CHASSE d'un abbé. — xin'-xiv'' siècle
AU MUSÉE DE l' HOTEL DE CLUNY. — LONG., 25 C; HAUT., 23.
11 est inutile d'insister sur l'élégance et l'originalité de ce joli reli({uaire. .l'ai failli être chargé d'exécuter, pour Saint-Oucn de Bouen, une châsse destinée à recevoir les reliques de l'illustre patron de cette église, du grand chef religieux de la Normandie, qui fut le contemporain et l'ami de saint Éloi. Si j'avais pu obtenir ce travail, je me serais inspiré du petit reli-
quaii'c du musée de Cluny. J'aurais fait uuc cliàssc couleuiporaine de la magnifique église Saint-Ouen à laquelle elle est destinée, et, cette châsse, je l'aurais placée sur les épaules des quatre évêques personnifiés de la pro\ince de Rouen, c'est-à-dire des quatre évoques d'Evreux, de Bayeux, de Coutances et d'Avranches. Les quatre suilragants auraient ainsi porté leiu' métropolitain directement sur leurs épaules pour lui rendre un perpétuel hommage.
Les reli(iuaires ayant la forme d'une église sont extrêmement nombreux, nous favoiis vu. non-seulement chez les latins, mais même chez les byzantins. Ceux qui n'ont pris qu'une portion de l'église , au lieu d'une église entière, sont plus nombreux encore. Ainsi un portail complet ou une porte seulement, la fenêtre, la toin-, la llèclic, l'abside, la colonne ont prêté leur forme à tant de reliquaires, (ju'il sutfu'a d'en doimer deux ou trois exemples.
A^oici un triptyque qui n'est pas auti'e chose qu'une grande jiorte tréfîée, fermée par deux battants. Défoncez le centre de cette porte et prolongez-en la perspective jusqu'à une certaine profondeur, vous aurez au fond comme une sorte de jubé où brillera cette grand croix du milieu placée entre la Religion chrétieimc et la Religion juive (jui sont dans le haut, la sainte Vierge et saint Jean évangéliste qui occupent le bas. Sur les battants, dans le haut, deux anges céroféraires ; dans le bas, un ange thuriféraire et un saint patron. A l'extérieur, les volets sont gravés et émaillés de saint Jean-Baptiste qui a précédé et annoncé l'Agneau qui devait mourir sur la croix,, d'un jeune apôtre nu-pieds et nimbé qui tient précieusement une croix avec les
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AU MUShli UUÏAI. U AN TIU U n t S, A U Iv U .\ E L L ES.
pans de son manteau, de deux anges adorateurs de cette croix figurée au dehors et représentée en réalité par un morceau considérable à l'intérieur. On |)eut considérer ce l'e'.iquaire connue l'enti-ée d'une église dédiée à la vraie ci'oix.
M. Arnaud Schaepkens, qui a décrit et gravé ce splendide reliquaire dans son « Trésor de l'art ancien en Belgique », pages 15-17, planches xvi-xvii, assimile avec raison ce reliquaire à un sanctuaire s'ouvrant par une ])orte trilobée.
Les reliquaires en forme de chapelle absidalc ou d'abside entière h plusieurs chapelles sont très-nombreux; ceux qui alïcctent la l'orme d'un clocher sont i)lus nombreux encore. II y a même toute une série de vases sacres, dont nous verrons plus loin plusieurs exemples, c'est-à-dire, les ostensoirs des XIV" et XV" siècles, qui ont presque toujours la forme d'une tour et d'une flèclie.
Le petit l'eliquaire n° Ih n'est pas un ostensoir, mais sa Ibrme de clocher en flèche est une des mieux accusées que nous connaissions. Depuis queUpies années, les orfèvres et bronziers de Taris et de Lyon ont jeté des reliquaires en clocher dans le commerce des ol)jets religieux; rien n'est plus laid que la forme générale, rien n'est plus bâtard que les détails pseudo- gothiques de ces fontes et de ces repoussés vraiment hideux. Comment ne se sont-ils pas encore inspirés de ces belles formes simples des xin" et xiv' siècles, d'apiès les(|uelles a été exécuté ce chaî'mant rclicpiaiie?
li. - Ill'I.lUlAIRi: E.N FI.LCIIK I) ' £ G L I >; E . — FIN DU XIll' SIÈCLE.