CHAPITRE m
De la définition du mot Bibliothèque.
Le mot bibliothèque peut être pris dans trois sens difFérens : il signifie ou le lieu qui renferme des livres ; ou une collection délivres; ou enfin, un ouvrage ayant pour titre : Bibliothèque , tel que la Bibliothèque portative des voyages , Paris , an 7 , 4^ ^^* in 18 et 7 atlas de fig. etc. Il s'agit ici du mot bibliothèque pris dans les deux premiers sens (i).
(18) Si on ne peut flatter de trouver pour remplir les places de bibliothécaires , des hommes tels que nous venons de les peindre , des hommes consommés dans toutes les sciences, au moins faudra-t-il fixer son choix sur ceux qui seront le moins éloignés du terme de perfection où il serait a désirer qu'ils fussent tous parvenus; sur ceux enfin qui, avec le temps et du travail pourront approcher le plus près du but. D'ailleurs , un bibliothécaire instruit a , sur celui qui ne Test pas , le mérite de pouvoir , lorsqu'on demande un livre qui lui manque , en offrir un autre dans le même genre , et qui peut remplir le même objet. Par ce moyen il retient dans sa bibliothèque Thomme studieux qui l'aurait quittée pour aller dans une autre ; ce qui est un avantage de plus et pour le dépôt littéraire auquel il préside » et pour le public qui vient y puiser des connaissances.
(1) Le mot hibiiotheca avait aussi cette double signification chez les Romains. Pendant le moyen âge , Ton donna encore le nom de bibliothèque a la Bible , réunion des livres sacrés , et le mot Bible lui-même emporte Tidée de livre par escellence.
( 3i ) Une bibUothèque est donc un lieu où Von trouve une collection considérable de livres classés et rangés dans un ordre qui Jlatte et P esprit et les yeux ; de manière , que chaque personne , avide de s instruire , soit mise en état de pouvoir consulter et trouver avec facilité chaque ouvrage p chaque traité qui s'y trouve.
Expliquons nous : il serait ridicule de donner le nom de bibliothèque à une ou deux tablettes où se trouvent à peine 4^ à 5o volumes ; on ne peut non plus déterminer le nombre des volumes qui doivent y entrer. C'çst pour cette raison que dans notre définition nous avons ajouté les mots : une collection considérable de livres ( imprimés et manuscrits ) ; car les collections de tableaux , de minéraux et autres , quoique souvent ensemble , ne font pas , à la rigueur , partie d une bibliothèque.
L'on conviendra avec nous qu'un bon arrangement est de première nécessité dans toute bibliothèque ; et qu'un tas de livres mal arrangés ne mérite pas plus le nom de bibliothèque , qu'un tas de matériaux pour bâtir , ne mérite d'être appelé maison (a).
(2) Un grand nombre de personnes, même celles qui ont da goût et de Tinstruction , même les gens de lettres et les savants , s'imaginent qu'ils suffit d'acheter des livres et de les arranger sur des tablettes pour former une bibliothèque , et n'ont égard , dans leurs acquisitions , qu'au mérite intrinsèque des OMvrages. Si ces personnes avaient quelque connaissance de la bibliographie , elles sauraient
Le classement d'une bibliothèque pourrait sembler de peu de conséquence s'il était possible qu'elle de-* meuràt toujours confiée au même dépositaire, ou si elle n'était destinée qu'aux études d'un particulier ; que l'un ou l'autre connussent exactement leurs li-^ yres , et que le placement des volumes fut tellement fixé dans leur mémoire qu'il leur tCit facile de les trouver au premier instant où ils en auraient besoin , rien de plus ne serait à désirer (3). Mais lorsqu'une bibliothèque est ouverte à toute personne qui désire
que tel ouvrage qu^elles jugent digiu|de leur estime, d'après sa réputation, ou diaprés les connaissances particulières , est défectueux sous le rapport de Tédition , que tel autre dont le prix les effraye, joint à un mérite réel, ou celui de la rareté ou celui d'une grande correction ; enfin que ces livres placés sans ordre , les uns auprès des autres , formeront une collection , mais non pas une bibliothèque.
Dans la correspondance de Cicéron nous voyons , qu'il avait déjà senti cette nécessité de mettre de Tordre dans une bibliothèque. Voici ce qu'il dit à ce sujet ( Epist. ad. Att. lib. IV . ep. 4). « Perbelle feceris si ad nos veneris : offendes desi(fnationetn Tyrannionis mirificam in librorum meorum bi^
hliothecâ ; velim mihi mittas de tuis librariolis duos ali*
quos , quibus Tyrannio utatur glutinatoribus , ad caetera administris : iisque imperes , ut sumant membranulam ex qiiâ indices fiant , quos vos Graeoi , ut opinor , ci^JiJifiooç appellatis. Sed haec , si tibi erit commodutn etc. » . Un peu plus loib ( ep. 8 ). tt Postea ver à quant Tyrannio mihi libres disposuit , mens addita videtur meis aedibus » .
(3) V. Camus , observations sur la distribution et le classement des livres , etc. ( Mem. de l'institut de France , lit> térature et beaux-arts , tom. I ).
s'instruire, lorsque cette institution doit cependant voir plusieurs dépositaires se succéder , il est indispensable d y mettre un ordre d'après lequel ceux qui la fréquentent , puissent , au milieu d'un grand nombre d'ouvrages divers , rencontrer celui qui excite leurs recherches , et un nouveau dépositaire connaître facilement les trésors confiés à sa garde (4)-
Enfin comme les bibliothèques publiques ne doivent non seulement servir aux sa vans, mais aussi à ceux qui désirent le devenir et même à ceux qui n'y songent pas , il est nécessaire qu'on puisse trouver avec facilité chaque traité quelque petit qu'il soit; parce qu'on ne peut exiger de toute personne stu-
(4) Le bibliothécaire étant souvent obligé de s'absenter pour aifaires de bibliothèque , il serait à désirer que par la suite, les places de sous-bibliothécaire , éFaide-bibliothé^ Caire et de bibliothécaire adjoint ne soient plus accordées qu'aux personnes , qui , après avoir fait de bonnes études, joindraient à la connaissance du grec et du latin celle d^une langue européenne vivante. Il en résulterait que le service public des bibliothèques se ferait avec plus de célérité et d*agilité ; qu'on aurait dans le sein même de rétablissement des hommes capables de donner la notice des ouvrages écrits en langues orientales ou en d'autres idiomes étrangers , et qu'on ne se trouverait pas obligé d'aller chercher au dehors des interprètes pour faire^ ce travail : ce serait d'ailleurs un des moyens les plus efficaces pour exciter l'émulation parmi nos étudians et les engager à cultiver avec ardeur les langues WTantes et étrangères , qu'on semble vouloir trop négliger.
dieiise de pouvoir indiquer tel journal scientifique ou telle autre collection de petits traités ou mémoires , où elle trouverait Tun ou l'autre écrit ré-* latif au sujet qu'elle veut traiter.