W. SUTHERLAND
F. Badgley, m, D., F. c. T. Arnoldi, Alex.Rowan,M. d., J. L*. Leprohon, IH. Pjsltieb, m. d.,
A. Hall, M. D., P. Brassard, M. D., T. L. Grenier, Ls. BoY£R, M. D.
iSf iSE liSilâf lit iE*
- L'Histoire de l'Église, depuis les premiers siècles jusqu'à nos jours, présente à celui qui l'étudié bien des faits remarquables, bi^n des choses étonnantes et digÂes d'admiration. Rien pourtant n'y doit faire davantage le sujet de nos remarques et l'objet de nos consolations, que la manière toute spéciale dont nous voyons Dieu veiller sur son Eglise et sur les peuples qui en suivent la doctrine. Car à chaqite nouveau danger, à chaque lutte nouvelle, à chaque erreur ou impiété naissante, on voit que Dieu a suscité, au sein de son peuple, des hommes aux fortes convictions et aux profondes pensées, qui, soit par leurs écrits, soit par leurs paroles, n'ont pas craint d'affronter ces périls, de combattre le combat de l'Église, et de ramener courageusement dans la voie droite les fidèles qui s'en étaient écartés un instant.
Ce que Dieu a fait autrefois, il le renouvelle aujourd'hui. Aux sophismes et prétensions des érudits de l'ancienne Rome, à une philosophie altière et insolente, et plus tard au génie d'un moine perverti et ; hérésiarque, l'Eglise protégée d'en haut a pu avec confiance opposer un Paul, des Grégoire, des Chrysostome, et finalement l'immortel Bossuet. De txoç.%i^xs.^ pour les grands ma\\% dô Vê^Qc\v\e, Vv ^ <k^ vx^^i^^ ^^^. core dans l'Eglise de ç\x\^sa.xvX^x^xs\è.'^'^^* ^^s^^s. vr^^'^^-
daire, des Ravignan, des Mathieu ont paru comme par enchantement, et devant eux et sous le coup de leurs fortes paroles l'ennemi a dû succomber ou du moins s'avouer vaincu. Il en est de même parmi nous.
Le sort des armes avait fait passer le Canada sous la domination anglaise. Les Canadiens peu nombreux pouvaient craindre dès lors pour leurs Institutions, pour leur Langue, pour leur Religion; mais on veillait là haut. Trois quarts de siècle après, ce petit peuple a grandi, il compte plus d'un demi million d'hommes ; sa langue et ses mœurs ne périront pas. Mais un danger phis grand le menace : celte fois, il ne s'agit plus d'anglification ; c'est le chancre de l'Intempérance qui le dévore, et qui, en lui ravissant la dignité de l'homme raisonnable, tend à lui faire perdre sa foi religieuse. Devant ij^i si grand mal, les moyens humains semblent faibles, inutiles, impuissants. Personne ne se sent la force de l'affronter, et c'en est fait de nous si la Providence ne vient encore au secours de son peuple. Mais l'œil de Dieu est aussi vigilant, la miséricorde de Dieu est aussi grande, les ressources de Dieu sont aussi étendues que jamais. Pour ce chancre hideux, pour ce cancer infect, pour cette plaie dégoûtante, le ciel nous réserve un grand médecin; et.... desseins adorables !... c'est au milieu de nous qu'il le trouvera, c'est au sein même du pauvre peuple qu'il viendm le chercher. Il le nommera sou Envoyé, son Représentant, son Messager de Paix ; et les hommes l'appelleront le Prêtre du Seigneur, l'Apôtre de la Tempérance, le RÉVÉREND PÈRE CHINIQUY.
M. Chiniquy est né à Kamouraska, District de Québec, le 30 Juillet 1809 ; il a quarante ans. Il reçut au Baptême le nom de Charles, qui était aussi celui de son père, Notaire du même endroit. Dès Vè ^e àe douze ^ns, il dut quitter les joies ^l \^^ âLO\xQ.v
KOTICE BIOG&AI^QTn. 7
du toit paternel, pour aller à plus de 60 lieues, à Ni* colet, recevoir son éducation collégiale. H s'y fit bientôt remarquer par sa piété et ses succès; mais la Providence lui mena geait de suite une bien rude épreuve' Personne ne saurait mieux en parler que M. Chiniquy lui-même, qui, bien des années après, ne fit que se convaincre davantage que la reconnaissance l'empêchait de celer plus longtemps cette circonstance de sa vie. Il la racontait donc comme suit, il n'y a que quelques mois, devant une nombreuse assemblée des citoyens de Longueuil ;
'< Il y a 24 ans, un enfant de 14 ans disait à sâ bonne et pauvre mère éplorée un adieu qui pouvait être éternel. Fçrcé de quitter le collège faute de ressources pour continuer ses études, il entreprenait un voyage do 300 lieues pour aller gagner sa viev chercher les moyens d'être un jour utile à son pays, L'âme de ce pauvre enfant était navrée de douleur, et chaque pas qui l'éloignait des lieux et des personnes chers à son enfance était comme un dard qui lai perçait le cœur. Cet enfant n'avait pour toute fortan^^ qu'un désir ardent de s'instniire. li marchait seul dans cette route si longue de l'exil ; et, pendant que des larmes brûlantes coulaient sur ses joues, il priait lô Dieu des orphelins d'avoir pitié de lui et d'envoyer son Ange pour l'accompagner. Sa prière et ses larmes furent exaucées. Sur la route, il est arrêté par un jeanô prêtre, qui avait été son premier maître au Collège. " Mon enfant, lui dit ce digne ministre du Dieu de '* Charité, je saisies malheureuses circonstances ds " famille qui vous font interrompre vos études; ^* mais voilà que deux de vos amis, qui ne veulent " pas être connus, ont mis ensemble leurs petites res* " sources pour payer votre pension ; retournez donc au '* Collège." — Vous aimerez sans doute, Messieurs, à connaître le nom de ce pauvre enfant si malheureux et si heureux tout à la fois ? Je vais vous le dire: Cet en=fant, c'est moi ! Et je vous à\m^\v^vï\^ $w^\vss.^>X^3»c-
que je repris lé chemin du Collège, je formai danis mon cœur d'ardents désirs de connaître les noms de ces deux anges tutélaires qui me tendaient la main, au moment où des dragons, plus dangereux que le poisson monstrueux qui allait dévorer Tobie, pouvaient m'arrêter à chaque pas et briser mqn avenir. J'ai eu enfin le bonheur d'être exaucé ; et je viens vous révéler les noms de ces généreux et modestes bienfaiteurs, afin que vous vous joigniez à moi pour les aimer et les bénir. Le premier est déjà au Ciel ; ion nom est Joseph Onédme Leprohon, alors Directeur du Collège de Nicolet. Le second de ces anges tutélaires est M. Louis Moïse Brassard, aujourd'hui votre Curé !"
M. Chiniquy^put ainsi reprendre son cours d'étudeis, qu'il termina avec succès en 1829, et durant lequel il rie cessa de se signaler par sa douceur et ses excellents principes religieux. Aussi, en 1844, un journaliste traçait-il les lignes suivantes à l'occasion de la publication du Manuel de Tempérance : " M. Chiniquy ne " fait là que couronner son apostolat de Tempérance, " avec la sainte et ardente ambition de caractère " dont il donnait déjà de visibles preuves dans sa vie " de collège, où nous avons si longtemps été témoin " de sa piété d'enfant, quand il était le modèle de " tous ses compagnons qui l'avaient surnommé le *' Louis- Gonzague de Nicolet." (1)
Avec une piété et des inclinations aussi remar- Guables, il n^est pas étonnant qu'il ait embrassé l'état ecclésiastique. C'était d'ailleurs pour lui en quelque sorte un moyen de témoigner sa reconnaissance à Dieu qui semblait avoir présidé d'une manière si spéciale à son éducation. Aussi, après ses quatre années df théologie, le voyons-nous entrer avec joie parmi le prêtres du sanctuaire, et devenir, pour nous servir d
WM J. G. Bartbe....en ISU.
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l'expression si énergique d'un de nos prédicateurs, comme le chien de la maison de Dieu. Cette dénomination n'a rien que de raisonnable ; car, selon l'appellation même des saintes écritures, " le Prêtre catholique est un de ces a7iges que le Seigneur a préposés à la garde d'un royaume, d'une contrée, d'une ville, le Dieu tutélaire, la sentinelle avancée placée aux avant-postes du salut, le père spécial d'une portion de l'héritage du Christ, l'ami-né de tous les infortunés, le conducteur de tant d'aveugles, la providence visible de tout ce qui souffre, de tout ce qui gémit ici-bas."
Dès ce moment, commence pour l'abbé Chiniquy sa vie réelle de travaux et de labeurs. Il y débute par le vicariat de St. Charles, Rivière Boyer, sous la direction et les soins spéciaux du vénérable M. Ferras, Curé de cette Paroisse. L'année suivante (1834-), il est transféré au vicariat si laborieux et si pénible de St. Roch de Québec, où nous le voyons tour-à-tour offrir les consolations de son ministère de charité aux infortunés cholériques de la paroisse de Charlesbourg et aux nombreux malades de V Hôpital de la Marine. Les soins empressés qu'il portait ainsi avec ses confrères dans le sacerdoce aux pauvres malheureux, dont les plaies dégoûtantes et le mal contagieux ne pouvaient ralentir son zèle et son assiduité, étaient bien propres à rappeler à chacun l'éloge fait du clergé par un piibliciste français, qui n'hésitait pas à proclamer que " le clergé est la plus imposante de nos institutions."
C'est ainsi que M. Chiniquy préludait aux travaux plus longs, plus nombreux et plus laborieux encore, que devait lui imposer sa mission d'Apôtre de la Tempérance. Ajoutons que, durant tout ce temps, le jeune Prêtre nourrissait au fond de son cœur la pensée, qui l'avait frappé dès son plus jeune âge, du moyen de retirer ses compatriotes de l'abîme de maux où les précipitait sans cesse l'Intempérance. Ce moyen il crut avec raison l'avoir trouvé au ïaoxùaYvX.Q\x,^^^S^'^%^'^'^
10 TTOnCE BIOCRAPHiaUB.
supérieurs ecclésiastiques lui confiaient l'importante Cure de Beauport II pensa qu'il ne pouvait mieux faire que de commencer, au milieu de son nouveau troupeau, une sainte croisade contre l'Ivrognerie, dont les affreux résultats n'étaient que trop visibles. C'était aussi dans ce but que, l'année précédente, il avait suivi à Québec un cours régulier d'anatomie qu'il compléta en 1840,
Il se mit donc énergiquement à l'œuvre, malgré les préjugés nombreux et les obstacles presque insurmontables qu'il ne rencontra que trop souvent. Ses peines ne furent pas inutiles. Dieu bénit ses travaux entrepris pour le seul bien moral et matériel de ses compatriotes. A peine en effet quelques mois s'étaient- ils écoulés, que déjà la religieuse et intelligente population de Beauport accourait en masse autour de son digne pasteur, et promettait devant Dieu et devant les hommes de s'abstenir de toute boisson forte. Ce résultat magnifique et presque incroyable, quand on considère la force d'une habitude enracinée, devait être bientôt (184«1) récompensé et béni de la main même d'un pieux et saint Pontife.
L'Evêque de Nancy, ce Prélat-missionnaire dont la mémoire est si chère au cœur des Canadiens, venait d'arriver parmi" nous. Dans ses longues et pénibles missions d'Amérique, il n'avait pas oublié l'ancienne colonie de la France, colonie qui, plus heureuse que sa Métropole, avait conservé paisiblement la foi de ses pères. Il voulait adresser lui-même la parole sainte à ce peuple privilégié, de l'hospitalité et de la foi duquel il parla plus tard avec tant d'éloges et de bonheur. Il arriva donc, et de suite son adhésion fut acquise à la belle cause de la Tempérance. Il entrevoyait dès ce moment le bien immense qu'était ap* pelé à faire l'humble Curé de Beauport ; et il l'encoura^ea dans son œiivre^ et il le seconàa \vv\\^^mrafiTî* dans sa mission, et Ja Colonne deBeau^jotX e^\.\^^\
KOTICE BX06RAPHIQUK. 11
témoigner de la sanction donnée par ce pienx Evéque à la régénération morale et matérielle du Canada.
Cette espèce de consécration de l'œuvre de la Tempérance ne contribua pas peu à sa réussite. Toute la Côte de Beaupré et bon nombre de paroisses au sud du fleuve arborèrent le même étendard que les habitants de Beanport, et appelèrent M. Pabbè Chiniquy à planter au milieu d'elles l'arbre de la Tempérance. Il n'y eût pas jusqu'au vénérable Evêque actuel de Montréal qui n'invitât spécialement l'Apôtre de la Tempérance à Venir se fixer dans son Diocèse pour y prêcher sa croisade si sainte et si patriotique. Mais la Providence en décida autrement.
M. Chiniquy, après avoir administré pendant quatre ans et avec tant de succès la Cure de Beauport, fut envoyé à celle de Kamouraska, son lieu natal. Ce changement de localité ne lui fit pas perdre de vue le but de sa mission^ et, dès son arrivée dans sa nouvelle Paroisse, le jeune prêtre reprit le cours de ses instructions de Tempérance, fonda une association pour le même objet, et, durant les quatre années qu'il eut la charge de cette cure, il convertit à la ^sobriété au delà de vingt Paroisses dont les Pasteurs l'avaient prié d'y an» noncer l'heureuse nouvelle de la Tempérance. Mais des demandes semblables arrivaient si nombreuses et d'une si grande variété d'endroits que, malgré tout son zèle et son patriotisme, M. Chiniquy vit qu'il lui était impossible de s'y rendre tant qu'il desservirait Kamburaska. Il savait en efiet que, comme curé, il avait entre ses mains les destinées éternelles de BOn troupeau, c^u'il en était responsable à Dieu. Aussi; sentit-il de suite que sa mission d'Apôtre de la Tempérance exigeait qu'il se retirât de l'administratioa d'une Cure. Il offrit donc sa démission à son Evéque qui l'accepta, et il partit pour le noviciat dea P^x.^^ Ohlats à LoDgueuil. Il q^uiUail «L\xvsv\%.\wà\^A^^ '^'V^^ wr&hle et si consolante de euïè, ^\, comxa^ ^\sslc^^^^JQ^'^^
seau, "ce quHly a de plus beau dans le monde,^^ poui vouer à la vie errahte, si laborieuse et si pénible missionnaire. Mais sa résolution était prise.
A Longueuil, il demeura quatorze mois, afin retremper son âme dans la solitude, méditer da'v tage le sujet qui devait être l'occupation de sa approfondir encore ses études religieuses, et obtc de Dieu les forces nécessaires pour accomplir œuvre, sur laquelle il le priait de répandre ses ] abondantes bénédictions.
Cette longue retraite terminée, le Père Chini voulut faire l'essai de ses forces appuyées de la g] si puissante d'en haut ; et comme pour témoigne reconnaissance à son protecteur le liév. M. Brass! c'est par la paroisse de Longueuil qu'il commenc son apostolat dans le Diocèse de Montréal, et ses ] dications seront suivies de la conversion à la Terr rance des 2300 habitants de cette religieuse Paroi Varennes, Boucherville, Chambly et Laprairie 1 pelleront alors à grands cris, et cédant à la convie inspirée par ses chaleureuses improvisations, elles i teront Longueuil, et la grande œuvre comptera 10, nouveaux défenseurs.
Nous ne suivrons pas M. Chiniquy dans toutes pérégrinations, dans toutes ses courses évangéliq dans tous ses immenses succès. Qu'il nous suffise dire que, dans le court espace de 18 mois, ilaparc ru 120 paroisses, prononcé au moins 500 discG converti à la Tempérance au delà de 200,000 ] sonnes ! C'est là un succès prodigieux et pre,' inouï. Il nous rappelle les triomphes de St. Frai Xavier sur l'infidélité. Ce grand saint écrivai effet: " J'espère, cette année, faire pour ma par* " qu'à cent mille chrétiens !" Qu'on n'aill' croire pour cela que nous voulions égaler Và^^^ Ja Tempérance à PA put re des Gentils. TeW
mais été notre pensée, et d'ailleurs on peut être bien cher à l'Église et bien cher à son pays, et demeurer encore bien endeçà des mérites du grand saint François Xavier, Nous avons seulement voulu faire ressortir toute la miséricorde de Pieu envers nos compatriotes, afin qu'ils connussent l'instrument dont il a voulu se servir et qu'il a comme préparé pour cette grande régénération.
Pour compléter la suite deh faits, nous devons ajouter que, durant tout ce temps, après chaque retraite, après chaque mission, le Père Chiniquy n'a cessé de recevoir, de la reconnaissance des associés à la Tempérance, des adresses de félicitations et plusieurs fois des témoignages éclatants de leur estime et de leur bonheur. De son côté, l'Apôtre de la Tempérance ne croyait pas faire encore assez pour avancer son œuvre philanthropique, et dès 184j4i nous le voyons publier la première édition de son Manuel de Tempéranccy dont les 4000 exemplaires furent placés en moins de six mois. Une seconde édition devenait donc nécessaire ; M. Chiniquy l'entreprit en 1847, et, dix- huit mois après, les 6000 exemplaires à.vaient déjà tous ttouvé des acheteurs.
Des travaux si constants et si bien couronnés d© succès durent attirer l'attention spéciale des autorités constituées. Aussi vit-on juges et jurés, corporations et municipalités rivaliser de zèle pour seconder les efforts de l'Apôtre de la sobriété, jusqu'à ce qu'enfin la Législature, pressée par les requêtes d'un grand nombre de citoyens, crut devoir faire quelque chose dans le même sens. Espérons qu'à sa prochaine ré- / union elle complétera ses travaux sur ce point. Elle ne peut reculer devant l'opinion du pays, si bien formulée dans la manifestation des 18,000 associés de la Tempérance à Montréal, qui, le 15 Juillet dernier, se joignirent à tous ceux de la. l?^xo\s»'s>^ $ij^\jss^^^fâ^^ et présentèieni à M.Chiniqu^ uxi& xùfe^-aSC^e-^^^^^^^s^-
14 l?OTICE BIOGRAPHKÎUE.
me témoignage de leur reconnaissance et en même temps comme protêt contre l'usage des boissons enivrantes.
Si nous ne devions nous renfermer dans les bornes étroites qui nous sont prescrites, nous présenterions maintenant M. l'abbé Chiniquy, dans la chaire de vérité, aux prises avec son ennemi l'Intempérance ; ou plutôt, reproduisant quelques extraits de ses discours, nous le montrerions, lorsque, l'onction de Dieu sur les lèvres, il déroule le tableau des misères que l'homme s'impose par l'ivrognerie en sus du travail auquel il a été condamné en expiation de la première faute de ses pères. Mais l'espace nous manque. Contentons-nous de dire que M. Cliiniquy ne s'applique pas tant à faire de belles phrases et de rondes périodes, qu'à faire passer au cœur de ses auditeurs la conviction ferme qui se trouve au fond du sien avec un désintéressement et une charité immense ; et il y réussit si bien que chacun de ses discours est un succès, un triomphe.
En terminant, nous devons exprimer l'espoir qu l'homme providentiel, qui a pris en main dans ^ Tempérance la cause de l'Eglise et de l'humanit nous soit longtemps conservé, pour jouir de son suce et aôermir dans le bien ceux qu'il a ravis à l'intemj rance. Nous devons le prier en même temps de w pardonner si nos éloges ont pu blesser sa modesti* son cœur de prêtre. Nous avons pensé que ce nous ressentions profondément ne pouvait revêtir forme plus humble. Notre bonne intention sera près de lui notre excuse 5 et il ne nous refusera alors de terminer lui-même cette notice par un e: d'une de ses lettres, dans laquelle il nous racont entrevue récente avec sou illustre devancier :
" JW en le bonheur, dit-il, do rencontrer h Mathieu à BostoiL Je ne vous diiai igaa ^^ c
éprouvé, lorsque j'ai pu presser contre mes lèvres cette main, qui a essuyé tant de larmes, consolé tant de cœurs, donné du pain à tant de malheureux ; je n'en suis pas capable... En l'abordant, je n'ai pas voulu lui décliner mon nom ; je me suis contenté de lui dire : ** Père Mathieu, voici un de vos disciples du Canada, '* qui vient réchauffer son coBur de Prêtre contre votre " cœur d'Apôtre ! " Je n'avais pas fini de parler qu'il se jetait entre mes bras, me nommait, et me pressait contre son cœur avec la bonté, la tendresse d'un
père Le père Mathieu a environ 60 ans ; mais, si
ce n'était sa belle chevelure qui commence à blanchir, on ne lui en donnerait pas 40, tant sa figure est fraiche et radieuse de vie. Le regard du Père Mathieu est plein de douceur et de suavité. 11 a sur ses lèvres le sourire gracieux que les peintres donnent aux anges que Dieu envoie comme messagers de paix sur la terre. Il parle peu et l'on voit que la paralysie, dont il a été frappé il y a deux ans, gêne encore chez lui les organes de la voix ; mais ce qu'il dit est plein d'ipropos et de gracieuseté. En un mot, tout dans le Père Mathieu dénote le vrai gentilhomme Chrétien et le bon Prêtre. Sa mission aux Etats-Unis est appelée à faire faire un pas immense au Catholicisme. ..Il m'a promis de venir en Canada l'été prochain, et nul doute que son passage parmi nous ne soit accompagné des plus abondantes bénédictions.'*
Hector L. LANGEnif.
Montréal; 1er Décembre 1849.