XVI. — OSTENSOIRS
Aux anciennes fêtes chrétiennes, le xiii" siècle ajouta la plus éclatante de toutes, celle du Saint-Sacrement. Assignée au mois de juin , à la fin du printemps, celte fête emprunte à la nature un éclat incomparable. Le ciel, par les rayonnements du soleil, la terre, par les parfums des Heurs, concourent à la glorification du Christ dans l'Eucharistie.
Chaque fois que je lis la procession du Dante, au chant 28 du « Purgatoire », ou que j'admire le tableau de l'Agneau dans Saint-Bavon de Gandj ou que je vois le triomphe du Christ dans la verrière de Brou , je pense à la fête du Saint-Sacrement; là, pendant la procession, se réalisent les merveilles décrites par le Dante , peintes par Van Eyck et dessinées par le verrier anonyme de Marguerite d'Autriche. Du ciboire où elle est voilée et comme ensevehe dans le métal , l'hostie consacrée sort radieuse et se montre en plein soleil dans les rues tapissées de fleurs et inondées de lumièi'e. L'exposition du Saint-Sacrement date de l'époque où la fête fut instituée; par conséquent les instruments liturgiques destinés à cette cérémonie, au plus haut qu'on les fasse remonter, ne peuvent dater que de la fin du xiii" siècle. Jusqu'à cette époque, cependant, on avait exposé aux regards de la foule des reliques fort précieuses, comme celles que nous avons énumérées en parlant des reliquaires. On commença donc par adopter la forme des monstrances à reliques pour exposer le Saint- Sacrement ; mais on finit par s'apercevoir que cette forme était incommode, et qu'il la fallait non -seulement spéciale, mais plus riche que les autres.
La forme préférée d'abord fut celle d'un cylindre en cristal monté sur un
pied de calice, surmonté d'un couvercle en clocheton, épaulé de conire-forts et d'arcs-boutants.
OSTliNSOIll lîN FORMK 1) (•: ï O U 1\ . — FIN DU XIV SIKCLE.
APPARTIENT A M. LE COjMTE CAFFARELLl.
HAUTEUR TOTALE, 40 C E N T 1 Jl È T R E S-
On croirait que le texte suivant s'applique à cet ostensoir :
(( Un tabernacle de cristal, fait par manière d'une tour'^, et est le pié fait à piliers et fenestrages esmaillcz à feuillages, et dedens ledit tabernacle de cristal a un cressant d'argent pour mettre Nostre-Seigneur. Et poise, cristal et argent, en tout vu marcs ^. »
Aujourd'hui encore, dans l'Allemagne entière et dans une partie de la Belgique, cette forme est généralement adoptée. Elle n'est guère disputée que par la suivante, n° 13i, dont toute la modification consiste dans un quatre-feuilles qui remplace le cylindre^.
Ce quatre-feuilles semble annoncer déjà la forme circulaire , le disque rayonnant, qui est en grande faveur surtout en France.
Il y a longtemps de cela. Par une belle soirée d'été, je me promenais à la campagne avec l'un des grands poètes de notre époque. Nous parlions des dogmes de la religion et des cathédrales du xiii' siècle. Lui , fort épris du moyen âge et de la nature, il passait alternativement de l'un à l'autre, et
1. L'ostensoir do M. le comte Caiïarelli a perdu entièrement ce couvercle, c'est-à-dire tout le cloclieton. Mais les Allemands sont tellement riches en ostensoirs de cette forme, et ils en ont pul)lié un si grand nombre à Leipzig, Cologne, Munich, Nlirnbcrg, Stuttgart, etc., que nous avons eu l'embarras du choix pour terminer cet ostensoir incomplet.
2. Comte de Laborde, «Notice des émaux du Louvre », deuxième partie, « Documents», « Inventaire du duc d'Anjou » ( 13(50-1368), p. 46, n" 272.
3. Voir les « Anniles .\rchéologiques », vol. xi, p. 317-324.
lâchait de me démontrer que la religion chrétienne, la plus naturelle des religions, avait emprunté à la création beaucoup de ses formes et tout son esprit, pour les faire passer dans la foi et dans l'art. Le style ogival, c'était l'opinion d'alors, sortait des forêts : les faisceaux d'arbres avaient donné naissance aux
134. — OSTENSOIR EN QU A T li E-FE UI LLE S. — XÎV-XV^ SIÈCLE.