CHAPITRE IX
De la séparation des formats pour le placement
des liures en général.
Comme il est impossible d'établir à la fois tous les ordres nécessaires pour le placement des livres , il sera indispensable de choisir l'ordre ou la combinaison de plusieurs ordres qui soit telle :
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(9) Une grande partie de ces trésors de bibliothèques n'a d'autre destination que d'offrir aux curieux des monumens du ItMpe , de îart et de Fantiquité, ou purement comme ra^ reté. Mais il se trouve dans chaque classe beaucoup d'où* vrages , qui ont également un mérite littéraire , de sorts qu'on pourrait diviser les raretés , 1° en raretés proprement dites , 2^ en raretés qui ont en même temps un mérita littéraire. Mais d'après cette division on devrait placer ensemble les ouvrages imprimés et les manuscrits , ce qui ne peut être exécuté sous aucun rapport. En général on doit placer ces raretés dans des armoires bien fermées , a la suite des manuscrits et des incunables, et si le nombre est grand , les classer d'après le système général adopté pour la bibliothèque. On pourrait bien suivre pour ce genre de productions l'usage où l'on était jadis dans les 14* , 15« et 16« siècles , d'enchaîner les livres à une espèce de puK pitre sur lequel on les plaçait dans les cabinets. Ce n'était donc pas toujours un moyen de les soustraire à la curiosité , mais aussi une mesure de précaution.
1* que leur recherche se fasse avec la plus grande facilité sous les rapports les plus usités , et
ti? que Pordre établi n'éprouve aucun dérange^ ment par V accroissement continuel des nouvelles productions littéraires.
Pour éviter le désordre que pourrait occasionner un accroissement de livres ; pour épargner l'espace ; pour éviter le mauvais coup d'Oeil (i) et pour faciliter le maintien de l'ordre établi, il sera nécessaire de les placer d'après leur format (2} ^ savoir :
I® les in-foUo dans les rayons inférieurs,
3® les in^-quarto au-dessus , et
3® les in-octavo , in- 12®, in- 18% in-32®, etc. dans les rayons supérieurs (3).
(1) Sans devoir sacrifier la classificatioti systématique au beau coup-d*œii que certains bibliothécaires aiment à intro* doire dans le dépôt qui leur est confié.
(2) Les in-foUo oblong se placent parmi les in-quarto ; les in-4 oblong parmi les in-8 , le petit quarto reste parmi les in-4. Si plusieurs ouvrages de différents formats sont reliés ensemble , on place le livre dans la classe où appartient Touvrage qui se trouve le premier. Si dans un Tolume quelconque on a fait intercaler du papier blanc plus grand que le text«, on place le livre d'après le format du papier intercalé.
(3) Pour faciliter le placement et la recherche de tous les livres en général, nous avons préféré de mettre les in-12, les in-18 , et forma minori , tous avec les in-8 , pour n'avoir que trois grandes divisions dans les formats.
(5i ) CHAPITRE X.
Du choix ^un système bibliographique pour- P arrangement d^une bibliothèque.
Pour la recherche des ouvrages séparés y Tordre alphabétique est sans doute le plus commode ; il n'en est pas de même pour la recherche des ouvra-* ges qui traitent du même sujet. Ces productions exigent un ordre systématique , un système bi^ bliographique (i). De sorte que la réunion de ces deux systèmes pourra être fort propre à mener à un bon arrangement. Mais on peut se demander : queUe est la méthode la plus, convenable pour le^ placement des livres?
Si , pour le placement d\ine bibliothèque quelconque on ne devait pas faire attention au système à établir , et qu^on pût placer les ouvrages les uns après les autres au fur et à mesure qu'on en fait l'acquisition; ou si on pouvait placer ensemj)le i^ tous les livres du même fbrmat , 2? les volumes de chaque format qui ont la même reliure , pour produire un bel aspect , l'ouvrage du bibliothécaire serait bien facile. Mais , dans les grandes bibliothè-
(l). On appelle iys,ième bibliographique Tordre observé dans une classification quelconque d'ouvrages , soit imprimés soit manuscrits , pour fqriQer uuQ bibliothèque Qa un catalogua de livres^
ques , qui consistent en plusieurs salles , la redherche des livres d'après un t6l o|*dre «erait , pour ainsidire y la charge la plus pénible et la plus fastidieuse j TU que , pour la recherche de plusieurs éditions d'un même ouvrage , par exemple , on se verrait quelquefois obligé de parcourir toutes les salles de la bibliothèque.
Pour obvier à cet inconvénient , on peut toujours :
I . partager toute la collection de livres en autant de grandes divisions qu'on peut disposer de salles , de cases ou d'armoires ;
a. mettre la classe la plus nombreuse dans la plus grande salle , la moins nombreuse dans celle qui suit , et ainsi de suite en séparant toujours les différents formats.
De cette manière on a l'avantage d'avoir ensemble tous les ouvrages d'une seule, ou, au cas échéant , de deux classes de livres du système général.
On peut bien attendre de chaque bibliothécaire qu'il soit en état de projeter lui-même le plan pour un ordre systématique à introduire dans la biblicH thèque dont le soin lui est confié ; mais les circoustances ne permettent pas encore Sexiger de lui cette capacité. Si l'on pouvait suivre pour la classification des livres de toutes les bibhothèques le même plan , la diiEculté serait à moitié résolue , mais jusqu'à présent on ne connait aucun système bibUographique parfait ; car chaque bibliothécaire,
à llnst^r des satjaralistes , fait un système siûvant ses idées (a).
Cependant on ne peut disconvenir que chaque livre ne fasse partie d'une science , laquelle se divise eu diverse9 classes, et peut ensuite se sous-diviser eu différentes branches (3). Mais à quelle science doU-on donner le premier rong ? Les uns Tassignent à la théologie , les jautres suivent l'ordre graduel de nos connaissances : d'autres placent en avant le droit naturel et le droit des gens, .etc.
JLe sj^stème le {dus généralement adopté parta-* geaitt les livres en cinq grandes classes : théologie , jurisprudence , sciences et arts y belles-lettres et histoire. C'est sur ce plan que les livres sont rangés da^s la plupart des bibliothèques de France , et quç les catalQgues sont rédigés. On a prétendu avoir trouvé les fondemens de cette distribution dans la nature. Mais , bannissons toute idée particulière , dans quelque sens qu'elle se présente , pour ne nous occuper que de l'ordre le plus analogue tant au2L
(2) Il fant descendre à des époques extrêmement modernes y eu égard à celles où Ton a déjà la connaissance de grandes bibliothèques existantes , pour rencontrer des .auteurs , qui aient traité , d'une manière expresse , de la disposition des livres dans une bibliothèque ; car les premiers essais en ce genre ne furent pas heureux.
(3) Car enfin il reste toujours vrai qu'on a besoin d'un système quelconque , pour ne pas laisser pêle-méle , et dans une confusion inextricable , des objets réunis en grand nombre dans un uxéme Ueu.
inBtructions que Ton vient puiser dans les biUiothe-
ques , qu'à la suite des connaissances dont Fhomme est susceptible.
On est assez porté à convenir que )e meilleur ordre à suivre est celui des connaissances humaines ; que les livres doivent être rangés comme ils doivent être las ; et qu'on doit les lire de manière à se pénétrer d'abord des élémens , pour avancer de là aux divers degrés de perfection. Il nous semble qu un des premiers besoins d'un homme qui veut feuilleter les livres et faire usage d'une bibliothèque est de connaître les livres; de savoir lesquels appartiennent à la matière qu'il se propose d'étudier ; l'utilité qu'il peut en tirer , et les différences des éditions placées à sa portée. Mais , avant d'étudier la bibliographie , il est bon d'avoir une idée de Vhistoire de Pobjet dont ils parlent , et des auteurs qui les ont composés. C'est le seul moyen de saisir parfaitement l'esprit de chaque écrivain , de tirer un meilleur parti de ses lectures , et de bien apprécier les livres.
Comme il est nécessaire d'avoir des signes pour exprimer ses idées et pour comprendre celles des autres, les livres destinés à V étude des langues irou-^ veront donc bien leur place après la bibliographie.
Quant on a acquis la faculté de rendre ses propres conceptions et de comprendre les personnes parmi lesquelles l'on vit, on passe à l'art de les ar-« ranger , à la science qui dirige l'entendement , à la logique , puis à la morale qui forme le cœur , etc. De là nous arrivons à la jurisprudence qui a une
très graode affinité avec la morale y qu'il serait très possible de les réunir ensemble , si toutefois , la jurisprudence n'embrassait pas une trop grande multitude d'objets.
Après la jurisprudence paraissent les bibles , la philologie sacrée , les liturgies , les conciles , les SS. Pères (4). La religion ayant reçu diverses modifications produites par dijSerentes causes , a produit une foule d'opinions et de systèmes religieux. C'est donc ici que seront placés les théologiens , les opinions singulières ; la religion des Hébreux j la religion des Gentils, etc.
(4) Nous ajouterons aussi cette classe de livres si dé" criés par une foule de gens qui les jugent sans en avoir jamais ouvert un seul. Rien de si commun que d'entendre dire tous les jours : que sert de conserver ce fatras de SS, Pères , que personne ne lira plus f
Quand il n'y aurait plus d'ecclésiastiques pour les lire ^ ils seront toujours lus par les vrais savans , justes appré« ciateurs de leur mérite : ces savans n'ignorent pas que si ces livres nous manquaient , nous serions privés d'une multitude de connaissances précieuses , ils savent que leurs auteurs ont sauvé du naufrage des temps un grand nombre de textes et de fragmens tirés d'ouvrages anciens dont nous regrettons tous les jours la perte , et parmi lesquels il en est qui , sans le secours de ces écrivains , seraient demeurés^ ensevelis dans un oubli éternel , puisqu'on n'en rencontre aucune trace ailleurs que dans leurs écrits. D'autre part , il faut observer que dans le nombre des Pères, et surtout de ceux ds l'église grecque , il s'en trouve plusieurs dont les ouvrages sont des modèles de style et d'éloquence. A ce titre seul ils mériteraient d'ôtre conservés.
C'est donc ici ^ie la théologie doit tfonrer naturellement sa place; qu'elle doit être transplantée tonte entière (5).
On se livre ensuite aux sciences , d'abord à celles qui sont le fruit de la seule méditation ; ensuite à celles qui sont le produit de longues recherches an dehors , et de travaux pénibles. Après les sciences , les arts appellent notre attention. De là on arrive aux grands rassemblements des faits , à Yfàstoire iinii>elrselk ancienne et moderne.
De cette manière nous avons parcouru le cercle entier des objets qui servent d'aliment aux travaux d'un homme studieux. Ainsi l'ordre des principales divisions à adopter pour une grande bibliothèque sera le suivant :
(S) D'après ce principe , la théologie ne paraîtrait pins à la tête de nos catalogues , et nous sommes étonné que ce soit en Espagne qu'on ait commencé à innover sur la classification déjà reçue. Mais ce changement commandé par les circonstances , doit se borner à un simple déplacement; c'est un grand arbre qu'il faut transplanter , avec toutes ses racines et toutes ses branches dans une antre partre du terrain , où il est né.
Il n'y a rien d'étonnant , de voir la théologie occuper toujours le premier rang dans les bibliothèques. Parce que les premières bibliothèques ont été formées par des ecclésiastiques et pour eui. 11 est naturel qu'ils aient donné leur attention de préférence à la partie qui les intéressait personnellement , et qui était la plus brillante avant qu'on eût commencé à cultiver sérieusement les sciences , les arts et la littérature.
A. Histoire littéraire ,
B. Bibliographie,