CHAPITRE XIX
Des moyens pour préserver une bibUothèque des
bétes et des insectes.
Pottr préserver une bibliothèque des vers et autres insectes , on connaît plusieurs moyens. Le premier consiste dans le choix du bois qu'on emploie pour les tablettes , armoires , etc. Si l'on a une bibliothèque composée de livres précieux , il est à propos do prendre du bois de cèdre, ou au moins du chêne très sec et très sain , pour en faire le meuble et les tablettes destinées à recevoir les ouvrages. Le cèdre par son odeur , le chêne par sa dureté , sont plus propres à écarter les vers et autres insectes , qui se creusent si facilement un asile dans le sapin et autres bois tendres. Le second moyen est une grande propreté.
Les insectes qui font tant de ravages dans les bibliothèques , sont les larves de quelques vrillettes y telles que le ptinus fur ^ L. , ptinus mollis ^ L. , ou anobium molle de Fabricius. Les unes percent les feuillets d'un livre de part en part presqu'en ligne droite \ d'autres les percent en sillons sinueux à peuprès comme le ver à soie sur la feuille du mûrier dont il se nourrit. Les livres attaqués par ces animaux dc»vent être battus , mis à Tair et esposés à une fumigation de soufre. La vapeur de ce minéral les tue lorsqu'ils sont insectes parfaits , mais ne produit aucun effet sur leurs œufs ; ainsi il faut attendre le temps où ils édosent ordinairement , c'est-à-dire , vers le mois de Mars. On peut aussi fumîger en Eté.
On doit attribuer la cause de l'apparition des insectes dans une bibliothèque , aux cartons et à la ooUe dont se servent les relieurs pour coller le papier j le parchemin ou le cuir. Cette colle est faite avec de la farine noire ou autres que ces insectes aiment beaucoup. C'est en vain que l'on a voulu mêler dans cette colle des amers , tels que l'absinthe , la coloquinte , etc. ; ou des sels végétaux , comme la potasse , le sel de tartre , etc. ; il n'y a absolument que les sels minéraux , tels que l'alun, le vitriol , etc. , qui fassent de l'effet. On doit conseiller aux relieurs d'employer l'amidon , an lieu de farine , pour leur colle. Certains auteurs disent aussi que, pour préserver tout volume des insectes , il faut mettre de l'alun pulvérisé mêlé d'un peu de
(239) poivre fin , entre le livre et la couverture ; un moyai plus sur encore, ce serait de frotter les livres en Mars, Juillet ou Septembre avec un morceau d'étoffe , saupoudré d'alun pulvérisé. En général toute odeur forte , telle que le musc , la térébenthine , le thym , etc. fait fuir les insectes.
On conseille ordinairement de faire relier un certain nombre de volumes en cuir de Russie (i), et de les disséminer dans la bibliothèque ; mais l'expérience nous a prouvé que ce cuir est aussi attaqué par les insectes.
Ce n'est pas en Europe que les vers font le plus de ravages dans les bibliothèques. Feu M. D'Ansse de Viiloison dit (2) , que ces insectes sont un des plus grands fléaux du Levant, et plus dangereux <|ue dans nos contrées. Toutes les bibliothèques des Jé-
(I) La Revue briianique (n° d'octobre 1825, p. 386) nous assure que quelques gouttes de Thuile de bouleau dont on parfume le cuir de Russie , suffisent pour garantir une bibliothèque des insectes. Le môme recueil indique comment on peut préserver la colle de la moisissure. L*al«iQ employé par les relieurs n'est pas un préservatif absolu , quoiqu'il contribue beaucoup à la conservation des peaux. La résine en usage parmi les cordonniers est préférable, et agit entièrement dans le même sens ; mais Thuile de térébenthine a beaucoup plus de puissance encore ; la lavande et les autres substances aromatiques d'une odeur forte » comme le poivre , l'anis , la bergamote , réusissent parfaitement , même en très mince quantité , elles conservent la colle pendant un temps illimité , etc.
(2) Dans ses fragmens sur la Grèce.
suites à Salonique , Scio , Santorin , Naxos et même à Constantinople , tombent en poussière. Les manuscrits, même en parchemin , subissent le même sort, quoique plus tard.