‹ Manuel du bibliothécaire, accompagné de notes critiques, historiques et littérairesChapitre 48 sur 118 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la correction des épreuves.

Pour obtenir un grand succès dans l'art typographique et se faire une réputation par de beUes éditions , il faut réunir à un goût exquis , des soins.^ des attentions et une patience à toute épreuve. De

(9) Nous avons indiqué plus> haut plusieurs de ces caractères.

Nos lecteurs qui désireraient se familiariser d^avantage* avec les opérations typographiques , pour connaître tous les caractères en général , le nombre de lettres qui entrent dans la composion d*une feuille de chaque format; le poids d'une feuille composée de caractères les plus usités , etc. , peuvent consulter avec fruit les ouvrages sur la typographie, cités dans la 11^ partie de notre manuel»

( 175 ) toutes les parties de l'art typographique , la plus essentielle , la plus difficile et celle qui assure la gloire et la réputation de Timprimeur et de l'auteur, c'est la correction des épreuves; sans cela, les caractères les mieux gravés, le papier le plus beau et l'encre la mieux préparée ne contribueront qu'à faire ressortir d'avantage les fautes nombreuses qui attestent l'ignorance , ou au moins la négligence impardonnable de l'imprimeur ou de l'auteur. Il existe si peu de livres sans faute , qu'on peut les compter ; et pour pouvoir annoncer au frontispice d'un ouvrage comme Didot l'a fait à son Virgile , sine mendâ y il faut sans doute mettre au pilon plus d'une feuille invprimée, et la recommencer de nouveau ; mais , sans atteindre ce degré de pureté , on peut publier de bonnes éditions , en donnant beaucoup d'attention à la correction des épreuves ; car la beauté de l'impression dépend de trop de circonstances différentes , pour pouvoir produire un livre également bien conditionné.

Ainsi, quand on parle du goût des livres , il n'est pas permis de passer sous silence une classe de personnes auxquelles les livres doivent une partie de leur mérite, la correction typographique. Autrefois les fonctions de correcteurs n'étaient confiées qu'à des gens instruits ; des savans même de premier ordre ne rougissaient pas de s'en charger (i).

(1) Elles furent remplies par Cornélius Kilianus et Franc. Raphelengius dans rimprimerie Plantinienne. Kilianus qui

( '76) Il ne suffit pas que le correcteur indique le mal , il doit prescrire le meilleur remède à y apporter. C'est sous ce dernier rapport que nous allons rappeler ici quelques-unes de ses importantes fonctions.

La feuille à lire doit être remise, non coupée,

a défendu les correcteurs contre les écrivains qui les accusent de leurs propres fautes , eut pour collègues Theod. Pulmanus , Ânt. Gesdalius , Victor Giselinus et Franc. Harduin 9 ainsi que le rapporte Aub, Le Mire dans ses éloges. Si Ton en croit Opmerus , Erasme fut correcteur , a Louvain , chez. Thiery d'Âlost. J. Scaliger^ dans la réfutation du Cicerontanus , prétend qu*£rasme remplit le même office chez les Aides , mais celui-ci le nie et affirme n'avoir corrigé que ses propres ouvrages {B, G. Struvius y Introd. in notit. rei lilt, éd. V». 1729, 8^ p. 955). Paul Manuce lui-même, dans rédition des épîtres familières de Cicéron , qu'il donna en 1546 , avertit que , voyant ses corrections dénaturées , operaHorum incuriâ , il se décida à soigner la correction , nanj ut solet, per vicarium^ sed ipsemet quoHdlanâ cura. Aussi les imprimeurs ajoutaient-ils souvent leurs noms à' ceux de leurs correcteurs , et les ouvrages étaient plus ou moins estimés en raison de la réputation de ces derniers. On sait que le célèbre Robert Etienne était si jaloux de donner des éditions correctes , qu'il en faisait exposer publiquement les épreuves , en offi*ant une récompense à quiconque y découvrirait des fautes. Enfin Famour de la cor* rection typographique a été porté aussi loin , qu'on prétend que la mort du poète italien Alexandre Guidi a été accélérée par le chagrin de trouver quelques petites fautes d'impression dans sa belle édition des Homélies de Clément XI y son bienfaiteur , qu'il a paraphrasées en vers et qui ont paru en 1712. V. De Reiffenberg ^ archiv. philol. t. 1*' , p. 55. •

(^77) au correcteur , afin qu'il la déploie pour s'assurer sî

elle est bien imposée; si les garnitures sont égales

et en place. Il vérifie après , si les premiers mots de la

feuille sonlt bien la suite des derniers mots de la feuille

précédente ; si les titres sont à leur place ; si les

caractères sont bien espacés , blanchis , césures , etc.

Outre les fautes d'orthographe , même celles de grammaire ou de construction qui se trouveraient à la copie , le correcteur doit soigneusement relever jusqu'aux moindres inconvenances typographiques.

Le même correcteur qui a commencé de lire un ouvrage , doit , s^il est possible , le continuer jusqu'à la fin. On est sûr qu'il y observera constamment la même orthographe , la même ponctuation , le même emploi de caractères et de blancs dans les titres et sous-titres , enfin le même ordre typographique et les instructions de convention de l'auteur. Néanmoins il convient que les secondes épreuves soient lues par un autre correcteur , et les tierces et . révisions par un préposé ad hoc , afin que ce qui est échappé aux précédents puisse être retrouvé par le dernier.

Il y a , pour marquer les corrections , des signes convenus , connus de toute la typographie , dont voici les principaux.

Les corrections se marquent toujours en marge sur le même côté de la même page , c'est-à-dire , sur la marge gauche pour les pages paires , et âur la marge droite pour les pages impaires. Toute correclion se désigne par un petit trait perpendiculaire

( »7« ) dans l'endroit de la ligne où elle doit se faire , et par un semblable trait en marge , à côté duquel est le signe indicatif de la correction. Lorsqu'on livre un manuscrit à l'impression et que l'on veut désigner quel est le caractère que l'on destine à certaines lettres, ou à certains mots , on indique les grandes capi-* taies par trois barres tirées sous la lettre ou sous le mot/ S ou Jean ) ; les petites capitales par deux

barres ( S^ou Jean ) ; et si on veut des- capitales italiques , on ajoute une barre sur le mot , outre celles qui sont au-dessous ( Pierre ). Toute lettre ou tout

mot ayant une seule barre en dessous , doit être en italique bas de casse ( e ou livre ).

Pour marquer un alinéa , on fait précéder d'un crochet le mot où il doit commencer ( les impaires. [ T^ute correction , etc. ) ; et pour le supprimer , ou trace , avant le mot qui le commence , deux espèces de parenthèses horizontales , l'une au-dessus de la Kgne et l'autre ^u-dessôus : ce signe indique aussi qu'il faut rapprocher des lettres ou des mots qu'on

a trop espacés (XToute correction, etc.; ou con'^traire);

dans le cas contraire, c'est-à-dire, lorsque des mots sont trop rapprochés , le signe de séparation est un double trait de plume en croix ( 41= )*

On appelle bourdon un ou plusieurs mots oubUés dans la composition j il s'indique par une barre entre le mot qui précède et celui qui suit , et l'on écrit (sn marge , vis-à-vis , ce qui a été omis. On

( 179 ) donne le nom de doublon à ceux qui se trou-^ vent répétés deux fois, et se corrige en l'effaçant et en mettant en marge del ou c?^ ce qui signifie deleaturX Pour substituer une lettre à une autre , on fait un trait perpendiculaire sur la lettre à remplacer , et on écrit en marge , à côté d'un semblable irait , la lettre qu'on veut mettre à la place.

Lorsqu'une ou plusieurs lettres sont renversées , on les barre et on fait en marge un signe qui équivaut à une espèce de 3 , ( oj))9{ , en marge / 3 ).

Quand une espace ou un quadratin lève et tâcbe le papier , on le barre et on indique la correction par une simple croix ( presque | rien , en marge / X )•

Lorsque des lettres ou des mots ne sont pas en ligne, ce qu'on appelle chevaucher , on fait une barre audessus ou au-dessous , et l'on répète ces deux barres en marge ( ZI ).

S'il se trouve des lettres sales et qui doivent être nettoyées , on fait en marge ^ vis-à-vis , deux traits parallèles un peu tremblés , et l'on met des points entre les deux ( ^^^s^iî^^^^ )•

Pour transporter des lettres ou des mots qui ne sont pas à leur place , on figure une espèce d' S coucbée,qui embrasse le mot qui doit le suivre (O^).

Pour rapprocher deux lignes séparées par trop de

blanc, on figure aux extrémités de l'une et de l'autre une

parenthèse dans laquelle il semble qu'on enferme ces

, -. / que Schœffer trouvera celui 5 etc. A

deux bgnes \ Ç- ) h

\ des moules , ou matrices , etc. /

Quand un mot qui ne peut pas entrer tout entier dans une même ligne , est mal divisé , comme pater , on tire un trait perpendiculaire sur le ^^ et on met avant Xe qui commence Tautre ligne , un trait également perpendiculaire , mais surmonté dW autre petit trait horizontal.

Les lettres supérieures trop basses se rehaussent par une grande S ou par le signe J , dont la branche inférieure enveloppe les lettres à rehausser.

L'apostrophe oubliée se marque à la marge par le trait perpendiculaire ordinaire , et à côté un petit trait surmonté de l'apostrophe (1).

S'il se trouve du blanc au commencement d'une ligne, on le marque par un trait horizontal de la longueur du blanc, etc. ( — ).

Lorsque des lettres sont gâtées on passe une ligne perpendiculaire par la lettre gâtée , et on marque en marge la lettre manquée avec une espèce de C.

Lorsqu'on doit ajouter une lettre on passe un trait perpendiculaire entre les deux lettres où doit venir la lettre oubliée et on met en marge à côté d'un trait semblable^ la lettre ou le mot à ajouter, etc.

Nous n'entrerons pas dans de plus longs détails sur cet objet, ce peu d'explications suffira aux au-* teurs qui ne sont pas familiarisés avec les corrections ; d'ailleurs ils peuvent consulter avec fruit les manuels de la typographie qui se trouvent indiqués dans la III® part, de notre ouvrage.

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