VINAIGRE
Motifs qui doivent déterminer à s^enrôler dans les Sociétés de Tempérance,
Quelque chose que vous fassiez, dit l'Apôtre Saint Paul, faites-le pour P amour de Jésus- Christ, Si l'amour doit nous guider dans nos actions les plus indifférentes, à plus forte raison devons-nous nous munir de ce sublime motif d'amour, lorsqu'il s'agit de faire un sacrifice aussi méritoire et aussi beau que celui demandé par la Société de Tempérance,
Ce sera donc principalement pour honorer la souffrance de Jésus-Christ, abreuvé de fiel ; ce sera pour vous unir à la victime adorable, que vous renoncerez aux boissons fortes, qui ont été, sinon pour vous, du moins pour un si grand nombre de vos frères et de vos amis, un sujet de péché, et, par-là même, un renouvellement des souffrances de Jésus-Christ.
Au dernier des jours, lorsque nous serons appelés à recevoir de ce Dieu crucifié pour notre amour, alors notre souverain Juge, la récom\)ew^^ d^ \\r^ XiRrûxsss^ œuvres, ou le châtiment de uos çfe(i\^fe^>^o\iM^^Q^^'^^'^
bien, qu'il n'y anra de réputées bonnes, que les actions qui auront été faites pour l'amour de Dieu par Jésus- Christ. Les autres, quelque bonnes, quelque grandes et admirables qu'elles puissent être en elles-mêmes et aux yeux des hommes, resteront au nombre des œuvres mortes, et seront sans récompenses.
S'incorporer à la Société de Tempérance et ne pas faire cette action pour l'amour du Dieu Sauveur, est une sorte de folie, puisque^ c'est faire un sacrifice, souvent pénible, et n'en pas vouloir recueillir le mérite ni le fruit.
Si ce motif sublime était compris des peuples comme il doit l'être, la Société de Tempérance compterait bientôt autant de membres zélés qu'il y a de catholiques qui la connaissent. Du moins, on cesserait d'entendre ces })ropos inconsidérés, pour ne pas dire plus, par lesquels un trop grand nombre de personnes refusent leur concours aux Sociétés de Tempérance, sous le spécieux prétexte qu'on n'y est pas obligé, qu^on peut se sauver sans cela.
Les bras étendus sur la Croix, votre Jésus n'a plus qu'un souffle de vie. Encore un instant, et la dernière goutte de son sang va couler, pour votre amour. Une voix s'est fait entendre : l'adorable victime va prononcer ces dernières paroles : " J^ai soif! " Et, dans l'excès de leur malice, ses bourrçaux lui ofirent du fiel et du vinaigre. Ses lèvres en sont teintes, sa langue en est abreuvée. De dégoût et d'horreur, il détourne la tête ; et, jetant sur vous un dernier regard de tendresse et d'amour, il vous dit : " Mon fils, vois ce que " je souffre pour toi et tes frères : pour prix de ce que " j'endure, je te demande de travailler, le reste de ta " vie, à détruire l'usage des boissons enivrantes, qui " précipitent, tous les jours, dans les feux éternels, des " milliers d'âmes, qui m'ont coûté si cher!"
Que répondrez-vous à votre adorable Sauveur î Ah !
je vous vois, je vous entends ; prosternés au pied de
sa Croix, la pressant avec amour contre votre cœur,
f^oiis dîtes : ^'Oiii, oui, mon Jésus, avec ^ove, \^ -^os^
'* fais le sacrifice que vous me demandez. Je n'ai ** encore rien fait pour vous prouver mon amour. Ce " que vous me demandez est bien peu ; que je serais " malheureux de vous le refuser ! Pour votre amour " donc, O Jésus abreuvé de fiel ! je renonce à Pusage " des boissons enivrantes ; et je m'engage à porter ** mes frères à faire le même sacrifice."
Quoi ! votre frère, votre voisin, votre ami, votre enfant peut-être, auront renoncé, pour l'amour de Jésus-Christ, à l'usage des boissons fortes ; ils jouiront de la douce satisfaction d'avoir fait une action agréable à Dieu ; une voix intérieure leur dira que ce petit sacrifice ne restera pas sans récompense; tous les jours, ils entendront bénir leur nom, et les œuvres saintes auxquelles ils auront participé ; et vous, indifférent, moqueur, vous fermeriez les yeux à de si beaux exemples ! vous vous priveriez de cette douce consolation ! Ah ! je doute que les jouissances que vous éprouverez en buvant, même modérément, vos boissons enivrantes, puissent vous dédommager de cette privation. J'aime mieux croire qu'une voix intérieure vous reprochera d'avoir fait défaut à une œuvre si agréable à Dieu ; d'avoir refusé de participer à une nouvelle source de grâces et de bienfaits de tous genres.
Mais passons à certaines objections, auxquelles on ne peut trop opposer les ressources de la raison, et les motifs sacrés de la Foi.
Vous nous dites que vous ne vous associez pas à la Tempérance, parce que, n'ayant jamais fait mauvais usage des boissons enivrantes, vous ne voyez pas de raisons de les abandonner. *^ Les ivrognes, ditesvous, doivent se mettre de la Société de Tempérance; et, si j'eusse été intempérant, il y a longtems que j'aurais fait le sacrifice que vous me demandez."
Eh bien ! nous vous dirons que c'est précisément parce que vous avez toujours été sobre et tempérant, que vous devez vous mettre en tête de la Société de Tempérance. C'est précisément \)arce (\ae vouaètea sobre et que vous n'avez jam^ feiV ôî^ilû^^ ^Sx^rasét
pérance, qu'il y aura un vrai mérite de faire à Dieu le sacrifice de ces boissons. L'homme faible, qui a 'péché par l'abus des boissons fortes, les abandonnera, parce qu'il craint de retomber toujours, comme il a fait jusqu'ici ; mais son motif, quelque bon qu'il soit, ne sera jamais aussi parfait, aussi noble, que celui de l'homme qui aura toujours su en modérer l'usage. Celui-ci seul pourra dire : ** Seigneur, ce n'est point " par contrainte, ni par force que je fais ce sacrifice ; <* je n'y étais nullement obligé. Je ne l'ai fait que ** par amour pour vous."
Qui osera dire que ce sacrifice n'entre pas dans l'esprit le plus pur de la foi, comme dans les plus hautes dictées d'une saine raison !
Si quel(][u'un est endetté envers moi, quelle obligation puis-je lui avoir, quand il n'a fait que me payer sa dette î Mais, si cet homme ne me doit rien, et que, cependant, il cherche tous les moyens possibles dô m'obliger et de me faire plaisir, quelle obligation il me lait contracter à son égard ! quelle reconnaissance no doit pas être la mienne ! Il en est ainsi du maître que nous servons ; dans son infinie bonté, il veut bien récompenser tout ce que nous fesons pour.SEï gloire, même les choses qui sont d'obligation. Mais, ce qu'il récompense surtout magnifiquement, ce sont les sacrifices qui, non strictement commandés par le devoir, «ont conseillés par l'amour. Et que ne pourrait-on pas dire, pour développer cette pensée, si les bornes de ce livret le permettaient?
Toutefois, si l'on persistait à nous répéter: " suis-je obligé de renoncer à l'usage des boissons fortes ?" nous ne répondrions que lorsqu'on aurait répondu aux questions suivantes :
"Jésus-Christ était-il obligé de descendre sur la terre et de n'aître dans une étable 1
*< Le fils de Dieu était-il obligé, au jardin des Olives, de prendre vos péchés sur lui, et d'en ressentir une te})e douleur qu'il tom])a dans une afireuse agonie, arrosa la terre de ses sueurs et de sou saug'l
" Le fils de Dieu était-il obligé de servir d'objet de risée et des plus basses insultes, à une populace et à une soldatesque aveugles et acharnées ?
" Le fils de Dieu était-il obligé de se laisser lier à la colonne des criminels, et d'y endurer le cruel supplice des verges 1
" Le fils de Dieu était-il obligé de porter, sur ses épaules meurtries, la lourde et ignominieuse croix que ses bourreaux lui avaient préparée?
" Le fils de Dieu était-il obligé de laisser déchirer et percer ses mains et ses pieds par les clous î
" Le fils de Dieu éidiM-'û obligé déterminer toutes ses souffrances dans le fiel amer qu'on lui présenta ?
" Enfin, Jésus-Christ était-il obligé de mourir, de la mort la pins infâme, entre deux scélérats..?" Non, sans doute, il n'était pas obligé à toutes ces choses ; mais il a voulu les souffrir, parce qu'il vous aimait. Et, nous qui avons tant intérêt à aimer Dieu, qui ne pouvons rien sans lui, qui devrions n'être occupés que du soin de lui témoigner une continuelle reconnaissance, nous ne ferions rien pour sa gloire, pour son divin plaisir, à moins d'y être strictement obligés ? L'amour commande l'amour ; c'est une loi de la religion comme de notre nature ; et, malgré cette loi douce, pleine de raison et des plus pressans motifs, nous n'attendrions que la peine des esclaves, ou la crainte des âmes faibles, pour agir? Quoi ! sera-t-il donc toujours besoin des prescriptions menaçantes du devoir, et des épouvantemens de l'enfer; pour nous forcer à aimer Dieu, tandis que mille objets frivoles attirent, tous les jours, nos amours de complaisance et de douce inclination ! Hélas ! quel renversement ! Ah ! plutôt, aimons enfin ce Dieu d'amour comme il le mérite. Saisissons l'occasion de faire quelque chose qui lui sera agréable, et faisons-le sans hésiter ; qu'il ne nous vienne seulement pas à la pensée de demander si l'on y est obligé. Moins il y aura d'obligation à faire un sacrifice, plus nous devrons mettiô de \cive ol dsk promptitude à le faire. "Dwmovûa, ^^\.-<i^ «^vc^^Ji^î^
tous les vrais chrétieEs en ont agi, de tout temps. El cette loi d'amour existe : Dieu, la religion et l'humanité ne l'ont point abrogée.
Avons-nous besoin de dire ici de ne point nous prêter l'absurde idée que chaque fidèle soit obligé de pratiquer toutes les bonnes œuvres qui ne sont que conseillées dans l'Evangile ? Non, puisque cette doctrine a été justement condamnée par l'Eglise. Ce que nous voulons dire, c'est que notre salut tient à deux conditions indispensables : éviter le mal, et faire le bien : " décline à malo et fac bonum,^^ Or, est-ce s'écarter de la doctrine de l'Église, que de penser que ce bien, dont il est ici parlé, est tout ce que nous pouvons faire pour la gloire de Dieu et le salut de nos frères, sans nuire aux devoirs de notre état ? Et, si quelqu'un entretenait le moindre doute que le sacrifice des boissons fortes, pour l'amour de Jésus-Christ et l'édification du prochain, soit une bonne (Buvre, ses doutes ne devraient-ils pas être dissipés, depuis que la voix de l'Eglise, par ses Pontifes et ses Prêtres ; depuis que la voix des peuples, qui, dans l'ordre du bien, est si justement appelée la voix de Dieu, se sont également prononcées en faveur des bienfaits spirituels et temporels des Sociétés de Tempérance ?
Insisterons-nous encore? Où en serions-nous, si nos pères dans la Foi n'avaient jamais rien fait que lorsqu'ils y étaient forcés, obligés par un commandement formel de Dieu ? Où en serait, par exemple, l'admirable Société de la Propagation de la Foi, si chaque fidèle n'en faisait partie qu'après avoir demandé et reçu l'assurance qu'il y est obligé ? Que de courageux Missionnaires auraient ainsi perdu la couronne des Apôtres ; que de Martyrs privés de leurs palmes ! que de peuples restés dans les ténèbres de l'idolâtrie ! que de trônes vides au Ciel, et que de réprouvés de plus dans l'Enfer, si les disciples de Jésus-Christ avaient eu, jusqu'à nous, pour habitude, de n'agir, de ne prêcher, mais, surtout de ne donner au monde l'exemple des /fjijs sublimes vertus, que lorsqu'on leur a\xxa\X ^loxx^^
qu'ils étaient strictement obligés à toutes ces choses ! Encore une fois, quand on aime, on no prend pas ainsf le compas et la règle avec son Bien- Aimé y on ne craint pas tant d'en faire trop pour son amour. Au contraire, avec tous les Saints qui nous ont précédés, on ne craint qu'une seule chose, c'est de n'en pas faire assez. On est ingénieux à trouver, tous les jours, quelques nouveaux moyens de lui prouver qu'on est tout entier à ses intérêts et à sa gloire.
Ne disons donc plus : " Je n'ai pas besoin de m'imposer cette privation ; je suis assez tempérant comme cela." Laissons aux Païens et aux Pharisiens, aux Sybarites et aux hommes tout terrestres ce langage impie : " Je suis assez vertueux comme cela ; je suis " assez sobre ; je n'ai pas besoin de croître en telle et " telle vertu ; je m'en tiens là." Non, jamais un vrai chrétien ne saura tenir un pareil langage, après qu'il lui a été demandé de prendre Jésus-Christ pour son modèle ; après qu'une voix lui crie, du ciel, d'avancer tous les jours, de croître sans cesse ; après qu'il lui a été positivement enseigné que celui qui s^an-ête, recule. Penser et agir autrement, pour un chrétien, est ce que nous ne voudrions pas croire, si malheureusement l'expérience de tous les jours n'en donnait pas les plus tristes témoignages.
Que ceux-là donc, qui veulent, avant tout, un commandement positif et divin en faveur de la Tempérance, avant d'en faire partie, n'oublient point que les conditions de salut, dont nous avons parlé plus haut, seront rappelées un jour à leur mémoire, précisément les mêmes, au moment terrible où le Souverain Juge nous examinera, non seulement sur le mal que nous aurons fait, mais encore sur le bien que nous n'aurons pas Touiu faire. Et qui nous sauvera alors d'être au nombre des serviteurs inutiles ? Àh ! raisonnons plus chrétiennement : aimons à nous dire et à nous répéter mille fois, s'il le faut, afin de nous porter !;)lua vjte au bien : '' Quoi ! Que îa\s-\e ^ovxxVi qa^V*
/y 4(1sgit d'arracher au dèxaou âi^ VSNXo%\^Ki^R^ ^^'^
, foule de malheureux, entièrement aveuglés, ou qui gémissent dans ses chaînes. Il s'agit de rendre à leurs familles, à la société, à la religion, une multitude d'infortunés, qui en ont oublié toutes les loix. Ce projet n'est-il pas beau, n'est-il pas grand, n'est-il pas du chrétien et de l'homme sage ? Dnssé-je, pour réussir dans une si noble entreprise, risquer une partie de mes biens, exposer même ma vie, devrais-je donc balancer t Non, sans doute ; qui sauve l'âme de son frère sauve la sienne, dit la sagesse éternelle ; car la charité, qui doit nous animer, fait trouver doux les sacrifices les plus pénibles, quand il s'agit de sauver des âmes immortelles,qui ont coûté si cher au Sauveur des hommes. Mais, ici, on ne vous en demande pas tant : il s'agit seulement de renoncer, pour l'amour deJ.-C.,à ces boissons malheureuses, dont l'abus est si facile et toujoum si funeste. Dieu bénira votre sacrifice ; votre généreux exemple donnera de la force à ceux qui sont faibles, et vous aurez bientôt le bonheur de vous voir,vous aussi, apôtre au milieu d'une paroisse, d'une famille, d'un quartier régénêrés.Votre nom béni,respecté,ira de bouche en bouche. Sans doute, le Dieu puissant que noua servons, pourra bien opérer ces prodiges sans vous; il est assez fort pour renverser seul tous ses ennemis. Mais, puisqu'il vous appelle, par la voix de vos Evoques, de vos Curés, à prendre part au combat, à partager, pour ainsi dire, avec lui, l'honneur de la victoire, ne devez-vous pas accourir, avec joie, vous ranger sous nés drapeaux, surtout quand il doit vous en coûter si peu, et que vous êtes assurés du succès ? Faudrait-il vous voir honteux derrière les rangs, méditer si vous y êtes obligés? Ah ! non ; ce mot n'est plus chrétien, qu'on nous permette de le dire, en présence des beaux succès qu'ont obtenus aujourd'hui les Sociétés de Tempérance, et ceux, encore aussi beaux, qu'il nous reste à conquérir.
* Il nous semble que c'est ici le lieu de répondre à une objection, qui nous a souvent, et biew s^xiew^^tsi^eixA,
^^é faite : *' Nons admirons le zèle, el \ea eîÎQx\^ 'i^^
SOCIÉTÉ DE TEMPÉRANCB 31
Apôtres de la Tempérance," nous a-t-on dit souvent; " nous les imiterions et les seconderions même, de tout notre cœur, si nous avions l'espoir d'un véritable succès: mais nous sommes loin de partager l'espérance qui les anime. Au contraire, plus nous examinons es qui se passe, depuiâ que les Sociétés de Tempérance sont organisées, dans ce pays et ailleurs, et plus nous sommes convaincus que les bonnes résolutions qu'on a mises au cœur des peuples, et les sacrifices qu'on leur a persuadé de faire de leurs anciennes habitudes, ne sont dûs qu'à un enthousiasme passager, qu'à un élan qui ne peut durer." A ceci nous répondrons : "Le Seigneur n'avait-il pas averti Moïse des prévarications futures de son peuple 1 Ne lui avait-il pas dit positivement : ' Moïse, après ta mort, ce peuple, au cœur dur,
* retournera à l'idolâtrie; il m'abandonnera, moi qui
* suis son Seigneur et son Dieu, pour se prosterner
* aux pieds des Idoles des nations.' Après cette déso* lante prévision. Moïse cessa-t-il un moment d'employer tonte la puissance de ses paroles, tous les efforts de son zèle ; cessa-t-il de descendre aux détails, aux précautions les plus minutieuses, pour détourner son peuple de tout ce qui pouvait le porter à l'idolâtrie 1 "
" Lorsque St. Pierre et les autres Apôtres persuadaient à leurs disciples, par leurs paroles et leurs exemples, de vendre tous leurs biens et de les mettre en commun, pour qu'il n'y eut plus de pauvres parmi les fidèles, et qu'ils fussent tous plus détachés des biens de la terre ; étaient-ils arrêtés, dans leur zèle pour la sanctification et la régénération des hommes, par la certitude qu'ils avaient (puisqu'ils étaient aussi prophètes) que cette ferveur et ce détachement admirapies ne seraient que de courte durée ? "
Ah ! quand Dieu, dans sa miséricorde, nous donne une bonne pensée, quand il nous offre une grâce, faisons-les donc germer dans nos cœurs ; ne les repoussons pas, sous le misérable prétexte que d'autres seront aasez malheureux pour n'en psis \)io^\.e.i • Lorsque notre Sauveur çïècViSÂV.» ^cAîSt^"*^ ^\.\û5»^-
rait pour le salut de tous les hommes, ne savait-il pas, ne disait-il pas tout haut et partout, que ses prédicat tions, ses soufîrances et sa mort, seraient inutiles à un grand nombre ?
" Cette bonne œuvre ne peut subsister toujours, long" tems même; ça ne peut faire pour tout le monde,^^ sont des paroles qui n'ont jamais arrêté Jesus-Christ, ni ses Apôtres, ni ceux qui désirent être leurs discipleSi
" Les boissons fortes vont plus que jamais nous inonder, comme un déluge," dites- vous ; — " notre peuple va aller se dégradant, plus que jamais, dans la fange de l'ivrognerie ! !" Mais, de grâce, dites-nous sur qui pensez- vous que devra tomber la responsabilité d'une pareille réaction ? Sera-ce sur ceux qui ont fait mille sacrifices, qui se sont imposé mille privations, et qui auront joint, à l'autorité des paroles, l'autorité autrement puissante de l'exemple, pour abolir l'usage de ces détestables boissons, qu'on devra s'en prendre, si elles continuent leurs ravages parmi nous 1
Vous voyez avec quelles ruses, avec quelle fureur le démon de l'ivrognerie et ses suppôts cherchent partout à empêcher les peuples de faire le sacrifice que les Apôtres do la Tempérance leur demandent pour leur salut. Vous dites que le succès n'est pas certain, que nous n'avons pas encore assez de force et de puissance pour une si grande et si belle œuvre. Ah ! vous confessez donc que nous avons besoin de plus d'intelligences, de cœurs et de bras, pour terrasser notre ennemi. Eh bien ! oui ; nous avons besoin de toutes les intelligences, de tous les cœurs vraiment Catholiques et Canadiens. Venez donc tous à notrQ aide, dans cette lutte si pénible, mais si noble, de la croix contre la sensualité. Au lieu de vous tenir en dehors des sacrifices et du danger 5 au lieu de rester loin du combat, toujours prêts à chanter notre défaite, venez donc plutôt, accourez vous jeter dans la mêlée, et nous aider à remporter la victoire. Et, dussions-nous être vaincus tous ensemble, nous serons au moins sans reproche, devant Pieu et devant \ea \\.oxi\ïa^^* "^qVl^
^îonscience n'aura pas à nous dire, un jour, que,chassé de mille endroits, sur le point d'êtrç entièrement banni^ l'usage des boissons enivrantes s'est retiré dans notre maison comme dans ui^e forteresse, d'(/ù il a déûé tous les Apôtres de Ja Tempérance, et d'où il s'est relancé sur les populations, pour les enlacer de nouveau, et les perdre dsms ses filets perfides.
Fermant les oreilles à tant de raisons si pressantes, qui vous sont domnées, 4© joindre l'influence et l'autorité dçr votre exemple, pour aider ce à mouvement régénérateur des peuples, que vous ne pouvez nier; pour répondre à certains petits reproches de la conscience, que vous ne pouvez étoufîer tout-à-fait, vpuis dites que la victoire va bientôt échapper aux mains des Apôtres de la Tempérance : Ah ! ne savez-vous donc pas ce qu'il y a souvent de gloire, devant Dieu et devant les hommes, dans une défaite...! Le nom de Judas Machabé passa-t-il sans gloire à la postérité 1 Dieu a-t-il refusé de le couronner au ciel, parcequ'il a succombé sous le nombre de ses ennemis ?
Ne vaut*il pas mieux appartenir à la poignée de braves qui tombèrent à ses côtés, en combattant vaillamment, que d'être au nombre des lâches qui l'abandopnèrent au moment du danger ?
ttes Apôtres de la Tempérance succomberont peut[étre, mais ce sera à la manière de cet immortel défenseur de sou peuple : ils ne succomberont que parce que ceux, sur l'aide desquels ils avaient le plus de misons de compter, vont manquer à leur mission. Mais, encore une fois, sur qui devra tomber la responsabilifé d'un pareil malheur, et contre qui le sang du peuple -«rie^a-t-il un jour î .; ,
A quiconque a ouvert les yeux sur les maux irréparables qu« l'usage de. la boisson fait à notre phe^•.etbp^ peuple Canadien; à quiconque a médité sur le b^en qi^i en résulterait, si toutes les intelligences et les vblon^s étaiepIL unies pour les faire disparaître, rien n'ept plup désolant que les raisons, les excuses, les pauVreJ^és qn^ou répète, pour ne pas faite, i^nXii^xx ^X^^^^jp^iNa^
le sacrifice de ses goûts et de ses habitudes. C'est al<as qu'on aime à porter sa pensée vers ces hommes à dignes du beau nom de citoyens et de chrétiens, qui n'ont pas balancé un instant non seulement à suivie, mais encore à diriger et accélérer par leur exemple le mouvement régénérateur... Eh ! que le Dieu des miséricordes en soit mille fois béni ! Le nombre de ces âmes d'élite, à la tète desquels figure si noblement Monseigneur l'Evêque de Montréal, qui, fermant courageusement l'oreille aux timides conseils d'une prudence toute humaine, foulent sans crainte, sous lean {)ieds,tout respect humain, quand il s'agit de travailer à la régénération de tout un peuple, va toujours croissant... Et, avec le secours du ciel, tout annonce, dans un avenir prochain, le retour de notre peuple i des habitudes d'économie, de sagesse, de tempérance, inconnues à nos pères.
Vous pouviez autrefois douter du succès de la Société de Tempérance, et du bien qu'elle pourrait faire aux hommes. Mais aujourd'hui des millien d'ivrognes convertis sincèrement, des paroisses, des peuples entiers régénérés par la Société de Tempérance, sont là, pour vous assurer que c'est le seigneur qui en a inspiré la pensée aux hommes ; et que l'établissement de cette Société, est une des grâces les plus signalées du ciel dans ces derniers tems. Si Dieu ne commande à personne d'en être, vous voyez, au moins, qu'il bénit, d'une manière bien admirable, les efforts de ceux qui s'en sont mis, pour l'amour de leun frères.
Et, que ne verrait-on pas si, dans chaque localité, ce qu'on appelle les gens respectables renonçaient à l'usage des boissons fortes, et employaient toute leur influence à les faire disparaître de leur paroisse? D'abord, ceux qui eu font un mauvais usage et qui les aiment, auraient, tout de suite, bien moins d'occasions de tomber, puisque ])ersonne, ou presque personne, ne leur en offrirait. Les gens comme il faut n'en prenant plus, et tout Je xnoade, même les iutemYfemk%, xtsvxWvA^Vw^
SOCIÉtÊ DE TEMPÉRANCE. 35
du nombre des gens corjime il faut, les ivrognes n'oseraient plus en offrir, ni en prendre, au moins devant le monde. La passion, qui ne serait plus alimentée, s'éteindrait tout doucement; la raison et la religion prendraient bientôt le dessus ; et, avant peu de tems, vous béniriez le Dieu des miséricordes qui vous aurait donné le bonheur de contribuer, par votre agrégation à la Société de Tempérance, à des conversions aussi consolantes que solides. A l'appui de cette doctrine, nous aurions bien des faits à citer ; mais nous n'en rapporterons qu'un seul, pour n'être pas trop long. Nous le rapporterons tel que nous l'a raconté M, le curé de... qui en a été le témoin.
Exemple.
*^I1 était dhc heures du soir. Je lisais quelque chose qus m'intéressait singulièrement, lorsque, tout-à-coup, mon oreille est frappée d'un bruit inaccoutumé. Je prête attention, et voilà que des coups précipités se font entendre à la porte. On m'appelle, et on me conjure de venir au secours. — A peine ai-je ouvert la
porte," que je reconnais François Il était hors de
lui-même ; ses mots mal prononcés et entrecoupés, annonçaient la plus vive émotion. Pourtant, voici ce que je pus comprendre : " Venez, Monsieur, tout de suite. Si vous ne faites diligence, il va arriver quelque malheur. Ah ! que c'est horrible !"
Il n'est pas besoin de dire quelles impressions j'éprouvai à ces paroles. Je lui demande de qui il veut parler. " C'est de Louis me répond-il. Il est revenu ivre de chez 11 est comme un tigre furieux.
Il a cruellement frappé sa pauvre femme, qui a été, comme vous savez, très longtems malade : elle e&t tombée sans connaissance, sous ses coups. Il a battu son frère ; et, lorsque j'ai laissé la maison, il tenait sa pauvre mère à la gorge ; je n'ai pu l'arracher de ses mains: il avait un bâton et je craignais qu'il ne me fendît la tète. J'ai pris le parti de venir vous chercher : peutêtre votre jaësence le calmeta-l-eWe» ^^\"a\A^fiars^>û&^ e^î vouspïaSt^ car chaque inslanl Olq x^iVôxôifeTS^^^^^'^^^
36 MANITEL DX C^iL
coÀ(er la rie à quelqu'un ." Ce récit, quelqu^effiaf* ant qu'il fût, ne me surprit cependant pas. On peat attendre tout d'un ivrogne. Les crimes les plusafi firenx,les horreurs les plus épouvantables ne sont qu'ai jeu pour l'homme abruti par la boisson.
D'ailleurs, je connaissais d'avance celui dont il^s'ji^ ' gissait. Bien des fois, je l'avais rencontré ivre srti la route. Ses cris le devaniçaient toujours, et le fai<» saient reconnaître de loin. Il était alors pnideRt de passer vite ; aussi, personne n'était bien pressé d&liei conversation avec lui dans ce moment.
Les jure mens, les malédictions, les imprécations i faire trembler les démons mêmes, sortaient, comme un torrent de sa bouche. Combien de fois, dans ces tristes momens, n'avàit-il pas frappé et fait coalêr le sang de ses meilleurs amis ! Combien de fois n'av«it« il pas, alors aussi, battu son vieux père ! Il est vrai q«M personne ne plaignait beaucoup le pauvre homoKL C'était lui qui avait instruit son enfant dans l'art dt boire. C'était lui, qui lui avait mille fws montré if chemin de l'auberge. . . • Fendant que tous ces tristmi souvenirs viennent se heurter, à la fois^ dans ma mé^ moire, je pars, ou plutôt, je cours avec François... La disf tance n'était pas bien longue, elle fut promptement fran> chie. Je n'étais pas arrivé que déjà j'entendais leshuf* lemens, les cris, etc. Sans frapper à la porte, j'ente» brusquementr.M.. Quel spectacle, grand Dieu ! La pauvre femme, à peine revenue de son évanouisse^ ment,, se tordait les mains de désespoir. Elle s'arnuchait le&cheveux, comme une personne qui. a perchi la raison. Ses yeux, égarés et rougis, laissaient tomr her des larmes brûlantes sur un jeune- enfant, qu'elle tenait sur ses genoux, et dont les cris: perçans déohi» ocaient l'àme. Pauvre femme ! comme elle appe*lait à grands; cris la mort ! Comme elle maiidissaitj avec d'énergiques paroles, le jour où elle s'était liée au monstre cruel qui, au lieu d'être son époux, s'étiftit fait son iinj»to3riahle bourreau ! Plus loia^ j'apstoeraii le frère, le vissage couvert de «attg ^ 'el :^\xys> V.^ViSv
SOCIÉTÉ Di^ TEAiaP^RANCE. $7
que ddstanoe^dans l'ombre, Ift mère infartunée. Sesehe* veux, en désordre, pendaient autour d'elle, et att^s* taient qu'un des plus noirs forfaits venait de s'aceomplir ; quhin homme avait frappé eelle dont il tenait la vie ; qu'un enfant avait levé la main sur sa mère ! Elle était défigurée, et à moilié morte des coups qu'elle avait reçus. Ses pleurs, ses cris, ses sanglots se mêlaient à ceux de sa bru et de son enfant
Et lui, le monstre, où était-il donc 1
il se promenait, à pas redoublés, au milieu des chaises et des tables brisées et renversées, pêle-mêle, sur le plancher. Quelque furieux qu'il fût, mon arrivée subite le déconcerta pourtant.
Etant prêtre et ciué ; plus ce malheureux semblait perdu, plus je devais faire d'efforts pour le ramener. Aussi je ne perdis pas de temps. Dès le lendemain je me vais à l'œuvre. Je lui parlai de laisser la: boisson ; mais je ne tirai de lui d'autres paroles que celles qu'il m'avait déj4 données. Bien des fois, déjà, il m'avait dit que c'était impossible pour lui. Qu'il avait bien du chagrin et de la honte, de ce qui s'était pass^ la veille 5 qu'il promettait bien de ne plus a'enivrer ; mais qu^l ne pouvait pas promettre de ne plus jamais prendre de boissons fortes. Il y avait si longtems ^'il en prenait, disait-il. Il travaillait si fort. Il all^t 9i souvent au mauvais tems. D'ailleurs, ajoutait^ il, après tout, il n'y avait pas tant de mal à prendre H& petit coup, avec son ami, pouj^vu qu'on ne fit pas 4r^ex;c4s!.-.. ^^fin, il me donnait toutes les bonnes rai* PH^ que l^s in^j;n,pérajiE( sQut si industrieux è ti'ou-
9iei> âétco.ncer.tè de see r^po^nsies; ^ de s)es ifésiatanceg a^«qf; bonft conseils que je lui do.nv^i!», je m me décQiii^l^gefi^ pourtant pas to*iVà-fi|it. Il n'y ayait ^aiç ^ongr t^ni^if^ que j'avais çQmJEn^ncé à établir Is^ gociiété de ^eBAP^.nc& dans^ ma paroisse ;. et déjà je yoyaift fuir Ve 4^M9iQn de l'ivrogneFie 4^ bien des Mexxsif e^, jus^^ie i^ il i^^^it xégfiè ^û naaHïe ftw^.teï:8À.\v«
Le soir, j'appelle secrètemeut C\v^^^v-*^*^ ^^v^^e-^ssa.
proche voisin, son meilleur ami. C'était nn brafe homme, qui ne se dérangeait peut-être pas deux fois dans un an ; mais, pourtant, fort attaché à ses trois et quelquefois quatre petits coups par jour. Bon cobw envers ses amis, jamais personne n'était venu le visiter, sans qu'il les traitât Il avait toujours chez lui
le meilleur Jamaïque de Québec ; et, ni sa famille, m sa sanlé ne paraissaient souffrir des nombreuses jwrfitesses qu'il faisait à ses amis. Comme de raison, il n'aimait point du tout la Société de Tempérance. Dès la première fois que j'en avais parlé en public, il s'était prononcé hautement contre : cela était bon, disaitil, pour les gens qui n'étaient pas capables de se conduire eux-mêmes ; que, pour lui, il n'avait aucun besoin de cette Société, qu'il pouvait se tempérer toQl seul, et qti'il ne s'en mettrait j.amais.
Rendu chez moi, il m'exprime le chagrin qu'il a ainsi que le voisinage, de ce qui s'était passé la veille
chez le pauvre Louis " Eh bien ! il ne tient qu'i
vous, mon cher Charles de ramener et de conver
tir votre ami Louis...." ** Ah ! Monsieur," me répond il, si ça tenait de moi, ça serait bientôt fait ; car ji donnerais la moitié de mon sang, la moitié de ce qm je possède pour lui faire passer cette malheureusi ivrognerie. C'est un si honnête homme, c'est un s bon voisin ; c'est un cœur si sensible, si généreux lorsqu'il est sobre !
" Mais, à peine a-t-il la tète chaude, qu'il devien comme un loup enragé. Je m'attends qu'il finira pa tuer quelqu'un, peut-être moi le premier. Car, quan< il a pris quelques coups de trop, il ne connaît plu personne ; et, je crois qu'il frapperait le Bon Diei même, s'il pouvait le rencontrer alors, Pour le cou vertir, je crois qu'il faut un grand miracle. Il aimtant la boisson ! M. le curé, qui vous a précédé a essayé bien des fois de le convertir ; et s'il n'en; pas été capable, ni vous avec vos beaux sermoof comment pouvez^vous penser que ^a d^çeiid d^ isi» de Je coa vertir ?'*
" Et bien, oui, mon brave ami, je persiste à vous dire que la conversion de Louis.^... dépend de vous. En efiet, jusqu'à présent, on né savait pas trop comment s*y prendre pour ramener un ivrogne. Comme on laissait subsister les occasions autour de lui, il n'avait pas plutôt pris sa bonne résolution, qu'il l'oubliait, chez le premier ami qu'il rencontrait. Rien donc n'était plus rare que la persévérance de ces sortes de pécheurs, dans leurs bons désirs de se corriger. Mais voilà que le Dieu des miséricordes vient de nous donner, dans les Sociétés de Tempérance, un moyen aussi simple que puissant de les convertir. En agrégeant à lu Société de Tempérance les amis respectables et sobres et les parents d'un ivrogne, on ôte les occasions qu'il aurait de retomber ; il pourm aller partout sans qu'on lui' offre de boisson. Personne ne lui en demandera, et toutes ces circonstances, aidées de la grâce de Dieu, feront que son retour à Dieu sera aussi durable que sincère. Mettez-vous de la Société de Tempérance, ainsi que tous ceux du voisinage, avec qui vous savez que Lonis...... va le plus souvent ; ça
va vous fatiguer les premiers jours, à cause de la longue habitude que vous avez de , prendre des boissons fortes ; mais il ne vous en arrivera aucun mal, je vous assure. Au contraire, vous vous en trouverez bien , de toute manière, avant peu. Offrez cette petite privation à Dieu, pour la conversion de votre ami.
t Dites à Louis que vous détestez la boisson, de
t tout votre cœur, à cause des crimes qu'elle lui a fait l commettre, ainsi qu'à tant d'autres. Dites-lui qu'en 1 conséquence vous ne voulez plus jamais en prendre, 1 ni en avoir dans votre maison, pour en donner à vos amis." — Charles.. ....avait écouté ces paroles, avec une
) attention respectueuse ** Le conseil que vous me
'* donnez là, M. le curé, est bon, je veux le suivre ; et* ', •* j'espère que mes voisins vont en faire autant, car, " je vous avouerai que ça nous fatigue, da mq\t ^\^^ " vous vous donnez tant de \)eme \iQWt ^Ks^v^n^sr^ /' chose qui est si visiblement pout xLQVte\iv^^>^'^^^'^ '' nous résisiona toujours.
" Nous ne comprenions pas, lorsque vous avez com- " mencè à établir la Société de Tempérance dans Içt " paroisse, qu*elle ferait tant de bien ; et nous ne la " regardions pas d'un trop bon œil, mais, aujourd'hui " (iite nous voyons les changera ens qu'elle opère par- " tout, nous avons changé d'idées à son égard. Et " après tout, si nous n'avons pas le bonheui* de rame- " ner notre ami, il ne nous arrivera pas grand mal de *' quitter la boisson ; et puis, nous aurons toujours le " mérite d'avoir fait notrié possible."
H me serre cordialement la main, et part Tl tînt parole, comme je m'y étais bien attendu. — Le même soir, il vint, avec six de ses voisins, tous grands amis dé Louis...., se mettre de la société de Tempérance! Ils n'eurent rien de plus pressé, le lendemain, que d'arinolicer cette nouvelle à leur infortiiné ami. Il n'en voulut d'abord rien croire, mais il ne mit pas grandîtems à se convaincre de la réalité.
' Frappé de l'intérêt que ses amis prennent à son sahit, il se résout à les imiter. Cette résolution, qu'il âVait tarit de fois prise, ^e ne jamais goûter aux boissons enivrantes, et qu'il avait autant de fois oubliée, lorsque ses amis lui en oôraient, on qu'il en voyait prendre, lui devient d'une exécution facile, depuis qu'il n'en voit plus nulle part. Il rentre en lui-même, et voit avec effroi qu'il n'a pas approché des sacrer mens depuis bien des années. Il se aécide à faire une
confession générale Quelques mois plus tard, il était
à la Sainte Table, entre sa femme et sa mère, et rece-î vaît, avec les sentiniens de la x>lus tendre piété, le corps de Jésus-Christ, Depuis ce tems, il est le modèle de ma paroisse."
Membres de la Société de Tempérance, ne manquons jamais à la promesse que nous avons fkité â Dieu. Et que le triste exemple suivant nous en fasse prendre, plus que jamais, la résolutiotf.
^* Michel, habitait avec sa famille, le beau vil-
^ge de. Et tout le monde l^avmaVt, 1\ feVa:\\ teccià^
honnête et laborieux, bon époux, \iOTi ^^te,\wm%.TWi:«
SOCIÉTÉ DE TSMPÉRANCI.. 41
C'était à qui l'aurait pour travailler dans les environs^ ear sa journée valait celle de deux hommes ordinaires. Mais ces bonnes qualités, il ne les possédait que lorsqu'il était sobre ; et malheureusement il aimait passionément la boisson.
'' Or, nul n'était plus insupportable, plus stupide, et plus vil que ce pauvre Michel lorsqu'il avait quelques coups dans la tête. Il n'avait plus alors qu'une pensée, qu'un désir ; c'était de boire : et pour se satisfaire, tout était oublié, sacrifié. Bien des fois il avait vendu jusqu'à ses hardes, son lit même, pour acheter du rum.
n passait des quinze jours, des mois entiers, presque
toujours ivre Les enfans seraient alors morts de
ùâm ou de froid, si sa femme n'eut travaillé, jour et nuit, pour gagner un pain noir, qu'elle leur donnait trempé de ses larmes...... Revenu de ses fêtes, Michel, honteux et tout contrit, demandait pardon à Bi^u, et mêlait ses larmes à celles de sa Êimille......
Il se remettait à l'ouvrage avec une ardeur incroyable ; et cette bonne nature que Dieu lui avait donnée, les saillies d'esprit dont il était plein, charmaient de nou-^ veau tout le monde. Tout était bientôt pardonné ; cas on aimait à publier le passé d'un si brave homme, et à lui prévoir un meilleur avenir. Cependant, chacun ée disait: ^^ l'ivrognerie date de loin dans cette malheureuse famille, et il a dû en contracter le goût eu prenant le lait de sa mère.''
C^étiUt en 1843. La Société de Tempérance avait été
prêchèe dans la paroisse de et Dieu avait daigné
lui-même mettre la main à l'œuvre : aussi s'était-il opéré de véritables prodiges.
Le Seigneur était béni, loué partout Les écoks abandonnées se relevaient et se remplissaient, tous \e9 jouirs, de mille joyeux enfans. Les maisons reprenaient un nouvel air de propreté et de bonheur. Les scandales cessaient, pour faire place à des mœurs purea et douces. Les auberges ètaieul àèa«t\.^^\*^'fi^lî ^'^ Éoule qu'aux tribunaux de la Pè\àX.^tio^ ^v^Wx^i^^
Sainte. Partout, dans cette heureuse paroisse, on se félicitait d'un changement si admirable et si prompt. Tout le monde en rapportait la gloire à Dieu, seul auteur de tout bien. Il n'y avait de tristes, en ces jourslà, que le démon et quelques-uns de ses petits suppôts^ qui, après avoir crié bien fort que la Tempérance ne pouvait prendre racine dans cette paroisse,confiis d'être faux prophètes, appelaient vainement une réaction, de
toute la force de leurs poumons. Michel , comme
les autres, avait entendu la parole de Dieu. Il avait pleuré ses mauvais jours, et demandé à être reçu, lui aussi, membre de la Société de Tempérance... Cette faveur ne pouvait lui être refusée. — Les jours d'épreuves passés avec bonheur, M. le curé crut d'autant plus devoir l'-admettre, que nombre des personnes les plus respectables du village avaient intercédé pour lui, et protesté de ses bonnes résolutions et de sa persévérance
Impossible de dire la félicité, le bonheur, la joie pure, que goûta, cette année, la famille de Michel..... Par son travail journalier, joint à celui de sa femme, il satisfesait aux premiers besoins de la vie et même au-delà... Ceux qui étaient entrés dans cette pauvre maison avant cette heureuse époque, ne s'y reconnaissaient plus ; tout y respirait la propreté, la décence. Ses enfans, convenablement habillés, eurent bientôt gagné, par leurs talens et leur application, les meilleures places de l'école .....
*'Il me semble que je suis comme dans un petit paradis," disait sa femme aux voisines,'^ tant tout est changé pour
** le mieux autour de .moi Ah ! que le bon Dieu
** est bon pour moi ! Il a eu pitié de ma misère et de " celle de mes chers petits enfans. Aussi, lui seul con- *^ natt ce que nous avons souffert ! Aidez- moi à le re-
** mercier et à le bénir " Et des larmes de joie
coulaient sur ses joues
Pauvre femme ! que tes jours de bonheur vont être
eruellement payés l '
I>epuia plas d^un an Michel faisait dono\a. yÀ» à%
SOCIÉTÉ DE TEMPÉRANCE. 4ê
sa famille et l'admiration de ses amis, lorsque vint un
jour de malheur M, le curé avait prêché, pour
encourager ses bons paroissiens à la persévérance dans le noble sacrifice qu'ils avaient fait des boissons fortes ; il avait mis, sous leurs yeux, le tableau touchant des bénédictions que Dieu avait déjà répandues sur la paroisse, depuis que, pour son amour, ils avaient renonce à leurs mauvaises habitudes. Il avait terminé son discours par leur citer quelques faits déplorables arrivés depuis peu, pour leur montrer que ceux qui manquaient à leur promesse, non seulement n'avaient pas à prétendre aux bénédictions du ciel, mais pouvaient s'attendre à quelques châtimens exemplaires
— " Je m'en vais à Québec," dit Michel à sa femme ; '* on m'offre un bon prix, je ne serai que quelques
" jours absent " Si on eut percé d'un couteau le
cœur de cette pauvre femme, on ne lui aurait pas fait tant de mal.
— ^* Ah! malheureux, lui dit-elle, je vois bien ce qui t'appelle à la ville... Tu sais que M. le curé te l'a défendu... Depuis quelques jours, il me semble que tu sens la boisson
— ^* Tiens, ma femme, ne te fiches pas, je n'ai pris que quelques verres de grosse bière,"
— ** Mais as-tu donc oublié ce que le curé a'dit dimanche, que la grosse bière est défendue, et plus dangereuse que le ru m; que le démon commençait toujours par-là, quand il voulait faire tomber un membre de la Tempérance... Est-il possible, mon cher mari, que tu veuilles me replonger dans la peine comme autrefois î"
— ^^ Ne crains rien, ma petite femme, l'ivrognerie m'a fait trop de mal, à moi aussi, pour que je veuille recommencer "
Il l'embrasse et part.........
" Capitaine," dit-il, dès qu'il fut arrivé an port do Québec, " vous allez me faire débarquer, s'il vous pïatt, na peu ; j'ai quelque affa\T^ ^ti '^*^\^?'^
— '' Mais, mon pauvre MicYi^V NevxiLA.\SL Q5Ç^^^Fk^»
dise, tout de suite, ton affaire... tu veax aller boire : tu ne réussiras pas, car j'ai défendu à mes gens^e te débarquer. Dieu merci, il n'est pas rentré de boisson dans ma goélette, depuis que je suis de la Tempérance ; et tant que je la commanderai, on n'y boira que de l'eau.'?
A dix keures du soir, une petite embarcation, partie d'une goélette voisine, et montée par un jeune enfant, à qui Michel avait donné quelques sols, le déposait sur le quai
Vers onze heures, le Capitaine se promenant sur le pont, entendit toutrà-coup ce cri perçant, semblable ài un cri de mort : <* Ah l mon Dieu !" Il écoute en^'
pore,.... mais il n'entend plus rien ; le silence, le
calme Le plus parfait régnent. Cependant, une pensée terrible a traversé son esprit comme un éclair : il
CQtirt à la clmmbre. *^ Oik est Michel 1 Ou doniQ
est Michel î Quoi ! il est débarqué !.., Ah ! j«r
viens de l'entendre jeter un cri affreux. J'ai reconnu sa voix, il est mort !.. t.evez-vousf, mes enfans, vite^ jptez* vous dans la chaloupe,., s^ soja secours!" Majùs il n'était plus tems !
En revenant de l'auberge, oi^ il avait pris quelques coups de boisons et fait emplie sa bouteille, le malheur* reux Michel avait voulu regagner son bord ... mais, au milieu des ténèbres^... marchant sm le bord d'u^qu8j[| il^ était tombé d^une hauteur de vingt pieds, et s'étaii yaé dans m chiite. Sojq cads^v^ fut rams^spé iwM \% boue "
Sj, nous s^mmei^ fidèles à, l'e^gageni^ent». que now avons pris, pour l'amour de Dieu et de nos frèi^e9> d<l ^9U8 priver 4e l'iis^ge de§ ttoisçQn^ Spictes, il lie nous ^ aJjrivera je^qp^ aROjipi, wai, ^% te Seiç^ur 1^9^ bénira.
Exêtfitph,
Ç'éti^it d8^n$l'a;atQmne49 IS^. ^n s^f^rbe w^?^.f richement ebargé, jfeâait vcâW de Québee ppuc tiQ^^refik
SOCIÉTÉ DS TXBFPéKANCE. 4â^
tempête. Pour surcroît de malheur, une neige épaisse vient lui dérober la vue des terres.
Egaré dans sa course, il est empcMrté en un moment sur les périlleux récifs de Port-Neuf. Ceu^quiont visifté ces endroits redoutés et sauvages, peuvent seuls se faire une idée de la position de ce malheureux na/vire.
On était au milieu de la miit, et d'afireuses ténèbres l'enveloppaient. Les vagues mugissantes, impétueuses^ tourmentaient le vaisseau, en danger imminent de. sombrer. Le vent, soufflaht avec rage, avait déchiré les voiles, et en dispersait au loin les lambeaux. Une neige abondante, opaque, ajoutait à l'horreur de la situation et rendait la manœuvre impossible. Tout présageait donc à l'équipage un sort funeste. Trempé Jusqu^au os par la mer, glacé, engourdi par un froid pénétrant, il courait le risque de se voir enlever pair «ne de ces montagnes d'eau qu'elle élevait à nne hauteur prodigieuse.
Pour alléger le bâtiment, le maître donne l'ordre de Je raser ; et bientôt frappés des coups redoublés dé la hache, les mâts chancèlent et roulent à la mer. On avait espéré que, délivré de ce poids énorme, le vaisseau arriverait plus sûrement au rivage ; espoir inutile ! Arrêté sur un fonds mouvant, il y ensevelit sa carène ; les vagues le soulèvent un moment, mais il retombe sur l^écueil qu'il ne peut désormais franchir. Il tourne sa proue au vent et à la mer, en sorte que la poupe offre contre eux un abri ; c'est là que les matelots, au nombre de vingt, tous membres de la Société de Tempémnce, s'étaient réfugiés. C'était là que tous, dans d'inexprimables angoisses,attendaient le coup de la mort. Déjà le vaisseau craquait horriblement, et allait peut-être s'entr'ouvrir
" Mes amis " dit le maître du navire, s'adressaiit à l'équipage, " tout est fini pour nous..., mais, en âtten- ** dant notre dernière heure, venez avec moi re- " :pfeadr0 des* forces, afin de \uller^u'«&\\«ïv^««s!<^ ^^ ^ po$Bibî&, contre le froid q^ui now ^ti^^^^^'^'^^'*^^-
4f6 manuel de la
«* rible mort qui se présente... J'ai un quart d'eau-de- ** vie {brandy y) c'est le moment d'en faire usage "
— " Maître nous avons promis au Dieu tout- puissant, ** en présence de son digne ministre, le révérend Père " Mathew, de ne jamais prendre de boissons fortes: " jusqu'à ce moment nous avons été fidèles à notre " promesse, et nous voulons y tenir jusqu'à la mort.
Puisse le Seigneur, en qui seul nous mettons notre " confiance, avoir pitié de nous !"
Quatre braves irlandais avaient prononcé ces héroïques paroles, et les Anges les avaient portées au pied du trône de Celui qui commande aux tempêtes.
Les seize autres matelots ne se sentant pas le courage d'imiter ce sublime exemple, suivent le maître à sa chambre.
Les verres se remplissent... mais hélas ! une mer d'une grosseur effrayable se précipite en mugissant sur le navire. La poupe brisée vole en éclats, et le maître et ses seize matelots sont lancés, le verre à la main, au fond de l'abîme !...
Le lendemain, leurs cadavres flottaient au rivage. La tempête était finie...
Quelques hommes vinrent de grand matin visiter le navire en détresse, et y trouvèrent sur le pont quatre marins agenouillés qui ne savaient comment exprimer leur joie d'avoir été si miraculeusement prései*vés de la mort.
Les anges les avaient protégés de leurs blanchei ailes, contre le froid, la mer et la tempête.