‹ Manuel des uvres de bronze et d'orfévrerie du moyen ageChapitre 11 sur 151 · AU COUVENT DKS OISEAUX, A PARIS. — HAUT., 23 CENT · texte numérisé non relu

AU COUVENT DKS OISEAUX, A PARIS. — HAUT., 23 CENT

Les reliquaires en clocher ou surmontés d'un campanile abondaient dans le trésor de la cathédrale de Laon. Ainsi, entre autres titres de séries, on y trouve celui-ci :

« Vingt-huit vases d'argent ou reliquaires, tant grands que petits, à pied rond d'argent, surmontés d'une tige et d'un campanile * ».

1. « Viginti octo vusa argentea sou ix'liquiaria, tain niagiia quam par\a, cum pede argenteo roUiiulo, stipite et campanili siiperius. » — Édou.vrd FLiiinv, « Inventaire du trésor de la cathédrale de Laoïi », Paris, ISoo, in-i", page 15.

Le trésor de Ilildeshcini, au royaume de Hanovre, possède le plus beau reliquaire en fcirme de tour romane que je connaisse : il est en argent doré, et il contient les reliques de tous les patrons de l'église de Ilildesheim. Cette tour est posée sur un soubassement octogonal, à trois étages, en retraite l'un sur l'autre. Connne le soubassement, chaque étage est octogone. Sur chaque pan sont percées des arcades, au nombre de soixante-quatre, dans chacune desquelles se tient debout une statuette d'argent d'un patron vénéré par des fidèles. Chaque étage est terminé par un toit côtelé dont les divisions simulent la construction i.

Le reliquaire suivant , qui appartient au trésor de l'église de Conques

lo.

nELIOLAlRK i;.N TOUR ROMANK. ^ X^ SIliCI.E.

DANS l'Église de conques, près de rodez. — haut., 33 cent.

(Aveyron), olIVe également la forme d'un clocher roman. Base carrée, où se voit en médaillon l'Atlas juif, Samson, qui déchire la gueule du lion.

I. Voir dans « Dci' Dom zu Ilildcsliciin », par le docteur Kratz, la description et le dessin de ce remarquable monument, pages 184-187 du texte, planclie xi, figure 4, de l'atlas. Sur la face oîi se voit Marie tenant l'enfant Jésus qu'adorent deux fidèles agenouillés, est gravée rin.scriplion suivante :

LIPPOLUVS • N.\TVS • DE • STEÏNBERCH • DIGMFICATVS •

HIC • CELLERARIATV • IVXCTO • CANONrCATV •

IIVIC T vno • CIIUISTO • ME • CO.NTVLIT • ECCLESIE •

MEMBRA • PATRONORVM • SVNT • IN • ME • CLAVSA • PIORVM •

NATE • DEI • DONABIS • El • DONVM • REQUIEI •

Dans le trésor de la petite ville d'E.ssen, en Westphalie, existent huit petits reliquaires des xiv'' et XV'' siècles, en forme de clocliers ronds, carrés, polygonaux, montés chacun sur un pied.

Premier étcage à pans dans le bas, circulaire dans le haut, où se montrent en buste les pati-ons de Conques dont les ossements apparaissent au-dessus de leur tête. Toit circulaire," côtelé et tout couvert de tuiles rondes à la romaine ''.

Les reliquaires, destinés au culte et contenant des reliques de saints, doivent affecter principalement la forme religieuse, la forme des églises; cependant quelques-uns reproduisent celle des habitations civiles, des maisons. Du reste, il faut le dire, les maisons de ce genre sont aussi sacrées que des églises : c'est, par exemple, la petite maison de Nazareth habitée par la sainte Vierge et où l'archange Gabriel vint annoncer à Marie qu'elle serait mère de Dieu 2.

Non-seulement on a exécuté des reliquaires en forme de maison isolée, mais même en forme de maisons réunies, et composant une ville. Toutefois, là encore, cette ville est sainte par excellence, car ce n'est rien moins que la Jérusalem céleste. Aux appareils de lumière et aux encensoirs, nous donnel'ons des exemples de ces Jérusalem en bronze.

Enfin, la forme du cliàteau fort, du donjon centi-al défendu par des tours de circonférence, fut quelquefois imitée, et l'un des plus curieux exemples de cette variété a été découvert, au mois d'août 1856, dans le cloître de l'abbaye

IG. — luci.iouM m-; en cii a te au-fout. — l'i^ nu \iii'- siècle.

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A CriARROrX, DÉ1>AHTE»1ENT DE LA VIENKE. — HAUT. TOTALE, 38CEi\T.

ruinée de Charroux, près de Poitiers. En défonçant une arcade de ce cloître, des maçons trouvèrent cachés deux importants reliquaires de la fin du xiii" siècle ^. L'un des deux est celui dont voici le dessin.

1. Voir dans les « Annales Archéologiques n, volume xvi, le dessin et la description de ce relicjuaire par M. Alfred Darcel.

2. Au trésor d'Aix-la-Chapelle, il y a notamment un joli reliquaire en forme de maisonnette.

3. Voir, dans les «Bulletins de la Société des antiquaires de l'Ouest », année 1857, pages 173-183, la description et le dessin de ces reliquaires par M. A. Brouillet.

2li MANUEL DES OEUVRES DE BRON/E

Sur un pied de calice, à sept lobes, termine par un gros nœud composé de petites niches, reposent, en forme d'Alias, quatre personnages niml)és. nu-pieds, qui portent sur leur tête un soubassement circulaire en cristal. Sur cette vigoureuse fondation est assise une -haute tour que surmonte une croix et qu'enviroinient sept tourelles. Une série de portes trilobées, que séparent des contre-foiis étroits, servent de parement et de lien aux tourelles. Hors le cristal du soubassement', ré(h'fice entier et le pied qui le porte sont en argent doré.

Dans tous ces reliquaires qui viennent déjà de passer sous nos yeux, on plaçait des corps entiers ou des parcelles de corps, où bien des olijets, comme des vêtements, qui avaient appartenu aux saints en l'homieur desquels ces reliquaires étaient exécutés. Aucune religion n'a, autant que la religion chrétienne, honoré la vertu, la saintelé dans l'homme. Elle a élevé des églises colossales qu'elle a baptisées du vocable de ses plus grands saints, comme toutes ses Notre- IXame. comme Saint- Denis près de Paris. Saint- Ouen à. Rouen, Saint-Seinin à Toulouse, Saint-IIilaire à Poitiers, Saint-Martin à Tours. Dans ces églises, elle ('levait des tombeaux ([iii étaient eux-mêmes des monuments, comme celui de saint Uemi à Reims, de saint l''ront à Périgueux, des rois Mages à Cologne. Lorsqu'elle ne possédait qu'une parcelle de leur corps, elle faisait des reliquaires de forme et de dimensions extrêmement diverses. Un objet plus sacré, un saint plus illustre qu'un autre ont donné naissance à des milliers de reli([uaires. 11 n'est pas possible d'éuumércr dans combien de châsses ou de leliquaires ont été renfermées et dispersées pai" toiile la terre des parcelles du bois de la vi'aie croix, ou des objets qui ont appartenu à la Vierge, ou des atomes du corps des apôtres. La poussière impalpable d'un grand saint est devenu l'objet d'un culte public. 11 ne faut donc pas s'étonner s'il existe des reliquaires particuliers pom' la tête d'un saint, pour ses bras, ses jambes, ses doigts, ses ongles, ses dents, son nez, ses yeux, ses oreilles, ses cheveux, sa peau, ses muscles, ses cartilages et ses divers ossements.

En partant du culte rendu à toutes ces parcelles du corps humain et du génie spécial, dont le moyen âge était doué, de représenter aux yeux, par l'enveloppe extérieure, la forme de l'objet contenu dans cette enveloppe mêuie, on peut deviner à quelle infinie variété les reliquaires ont été soumis.

On renfermait le corps naturel dans un co)-ps, dans une statue en métal ; le bras et le pied dans une enveloppe épousant la forme du bras et du pied ; le crâne se plaçait dans une tête de métal qui prenait le nom de <( chef ». comme le buste dans un tronc qui s'appelait le « corset » ou le « cor-

9ri

selet » 1. 11 n'est pas jusqu'aux côtes qui n'aient été renfermées quelquefois dans un reliquaire exécuté suivant la forme semi- circulaire d'une cote.

Examinons donc quelques-uns de ces reliquaires et recommandons aux orfèvres et fondeurs de bien s'imprégner de l'esprit religieux du moyen âge, et de fabriquer des œuvres de métal qui rappellent aux yeux la forme des objets à y renfermer.

Chargé d'exécuter pour Saint-Maximin, dans le département du Var, un reliquaire destiné à contenir la tète de sainte Marie -Madeleine que possède la belle et grande église de cette ville, c'est dans un u chef » que nous avons du placer cette relique insigne. Fidèle au génie du moyen âge, M. H. Pxévoil, l'architecte de Saint-Maximin, a dessiné le buste de sainte Madeleine que trois anges semblent porter en l'air. En effet, dans la .Sainte- Baume où elle fit pénitence, sainte Madeleine avait des ravissements.

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