‹ Manuel des uvres de bronze et d'orfévrerie du moyen ageChapitre 110 sur 151 · D APHES UNE GRAVURE ANCIENNE · texte numérisé non relu

D APHES UNE GRAVURE ANCIENNE

Ainsi, cà la base, l'Ancien Testament; au nœud, la transition entre le monde ancien et le monde moderne ; à la coupe , le Nouveau-Testament ; à la patène, la fusion des deux époques qui ont précédé et suivi la victime sacrée jusqu'à son triomphe dans le ciel.

Le calice, existant aujourd'hui, qui reproduit le mieux cet idéal de l'iconographie, telle que nous la comprenons, se voit à Hildesheim (royaume de Hanovre), dans l'église Saint-Maurice. En voici les dimensions : hauteur, j.8 centimètres; diamètre du pied, 18 ; diamètre de la coupe, 16.

Au pied, les sacrifices et otïrandes de l'Ancien Testament. Au nœud, les attributs des évangélistes, entrevus confusément par Ezéchiel et vus directement par saint Jean, transition par conséquent entre l'Ancien Testament et le Nouveau. A la coupe , les douze apôtres en buste, assistant à cette Cène de tous les jours, comme ils assistèrent et participèrent à la dernièi'e Cène du Sauveur 1. A la palène, qui n'existe plus ou (jue je ne connais pas, probablement la passion du Sauveur, suite et consommation de la dernière Cène.

Voilà l'ordre des sujets, qui se suivent chronologiquement dans ce calice, comme ils se suivent matériellement, depuis le pied jusqu'à la coupe, et certainement jusqu'à la patène dont la coupe est couronnée. Voyons les détails.

Au pied, quatre médaillons occupés par des sujets.

Dans le premier, Abcl . jeune homme imberbe, otTre un agneau à Dieu, et Melchisedech, vieux et barbu, élève un calice surmonté d'une hostie. A la bordure de ce médaillon :

+ MELCHISEDECH • VINVM • DAT • ABEL • LIBAMEX • OVINVM ■

Dans le second, à l'opposé, Abraham lève l'épée pour sacrifier le jeune

i. C'est la gravure de ce texte du « Lauda Sion Salvatorcm » de saint Thomas d'Aquin : «... Panis vivus et vilalis... quem in sacrae mensa censé turbae fratrum duodenœ datuni non ambicilur. »

Isaac. Un ange arrête le bras du père des croyants, et lui montre un bélier pris dans un arbre. A la bordure :

+ l'UOGENIKM • SAUE • PATIÎR • ABRAM • DESTINAT • ABE ' •

Dans le troisième , Moïse , pieds nus , montre à un Hébreu imberbe et malade le serpent d'airain accroche sur un pieu en Y. En bordure :

+ QVI • CONTEMPLATVR ■ ANGVEM • VITE • BEPABATVR " •

Dans le quatrième, en face de Moïse, Josué et Caleb, jeunes et imberbes, bâton en main, portent sur leurs épaules la grappe gigantesque de la terre promise. En bordure :

+ ROTBVM ■ LEC.ATI • REFERVNT • IN • VECTE • PROBATI •

Dans les quatre angles laissés libres par ces médaillons, un ange à micorps tient la boule du monde à la droite, un sceptre fleuronné à la gauche. L'ange est bien partout ; cependant sa quadruple présence ici , sous la forme d'un souverain , ne s'explique pas aussi bien que les sujets des médaillons relatifs aux sacrifices sanglants et non sanglants, et à la rédemption par le serpent divin et le sang de cette vigne à laquelle le Sauveur est comparé.

Au nœud, les attributs des évangélistes, trop connus pour les décrire. A la coupe, les apôtres, dont deux sont imberbes, tiejinent des livres ou des rouleaux et ressemblent aux apôtres également connus.

A la base du pied, cette inscription en deux vers :

+ HOSTIA • XPE • TVI • CALICIS • SIT • SANCTIKTCATIS • GLORIA • SIT • VENIA • VIVIS • HEQVIES • TV.MVLATIS •

« Que l'ofiVande de ton calice, ô Christ, soit la gloire des sanctifiés, le pardon des vivants, le repos des morts. »

Ce n'est pas une poésie bien harmonieuse de paroles, mais c'est une prière bien noble de sentiments^.

1. Ce sujet est très-fréquent sur les calices. Dans le « Lauda Sion », il est rappelé, avec l'immolation de l'agneau pascal et la manne du désert, comme figure anticipée du fils de Dieu immolé par son père et rachetant de son sang l'iiumauité perdue :

« In figuris presignatur, Cum Isaac immolalur; Agnus pasclue deputatur; Dalur manna patribus ».

2. Sur le calice de saint Bernward, également à Hildesheim, ce sujet est entouré de l'inscrii)tion suivante, qui me paraît d'un latin médiocre et embarrassé:

+ IN • CRVCE • DVM • PATITVR • HOC • XPC • IN • ANGVE • ISOTATVR •

3. A n'en voir que le pied, la lige et le nœud, ce calice serait du xii" siècle; mais la coupe, l'arcature et les apôtres qui le décorent accusent au moins la fin du xIll^ Dans toutes les œu\res de l'Allemagne existe ainsi ce compromis ou plutôt cette incohérence entre deux siècles et deux

Pour clore ce paragraphe sur les calices, nous donnerons comme un modèle fort simple, très-facile à exécuter et très-convenable pour ceux qui aiment le XV' siècle, ce calice qui appartient à Saint-Géréon de Cologne^. Pas de pierreries, pas d'émaux, pas de sujets historiés; tout au plus quelques filigranes, qui peuvent se remplacer on ne peut mieux par des feuillages tout simplement gravés.

/1,]6. — CALICE I)i; COLOGNE. — W" SIÈCLE.

HAUTEUR, 23 centimètres; OUVERllIiE DE LA COUPE, \i CENT., DIAMÈTRE DU PIED, 15 CENT.

C'est comme transition, nous l'avons dit, que nous pouvons recommander ce style et cette époque ; mais le temps n'est pas loin, et déjà nous le voyons, où le xiu'' siècle l'emporlera, dans l'orfèvrerie comme dans l'architecture, sur ce qui l'a précédé et suivi.

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