CHAPITRE I
Des occupations du Bibliographe,
Le progrès des lumières fesant éclore chaque jour de nouvelles productions de Fesprit humain , le goût des recherches s'est répandu de plus en plus, de sorte que dans ce siècle ]a Bibliographie n'est pas cultivée en Euro{)e avec moins de succès qae les autres sciences positives.
Le mot bibliographie j formé de deux mots grec» ( i8#i8Aoç, lii^re j et >pct^« , ] écris) y signifie descrip^ tion des livres. Or , pour faire cette description , il faut hîen les connaître ^ et sons le rapport de leur liiérite extrinsèque, et sou^ le rapport intrinsèque. Le mérite extrinsèque d'un livre s'estime d'après la beauté de son impression , celle de sa conservation et de sa reliure , la bonté ou l'ancien-^ neté de 6on édition, etc. Le mérite intrinsèque Consiste dans ht bonté des choses qu'il renferme.
La Bibliographie (i) forme une science qui est, à l'égard de toutes, ce que les nomenclatures spéciales sont à chacune en particulier. C'est eUe qui a créé les divisions et les sul)divisions de toutes les productions de l'esprit et du génie. C'est le fil destiné à nous guider à travers le labyrinthe des innombrables écrits , dont l'immensité s'accroit chaque jour , depuis qu'elle a rencontré dans la presse , un instrument d'une activité presque ^ale à celle de la pensée (2). Enfin c'est une langue universelle entre les libraires et les savants de toutes les parties du monde scientifique et littéraire.
(1) «La Bibliographie^ dit M. Peignot dans son dictionnaire de Bibiiologie , diffère de la Bibliologie , en ce que la première ne comprend, à proprement parler, que la description technique et la classification des livres, au lieu que la bibliologie ( qui est la théorie de la bibliographie ) présente l'analyse des connaissances humaines , leurs rapports , leur enchaînement et leur division ; approfondit tous les détails relatifs à Tart de la parole , de récriture et de Timprimerie, et déroule les annales du monde littéraire pour y suivre pas à pas les progrès de Fesprit humain » .
(2) Le passage suivant, extrait d'une feuille publique par M. Peignot ( v. manuel du Bibliophile t. 1. discours préliminaîre , pag. L. ), peut trouver sa place ici : « Avons* nous à nous féliciter de Textréme abondance des livres? Est-elle favorable à la morale et même à Tinstruction ? Il est permis d'en douter quand on parcourt cette foule d'écrits, les uns- frivoles et superficiels, les autres passionnés et déclamateurs , qui loin de rien apprendre , ne peuvent servir au contraire qu'à fausser l'esprit et à gâter le coeur. Les principes d^ l'ordre et de la société , tout est aujourd'hui
On donne spécialement le nam de Bibliographes à ceux qui , possédant cette connaissance , la mettent en pratique en publiant , soit des ouvrages sur cette matière, soit des catalogues de livres spéciaux , de bibliothèques particulières ou publiques.
La Bibliographie peut se diviser en bibliographie générale et bibliographie spéciale. La première se compose des ouvrages ou catalogues dont le but est de faire connaître les livres de tous les genres indistinctement , et qui sent classés soit par ordre alphabétique , soit par ordre de matières , ou arbitrairement ; la seconde est celle qui n^a rapport qu'à un seul genre d'ouvrages; eUe est pour cela d'un très grand intérêt et plus avantageuse même que la première, à ceux qui veulent connaître à fond les livres , et surtout aux auteurs qui ont besoin de se pénétrer des découvertes qu'ont faites leurs prédécesseurs dans la^ carrière qu'ils veulent parcourir (3).
insulté, méconnu dans des H Très , des pamphlets et des fenilles périodiques ; ces sortes d'ou\ rages sont étalés par^ tout, et s*offrent de tous les côtés aux regards d'une ignorance curieuse. Une jeunesse confiante se trouve toute en- TÎFonnée de ces moyeas de séduction ; elle rencontre Verreur en cherchant la vérité, et les générations qui s'élèvent , puisant ainsi à des sources empoisonnées et se formant sur des guides trompeurs , accueillent des théories brillantes «t des principes dangereux , et se préparent sa»c W sayoir des jours aussi flinesles au bonheur de rindi- TÎda qu'à Tordre public ? »
(3) Les ouvrages appartenant à ces deux genres , se- ivou* vent indiqués dans la III' partie de notre manuel.
Cette science des livres , dit avec raison l'auteur de la France littéraire , est utile à toutes les per- ^nnes qui s'occupent de la littérature ou des sciences (4). Qu'un amateur ow, bibliophile (5), dirigé
(4) Car de T^imoiir des lettres à ramonr des li? res ^ la transition est naturelle. Cicéron , au milieu de tant de travauic utiles à la patrie, à la philosophie et aux lettres , accordait bien encore quelques instants à soigner et à dé* «orer sa bibliothèque. U revient très»souyent sur cet objet dans ses ouvrages, mais particnlièreoiept dans sa correspondance avec son ami Pomponius , qui , demeurant à Athènes , s^était chargé de ses acquisitions en statues , tableaux et livres , dans cette ville encore célèbre à cette époque, ff Tu ^elirn , dit-il ( lib. I. ad. Att, £p. 8. ) , ea quae nobis emiêie et paraêse scribig , de$ operam ut quam primum kabeamui : et velim ooqiteè i4 quod mihi polîioituê e$ , quem^ admodum bibliothecam nobig oonfioere poasis. Omnem $pem delectaiioniê nostrae j qua^n^ oum in otium venerimus , habera volumua^ in tua humanitale poiitam habemus, etc.; » el ailleurs { Ep. 6 ) ; « fiibliatheoam tua/m cave ouiquem deapondeas , quamvis aorem atnatorem inveneris : nam ego omnes mea$ vindemiolae eo réserve , ut illud tubsidium seneotuti pa^ fem^ etc. ». Pline le jeune, dans la description intéressante de sa maison de Laureotium , n'oublie pas sa bibliothèque , peu étendue, il est vrai , mais où il avait rassemblé des livres, nan legendoê , sed lectitandos ( Epist. lib. II, ep. 17. X
Nous ne finirions point, si nous voulions, non pas rapporter , mais seulement indiquer tous les passages des ouvrages de Cicéron , qui attestent son goût pour les livres. Cette louable passion était bien partagée par les LucuUus^ les Caton | les PoUion , les Varron , les Sénèque , cte*
. (S) Ce titre convient particulièrement à celui qui ne cherche les livres ni par état ni par passion , mais simplement 4aQs le b^t de s'iastrutre et pour former qqc calloction inU--
par wa goiiit p(m: Iqs livres , veoille «tt former ua choix , pour soa iostruclion ou ses délassemeoto ; ne lui importe-t-il pas de trouver des renseigne-
ressante par le nombre et la variété des ouvrages. Le Biblî^ graphe , le bibliomane et le bibliotaphe peuvent aussi avoir droit à ce titre , mais avec moins de raison , puisque 9 assembler des amas^de livres sans dtscernement n'est pas prouvar qu'on les aime. Le Bibliophile , par sa collection des ouvrages les plus précieux pof r la science , est très utile aux travail^ leurs et aux gens instruits ^ qui trouvent dans sa bibliolliéque les sources les plus pures et les bons auteurs dont île ont besoin. Le titre de bibliophile appartient donc avec plus de raison à la personne qui aime les livres capables d'entretenir et de servir à la science qu'à celle qui, par une aveugle passion, recherche des ouvrages dontlalkn»iaisie fait centupler le prii. Les services que le bibliophile rend aux savants doivent aussi élre préférés à ceux qu& l'on doit au bibliomane , et qni n'intéressent que le conlmerce des livres , auquel ils sont très utiles en oonser^vant à des livres sans importance réelle une valeur arbitraire qui augmente les capita^ux de ce commerce» Quelques renseignemens , que nous a bien voulu communiquer M. le bfiron de Reiffenberg , sur la société deê hibliophihs franfOM et du club de Roxhurqhe de Londres , serviront d*exemple à ce qae nous venons d'avancer.
La société des bibliophiles français fat instituée en 1B20 par M. de MoreUVindé , de Châteaogiron , Waickenaer ^ Malartic , Pexiricourt , Durand de Lançon , Bérard el Edouard de Chabrol , à l'instar du club de Roxburgfae de Londres. Son nom seul indique le but qu'elle se propose. Ell^ • se compose de dO membres dont 5 étrangers qui sont. Je prince Alexandre Labanof à5t.-Petersbourg, lord Speneer et le Dr. Dibdia à Londres , M. le baron de Reiffenbein(( i Louvain et Tabbé Costanzo Gassera à Turin. Les m^
meDts , non sçulement sur les aateurs qu( doivent entrer dans sa bibliothèque , mais encore sur les
langes de la société magnifiquement imprimés et tirés a. 30 -exemplaires dont un pour la bibliothèque du roi et les autres -marqués à la presse du nom des membres auxquels ils sont respectivement destinés , forment maintenant six gros volumes in 8^9 et contiennent grand nombre de pièces inédites, .d*aDciens mystères et d'autres poésies gothiques , de lettres •de personnages . illustres etc. etc. Le. président est actuellement M. le chevalier Artaud, de l'académie des inscriptions, traducteur du Dante et auteur d'un excellent tra- .vail sur Machiavel. Le secrétaire perpétuel est M. le i marquis de Châteaugiron , traducteur de l'histoire de la révolution des Pays-Bas par Schiller, et chez qui se réunissent ses confrères , rue Castiglione n^ 4.
Quand au club de Roxburgbe il fut fondé en 1812 i Foccasion du prix excessif où fut porté le Bocuac» dé Vttldarfer à la vente de John duc de Boxburghe. Le marquis de Blandford Tacheta dl,'980 francs (7 ans après il fut revendu à lord Spencer 21,129 francs ). Ce prix extraordinaire à causé une .telle sensation parmi les bibliophiles de Londres , que ceux-ci ont résolu de perpétuer le souvenir de ce mémorable événement , en fondant sous le nom de Roxburghe club , une société dont les membres se réunissent annuellement à l'hôftel Glarendon , pour célébrer par un banquet l'anniversaire de l'adjudication du Decameron de Valdarfer. Chaque membre est tenu de faire imprimer à son tour , et à ses frais , quelque opuscule devenu extrêmement rare. Le nombre des exemplaires ne doit pas excéder Si ( nombre des membres .du club ). A la fin du supplément au manuel de Brunei , on trouve la. note de ces impressions. Sir Richard Heber, appelé Atticuê par M. Dibdin y était un des- soeiétaires le& plus xélés de . ce club^
(75 éditions de ces mêmes auteurs qu'il doit préférer 5 à
raison de leur exactitude , de leur correction , etc. ? (6).
(6) Ce choix n'exigeant guère plus que des yeux et un peu de goût, il es( facile de dire en, quoi connate une belle édition. Dans la netteté d'un beau caractère , et dans la proportion avec le format, dans une sévère correction qui conserve le texte et chaque mot en particulier , dans tonte leur intégrité, et Torthographe dans toute sa pureté; dans rélégante disposition du frontispice; des titres du chapitre , des notes , etc. ; dans une justification ( voir la note 20 plus bas ) qui ne soit ni trop grande ni trop petite ; dans de belles marges ; dans l'uniformité du tirage , et surtout de la couleur de Tencrc, qui, ni trop noire ni trop pâle , doit être de la môme nuance, pour toutes les pages; enfin, dans la beauté et la solidité du papier. 11 n*est pas difficile , au premier coup d*œil , de voir si ces diverses conditions sont remplies. Au reste , le nom de certains imprimeurs est une garantie à cet égard : les Aides , les Etiennes , les Elzévirs , les Cramoisy , les Wet-, stein , les Foulis, les Baskerville, les Ibarra , les Didot, les Bodoni , les Mussi, les Crapelet, les Plantins et beaucoup d'anciens imprimeurs de plusieurs villes de TËurope se sont attiré Testime du monde savant , par la beauté et la bonté de leurs éditions ; on ne risque donc rien de donner la préférence k celles qu'ils ont publiées ; et parmi les éditeurs de collections curieuses et intéressantes , 00 distinguera ; 1° la collection d'auteurs latins , français et italiens imprimée de format petit in 12 par les Ehévira ; 2* la collection des auteurs latins , avec des interprétations et des notes imprimées ( à Paris ) ad uaum Delphini ,. 62 vol. in 4 ; S"» la collection de Didot ad usum Delphini 14 vol. in 4. ( cette collection est aussi in^rimée in 8' et in 18); 4» les auteurs grecs et latins cum notis variorum ; 5^ les auteurs, classiques cum noti$ divcraorum ; 6« les
tfJUsto/ien tjpû sait que les moindres écrits ren-^
fermeut souvent des détails qui peuvent animer oa
éelaireir son récit , n'a-t-il pas besoin de connaître ce
qq^ existe sur chacune des bi^anches qu'il cukive?
Uhomme de lettres et ïérudit qui préparent de nouvelles éditions courent risque de laisser beaucoup à désirer', slls négligent la bibliographie, qui leur indiquerait les éditions qu'ils doivent consulter , aoit comme plus complètes ou plus correctes ; celles qui 6&ent les meilleures leçons, ou que les savants ont enrichies de leur remarques et de leurs commentaires.
Eo un mot , Vécrii^ain , le lecteur , quels qu'ils soient , éprouvent la nécessité de connaître tout ce qui a été pensé , dit, et publié sur ce qui fait Tobjet de leurs études , afin d'atteincjre le but qu'ils se proposent.
Cependant malgré son utilité bien constatée, la bibliographie ne compte dans chaque pays qu'un très petit nombre de personnes qui s'en occupent avec dintiactiouv IVoà vient que lorsqu'on cultive tcwites les seifen^es avec ardeur , Fon est indifférent pour celle-ci ? On pourrait assigner à cet éfoignement deux causes
atiteur^^ classiques de9 Platft'ms , defs BâdFùs Ascensltis , deâ Oporlnûs , dés Barboo ; la coHecfîoQ de Ûetix-Ponts , etc.
Nota. On entend par classiques y les auteurs qui ont le mieux écrit dans chaque langue portée à son plus haut' degré de perfection, et qui servent ordinairement de roodétes i ceux qui s'appliquent & fétudè dfss belles lettres.
( 9 ) })riti0tpAles : c^est <pie k récompenise du Iniifiographe est toute entière dans la reconnaidsance de quelques amateurs édairés ^ qu'on croit généralement , qu'un peu de mémoire et l'habitude de manier les livres ^ constituent le mérite de celui qui veut s'y livrer ; qu'on pourrait à la rigueur se passer de savoir lire ; qu'il suffirait de connaître les lettres inajuscules pour savc»r exactement le titre d'un ouvrage , le nom de l'imprimeur , la date et le lieu de l'édition , et qu'enfin la bibliographie n'est qu'une routine , etc. (7).
«Mik
(7) Pourquoi donc les bibliographes sont-ils moins considérés quMls ne devraient Tétre , et pourquoi , quand on fait leur éloge , oublie-t-on de parler de leur science bibliographique ? En réfléchissant sur l'indiiTérenca du public à leur égard , nous en trouverons la cause dans Thabilude où il est de les confondre avec les bibliomanes. C'est , en effet , parce qu^on a connu et qu'on connaît des hommes qui , sans lumières , sans goût , sans discernement, et guidés uniquement par un instinct aveugle et une folle manie , achètent toutes sortes de livres bons et mauvais , par la raison que ces livres portent une dale ou n'en portent point; qu'ils ont été publiés par tel imprimeur , sur tel papier , ou qu'ils ont été reliés par tel ou tel relieur , etc. En cela semblables à ces ridicules amateurs d'objets de curiosités, qui fréquentent les ventes publiques , les magazins , et parcourent les quais , pour entasser dans leurs cabinets les tableaut , les dessins , les gravures , les bronzes , les médailles , les terres cuites , les émaux , les ivoires , les laques , les poissons , les papillons , les minéraux et tout ce qui leur paraît remarquable ou pour la matière ou pour la forme; ces bibliomancs dis-je , qui ne lisent jamais , ne considèrent un livre qu^
( lo) .
Si la science de la bibliographie n'exige pas les dons brillants de Fimagination , elle demande plusieurs qualités secondaires dont lassemblage n'est pas moins rare. Avec un certain degré d'universalité d'esprit , et des connaissances spéciales en histoire littéraire (8) ^ le vrai bibliographe doit être doué d'un goût exercé , d'une exactitude scrupuleuse , d'une conscience délicate y d'un esprit d'ordre nécessaire dans la classifi-
comme nn otneiûeiit , un meuble où ils n'aperçoiveiit d'autre défaut que celui qui attaque le matériel de Tou- ▼rage , tel qu'une déchirure , une tache ou des traces d'eau , etc. etc.
(8) Pour bien connaître la valeur intrinsèque des livres , pour avoir une connaissance approfondie de leur mérite réel et même de leur valeur extrinsèque , c'est à Fétude de Yhistoire littéraire qu'on doit s'appliquer principalement , c'est là qu'on pourra recueillir une ample moisson d'instructions bibliographiques. Cette science comprend généralement : l'histoire des lettres et des langues , où il est traité de leur origine et de leurs progrès ; l'histoire des académies , écoles , universités , collèges et sociétés des gens de lettres , avec les traités particuliers concernant leur origine » fondation , progrès , utilité , etc. etc.
Beaucoup d'auteurs se sont occupés de l'histoire littéraire , et nous ont laissé de bons ouvrages sur cette pai*tie , entr' autres :
£icUorn, geschichte der literatùr , Gôttingen 1804, 12 vol. in-8.
Ginpàéné, histoire littéraire d'Italie , 2 édit. Paris 1824 , 9 vol. in-8».
Heinsius j geschichte der Sprach-Dicht-und- Redekunsi der Deutscben , Berlin 1823 , in-8*.
calion souvent arbitraire (9) des productions de l'intelligence humaine; enfin, et pardessus tout, d'une patience à toute épreuve (10).
J^aharpe ^ J. F. , cours de littérature ancienne et moderne , nouv. édit. Paris 1833 , 2 gr. vol. in-8».
Schœll , histoire de la littérature grecque profane jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs , 2 édit. , Paris 1823, 8 vol. in-80.
Sohœll , histoire de la littérature romaine ^ Paris 1810,^ 4 vol. in-8<»
Villemain , cours de littérature française , etc.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur les a|ivrage&, qui traitent de la littérature en général, car toutes les bibliographies en parlent d^une mapiçre plus ou moins étendue , ainsi que les catalogues des bibUothèqiies publiques et particulières.
(9) Nous disons arMratrev, parce qu&ju5qu!à ce moment y on .ne connaît encore aucua système bibliographique pavfait, et peut-être est-il impossible dVtteindre à cette perfection désirée; car ce système consiste à diviser et souçdi viser en diverses class,es. tout ce qui fait Tobjet de nqs ^ connaissances, chacune des cla*sses primitives pouvant être considérée comme un tronc qui porte des braaches , d^s rameaux et des feuilles \ et la difficulté à surmonter poi^r établir entre toutes ces parties Tordre qui leur convient, est :
1<* De fiûser le tang qttp h9 classes primitives. doi!oent ten\r çntr elles ;.
2^ De rapporter à chacune d'elles la quantité immense de^ branches , de rameaux et de feuilles qui lui apparUennent^
Or , sei*a-t-oii jamais d'accord sur les divisions, et sur; les sous-divisions?
(10) V. Quéraxd , la Fran-oe littéraire , t% 1. discoups préliminaire.
( lO
La bibliographie étant la plus TM>ie et la plus universelle de toutes les coniiaissaDces bumainea y tout paraît devoir être du ressort du bibfiographe ; les langues (ii), la critique (12), la philosophie et
(11) Celai qni vent s^élancer dans cette carrière, et la parcourir avec gloire , doit s'appliquer à Tétade des principales langues anciennes et modernes. Car on trouve des livres & peu près dans toutes les langues connues \ et comment un bibliographe pourrait-il décrire ces livres , 9*it ignore la langue dans laquelle ils son( écrits. Toutefois il n*est pas nécessaire qu*il sache parler toutes ces langues ; ce serait exiger une chose trop difficile» pour ne pas dire impossible; il suffit que le bibliographe fasse une étude approfondie des langues grecque et latine. Le bibliothé^ caire doit posséder, en outre , les laugnes française ^ alle^
• mande ^ italienne et anglaise. Qui sait si d'ici en un demi siècle l'étude des langues espagnole et portugaise ne lui sera pas d'une grande utilité? Quant aux autres langues occidentales , s'il n'est pas indispensable de les posséder , il est du moins essentiel d'en savoir assez pour traduire les titres des ouvrages écrits en ces différentes langues. Quant i^ux langues orientales, une légère connaissance de Vhéhreu et de l'arabe , lui sera souvent d'une grande utilité.
(12) Science qui juge du mérite littéraire des ouvrages, et qu'on pourrait appeler critique aesthétique , pour ne pas la confondre avec une autre science qu'on appelle également critique et qui établit les principes diaprés lesquels on peut juger non-seulement de l'authenticité des ouvrages qui portent des noms célèbres dans l'antiquité , mais aussi de la pureté de certains passages et choisir dans les leçons qu'offrent les difFérens textes , celles qui portent les traces d'une origine pure.
( »3) la théologie (i3}^ l^éloqQeDcei ks maliiéi»atiqttes , la géograplûe ) la chroQolo^ie, l'histoire (i4) ^^ ^ diploiiiatique (j5) ne doivent point lui être étran-
(18) La vraie philosophie guidée par le goût âoit toa-» jours déterminer le choix du bibliophile.
I^ bibliographe doit avoir au ou>iD$ des notioôwB superficielLB3 de théologie , des scieoees morale et politique 9 etc* , afin d'éviter la confusion dans le classement des livres qni traitent de ces diverses matières et pour avoir aussi une idée de la valeur intrinsèc|ue de ces sortes de livres.
(14) Après Fétude des lances celle de la gé»§riifkie et de V histoire est indispensable à un bibliographe; car celvi qui n'aurait aucnne connaissance géographique , ne pourrait pas fixer le rang que doit occuper l'histoire topographique des différens pays ; il ne pourrait pas feiire on classement régulier de la multitude des voyages qui existent ; et s'il ne connaissait pas la ehronola^e et Yhiêioire ^ il ne pourrait pas placer non plus les livres historiques dans leur ordre chronologique. Cet ordre chronoiogiqu& s'entend noti de Tépoque de l'impression d'un livre» mais, de Tordre des événemens qui y sont relatés,
(18) Cest-à*dire , la science et l'art de connaître les différentes écritures et la date des diplômes , ( Les dipidraes sont des actes émanés ordinairement de l'autorité des fois , et quelquefois des personnes d'un grade inférieur , tels que des ducs ^ des comtes , etc. On donne encore aux diplômes le nom de titrea et de chartes ) , et par conséquent de vérifier la vérité ou la fausseté de ceux qui pourraient avoir été altérés , contrefaits et imités pour les substituer quelquefois à des titres certains et à de véritables diplômes. ( V. Peignoty dict. de bibliologie, au mot diplomatique)* D'où Tient que cette science qui conduit à tant d'hen-^ reuses découvertes, et qu'on pourrait appeler en quelque-
gères j ainsique Thistoire de l'imprimerie ( 1 6) et des célèbres imprimeurs ( 1 7). Il en est de même de tout ce qui constitue Je matériel d^nn livre, comme : papier, parchemin , vélin, etc. (18) ; caractères (19), justifica- .tion {26) , encre (3 1 ) > impression (22) , format (23) ,
façon la clef de la littératare , soit aussi négligée quVUe Test de nos jours 7 Les difficultés qui accompagnent ordinairement les premiers pas qu'on fait dans une carrière aussi épineuse 9 ont pu déconcerter ceux qui voulaient s*y livrer. Il est vrai , les abords de la diplomatique sont froids , secs et rebutants ; mais a-t-on sa dévorer les premiers dé« goûts , on est ensuite dédommagé de ses peines par les précieux avantages qu'on en retire. V. Il* partie chap. f. Nous renvoyons le lecteur à la lil' partie de notre mana^l pour la liste des ouvrages de diplomatique.
(16) V. IL part. chap. m.
(17) V. IL part. cbap. iv-vii.
(18) V. IL part. cbap. 11.
(19) V. II. part. chap. ix.
(20) On entend par justification en tei*me d'imprimerie, la hauteur des pages et la largueur des lignes , plus ou moins grandes. Pour justifier les pages , il ne faut pas qu'il y ait plus de lignes à Tune qu'à l'autre. Les lignes se justifient dans un composteur ( c'est un morceau de fer ou de cuivre , plat , poli , de neuf à dix pouces de long , sur cinq à six lignes de large , et portant un rebord de deux à trois lignes de haut dans toute sa longueur , il est terminé à son extrémité antérieure en forme d'équerre , etc. ) monté pour donner la longueur précise que Ton désire , pour qu'elles soient extrêmement justes , il ne faut pas que l'une excède l'autre , et la propreté de la composition exige que tous les mots soient espacés régulièrement.
(21) On entend par le mot encre toute matière a|^a-
( i5) reliure, etc. (24)- S'occuper sans cesse des ouvrages des anciens (aS) et des modernes ^ s'appliquer à connaître
rente de l'écriture. Vencre ttimprimerie n'est antre chose qu'un mélange de noir de fumée et d'huile de noix ou de lin , réduits en vernis par la cuisson : l'huile de noix est surtout préférable. Lorsqu'on veut faire des encres de couleur^ au lieu de noir de fumée , ob met , pour le roùge , du vermillon en poudre bien sec , auquel on ajoute un peu de carmin ; pour le verd , du verd de gris calciné et préparé ; pour le bleu, du bleu de Prusse; pour le jaune , de l'orpin ; pour le violet, de la laque fine calcinée; ainsi des autres couleurs , en y mêlant du blanc de céruse selon la teinte qu'on y teut donner.
(22) Ce mot signifie l'action par laquelle on met en usage les procédés typographiques ; et dans ce sens on dit commencer Fimpression d^un ouvrage ; ou il signifie le résultat de cette action , et alors on dit une belle impression , etc. V. II. part. chap. x.
(2â) V. II. part. chap. xv.
(24) 11 est essentiel de soigner pour la conservation des livres par une reliure solide et bien achevée. V. II. p. ch. xvii.
(25) « Cest en lisant les anciens que l'on jlige et que l'on goûte mieux les bons modernes qui leur ressemblent ; c'est avec eux que le goût s'épure et que l'âme s'élève et se fortifie , que le sentiment de la vraie gloire et l'amour du vrai beau s'accroissent et s'affermissent. On ne les lit pas assez. Nous avons beaucoup d'écrivains et peu d'hommes de lettres. Quel homme de lettres d'une classe distinguée n'a pas souvent à se plaindre des injustices de ses contemporains ? He bien ! qu'il se réfugie alors dans le sein de l'antiquité ; c'est la son véritable asile. Si les progrès du mauvais goût , les préventions de l'ignorance , les noirceurs de l'envie , les outrages de la haine , jettent dans son âme ce découragement involontaire qui se fait sentir
( '6) les livres atUes , rares et curieux (26} ; passer sa vie à les atialjrser , les classer , les décrire ; parcourir les btUiothéque» et les cabinets poM augmenter la somme de ses oonuaissances ; étudier les auteurs qui ont traité de la science des livres (27) , relever leurs erreurs ; choisir dans les productions nouveOes celles qui sont marquées au coin du génie et qui doivent vivre dans la mémoire des hommes (28))
quelquefois à ceux qui aiment le plus les beaax-arU, alors qu'il revienne vivre avec Horace , Virgile et Cicéron ; qa il converse avec ses grandes âines ; la sienne retrouvera tout son courage; et c'est avec de pareils confrères qu'il oubliera
ses ennemis «. « Mais d'où nait ce charme qui attache
dans leurs ouvrages et nous y rappelle sans cesse ? Qu*est> ce qui soutient en eux ce ton d'élévation naturelle qui ne se dément presque jamais ? C'est que les lettres étaient pour eux un besoin de l'âme , et non pas un métier de convenance ; c'est qu'ils répandaient sur le papier des idées et des sentiments qu'ils ne cherchaient pas ailleurs qu'en enx*mémeSy c'est qu'ils ont un caractère qui leur appartient et qui donne sa couleur à tout ce qu'ils composent. Aussi ne voyez-vous jamais chez eux ce mélange de tous que l'on remarque aujourd'hui c^ms une foule d'auteurs. qui ne peuvent en avoir un qui leur soit propre , etc. etc. » V. Laharpê^ Suet. , dise. prél.
(26) V. IL part* châp. xvi.
(27) Une liste de$ ouvrages qui traitent de la êcimue deê Utffês se trouve dans la III. partie de notre manuel.
(28) La littérature prise en général offre malheureuse* ment un amalgame , dans lequel 11 faut nécessairement faire un choix ; nom sunt &<Hia , sun£ ^$mêdam mêâioeria , iiMi^ mala plurm ( Martial. £p. 17 , Itb. I ). L'on con-
( *7 ) fureter dans les journau^i littéraires pour se tenir sans cesse au eourant des découvertes de son siècle y et les comparer à celles des siècles passés (29) 3 être avide de tous les ouvrages qui traitent des bi« bliothèques (3o), et surtout des catalogues lorsqu'ils sont bien faits , bien raisonnes et que les prix ajoutent encore à leur valeur (3i). Telles sont les occupations du vrai bibliographe. Ce sont là toutes connaissances qu'il doit réunir.
viendra que Toû ne peut apporter trop d^attention à ne^ choisir que. ce qui est vraiment bon , vraiment utile; et il est reconnu que les excellons livres , ceux que runanimif é des souiFrages place au premier rang , sont les seuls dont la valeur intrinsèque soit constante et môme aille toujours en croissant.
(29) L'allemagne , TAngleterre , la France , l'Italie , la Hollande et la Belgique ont enrichi la république des lettres d'une multitude d'excellens journaux. C'est encore là et surtout en Allemagne où la critique a été élevée au plus haut degré de supériorité. C'est donc dans les écrits périodiques , que l'homme , qui veut s'instruire profondement dans l'histoire littéraire et dans la bibliographie 1 doit chercher ses lumières.
Pour rester au courant des nouvelles productions < nous engageons les bibliographes à parcourir avec attention les journaux littéraires que nous indiquons dans la III. partie de notre ouvrage.
(30) Le lecteur trouvera dans la III. partie de notre ouvrage , une liste des livres qui traitent des bibliothèques en général.
(31) V. IL part. chap. zx.
( t8) Il est certain qu'un seul homme , quelque longue que soit sa carrière , ne pourrait jamais parvenir à devenir un bibliographe parfait , parce qu'il faudrait qu'il embrassât toutes les sciences , tons les arts , et qu^il connût tous les ouvrages qui en traitent , ou pour mieux dire , qui existent.
Mais s'il est impossible qu'un seul individu acquièrre l'universalité des connaissances humaines relativement à la bibliographie , s'il est impossible de parvenir à mériter le titre de bibliognoste (Sa) , U en existe cependant qui ont parcouru cette carrière avec le plus grand avantage possible , soit comme savans , soit comme bibliothécaires ou comme amateurs (33).
(32) Ce mot tiré du grec , signifie une personne versée dans la connaissance historique et littéraire des livres , et dans celle de leurs parties intrinsèques» Une des fonctions principales du bibliognoste est le classement méthodique des livres ; sous ce rapport il devient bibliotacte.
Les allemands considèrent avec raison la bibliognogie comme la clef de toutes les sciences ; aussi , quand ils traitent un sujet quelconque en donnent-ils ordinairement la littérature : c'est ainsi qu'ils appellent Ténumération des ouvrages que Ton peut consulter sur la même matière.
(33) De ce nombre sont : Photius , Gesner, Lacroix du Maine, Du Verdier , Naudé , Lambecius, Placcius, Magliabecchi , Lelong , Orlandi , Fabricius , Struvius , Vogt , Niceron , Maittaire , Marchand, Saxius, Dav. Clément , Goujet, Meerman, De Bure, Crevenna, Rive, Mercier, Laire , Panzer , Oberlinus , Jôcher , Enslin , Van Hulthem , etc.