui rendVJiqmme mauvais jUs, mMm^ vais père, mauvais époux ^ nntatvvis cUctgeti^ manafem
'CÂréfy'eni. Maudite soit 2a ini$«m «m cvl vU Jtwr \a
^<^rre, comme elle Pest aux enfers !
' Oanadieiis de totis les états, riches citoytBDS des villeBy inisibles habitans des campagnes, nous vous con- JQfons de regarder l'abîme ouvert devant vous !
¥ons riez, vous chantez, vous faites des noces som})tQBnses. Les boissons de toute espèce inondent encore ▼os tables ; l'Europe fournit a peine des étoffes assez "précieases, des modes assez élégantes pour vos femmes •et veis filles !». Mais ne voyez -vous pas de sombres nuages charger votre horizon 1 ce sont les funestes «wiBt-coureurs des te4n|>ètes qu'un avenir procbaiti ▼ims réserve 1
Votre joie, votre inconcevable sécurité font verser des larmes à ceux qui vous aiment. Pour vous dire de ifue BOtre âme éprouve de tristesse, il nous faudrait -«enatfrfoyer les paroles des Prophètes pleurant sur la 'traîne et la désolation du peuple infidèle. ^
Ne voyez-vous pas écrits partout l'efirayant Jlf^cme... TkôceL: Pàarês.*. J^ai tout pesé,,. Tout compté,,, V9S ^éUns vont être divisés, donnés à d^autres!,.,.
Une main invisible traça cette formidable sentooœ tnr les murs du palais de Balthazar,à son dernier ièsifin... Serait-elle donc invisible aussi pour vous la main •qui retrace, en caractères de feu , sur vos villes et vos campagnes, ce terrible Mane,,, Tàecel,., Phares ?-— J*** pesé, j"* ai compté vos iniquités, t^os folies, votre orgutii, 'Votre ivrognerie, — En punition, vos biens vont vous être ^mrachés pour passer en des mains étrangères?
Oui, c'est le cœur plein d'une inexprimable douleur ique nous vous l'annonçons: avant peu d'années, si i«n changement prompt et universel ne s'opère parmi vous, vous serez chassés de vos maisons, et vos ««fans y demeureront en qualité de serviteurs et d^esdaves. Vous employez, pour offenser Dieu, les biens iqu'il vous «'dtone il ; Vous les ôtera pour les donner à 'dViluitres qui -«auront en faire un meilleur usage.
Ils viennent déjà ceux que Dieu a chois» et appelés pour vous punir et vous dépouiller. Anglais^ ■écossais, Iriandais, A méTica\ns,a(^cov\t^TL\.^^ vsvx^ ^:^ -^f ils s'avaiioent comm.^ une «^xteL^e ^«wj^^ ''■^
144 MiNUEL DE LA
bataille. Il pénètrent déjà partout... A la hardiesse de leurs plans, à la puissance de leurs volontés, on dirait qu'ils sentent en eux-mêmes qu'ils ont une mission divine à remplir, et qu'un secret instinct leur dit qu'ils seront bientôt partout les maîtres, et vous les esclaves.
C'est une guerre de destruction qu'ils ont ordre de Dieu de vous faire. Mais c'est une guerre noble et loyale de leur part ; car le plus grand nombre n'a d'autres armes que l'industrie, la banque d'épargnes, l'amour du travail, la frugalité, la persévérance .qui surmonte tous les obstacles, mais par-dessus tout Pardeur pour s'instruire et donner à leurs enfans la meilleure éducation possible.
Comment résisterez-vous à la lutte terrible qui se prépare partout et qui déjà même est commencée sur plusieurs points du paysl... vous succomberez... car vous n'aurez à opposer que vos éternelles divisions, vos procès ruineux, votre orgueil, votre luxe insensé, l'état stationnaire de votre agriculture, votre apathie pour l'éducation, votre oubli des lois de Dieu, votre frivolité, votre amour des plaisirs, et par-dessus tout votre penchant pour les boissons fortes qui épuisent tous les ans vos ressources, et vous ôte le tems, la pensée et les moyens de faire aucune amélioration autour de vous.
Canadiens, le tems des joies folles, des dépenses inutiles, des noces et des festins ruineux, du luxe et de la boisson est passé pour vous, où vous êtes perdus; L'heure du travail, de l'industrie, de la religieuse et stricte économie, de l'union et de la concorde, de la pénitence et du retour sincère à Dieu, est sonnée. Prenez garde de ne pas comprendre ce que là Providence veut de vous en ce moment.
Déjà la hache qui doit vous frapper est levée. Déjà l'œuvre de votre anéantissement est commencée. Vos anciennes familles les plus nobles, les plus riches, les plus influentes disparaissent rapidement tous les jours.
Comptez combien de noms illustres \iarmi vous
se sont éteints, seulement dans \e covxiX. e^^-wi^ ^«^ ^ente dernières années !
Qua sont devenus vos anciens seigneurs?.^ Corn- IneOy parjcaî eux, que le fouet du créancier a déjà cbaaséa, ou chassera bientôt ignominieusement du miuïoir^ et dont les enfans devront aller cacher leur ]»aate dans une terre étrangère 1
Jji» plus belles propriétés de vos villes ou de leurs environs, n'appartiennent-elles pas à des étrangers qui ne sont que d'hier parmi vous ?
Ahî vous vous plaignez tous les jours de Tesprit d'envahissement de ces nouveaux venus ; vous vous tadignez du souverain mépris avec lequel ils vous traitent Mais, en vérité, ne méritez-vous pas le sort qu'ils vous fontî A qui la faute, s'ils montent, s'ils grandissent si vite ? si vous baissez, si vous tombez ai rapidement? N'est-ce pas vous-mérile qui vous mettez sous leurs pieds î
Pour satisfaire votre vanité et votre sensualité, pour payer leurs belles indiennes, leurs soies et leurs boisr sons, ne leur portez-vous pas chaque jour une partie du prix de l'héritage que vous ont laissé vos pères, et que Dieu vous commandait de conserver et de rendre prospère pour vos enfans... 1
Voyez-vous dans les villes, et malheureusement déjà dans une partie de vos plus belles campagnes, s'élever ces immenses distilleries ?... Quelle est cette fumée épaisse et noire qui s'en échappe et obscurcit toitt, jusqu'aux rayons du soleil ?
Cette fumée qui monte jusqu'au ciel crie vengeance contre vous !
Cette fumée !... ce sont vos biens, c'est le pain dq vos enfans, c'est l'héritage de vos pères.
Oiii, votre sang, vos sueurs, vos richesses, votre religion, tout va s'engloutir et se perdre dans le comptoir du marchand, la distillerie et l'auberge.
Et ne dites pas avec quelques insensés: "Nous " sommes heureux d'avoir ces distilleries j on y achète ** nos orges, qui en augmentent de valeur."
Si vous n'achetiez ni bière ni wiskey, on comprend que vous pourriez faire queVcmea ^to^Xa ^^x^^^^^asafe,
146 MikKUEL DE LA
bien cher votre orge à la distillerie. Mais cette supposition est impossible : car, aussitôt que vous aurez, comme nous l'espérons bientôt, la sagesse de ne boire que l'eau pure et salutaire que le bon Dieu vous offre partout, les distilleries seront ruinées et tomberont. Et le jour où elles tomberont, devra être, pour vous et pour votre famille et votre paroisse, un jour de joie 5 il vous sera prouvé alors que ce n'était pas la distillerie qui vous soutenait, mais bien que c'était vous qui l'enrichissiez par votre intempérance.
Il vaudrait mieux pour vous que vos orges fussent brûlées sur le champ que d'être consumées dans la distillerie. Dans le premier cas, au moins, vous n'auriez pas la peine de la récolter.
— ^^ S'il n'y avait pas de distilleries, l'orge se ven- ' drait moins cher," dites- vous.
— Mais ne vaut-il pas mieux recevoir vingt sols pour un minot d'orge dont "on fera un bon usage, que deux chelins qui seront employés à acheter de la bière ou d'autres boissons aussi malfaisantes?
" Un tems viendra où l'éducation et la tempérance *' guériront beaucoup mieux les plaies de la société, " que ne pourront jamais le faire nos tribunaux et nos " prisons." C'est l'honorable Juge Mondelet qui prononça ces paroles si pleines d'espoir dans un meilleur avenir, à la Session de Quartier du mois d'Octobre 1844... Nul doute que ces paroles si remarquables n'aient trouvé un puissant écho dans tous les cœurs vraiment Chrétiens et Canadiens... Ces beaux jours sont désirés, sont appelés par les vœux de tous. Mais comment pourront-ils arriver ces temps heureux où l'éducation (nous entendons, avec l'honorable Juge, l'éducation religieuse) et la Tempérance se donneront la main et établiront partout leur règne pacifique et Inille fois béni ? Ils seront impossibles tant qu'on fera croire au peuple que les distilleries sont ses amis, et que le meilleur emploi de nos récoltes est de les porter dans leurs voûtes ou leurs greniers infects pour les y ^ire pourrir, et les y changer en \\n âièYvx^^ ^^ i^Wx*^
Noos conjurons nos concitoyens, et ceux d'entre eux sartoat à qui Dieu semble, en les appelant à diriger la peflBe, avoir donné mission d'éclairer le peuple et de le rendre meilleur, de se servir de leur intelligence et de l'irrésistible pouvoir qu'ils ont sur l'opinion publiqne« pour. paralyser et arrêter ces plans gigantesques de distilleries dont la multiplicité doit attrister l'œil du patriote'aùtant que celui du moraliste. Disons la vérité et toute la vérité à notre peuple. Faisons-lui connaître que, s'il veut attirer les bénédictions du eiel sur ses champs, ce n'est pas en faisant changer ses grains en poisons dans la distillerie qu'il y réussira. .Faisons-lui connaître que si, pour un moment, il semble voir augmenter ses revenus et sa fortune, avant peu d'années, il sera cruellement détrompé de son erreur. Car les distilleries se multipliant, l'usage des boissons ira toujours croissant ; mille pièges nouveaux seront mis sous Les pas de ses jeunes enfans. Mille filets nouveaux leur seront si bien tendus partout qu'il leur sera impossible d'échapper, et qu'ils y périront conps et biens tôt ou tard.
Répétons au peuple, tous le? jours s'il le faut, ce .premier principe d'économie politique, qui est de ne jamais rien faire, même avec un avantage momentané, dé ce qui tend à encourager le vice et l'immoralité ; qu'il vaudrait infiniment mieux semer du bled qu'auean autre des grains dont la distillerie encourage la culture ; que, même dans le cas où la terre ne pourrait produire que de ces derniers, il vaudrait mieux pour le pays les employer aux engrais de viandes qui seraient exportées, que de les échanger contre les boii«- .sons...... Faisons connaître au peuple que le système
du .commerce libre lui assure toujours un débouché certain pour son bled; et que, lors même qu'il ne 1«
• vendrait qu'à bas prix, il n'a rien à craindre ; car un homme ne peut jamai^ souôrir lorsque ses greina^^s
• sont remplis de bled, s'il se désaltère à l'eau pure de sa fontaine, s^H sait modérer ses àèsiïs>^V ^q Qii^\\A\\v
^/iw famille, aussi. hoaorablemeuX. \va)ftv\V^ ^^^.o. X'î^.
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laine de Ses moutons qu'avec les draps fins màfe si coûteux de l'Europe.
C'est un fait bien connu que rien ne ruine plus vite une paroisse que l'établissement d'une distillerie dans son sein. Plus la distillerie s'enrichit vite, et plus la paroisse tombe et s'appauvrit rapidement. Ceci est clair et n'a pas besoin de preuves. ^
La distillerie ! C'est la forteresse où se préparent les chaînes qui vous lieront bientôt les pieds et les mains, pour vous bannir plus facilement de chez vous.
La distillerie ! C'est la citadelle d'où le démon lance continuellement des dards enflammés pour consumer vos maisons et vos champs, et les réduire en cendres.
La distillerie 1 Âh ! elle est un nuage embrasé qui, passant au-dessus de vos tètes et y laissant tomber, comme autrefois sur Sodôme, une pluie de feu, couvrira le pays de ruines et de larmes.
Le choléra qui vous a décimés, et les vers qui ont dévoré vos moissons, durant plusieurs années, ne vous ont pas fait de moitié autant de mai que vous en feraient les distilleries si vous aviez le malheur de von» habituer, vous et vos enfans, à l'usage des poisons qu'elles vous préparent, sous n'importe quel nom.
Nous lisions dans un journal canadien de Montréal, du 14 Décembre, un long article où l'on se félicitait de la prospérité des dii»tilleries. ** Quatre millions de *^ gallons de wiskey, y disait-on, ont été distillés dans *^ la seule Ville de Montréal en 1846. Un de ceséta- ** blissemens, y assure-t-on, à lui seul, ne consume *^ pas moins de 1800 minots de grains tous les jouis."
En vérité, se réjouir d'un pareil fait, l'annoncer à ses compatriotes comme un événement d'heureux augure, n'est-ce pas inconcevable ?
Quoi ! vous avouez qu'aucune manufacture n'est encouragée en Canada ; on n'^ pas encore capable d'y faire une épingle, un bouton ; il faut faire venir d'Aogleterre le drap de vos babils, e\ ^\\*ç\>a?^\vx. qVa?^\»l de paille de vos femmes. TJûe se\xVô\>t^ickftV<5> ^\u^^«r
■ trie locale reçoit néanmoins un encouragement fabur leux : cette industrie a pour résultat unique de faire ccxiler les larmes, de répandre autour de vous la ruine, k désolation, l'opprobre et la mort au sein dé mille fiunilles; et vous vous sentez la disposition d'eu ftUeiter vos compatriotes !
Dans un pays que viennent de frapper coup sur coup tous les fléaux : la peste, la guerre civile, la disette et des incendies tels que le monde entier en a été fiappé de stupeur, savez-vous ce qui fait palpiter de joio le cœur de certains hommes î Ecoutez la grande Boayelle: Montréal a fourni cette année au pays