‹ Manuel des uvres de bronze et d'orfévrerie du moyen ageChapitre 124 sur 151 · XVII. — FONTS BAPTISMAUX · texte numérisé non relu

XVII. — FONTS BAPTISMAUX

Le font baptismal , où s'opère la régénération de l'homme, va de pair avec l'autel où s'accomplit le sacrifice. L'importance matérielle et la valeur dogmatique de l'un et de l'autre sont donc sensiblement les mômes. L'église, nous l'avons dit, est bâtie pour abriter l'autel, comme le vêtement pour couvrir l'homme; mais autrefois le font baptismal, indépendant de l'église, était

1. « Inventaire dos objets d'art et d'antiquité des églises paroissiales de Bruges, dressé par la commission provinciale ». Bruges, 1848, in-8°, p. 77, n° 21.

contenu dans un monument spécial qu'on appelait le baptistère. Cet édifice, exclusivement réservé à l'instrument du baptême, prouve la dignité suprême de cet instrument. En conséquence, on peut dire que le baptistère est au font ce que le sanctuaire est à l'autel.

L'usage d'établir un baptistère en dehors de l'église date des premiers siècles chrétiens, de l'époque même où l'on ne baptisa plus dans les cours d'eau, et il a persisté, surtout en Italie, presque jusqu'à nos jours. Dans certaines contrées, chez nous principalement, on a réuni plus anciennement le baptistère à l'église ; cependant, pour conserver la mémoire de l'usage ancien, le lieu où se plaça le font de baptême fut toujours comme une chapelle à part et un endroit , sinon détaché de l'église , du moins n'y tenant que le moins possible. A Saint-Sulpice même de Paris, cette église que nous pouvons dire notre contemporaine, la chapelle des fonts est, pour ainsi parler, en dehors du plan de l'édifice , et elle est si bien cachée , que peu de personnes savent où elle est.

Sur les bords de la Meuse , de la Moselle et du Rhin , on rencontre fréquemment des églises à deux absides ou sanctuaires. L'une de ces absides regarde l'orient, connue celle de toutes nos cathédrales, et l'autre l'occident, comme celle des cathédrales de Verdun, de Trêves, de Mayence, de Worms. On a disserté sans fin pour savoir à quoi était destiné ce chœur de l'occident. Il est inutile de répéter ici les hypothèses et les assertions nombreuses, diverses et souvent opposées, qui furent émises; je me contenterai de donner mon opinion, que je regarde comme à peu près certaine.

Auprès des églises où ces deux chœurs s'observent, je ne crois pas qu'on ait constaté l'existence d'un baptistère contemporain de ces églises. Ailleurs, au contraire, où le baptistère est indépendant, l'église n'a qu'un seul chœur, celui de l'orient, c'est-à-dire le sanctuaire proprement dit.

Toute église normale doit être orientée : le sanctuaire à l'orient , l'entrée ou le portail à l'occident. Or, les baptistères indépendants, comme ceux des cathédrales de Florence et de Pise, regardent exactement l'occident ou le portail de l'église. Aujourd'hui encore, la chapelle des fonts est ou doit être placée immédiatement après le portail, c'est-à-dire à l'occident, quand l'église est régulière. Cette bâtisse moderne de Paris, qu'on appelle Notre- Dame de Lorette, a même conservé cet usage, bien qu'elle soit désorientée.

Dans un certain nombre d'églises à deux chœurs, malgi;é la perturbation des coutumes les plus anciennes et les plus vénérables, j'ai retrouvé le font baptismal dans le cœur occidental, et je citerai notamment la cathédrale de Munster, en Westphalie, dont le font est en bronze et du xiv*' siècle. Il est

évident qu'on a déplacé le font de la cathédrale de Worms, qui était au chœur occidental autrefois et qui est relégué aujourd'hui dans une chapelle basse du sud, plus récente que l'église. Mais il existe un fait supérieur aux faits et aux raisonnements qui précèdent.

Les archives de l'abbaye de Saint-Gall, en Suisse, possèdent le plan manuscrit de leur monastère, dressé vers 8i20. La grande église a deux chœurs, l'un à l'orient, où est l'autel majeur et où saint Paul, comme dit la légende du plan même, reçoit des honneurs dignes de lui :

HIC PAVLI DIGNOS MACiM CELEBREMVS HONORES

A l'occident, où est l'entrée de l'édifice, le chœur est à saint Pierre :

HIC PETRVS ECCLESIE PASTOR SORTITVR HONORES

Un peu plus loin est l'autel des deux saints Jean, Baptiste et Lvangéliste. Or, c'est entre cet autel de saint Pierre et celui du précurseur qui baptise Jésus, c'est-à-dire cà l'entrée du chœur occidental, qu'est placé le font baptismal, fons, accompagné de cette légende:

ECCE RENASCENTES SVSCEPTAT XPVS ALVMNOS

Rien n'est plus décisif i.

D'où je conclus que, dans les contrées germaniques et dans les pays froids, où très-anciennement fut adopté l'usage de réunir les baptistères aux églises, on arrêta la grande nef, à l'orient et à l'occident, par deux chœurs: l'orient fut consacré au sanctuaire, pour l'autel; l'occident au baptistère, pour l'instrument de la régénération. Ce fait seul témoigne de la dignité du font baptismal, puisque ce monument rivalise, comme on le voit, avec l'autel lui-même et qu'il regarde face ta face l'instrument du sacrifice.

Comme l'autel, le font baptismal n'a pas une forme extrêmement variée. Dans son essence, l'autel est un carré long évidé ou plein, c'est-à-dire une table ou un tombeau; dans sa forme essentielle, le font est une cuve circulaire posant à même sur le sol ou montée sur un soubassement évidé ou plein.

A l'intérieur, le font est toujours cylindrique, parce que toute autre forme à pans serait gênante pour le baptisé et surtout incommode pour l'administration du sacrement. Un liquide ne peut être facilement contenu que dans un vase

* 1 . D'après un fac-similé forl exact et une description minutieuse publiés a Zurich par M. Kelier, M. le docteur Willis a publié lui-même, en juin 1<S48, le fac-similé et un commentaire détaillé de ce plan de Saint-Gall dans 1' « Arclieolo.^ical Journal «, vol. v, p. 83-1 17. En 18;j'2, M. Albert Lenoir a repris le fac-similé de M. Kelier et l'a publié dans son « Arcliitecture monastique », première partie, pi. xv, p. 24-26.

circulaii'c: si le vin de reucharisiie se verse toujours clans un calice à coupe ronde, l'eau du baptême est également contenue dans une cuve arrondie. Mais h l'extérieur le font, surtout lorsqu'il est en pierre, prend queUjuefois la forme carrée ou à pans multiples.

iJn archéologue anglais, M. Paley, a publié une monographie assez étendue des fonts'de baptême existant aujourd'hui encore dans la Grande-Bretagne '^i c'est une série de cent vingt-quati-e fonts, tous gravés sur bois et décrits un à un, depuis l'époque normande jusqu'à la renaissance. Le premier du recueil est contemporain de Guillaume le Conquéi'ant, du xr siècle, et le dernier porte la date de i5hli.

Dans ce nombre considérable de fonts baptismaux la forme varie peu : à l'intérieiu', la cuve est toujours ronde; à l'extérieur, elle est presque toujours circulaire, mais quelquefois à quatre, six, huit ou douze pans. Cette cuve est ordinairement portée par un socle orné de colonnes, et le tout est exhaussé sur une, deux ou trois marches. Ainsi, marches, socle et cuve fermée d'un couvercle, tels sont les éléments d'un font complet, comme marches, pieds et table sont les éléments de l'autel.

Suivant les siècles divei's, la cuve et son couvercle sont décorés d'ornements géométriques, feuillages ou zoologiques, qui permettent d'assigner une date au font baptismal, connue on peut en attribuer une à un monument quelconque d'architecture. Nous renverrons à la monographie des fonis anglais, qui ne diffèrent en rien des fonts de France, ceux qui voudront étudier cette ornementation. Ce qui nous intéresse spécialement ici, ce sont les fonts en métal et l'iconographie qu'on aimait à y ciseler.

En France et en Angleterre, les fonts en bronze sont rares; en Belgique,

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