‹ Manuel des uvres de bronze et d'orfévrerie du moyen ageChapitre 19 sur 151 · LA CATHÉDRALE D L HEI.\IS. —HAUTEUR, 30 CEM · texte numérisé non relu

LA CATHÉDRALE D L HEI.\IS. —HAUTEUR, 30 CEM

Une forme très-fréquente de reliquaire est celle d'un cylindre de métal ou de cristal, dans lequel est renfermée la relique et que porte un pied absolument semblable au pied d'un calice ou d'un ostensoir. Le reliquaire dit de saint Junien, parce qu'il contient, entre autres reliques, celles de ce saint confesseur, est ainsi composé. Il est aujourd'hui dans l'église de Saint-Silvestre (Haute-Vienne) , mais il provient du riche trésor dispersé de l'abbaye de Grandmont. Dans les inventaires de l/i95 et 1515, publiés par M. l'abbé Texier 2, on lit : « Un vaisseau ou reliquaire d'argent, auquel est un cristal

1. Dans les « Mélanges d'archéologie « des PP. Martin et Cahier, volume i, page 117, planche xxi, est décrit et gravé ce reliquaire.

• 2. «Dictionnaire d'orfèvrerie chrétienne», colonnes 854-8oo. Dans l'inventaire de KJCfi, le XIX. 5

garni d'argent menuisé, et au-dessus dudit cristal une image d'argent tenant une croix comme saint Michel, dans lequel il y a des reliques... » Le pied de ce joli reliquaire est si bien celui d'un calice, qu'on a exécuté, depuis que nous en avons publié la gravure dans le dixième volume des « Annales Archéologiques», un grand nombre de calices avec ce pied, calices qui portent même dans le commerce le nom de « calices Saint-Junien » .

2 7. — un M Qi- A nu; ni- saint junikn, de l'a.n 1235.

D.SNS L'ÉGLISE DE S.HNT-SILVESTRE ( HAUTE- V1ENNE^ — l'KOVlENT DE L'aBB.^VE DE CRANDMOM. — HAUT., 30 CENT.

Toutes les reliques n'étaient pas également précieuses, ni les reliquaires également beaux; mais quand, d'un saint illustre, on possédait une relique insigne, on cherchait ce qui pouvait exister de plus riche en matière, de plus ancien en date, de plus remanjuable en art pour l'y renfermer, comme on renferme la divinité, sous les espèces du pain et du vin, dans les vases les plus riches, dans les plus somptueux tabernacles. On ne s'inquiétait même pas de la provenance de ces objets; pourvu qu'ils fussent d'un prix inestimable et d'une antiquité reculée, on leur pardonnait d'olTrir souvent des scènes fort libres du paganisme et d'avoir pu servir au culte des faux dieux : ils étaient beaux, ils étaient riches, ils étaient vieux ; on ne leur en demandait pas davange et on les regardait comme les seuls dignes de contenir les débris d'un saint, les reliques de la Vierge, les vêtements et même la chair du Christ^. Dans le trésor de Saint-Maurice en Valais, un vase de sardoine,

saint placé au-dessus du cylindre de cristal est appelé Beatus Juniaxus; or, saint Junien fut solitaire, non évoque, et M. Texier dit avec raison qu'il faudrait changer le petit évèque de notre gr^ivure.

\. Le trésor de l'abbaye de Saint-Denys possédait autrefois un vase de porphyre rouge monté dans une forme d'aigle, serres, ailes, cou et tète, en argent doré et habilement travaillé. Ce vase est probablement antique ; l'abbé Suger le fit monter ainsi au xii' siècle pour y mettre une de

monté en or et sculpté, en camée, d'une scène de l'Iliade, contient du sang des martyrs de la légion thébéenne. Un autre vase, d'origine arabe, en or émaillé d'émaux cloisonnés, contient également du sang des mêmes mai-tyrs. Suivant la légende, le premier, tout païen qu'il fût, aurait été apporté du ciel, par un ange, au grand saint Martin, au moment où il venait de faire sortir ]M-cs d'Agaune, dans la vallée de Virolley, une fontaine de sang sur le. lieu même où saint Maurice et ses compagnons avaient été décapités. Le second aurait été donné à l'abbaye d'Agaune par l'empereur Charlemagne. De là le nom imposé à ces objets, qui s'appellent, le premier, « Vase de saint Martin», le second, « Aiguière de Charlemagne* ».

L'abbaye de Grandmont possédait elle-même une petite aiguière en cristal, qui est probablement antique, et où se voit gravé un gros aigle au vol

28. — RELIQUAIRE EN HIRETTE MONTÉE SUR UX PIED. — XIIl' SIÈCLE.

DAXS l'Église DE SAINT-GEORGES-LES-L.V>DES (HAUTE-VIENNK). — IIAUIEUR TOTALE, 33 CENT.

abaissé. Ce cristal a été saisi, au commencement du xiii' siècle, dans une monture en argent ciselé, gravé et niellé, d'un art vraiment incomparable.

ses plus précieuses reliques, el il le dit dans un inscription gravée à la naissance du col de la bête de proie.

Inclvdi gemmis lapis iste meretvr el avro Marmor erat sed in his marmore carior est.

Le marbre, l'or el les gemmes onl du prix, mais la relique est plus précieuse encore. Dans son «^Dictionnaire raisonné du mobilier français », pages 22i-22.j, planches 7 et 8, M. YioUet-le- Duc a donné une gravure de ce bizarre relic[uaire. Le dessin est d'une rare énergie et je ne voudrais pas me fier à cet aigle vraiment terrible.

1. Ces deux vases, nous les avons vus de nos yeux et longuement admirés en 1834, dans le trésor de l'église Saint-Maurice. En voir le dessin et la description minutieuse dans !'« Histoire de rarchitecture sacrée en Suisse », par M. Blavignac, pages loi-ISS, planches xiv-xvi. — M. Blavignac, page 155, cite à ce propos la coupe de Ptoléméo ou de Mithridate, en sardoine, donnée a l'abbaye de Saint-Denys par Charles le Simple; cette coupe, oîi sont gravées des bacchanales, renferme cependant de très-saintes reliques.

Le tout a la forme d'une élégante burette, et nous ne connaissons guère de modèle ni plus ancien ni plus beau que ce petit vase liturgique qu'on rencontre si rarement aujourd'hui dans nos trésors. Mais, pour prouver l'importance qu'on y attachait et le faire voir plus facilement au milieu des autres reliquaires de Grandmont, on l'a exhaussé sur un pied de calice, en cuivre ciselé et gravé, coupé par un noeud de cristal. Toutefois, ce pied a été spécialement exécuté pour la burette, car le plateau en est ovale, comme la burette même, afin d'en mieux épouser la forme.

C'est au dévouement, nous pouvons le dire, de M. l'abbé Texier, que nous devons la connaissance, la communication et le moulage de ce précieux reliquaire que nous faisons reproduire en ce moment.

L'abondance des reliques a toujours été telle, au moyen âge, que la plupart des reliquaires, surtout les châsses, les boîtes, les coffres, les pyxides, les monstrances proprement dites, ont contenu des objets ou des reliques de plusieurs saints. A l'exception des chefs, des bras et des pieds, qui ne sont ordinairement consacrés qu'à cette partie du coips d'un saint et d'an saint unique, on peut affirmer, en conséquence de la mention qu'en font les inventaires et les authentiques attachés aux reliquaires mêmes, que ces vases renfermaient des reliques fort diverses. Ainsi, dans les inventaires du trésor de Grandmont, publiés par M. l'abbé Texier i, on voit, par exemple, des mentions de ce genre pour un seul reliquaire :

« De corrigiis quibus fuit vcrberatum corpus Domini; de sancto Eutropio ; de capillis beatœ Catharinœ ; de sanctis Lupo, Bartholomeo apostolo ; de cunabulo et ossibus beatge Mariae Magdalenae^. „

Quelq^iefois les reliques sont très-nombreuses, mais anonymes, et l'on écrit sur un paquet d'ossements :

« De sanctis reliquiis quorum nomen Deus novit ^. »

Il y a donc des reliquaires individuels, des reliquaires multiples et des reliquaires presque universels. Un des plus intéressants de cette dernière espèce est le suivant, que nous avons même surnommé le reliquaire de tous les saints, parce qu'il en contient un si grand nombre, qu'on peut croire qu'il aurait voulu, si c'eût été possible, les contenir tous. Ainsi, avant tout, reli(iues de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge; puis des saints Jean-Baptiste, André, Philippe, Barthélemi, Barnabe, Thomas, Jacques Majeur, Innocents, Marc, Luc, Etienne, premier martyr, Laurent, Vincent, Ignace, Eustache, Théodore,

1. « Diclionnaire d'orfèvrerie chrétienne », colonnes 825-905.

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