XI" SIÈCLE
DAi\S LE TRÉSOR d' A 1 X- L A-C 11 A P E L L E. — «AUTEUR TOTALE, 36 CENTIMÈTRES-
richesse des matières employées pour faire les vases et surtout pour composer les fleurs artificielles, matières d'argent, d'or, de pierres précieuses, qui tentaient la cupidité, c'est à peine s'il nous est resté des fleurs et des vases anciens qui puissent nous servir aujourd'hui de modèles. Il existe, dans certains trésors
Cl déni singularum librarum cerei, qui, ex ipsius Jubilantis fundatione, novem coronis aeneis e « summa tempii testitudine diversis locis pendenlibus, et ab eodemdonatis iufixi. Dum matulino « tempore praecipuis festivitatibus accenduntur, pulcherrimum visu, diem ipsam suporantes, (I tenebras oinncs incredibili suo lumine ex ipsis etiam sacri loci penctralibus atque inlimis an- « gulis mirum in modum propulsant. »
« Du temps de Cousin (« Histoire de Tournai »), il y avait douze couronnes d'airain (dans la cathédrale) au lieu de neuf: trois au chœur, trois au circuit du chœur, trois dans la nef et trois dans la croisée. Cliaque couronne portait douze cierges; mais celle qui était sous le dôme, au milieu du transsept, en avait trente-six. C'était une triple couronne. Le même historien, tome m, page 169, décritle luminaire de la cathédrale, et dit que le nombre des cierges, sans comprendre ceux des autels, ceux de la paroisse, ni les lampes, s'élevait à plus de trois cents; les plus grands pesaient huit livres et les plus petits une livre, à l'exception de ceux qu'on allumait audessus des stalles, lesquels n'étaient que d'une demi-livre ».
d'églises, des vases qui offrent la forme d'un bénitier, et qui ont pu servir à contenir des fleurs naturelles ou artificielles. Ainsi, au trésor d'Aix-la-Chapelle, un de ces vases, en ivoire cerclé d'orfèvrerie, aurait pu remplir cet office; nous le donnons donc ici, avec le buisson de roses et de lis qu'y a planté M. Gaucherel.
Il est à huit pans et deux étages reliés par trois bandes d'or où sont serties des pierres précieuses. Au bas, huit soldats debout veillent aux portes d'une ville et en interdisent l'accès aux ennemis et aux profanes. En haut, dans une espèce de temple, entre des rideaux accrochés à des colonnes, sont assis debout huit personnages dont un seul n'est pas 'ecclésiastique. Cinq d'entre eux sont debout et personnifient la hiérarchie religieuse.des archevêques, évêques, abbés, prêtres, moines. Des trois assis, l'un, au milieu, est un apôtre, et probablement saint Jacques; le second, à la droite de l'apôtre, semble représenter le pape, quoique la tête sans coiffure ne le dise pas nettement; le troisième à la gauche de l'apôtre, est probablement Constantin, à moins que, dans cette ville de Charlemagne, ce ne soit Charlemagne en personne. C'est le seul laïc de cette rangée. Nous voyons dans ce vase, précieux par l'âge, la forme, la matière et le sujet, l'image d'un de ces conciles, comme le premier de Nicée, où Constantin protégea de sa présence et de ses soldats les décisions dogmatiques des Pères. C'est une bien grande histoire pour un simple meuble à contenir un arbuste et des fleurs; mais si cet arbuste avait été, par hasard, l'Arbre de la science du bien et du mal, comme la couronne de lumière est la Jérusalem céleste, nul sujet n'eût été trop solennel pour illustrer une pareille plante. Les fleurs anciennes manquent en effet, mais les motifs à fleurs sont assez nombreux : le buisson ardent que Moïse vit couvert de flammes, de verdure et de fleurs ; la verge d'Aaron qui fleurit pendant une nuit et qui passa plus tard aux mains de saint Joseph, désigné ainsi comme l'époux de la sainte Vierge; la tige de lis que l'archange Gabriel apporta à Marie au moment de l'Annonciation et qu'au jour de sa mort, suivant la légende, il lui rapporta étincelante de fleurs et de lumière, sont des motifs assez poétiques pour des branches et des bouquets de fleurs. Mais l'un des plus beaux sujets que l'imagination d'un orfèvre puisse se figurer, pour créer des touffes de fleurs et de verdure, est celui de l'arbre généalogique de Jessé. De Jessé debout ou couché à la racine, part un tronc qui se ramifie en branches nombi'euses. A l'extrémité de chaque branche, une large corolle s'épanouit et laisse sortir un ancêtre de Marie et de Jésus. Au sommet du tronc principal, dans une fleur plus large encore, trône Marie qui tient l'enfant Jésus, pendant que sur les branches chantent des oiseaux divins qui symbolisent les dons du Saint-Esprit.
C'est la réalisation matérielle de cet « introït » que Fulbert, évêque de Chartres, composa en 1007 pour la Nativité de la Vierge.
STIRPS JESSE VIRGAM PHODUXIT VIROAQUE FLOREM ; ET SUPER HUNC FLOREM REQUIESCIT SPIRITUS ALMUS. VIRGO, DEI GÈMTRIX, VlRfiA EST; FLOS , FILIUS EJUS.
Ce sujet nous paraît d'une si rare beauté que nous songeons, en ce moment, h le faire exécuter en métal , pour en composer un bouquet de fleurs artificielles destiné à parer les autels aux grands jours de fêtes et surtout aux fêtes de Marie. La sainte Vierge, en effet, doit être principalement honorée par les fleurs, car elle est une fleur humaine : dans les prières qu'on lui adresse elle est appelée la rose mystique, le lis sans tache, et ces deux grandes familles de fleurs, rouges et blanches, on les place dans ce vase spirituel, dans ce vase d'honneur et de dévotion, que ses litanies lui attribuent ^
Le bénitier portatif se prête très-bien, comme forme et comme symbole,
1. « Litanies » de la sainte Vierge : « Vas spirituale, Vas lionorabiie, Vas insigne devotionis, Rosa mystica, etc. » — Dans le trésor de la cathédrale de Lausanne, ii côte d'une image de la Vierge, en argent, est mentionnée « une Rose d'argent, donnée par le duc de Savoye ». Dans celui de la cathédrale de Genève, en tète des joyaux que renfermait la Sacristie ou Revestiaire, est placée « une Rose d'argent dorée, avecq son pied de cuyvre doré ». M. Rlavignac, qui a publié les inventaires de ces deux églises dans son « Histoire de l'architecture sacrée dans les évècliés de Genève, Lausanne et Sion », Paris, 1853, in-8°, pages 16G-182, dit h. la note 232, page 176 : « Ces roses d'argent paraissent être des ex-voto adressés à Marie, appelée dans les litanies « Rosa mystica », par allusion au dix-huitième verset du chapitre xxiv de !'« Ecclésiastique». — La religion chrétienne aime singulièrement la végétation, les fleurs et les arbres; elle en parle constamment dans les textes liturgiques. Ainsi, au Jubilé du chanoine Cottrel, de Tournai, dont nous parlions plus haut, une messe fut chantée dont l'Introït commence par ces mots : « Justus ut palma florebit, sicut cedrus Libani multiplicabitur, plantatus in domo Domini, in atriis domus Dei nostri ». — La fête de Noël s'annonce par un appel à la rosée, à la pluie, à la végétation, au milieu de laquelle doit « germer » et s'élever le Sauveur : « Rorate coeli desuper et nubes pluant Justum. Aperiatur terra et germinet Salvatorem ». Mais c'est à Pâques surtout que l'Église, par la voix d'Adam de Saint-Victor, célèbre le printemps et les fleurs :
Cœlum fit serenius, Et mare tranquillius; Spirat aura levius, Vallis nostra floruit.
Revirescunt arida, Recalescunt frigida Postquam ver intepuit.
Adam de Saint- Victor, séquence sur la résurrection de Jésus-Christ, dans les « Carmina e poelis christianis excerpta », publiés par M. Félix Clément, Paris, 1854, page 495.
à recevoir des fleurs. Celte forme de cylindre circulaire ou à pans est encore celle qui prévaut aujourd'hui; il suiïli'ait au besoin, mais ce n'est guère essentiel, d'y attacher deux anses latérales pour le prendre plus facilement. Comme symbole, ce vase, destiné à contenir de l'eau, semble avoir été composé tout exprès pour rafraîchir et faire durer des fleurs. Afin de compléter le symbolisme, je voudrais l'asseoir sur la personnification des quatre fleuves du paradis terrestre, qui versent jour et nuit, de leur urne inépuisable, les flots qui abreuvent l'univers entier. Ces fleuves, nous les verrons, en efl'et, sculptés en relief sur un petit bénitier allemand dont nous possédons le moulage et dont nous donnons la gravure plus loin, au n" 8Ù..
Les fleui's artificielles peuvent encore se placer sur une tige cle chandelier ou de candélabre, analogue à celle du dessin suivant :