BOUQUET DE FLEURS SUR UN TRÉPIED
tN STVLE DU Xin<' SIÉCLli. — DE 35 A /( 0 ET 50 CENT. DE HAUTEUR.
Quoique moderne, mais formé avec des éléments anciens, ce buisson de fleurs nous semble une des plus charmantes compositions que l'on ait faites, et nous remercions M. Gaucherel de l'avoir inventé pour notre collection de fleurs métalliques. Les gobéas dont M. Gaucherel a fleuri ce bouquet n'étaient pas connus au xiii' siècle; mais rien n'est plus facile que de les remplacer par la flore du moyen âge.
Les fleurs anciennes, nous l'avons dit, sont fort rares; cependant, les deux candélabres de Noyon, n'" kl et ^8, nous en offrent déjà des rudiments en fer; puis heureusement, pour nous renseigner dans la composition, la forme et le travail de ces bouquets artificiels, le musée de l'hôtel de
Cluny a fait l'acquisition d'une brandie de rosier en or, qui doit dater du xiii'' siècle. On ne sait pas trop d'où vient ce curieux spécimen; mais c'est en môme temps que l'autel de Bâle, et par l'entremise du même vendeur, qu'il est entré au musée de Cluny. Cette branche de rosier fait songer à la rose d'or que les souverains pontifes bénissent chaque année au dimanche d3 Carême, dont l'introït commence par L/Etare et qui s'appelle précisément, surtout à Rome, le « Dimanche de la Rose ». Tous les papes, depuis saint Léon IX (1049-1053), bénissent annuellement et solennellement, au dimanche de « Lsetare » , cette rose symbolique , qui , à cette époque de l'année, annonce la renaissance du printemps et la prochaine résurrection de Jésus-Christ au jour de Pâques. « Le pape bénit la Rose d'or dans la salle des Parements; il l'oint du saint chrême et répand dessus une poudre parfumée, selon le rite usité autrefois; et, quand le moment de la messe solennelle est arrivé, il entre dans la chapelle du palais, tenant la fleur mystique entre ses mains. Durant le- saint sacrifice, elle est placée sur l'autel et fixée sur un rosier en or disposé pour la recevoir; enfin, quand la messe est terminée, on l'apporte au pontife, qui sort de la chapelle, la tenant encore entre ses mains, jusqu'à la salle des Parements. Il est d'usage assez ordinaire que cette Rose soit envoyée par le pape à quelque prince ou à quelque princesse qu'il veut honorer i; d'autres fois, c'est une ville ou une église qui obtiennent cette distinction 2. »
La branche du rosier d'or que possède le musée de Cluny et dont voici le dessin , pourrait fort bien être une de ces Roses que bénissaient et donnaient les souverains pontifes; qui sait même si ce ne serait pas celle qui fut
1. En 1836, la Rose d'or fut envoj'ée par le pape Pie IX à l'impératrice Eugénie; la remise s'en fit solennellement dans la chapelle du palais de Saint-Cloud, le 19 juin, par le cardinal Patrizzi. — M. le comte de Laborde, «Notice des émaux du Louvre», 2' partie, «Glossaire», p. 487, cite ces deux textes curieux : « Uii rosier d'or, à tenir en sa main, ouquel a ij pommelles rons et est la rose que le pape donne, le jour de la mi-caresnie, au plus noble, pesant marc et demy (« Inventaire de Charles V », année 1380). — « Ung arbre d'or, en manière d'un rosier, oij il y a au-dessus une rose et dedens ungsaiihir, qui poise ensemble i m. vij °. (« Ducs de Bourgogne», n» 3101, année U67) ».
2. DoM GuÉRANGER, abbé de Solesmes, « Année liturgique », quatrième dimanche de Carôme. — Dans r« Année liturgique à Rome »,M. Barbier de Montault dit, pages 151-1b2 : « DimaxciiE L.ETARE... Au palais apostolique, 10 heures et demie, chapelle papale. Les cardinaux s'y rendent en soutane, mantelet et mozette de couleur rose sèche. Messe par un cardinal-prètre; sermon latin par le procureur général des Carmes chaussés et indulgence de trente années et trente quarantaines. On expose sur l'autel la Rose d'or que le pape a bénite dans la sacristie avant la messe, et qu'il destine à un prince catholique, à une église insigne, ou même à quelque personnage illustre qui a bien mérité du saint-siége. »
l'occasion d'un sermon, que nous possédons encore et que le pape Innocent III prononça dans la basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem, le jour où il la bénit? La date qu'on peut assigner à cette branche de rosier est à peu près celle où régna Innocent III, de 1198 à 1216.
BRANCHE DE ROSIER, EN On. — XIII« SIECLB.
AU MUSÉE DE L' HOTEL DE CLUiNV. — HAITEUISTOTALE, 55 CENT.
La prière que les souverains pontifes récitent, au moment de la bénédiction de la Rose d'or, revient tout à fait à notre sujet, comme on le verra par l'extrait qui suit : — a 0 Dieu, dont la parole et la puissance ont tout créé!... nous supplions Votre Majesté de vouloir bien bénir et sanctifier cette Rose, si agréable par son aspect et son parfum, que nous devons porter aujourd'hui dans nos mains, en signe de joie spirituelle... Et comme votre Église, à la vue de ce symbole, tressaille de bonheur pour la gloire de voire nom, vous, Seigneur, donnez-lui un contentement véritable et parfait... afin que cette même Église vous offre le fruit des bonnes œuvres, marchant à l'odeur des parfums de cette fleur qui, sortie de la tige de Jessé, est appelée mystiquement la fleur des champs et le hs des vallées; et qu'elle mérite de goûter une joie sans fin au sein de la gloire céleste, dans la compagnie de tous les saints, avec cette fleur divine qui vit et règne avec vous ^... »
Toujours cette tige de Jessé, cet arbre généalogique de Marie et de Jésus- Christ, cette fleur des champs, ce. lis des vallées; toujours cette rose, qui est le symbole de la sainte Vierge. Si le christianisme a, plus que les religions
1. Cette traduction est celie que donne le R. P. Guéranger dans son « Année liturgique >', au quatrième dimanche de Carême.
antiques, fêté la lumière, on peut dire aussi qu'il a sanctifié les fleurs et les pai'fums que toutes ces religions avaient profanés.