ACTE Ve
Zacharie raconte à sa Sœur Salomith les premiers efforts des assiégeants. Soudain arrive Abner qui, d’abord disgrâcié et jeté dans un cachot: par Athalie, vient déclarer à Joad, au nom de la reine, que s’il veut prévenir la destruction du temple, il faut qu’il lui remette Joas et un certain trésor amassé, disait-on, par David. Joad résiste; mais voyant la fidélité dévouée d’Abner à Dieu et à la race de David, il feint de se rendre, et consent qu'Athalie vienne, avec une faible escorte, prendre possession de ce qu’elle réclame. Pendant qu’Abner va porter cette réponse, Joad fait placer Joas sur un trône qu'un rideau dérobe bientôt à la vue. Athalie entre, et demande avec emportement et me-
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naces ce qu'on lui a promis. Alors le rideau tiré fait voir
Joas sur le trône, c'est Ià le trésor de David. Athalie se trouble, invoque vainement le secours de son escorte et d'Abner; les lévites paraissent armés; la reine se livre à d’horribles et inutiles imprécations; on l'emmène hors du temple, et l’on apprend bientôt qu’elle a recu la mort méritée par ses crimes. Joad donne un dernier conseil à Joas en lui disant:
Que les rois dans le ciel ont un juge sévôre, L'innocence un vengeur, et l'orphelin un père,
La tragédie d'Athalie qui ne fut représentée,du vivant de Racine, qu'en présence de Louis NIV, par les membres de la famille royale, recut à l'impression le plus froid accueil du public. Boileau seul protesta contre cette inexplicable indifférence: “ On y reviendra, dit-il à Racine, c’est votre meilleur ouvrage.” Et, en effet, au jugement de Voltaire et de la postérité, c’est Le chefd'œuvre de l'esprit humain.
Cette pièce est écrite en vers alexandrins, sauf les chœurs, qui sont en vers de différentes mesul'es.
Tout est beau dans Athalie, tout est admirable, comme le disait Voltaire; mais, si l’on voulait faire un choix, les passages les plus remarquables sont: la scène entre Joad et Abner (acte ler, scène lère); le récit de Josabeth (acte ler, scène II): le songe d’Athalie (acte II, scène III); la scène entre Athalie et Jons (acte II, scène VIT); le récit de Mathan (acte III, scène II1); la prophétie de Joad (acte IV, scène VII): on y peut joindre les quatre chœurs, qui sont des morceaux lyriques de Ja
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Athalie va bien au-delà d'Esther, et rien ne dépasse Athalie qui est, selon Voltaire, le chef-d'œuvre de l'esprit humain: Boileau se contentait d'y voir le chefd'œuvre de Racine. *M. Lemmercier éprouve sur cette Dièce les vingt-quatre règles que sa théorie sévère et
minutieuse impose comme conditions de perfection ab- Solue au drame tragique, et il n'y en a pas une qu'elle ne remplisse rigoureusement. En effet la donnée, la conduite, les caractères, le Style de cette admirable compo- Sition déconcertent à l'envi tous les arguments de la critique, Joad, Abner, Josubeth Eliacin, Athalie, sont, dans leurs actes et dans leur lagage, ce qu'ils doivent être: nulle part la langue n’a plus de Souplesse, puisqu'elle passe naturelleîñent en traversant tous les tons, de là sublimité des prophètes à la naïveté de l'enfant. Jamais l'intérêt ne languit, et il ne cesse de croître jusqu'au dénouement.
D'après ces appréciations, on voit que la tragédie d’Athalie est le chef-d'œuvre du genre, et la plus belle de toutes les tragédies anciennes ou modernes; que jamaïs action n’a été représentée avec plus de simplicité et de vraisemblance: que jamais caractères n’ont été mieux
conçus et dessinés: enfin, que jamais poésie n’a atteint une telle hauteur, ni Spectacle présenté plus de pompe et de magnificence,
CHATAUBRIAND. (Frs. René, vicomt- «.)
Célèbre écrivain et homme politique, né à St-Malo en 1768; ambassadeur et ministre sous la Restauration: mort en 1848, Il a été le grand initiateur intellectuel du XIXe siècle, Atala, le Génie du Christianisme, René, les Martyrs, l'Itinéraire de Paris à Jérusalem, la fameuse brochure de Bonaparte et des Bourbons, les Natehes. le
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Voyage d'Amérique, les Etudes historiques et même les singuliers Mémoires d'outre-tombe, ont immortalisé son nom. A côté d’une trop grande et trop constante affectation du genre pompeux, on ne pourra que toujours admirer chez lui cette richesse d'imagination, cette éloquence passionnée, et cette puissance descriptive, dont la réunion merveilleuse fut le propre 2° son génie, Il n’est pas d'œuvre dans ce siècle, qu’ n'ait <abi l'influence de celui qu’on a si bien appelé 'e bére du ‘omantisme, Le sentiment religieux et le sentirnert © J4 liberté furent ramenés par lui dans les lettres :! rcuouvela l'imagination française, et son action ne iut pas seulement restreinte à la France. L'Europe entière s'est formée à son école par ses meilleurs écrivains et poètes,
LES FEMMES SAVANTES (comédie en 5 actes, et | en vers.) i |
Cette comédie est un excellent modèle, et Molière SV montre toujours cet observateur profond, dont les bons mots ne sont pas des traits d'esprit, mais des traits de nature; en abordant un type par le côté comique, il le pénètre tout entier, et n'ajoute jamais les ridicules au caractère, mais les en fait découler.