AVANT-PROPOS
Tôt capitOy tôt sensus.
J'ai lu beaucoup d^auteurs anciens, et tous les auteurs modernes qui ont écrit sur la chasse me sont familiers ; les uns et les autres ont parlé du chien d'arrêt, et presque tous de la manière de le dresser. Leurs sentiments sont divers, lenrs méthodes contradictoires,
aucune n'est complètement satisfaisante ; c'est cette lacune que je veux essayer de combler en disant simplement les faits de mon expérience et en m' appuyant des avis et de la pratique de plusieurs excellents chasseurs de la Lorraine.
La chasse, en France, est devenue une manie comme le cigare ; elle a augmenté en raison directe de la cherté de la vie et de la diminution du gibier. En 1830, il y avait 35,000 ports d'armes et 65,000 personnes environ qui, à leurs risques et périls, chassaient sans être en règle vis-à-vis du percepteur, aujourd'hui il y a 400,000 braconniers et 150,000 permis réguliers. C'est heureux pour le fisc, mais regrettable pour la morale. Les ouvriers, les artisans, les laboureurs, les marchands, les petits employés ont moins de loisirs que jamais, et cependant ils se précipitent avec fureur sur le délassement qui demande le plus de loisirs, sur celui qui
consomme le plus de temps et d'argenté Certaines personnes ont entendu dire que la chasse était le plaisir des rois, des gentilshommes, des grands seigneurs, et ils y ont couru tous comme au fruit défendu, et pour faire acte d'égalité, cette rage des temps modernes. Il y a des gens qui, en langage convenu, appellent cela une conquête de 89, mais comme beaucoup de choses dont nous nous glorifions, c'est une caricature et im abus de liberté, voilà tout. Pour chasser, il faut être, sinon riche, au moins à Taise, remplir un état, des fonctions qui n'exigent pas une surveillance continue. Hors de là, le chasseur
4 Le prix du permis est de 25 fr., la moyenne de la ' location des chasses, par individu, ne peut pas être évaluée à moins de 40 fr., la dépense en poudre à moins de 16 fr. ; un chasseur produit donc à l'État et aux communes un revenu de 75 fr., total : 10,000,000. auxquels il est juste de joindre la valeur vénale du gibier tué et le tribut qu'il paye aux octrois. La chasse a donc une importance réelle dans le budget; que serait-ce si l'État voulait employer des mesures rigoureuses pour l'extinc* tion du braconnage?
s'égare, il court à sa perte, ou tout au moins à des regrets.
Quoi qu'il en soit, puisqu'on ne peut mettre un frein à ce flot débordé de chasseurs novices, il faut essayer de lui apprendre VAbc du métier, et lui enseigner à tirer des chiens le plus prompt et le meilleur parti possible. Je tâcherai de ne pas me perdre^ comme M. Blaze, dans des anecdotes et des recettes de cuisine ; je suivrai moins encore M. d'Houdetot, dans ses attaques de sensiblerie sur le chien et dans ses déclamations libérales sur les édits qui réglaient jadis le droit de chasse ; si, au courant de la plume il m' arrive d'en parler, j'écrirai en me rappelant la justice que l'on doit au passé, je songerai qu'il n'est pas loyal d'apprécier les époques antérieures avec les faits, les connaissances et les progrès du présent ; enfin, je me redirai ce vulgaire dicton plein de sagesse et trop oublié de notre temps : Paris n'a pas été fait en un jour ; ce sera le moyen
d^être sérieux sans tomber dans le ridicule.
Je cite particulièrement ces deux auteurs, parce qu'ils sont les derniers qui ont traité du chien d'arrêt, et que leurs livres, en général spirituellement écrits, pourraient propager Terreur, les fausses doctrines et les mécomptes.
Cet opuscule sera très-court et resserré dans quatre chapitres. Le premier traitera du chien en général ; le second des maladies du chien ; le troisième, de l'éducation théorique et pratique du chien d'arrêt ; le quatrième, de l'application de cette éducation à la chasse de la caille, de la perdrix et du lièvre. Ce cadre est fort restreint et peu propre à eflfrayer ceux qui redoutent l'ennui ; puissé-je cependant le remplir convenablement et faire dire au lecteur : in tenuitate copia !