XVIII. — VASES AUX SAINTES HUILES
A l'entrée, au milieu et à la sortie de ce monde, c'est-à-dire au baptême, à la confirmation et à l'extrême-onction, l'église assouplit, fortifie et ranime les membres de ses fidèles en les frottant d'huile, comme on frottait autrefois les athlètes qui se préparaient au combat.
Cette huile bénite étant destinée aux trois termes de la vie humaine, au
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Il est donc à peu près certain que c'est à Binant, si célèbre par la batterie de cuivre à laquelle môme elle a donné son nom (la dinanderie), que ce font, assez laid du reste, a été exécuté en '1149. M. Ar. Scliaepkens a décrit et gravé cet objet curieux ilaiis son « Trésor de l'art ancien en Belgique », p. 8, pi. v.
début, au milieu et à la fin de la carrière, est de trois espèces. Pour le nouveau-né ou le nouveau baptisé, c'est l'huile des catéchumènes; pour l'homme fait, c'est le saint chrême; pour l'agonisant, c'est l'huile des infirmes.
On la renferme, aujourd'hui et depuis bien longtemps, dans un vase unique, mais muni de trois compartiments. Chaque compartiment est affecté à l'une des trois espèces d'huiles. La forme, qui s'est naturellement présentée pour contenir ensemble et loger à part ces huiles saintes, est celle d'un faisceau de trois tourelles. Trois petites tours collées, pour ainsi dire, à un noyau central, qui peut être un triangle ou une tour plus grosse, telle est la construction ordinaire des vases de ce genre.
Les textes anciens accusent sufTisamment cette forme :
En 1295. — « Très ampuUa? argenteœ, cum crismate et oleo ^ »
En liOi. — « Ung cresmier d'argent véré , à trois estuis, pour mettre le saint cresme, 2 marcs, 5 onces, 10 esterlins -. »
En 1/|92. — (( Ung cresmeau à trois loui'elles, dont le pié est en faconde boette pour mettre pain h chanter 2. »
Mais le texte le plus important pour nous, à cause de ses détails techniques, est celui de l'inventaire du trésor de la cathédrale de Laon, dressé en 1523 :
u Tria vasa magna argentea facta instar phialarum. In quarum [)rima solet poni sacrum chrisma; in secunda, sacrum oleum (catcchumenorum) , et in tertiaoleum infirmorum. Et soient recludi in armario f[uod est juxta piscinam. Et in summitate operculi cujuslilj^t est fragum deauratum, ac super predictum opcrculum scriptum quid in singulis vasis contineatur. Super autem pedem cujuslibet sunt insignia. In quolibet illorum vasorum est longa virga argentea in more cochlearis facta ad extrahendum liquorem ex eis ^. »
(( Trois grands vases d'argent, en foi'me de fioles. Dans le premier, a coutume d'être déposé le saint chrême; dans le second, l'huile sacrée (des catéchumènes) ; dans le troisième, l'huile des infirmes. Ces vases sont ordinairement renfermés dans l'armoire contiguë à la piscine. Au sommet du couvercle de chacun d'eux est un bouton doré; sur ce couvercle est écrit ce que chaque vase contient ; sur le pied sont des armoiries. Dans chaque vase est une longue verge d'argent, en forme de cuiller, faite pour en extraire la liqueur. »
i. « Inventaire de Saint- Paul de Londres », dans 1^« Monasticon anglicanum » de Dugdale.
2. « Description du trésor de la Sainte-Chapelle de Bourges », par M. Hivek de Beauvoir, p. 67, n" M.
3. « Inventaire nécroi. de Paris », cité par M. de Lvborde; « Notice des éaïaux du Louvre «, 2* partie, « Glossaire », p. 233, au mot « Cresme ».
4. «Inventaire du trésor de la cathédrale de Laon », par Ed. Fleuuv, p. 47.
Les personnes lialMtuées à l'iconographie Jjyzantine connaissent fort bien cette verge, en forme de spatule, destinée à extraire d'une boîte carrée les onguents que les saints médecins, comme saint Gome et saint Damien, portent constamment avec eux, car c'est leur attribut spécial. Si, pour prévenir toute erreur, on écrit A sur la burette à l'eau et V sur la burette au vin, h plus forte raison, pour ne pas confondre les trois espèces d'huiles, faut-il marquer d'un signe chaque flacon spécial. L'usage de placer ces trois vases dans l'armoire pratiquée près de la piscine est bon à noter. Souvent la piscine est au côté sud de l'autel, et l'armoire au côté nord, comme la Sainte-Chapelle de Paris en offre un si bel exemple.
Comme chacune des trois huiles ne sert pas dans les mêmes cérémonies, et comme on doit souvent porter au loin l'huile des malades, il a fallu chercher le moyen de détacher chaque vase pour le sacrement spécial où il doit servir, tout en le renfermant ensuite dans une enveloppe qui les contient tous trois. Les trois tourelles, en effet, sont attachées à un noyau et ne forment qu'un tout avec lui; mais chaque tourelle contient une petite fiole mobile qu'on enlève et qu'on replace à volonté.
Dernièrement j'ai acheté à Paderborn un vase aux saintes huiles dont voici le dessin :