INSTRUCTION DU CHIEN D'ARRÊT
Volailles, voleurs, bavards.
Votre élève a deux mois, il est baptisé d*mi nom court et retentissant, Médor, par exemple; il est sevré et vacciné. Son père et sa mère sont de race et, autant que possible, bien dressés.
Quoique Téducation d'un chien, comme celle d'un enfant, commence au berceau, vous n'aurez rien ou peu de chose à apprendre à votre élève jusqu'à six mois. Il faut le promener souvent, le laisser en liberté avec des volailles, en ayant bien soin de le faire surveiller pour qu'il puisse être vertement corrigé s'il s'émancipait. Ordinairement, il commence par des jeux, des aboiements enfantins, puis il court, attrape l'oiseau, et, sans le faire exprès, le met à mort ; les jeux continuent avec le
cadavre, qui bientôt vient à saigner, alors le vice détestable de manger la volaille et d'outrager le gibier est contracté à tout jamais.
Vous lirez dans Magnié de Marolles * le moyen suivant, employé pour corriger ce défaut :
« Prenez un petit bâton, fendez-le par un bout, « assez pour y passer la queue du chien, et liez « ce bout fendu avec une ficelle, de manière à lui « faire sentir de la douleur ; à l'autre bout, atta- « chez une poule par le gros de Taile près du « corps, et lâchez-le en lui appliquant quelques « coups de fouet. Il se met à courir tant qu'il « peut, à cause de la douleur qu'il ressent à la « queue et qu'il croit causée par la poule. A force « de la traîner, il la tue, et, las de la traîner, il va « se cacher dans quelque recoin ; alors, déta- « chez le bâton et battez-|ui la gueule avec la « poule morte. »
Pour l'avoir expérimenté trois ou quatre fois, je déclare ce procédé insuffisant, on en est toujours pour ses frais et sa poule. Voici ce qui arrive : au premier coup de fouet, le chien se sai^ve, et, quand il est à quelque cent pas, il s'arrête, se recueille , étrangle la volaille , si elle n'est déjà crevée, et la mange à votre barbe.
Des chasseurs prétendent que l'opération doit
1 Traité de la chasse au fusil*
être faite dans une chambre ; Je les crois dans Terreur ; dans ce cas, le chien se sauve dans un coin, sous ime table, sous un lit, écrase la poule, et ne sait à qui s'en prendre du désagrément que vous lui causez.
Le seul moyen, c'est de tenir votre chien à l'attache ou enfermé, mais c'est là une sujétion bien désagréable, et si vous conduisez cette vilaine bête en société, vous avez à cause d'elle autant d'ava- ' nies qu'avec un chien voleur.
Le chien d'arrêt voleur est une autre misère du chasseur. Pour parer â ce danger, abandonnez votre élève à la cuisine ou dans la salle à manger, quand la table est servie ; espionnez-le par la vitre ou la porte entrouverte, et à la moindre velléité de toucher à quelque chose, tombez dessus à grands coups de fouet, en criant : beau I drôle ! et toute la foule d'injures qui se présentera à votre bouche.
Le chien d'arrêt, à cause de son éducation et de la douceur de ses mœurs, passe sa vie en liberté dans les cours, dans le jardin, dans les chambres ; mais, pour un motif quelconque, il peut arriver que cet ami doive être momentanément enfermé, et s'il n'a pas été de bonne heure préparé à cette réclusion, il poussera des cris insupportables ou des plaintes agaçantes j dès l'âge de trois mois, séquestrez-le donc à l'écurie, un peu le matin et
un peu le soir; s'il donne des marques trop vives d'impatience, grondez et menacez du fouet.
Lorsque vous êtes à la promenade, rappelez souvent votre chien, et, chaque fois qu'il montre de l'obéissance, caressez ou donnez une friandise.
Le chien mendiant.
Vous devez permettre l'entrée de la salle à manger à Médor, à l'heure du repas. Il ira de l'un à l'autre des convives, exigez qu'on le rebute, défendez qu^on lui donne aucune chose ; réservez ce soin à vous seul. Par ce moyen, si, en rentrant de la chasse, votre chien est admis à table, il ne causera d'impatience à personne en allant pousser avec son nez, ou en posant la tête sur les genoux pour avertir qu'il est là et désire partager avec vous.
ni
Sur cul!
L'exercice précédent en entraîne un autre aussi facile qu'important. Médor reste donc près de vous et il est probablement assis ; mais il ne faut pas qu'il soit assis parce que cela lui plaît; il faut
que ce soit par Teffet de votre volonté. Je ne cesserai de le répéter ; obéissance passive et absolue, sans quoi point de chien d'arrêt qui mérite ce nom.
Chaque fois donc que Médor ne sera pas assis, vous lui direz : assis! ou sur cul! et en même temps vous appuierez la main gauche sur le derrière, et vous soulèverez la tête de la main droite ; vous répéterez cette manœuvre en tout lieu et à chaque occasion ; aussi, bientôt après, et sans que vous lui disiez rien, il ne sera jamais à vos côtés sans s'asseoir. Plus tard, quand il vous apportera une pièce de gibier, il prendra toujours cette position devant vous.
Un jour, im chien venait de me rapporter un perdreau ; je n'avais pas encore songé à recharger mon fusil, je causais avec un camarade, sans surveiller ma bête, qui était debout près de moi, attendant mes ordres ; de sa queue elle toucha la seconde gâchette de mon fusil, le coup partit et passa à quelques hgnes de ma tête. Je conclus de cette mauvaise plaisanterie qu'il y avait là quelque chose à faire, et ce quelque chose, c'est ce que je viens d'avoir l'honneur de vous dire.
Certains chasseurs apprennent à leur chien à se tenir debout, à fermer les portes, à bâiller comme les oflB.ciers à la théorie ; je recule, moi, devant
les persécutions qu'entraîne le triomphe de ces difficultés, je les regarde comme un Iule ; eux, ils disent que cela développe rintelligence, que Fobéissance est plus absolue. C'est une idée, mais, je le répète ici, les avantages ne sont pas une compensation des peines.
Je ne veux pas terminer cet article sans m'excuser de m*être servi de l'expression : sur cul I c'est le mot propre de presque tous les chasseurs, ils s'en servent à défaut d'autre ; pour moi, je préfère le mot : assis/ Par égard pour les dames, on doit toujours éviter ce qui est shocking.
Collier de force.
i Maintenant, votre élève a six mois ; il sait tout ce qu'il peut savoir à cet âge, et il «'agit de passer à la grande afîaire du rapport, sur laquelle tous les professeurs sont en désaccord. L'un veut l'usage exclusif de la douceur, un autre se sert de saucisses dans un gant, un troisième réclame l'emploi de la force. Nous, nous voulons la douceur et la force discrètement employées ; car, tout d'abord, nous déclarons comme un aphorisme que le chien qui n'a pas rapporté au collier de force ne sait pas rapporter, il n'a que des caprices, et quoiqu'il ait
obéi aujourd'hui, demain il refusera, malgré vos cris et vos menaces.
Personne plus que nous n'a glorifié la loi Grammont; nous ne voudrions pas faire souffrir volontairement et inutilement un animal quelconque ; nous ressentons une extrême répulsion pour le bourreau d'une misérable mouche ; nous avons applaudi au renvoi d'une cuisinière pour occision des volailles avec un couteau ébréché; mais nous demeurons convaincu que par la douceur seule on n'instruira pas une bête, surtout un chien qui est d'un naturel volontaire et indépendant. Cela ne veut pas dire qu'il faut martyriser votre élève, avoir sans cesse la menace à la bouche, le fouet à la main, le collier de force toujours prêt ; non, il faut, au contraire, beaucoup caresser, flatter, récompenser ; mais dès qu'il y a entêtement à ne pas faire (ce qui a toujours lieu dans le commencement d'une éducation) une chose déjà- bien connue et comprise, n'hésitez pas, employez le collier de force. Néanmoins, il regimbera encore, il essayera de ne pas obéir et se laissera même traiter rigoureusement, mais bientôt il reconnaîtra que sa volonté est impuissante contre la vôtre et il obéira de mauvaise grâce, avec Tair ref rogné d'un hibou ; cependant, vous vous hâterez de tenir la chose pour bonne, vous lui donnerez du sucre, et 'surtout vous lui ôterez le collier.
Venons maintenant à Fapplication de cette théorie, à l'exercice du rapport.
Prenez le chien dans votre chambre, malgré rirritation que cette réclusion , dans quelques mètres carrés, cause à M. d'Houdetot; moins un chien a d'espace devant lui, moins il y a de fuite possible, et plus il est disposé à la soumission. J'ai voulu autrefois donner mes premières leçons en plein air, dans mon jardin , voici les résultats infaillibles et toujours obtenus : quand le jeu de ma pelote ou de mon gant ne plaisait plus, mon chien me plantait là, ou il courait vers les passants, ou bien encore à la cuisine si un bruit de marmite arrivait à ses oreilles.
Entrez donc dans votre chambre, faites asseoir Médor près de vous, prenez la peau de son cou de la main gauche, et, de la main droite, présentezlui un morceau de pain ; quand il veut s'en saisir, dites : tout beau ! et retenez-le ; laissez-le en arrêt durant quelques secondes, puis lâchez la peau et laissez prendre le pain. Recommencez plusieurs fois et finissez par ne plus le retenir ; au mot, beau! il ne fera pas la moindre tentative pour prendre le pain, il se contentera de le regarder. Deux jours de cet exercice doivent suffire. S'il y avait de Thésitation, on reviendrait en arrière, à la peau du cou.
La seconde leçon consiste, pour ainsi dire, a
oublier la première. Je prie le lecteur de ne pas se presser de m'accuser d'inconséquence, je ne le mérite pas, il va* le reconnaître. Le chien sait ce que veut dire, beau ! c'est là l'essentiel, et il faut avancer pas à pas.
Médor est assis, vous lui présentez le pain et le lui laissez prendre, après avoir crié : apporte ! mais aussitôt que le pain est saisi, vous dites, beau! et tirez la peau de façon à Tempêcher d'avaler ; au besoin, vous vous aiderez de la main droite pour empêcher l'absorption ; une précaution indispensable, c'est que le pain soit assez gros pour n'être pas englouti facilement. Quand le pain sera entre les dents de l'animal et qu*il ne fera plus de tentative pour l'avaler, vous le caresserez et direz : donne, en forçant de la main droite les mâchoires à s'ouvrir. Après trois répétitions, vous donnerez le pain. Il suffira de peu de jours pour que cette leçon soit sue, alors elle se compliquera de bien peu de chose en apparence, mais en réalité de la seule vraie difficulté que présente l'exercice du rapport.
L'élève est assis près de vous ; comme à l'ordinaire, vous lui présentez le pain, non plus comme précédemment, vis-à-vis du nez, mais un peu plus bas et graduellement jusqu'à terre ; ce n'est souvent qu'arrivé au sol qu'il refuse de le prendre, et si vous ne le retenez par la peau, il se sauve.
— lu —
Arraez-vous de patience, la crise approche.
Placez le chien entre vos jambes, présentez le pain près de son nez, en disant : apporte ! et dès gu^il veut le saisir, baissez la main ; à la seconde fois, descendez davantage. Quand votre main touchera terre, il ne vous suivra plus, mais alors la main gauche poussera la tête, de façon que le nez arrive sur le pain ou tout autre objet doux à saisir (car dans ce moment le chien né fait plus de différence), et la main droite feicilitera Tintromission dans la gueule. Vous recommencerez plusieurs jours de suite, et sans doute qu'à la dernière fois rélève ne fera guère mieux qu'à la première, mais il aura compris et c'est la grande affaire.
Vous continuerez ensuite, non plus en tenant la peau, mais la boucle du collier de force que vous aurez passé au cou de la bête. Vous lui présenterez un objet quelconque, pelote ou filet de bœuf, n'importe, dans ce moment suprême il préférerait la clef des champs à toutes les douceurs. Au mot : apporte I il ne bougera pas, et vous lui ferez sentir les pointes du collier en le contraignant à baisser la tête. A ce moment, il essayera de se révolter et de ne pas obéir, car il comprend qu'une fois le joug accepté, ce sera pour toujours. De votre côté, vous ne céderez pas, mais vous éviterez rimpatience et les secousses trop violentes du collier qui peuvent blesser.
Dès que Médor aura fait la moindre chose qui ressemblera à ce que vous exigez de lui, caressez et rendez la liberté. Évitez, dans ce moment, de le rappeler ; car, se souvenant du passé, il est probable qu'il n'obéirait pas, et une difficulté surgirait, puisqu'il est entendu que vous ne devez jamais céder, que la soumission doit être absolue. Pendant la journée , faites-le sortir avec vous, jouez ensemble, restez bons amis ; à table, toujours assis prèsde vous, ne lui épargnez pas les bons morceaux.
A la troisième séance au collier, il n'y a pas de chien qui ne prenne par terre le gant que vous lui présenterez; parmi les chiens que j'ai dressés, un seul, un griffon, a résisté huit jours, et, en fait d'entêtement, il y a longtemps que les griffons ont fait leurs preuves; mais aussi qud admirable chien j'ai eu ! Combien mes peines ont été largement compensées I
Prendre par terre un objet présenté, ce n'est pas encore rapporter, mais c'en est bien voisin. Pour franchir ce dernier pas, mettez le collier à l'élève, et à la boucle du collier ime corde de trois mètres environ. Vous jetez la pelote à terre, devant le chien, de façon qu'il la voie bien et la puisse prendre sans peine (quand ça lui plaira), vous commandez : apporte ! s'il hésite, vous le tirez doucement vers l'objet, et, s'il y a lieu, vous le contraignez comme dans la leçon précédente.
Après quelques séances, Médor obéit sans que vous ayez recours au collier, alors vous le lui ôlez et recommencez votre exercice, en ayant bien soin, à la moindre hésitation, de remettre Tinstrument.
Désormais, l'élève rapportera dans la chambre, ce qui est bien différent que de rapporter aux champs ; dés que vous voudi'ez essayer du rapport en plein air, n'en doutez pas, il se sauvera dans quelque recoin bien obscur ; ne cédez pas, ou tout serait à recommencer ; allez le chercher avec le collier et donnez la leçon. Chaque fois qu'il fuira, augmentez la rigueur de la correction, et toujours ramenez-le sur le terrain, pour ne le laisser partir que quand il aura complètement obéi.
Bientôt le chien s'apercevra que la fuite dans l'écurie, au grenier, ou la retraite sous un lit ne l'abrite pas contre la nécessité de la soumission ; il se résignera, en boudant d'abord ; puis, faisant la différence des étreintes du colUer et des récompenses que lui procure l'obéissance, il prendra gaiement son parti, il acceptera son esclavage avec plaisir, et sera le premier à rapporter tout ce que vous laisserez tomber.
Je me hâte de dire qu'il ne faut pas permettre que le chien joue avec ce qu'il doit rapporter, car cela le conduit à mâcher, de tous les défauts du chien d'arrêt le plus fâcheux ; ce défaut est incor-
rigible, avec lui pas une caille, pas un perdreau qui ne soit éventré.
J'ai instruit une douzaine de chiens dans ma vie, sans peine pour moi, sans grande douleur pour rélève. C'a toujours été l'affaire de quinze jours au plus par le procédé que je viens d'indiquer. Si je suis remonté au déluge, ab Jove principium; si je suis entré dans mille détails minutieux, je Tai cru nécessaire, mais je n'ai pas douté de la perspicacité du lecteur ; au reste, quoique à la lecture ma méthode puisse paraître un peu compliquée, elle est bien simple et bien facile dans son application. Dans tous les cas, elle réussit à merveille, et cinquante chasseurs de la Moselle pourront témoigner qu'ils ne m'ont jamais connu im chien qui ne fût particulièrement aimable et bon.
Il y a plusieurs sortes de colliers de force, le premier en date est un collier ordinaire en cuir, il est armé en dedans de plusieurs rangs de pointes, et a l'avantage sur les autres de se pouvoir retourner et de servir alors de défense au chien dans les batailles des rues. Le second est composé de cinq ou six boules en bois blanc armées de pointes et enlacées dans une corde. Ces deux colliers se manœuvrent par un cordeau, et c'est là par où ils pèchent ; si vous tirez le chien un peu vivement, ou s'il cherche à s'enfuir, le cordeau, entourant vivement votre main, vous blesse cruel-
lement, puis vous ne pouvez sans peine contraindre ranimai à baisser la tête, ni enfin l'empêcher de vous mordre si l'envie lui en prend. Le troisième, de beaucoup supérieur aux deux autres, est l'invention d'un excellent chasseur alsacien, M. Charpentier, praticien habile en plus d'un genre et sagace observateur ; j'ai eu le plaisir de me rencontrer à la chasse avec lui, et en moins de deux heures il a eu Tobligeance de me confectionner le collier dont il reste à vous parler. Ce sont des boules comme dans le précédent, mais les extrémités du collier sont suspendues aux crochets d'une agrafe double en fer, assez semblable
Collier de force Charpentier.
à celle des porteurs d'eau ; au milieu de la traverse de Tagrafe on fixe, par une vis, un morceau de bois plat et elliptique de 2 à 3 centimètres (suivant la grosseur du chien), de façon qu'une extrémité de cette pièce de bois soit tangente à l'occiput, l'autre extrémité se prolonge en manière de manche de 4 à 6 centimètres, de façon que le tout ressemble assez à une palette. Vous pouvez facilement vous représenter l'effet produit, si vous vous servez de la palette comme levier, de haut en bas; le chien baissera la tête, la tournera à droite, à gauche, ouvrira la gueule à votre volonté, et, de plus, il ne pourra se regimber. Dès que le chien a obéi, vous lâchez le manche de la palette, le système se détend et la bête comprend qu'elle a fait ce que vous lui demandiez.
Ah ! que dirait M. d'Houdetot en face d'un instrument aussi énergique ? il fondrait en larmes, et sans doute nous traiterait de sauvages, de bar- .bares, de Druses. Je croirai toujours cependant que le codé pénal des chiens doit être calqué sur celui des écohers : celui qui est insensible aux pensums va à la table de pénitence, puis en prison ; seulement ici, pour les chiens, la graduation de la peine étant instantanée, l'éducation est relativement beaucoup plus courte, et partant moins douloureuse ; remarquons en outre que, quoique l'effet soit terrible, irrésistible, toutes les violences
auxquelles, par malheur, vous pourriez vous laisser aller, n'aboutiront jamais à blesser votre élève.
Voici maintenant ce que M. d'Houdetot , un maître auquel on ne peut refuser un certain talent d'observation, écrit sur le même sujet.
Des saucisses.
« Si, de prime-abord, le pauvre animal ne prend « pas le parti de rapporter le chevalet \ de devi- « ner en quelque sorte ce qu'on exige de lui, c'en « est fait de son enjouement, de ses qualités in- « times. On jette dans sa mémoire, sinon dans « son esprit, des répugnances pour les dompter « par la douleur : il devient im martyr.
« Tu n'as pas voulu rapporter le chevalet que « j'ai jeté devant toi ! s'écrie le garde, parlant à « sa personne, tu as Tair de ne me pas compren- « dre, attends un peu ! et le plus souvent il saisit « le chien par la peau du cou, le traîne jusqu'au- « près du chevalet, qu'il lui place de force entre
' Morceau de bois de la grosseur d'un pouce, long de 0™55, traversé à chaque extrémité par deux chevilles qui le soutiennent à O^Oô de terre, afin que le chien puisse le saisir facilement.
« les dents, conformément à Tinstruction im- « primée,
« Ne comprenant rien à cette désagréable co- « médie, le chien se débarrasse de Tinstrument « de son supplice. On le rosse et on le rosse en- « core. Enfin, de guerre las, il finit, le malheu- « reux ! par conserver le chevalet *. Mais mieux « pétrifié cette fois que la statue du Commandeur, « il resterait comme cloué à la même place, si les « secousses réitérées du collier de force ne le con- « traignaient à se traîner vers son bourreau.
« Voilà le souvenir qu'il gardera de la première « leçon ; et le maître du chien, assistant peut-être « à cet épouvantable spectacle, donnera, dans sa « simplicité, des éloges au garde intelligent qui « professe un aussi parfait système d'éducation « pratique.
« La critique est aisée et l'art est... beaucoup « moins difficile que vous ne croyez. J'ai indiqué « le mal, voici le remède ; c'est toujours ainsi que • je procède.
« Un jeune chien n'a que trop de dispositions à « se saisir de tout ce qu il trouve. S'il ne rapporte
* Est modus in rehiLS, Il n'y a pas de nécessité de mettre un chien en sang quand on fait usage du collier de force. Ces exagérations de M. d'Houdetot doivent être heureusement bien rares dans leur exception, et ne prouvent rien dans tous les cas contre le système de correction employé judicieusement.
« pas, il est évident qu'on s'y est mal pris, qu*on « Ta battu ou rebuté. Voilà le sujet demandé, in- « docile, sauvage, en révolte ouverte avec tout le « monde, se sauvant la queue entre les jambes « quand on prononce seulement le mot : apporte! « véritable chien de Jean de Nivelle, comme dit « le proverbe.
« Pas de fouet à la main, des saucisses, de la viande, tout ce que votre élève préfère ; ce dé- « but n*a rien d'effrayant, n'est-ce pas ?
« Vous lui en jetez un morceau, comptant bien « qu'il prendra la peine d'aller le ramasser et de « le manger. Vous n'aurez certes pas été trompé « dans votre attente; déjà le chien est replacé « devant vous en se léchant les babines (comme « on dit trivialement) en signe de satisfaction. « Recommencez deux ou trois fois de suite la « même manœuvre ; puis mettez un morceau « de viande dans l'intérieur d'un gros gant de « peau. Jetez-le-lui, surtout ne prononcez pas le « mot apporte, vous lui avez rendu ce mot odieux « en l'accompagnant souvent de brutalités. Appe- « lez-le doucement par son nom, en le caressant « de la voix, du regard et du geste. Quand il re- « viendra * sans se dessaisir du gant, retirez-le-
Et s'il ne revient pas ? C'est répondre à la question la question.
par la question.
« lui de la gueule avec précaution, en jouant « pour ainsi dire, et, à sa grande satisfaction, « donnez-lui la viande qu'il renferme, de la sorte « vous lui en ferez avaler tant que vous voudrez ; fl il crèvera plutôt que d'y renoncer le premier.
« Déjà votre élève n'hésite plus et court gaie- « ment chercher le gant chaque fois que vous le « lui jetez... toujours par rapport à la viande ', il « a compris qu'il a besoin de votre concours, « qu'il est de son intérêt de revenir vers vous ; « peu à peu, et sauf de rares exceptions, car il « faut bien s'attendre à en rencontrer quelques- « unes, vous lui ferez rapporter tous les objets « indistinctement, puis des perdreaux, des liè- « vres. Vous le conduirez à la chasse, s'il a les t autres quaUtés qui constituent un bon chien, en « ayant soin de vous précautionner de friandises, « car il lui faudra chaque fois * son picotin ; il t nous le faut bien à nous-mêmes, vous le sa- « vez. »
En vérité, si l'auteur n'avait pas la prétention d'être un homme sérieux, on croirait qu'il se mo-
* Et quand il n'y aura plus de viande ? Quand il n'y aura plus rien à gagner? Alors le chien voudra voir, et sans s'inquiéter de votre son de voix ca/ressant, il mettra le gant en pièces.
* Chaque fois ! ce mot seul est la condamnation du système préconisé par M. d'Houdetot.
que et que ses saucisses sont une plaisanterie pour réjouir ses lecteurs. Un chien qui n'a rapporté qu'un gant armé de saucisses ne le rapportera plus dès qull sera vide ; d'ailleurs, il est infiniment probable, et j'en ai plusieurs fois fait l'expérience, que le chien se sauvera avec le gant et la saucisse, ou bien il jouera, ou bien encore il éventrera le gant (détestable leçon qui dispose à la dent dure), pour trouver ce que son nez lui indique ; saucisse oblige. Il faudra bien alors en venir au fouet, au collier et au terrible mot : apporte I ce cauchemar de M. d'Houdetot. Décidément, si les saucisses sont bonnes, ce n'est pas à dresser les chiens.
Après avoir développé, ainsi que nous venons de le voir, son système d'éducation par les saucisses, M. d'Houdetot contiaue :
« Je le sais jar expérience, les gardes fanati- « ques m'objecteront que, dressés à l'aide du col- « lier de force, les chiens rapportent tout indis- « linctement, voire même le gibier d'eau pour « lequel certains sujets ont une répugnance très- « prononcée. Je leur demande bien pardon, cette « répulsion inexpUcable subsistera toujours capri- « cieusement pour les uns ou pour les autres...
« C'est pour combattre cette fâcheuse disposi- « tion que j'engage à faire rapporter à un chien, « dés son jeune âge, tous les oiseaux d'eau con-
« nus sous le nom générique de sauvagine, qu'il « est facile de se procurer dans les marchés. »
Les gardes fanatiques du collier de force ont mille fois raison; c'est vous, monsieur d'Houdetot, qui avez tort, et, en disant que des chiens éprouveront toujours une répugnance prononcée pour le gibier d'eau, et qu'ils auront une répulsion inexplicable... vous retombez dans votre erreur éternelle. J'admets volontiers la répugnance ou la répulsion, elle est naturelle et fort explicable, si vous vous rappelez que le nez des chiens est un instrument très-délicat qui peut être offensé par telles ou telles odeurs, de même que notre odorat, tout grossier qu'il soit, est à chaque instant blessé par le musc, les charognes, la corne brûlée. Ce nez des chiens est si délicat, que beaucoup de courants ne peuvent tenir directement sur la voie chaude, même d'un Ifèvre ; ils se placent à droite ou à gauche, suivant le vent ; on dit de ces chiens qu'ils côtoient la voie. Mais que m'importe la répugnance de mon chien ! Il est à mon service, il doit obéir et n'avoir pas de volonté. Si donc il hésite à rapporter la bécasse que je viens de tuer, j'accepte sans mot dire sa résistance, parce qu'il n'est pas probable que j'aie là, tout à point, au mois d'octobre ou de mars, mon collier de force ; mais, rentré au logis, je m'enferme dans ma chambre avec mon chien, et en moins de cinq
minutes, dès qu'il.a vu rinstrument de correction, il se précipite sur la bécasse sans attendre même que je le lui dise. Le lendemain, si par aventure j'ai encore la chance d'abattre une seconde bécasse, le récalcitrant de la veille courra la chercher avec de grandes démonstrations de joie.
Ce procédé est trop simple et trop cruel pour M. d'Houdetot, il veut, lui, que vous achetiez, fussiez-vous au mois de mai, de la sauvagine' sur le marché de la ville dont vous êtes peut-être éloigné de 40 kilomètres, et alors sans doute que vous remplissiez de saucisses la marouette ou la poule d'eau que vous vous êtes procurée , n'importe comment ; puis vous jetez ce ragoût à votre chien sans lui dire : apporte ! bien entendu. Eh bien ! il arrivera de deux choses Tune, où il lèvera la patte et pissera sur votre composition infernale, ou si l'amour de la saucisse l'emporte sur le dégoût de la sauvagine, il déchirera, avec ses pattes, l'oiseau pour atteindre la charcuterie. Risum teneatis.
Après cette plaisanterie de la sauvagine, le Chasseur rustique retombe dans son ornière habituelle :
« En résumé , dit-il , deux systèmes sont en « présence : la force brutale et la douceur intel- <' ligente. »
Pourquoi brutale, je vous prie ? Il serait plus
juste de dire : la force intelligente et la douceur niaise.
M. d'Houdetot continue :
« Convenons-en, il faut de Tardeur, du dévoue- « ment, poiir triompher de certains obstacles et « se précipiter dans ces fondi-ières hérissées « d'ajoncs, de genêts épineux*, de joncs marins « qui mettent en sang les chiens... L'un se dé- « courage, s'arrête à la dernière limite du de- < voir ; l'autre la franchit, car il n' est pas de bornes « à la passion, aux instincts naturels.
« Aussi Tardeur et l'opiniâtreté du chien d'ar- « rêt ne sauraient être comparées à celles du
« chien courant ce chien primitif, auquel
« on n'a pour ainsi dire rien appris, et qui « meurt à la tâche ; il est vrai qu'il n'a pas été « asservi comme l'autre par les mauvais traite- « ments. »
On le voit, quand le Chasseur rustique abandonne les saucisses, c'est pour se mettre à califourchon sur un autre dada non moins ridicule, la déclamation. Il y a, dans le livre de M. d'Hou- . detot de jolies pages et des articles sensés, c'est dommage que l'éclat en soit terni par cette sensiblerie de mauvais goût dont les chasseurs et les
* Sauf erreur de ma part, je ferai observer que l'ajonc et le genêt épineux sont un seul et même sous-arbrisseau, genista spinosa.
militaires devraient abandonner le déplorable usage aux avocats stagiaires.
Qui de nous n'a vu mille fois des chiens courants, ces chiens primitifs, bouder, quoique gras et robustes, devant des fourrés d'épines, et des chiens d'arrêt, ces chieiis asservis, ne reculer devant rien, quoique faibles ou délicats? Dans tous les animaux, il y a deux choses dont il faut toujours tenir compte, Tinstinct dans l'espèce, le sang dans l'individu. Le chien de plaine, asservi ou non, ne quêtera qu'exceptionnellement dans les ajoncs.
A ce compte de M. d'Houdetot, son chien à lui, qui ignore le fouet, le collier de force, qui vit en liberté, qui ne connaît que la viande et les caresses, devrait être im foudre d'ardeur ; il devrait, comme Guzman, mépriser les obstacles, et passer à travers le feu pour arrêter une caille. M. d'Houdetot n'en parle pas, pourquoi ? Par la même raison, sans doute, qu'il s'est tu sur les résultats qu'il a personnellement obtenus dans l'application de la théorie des saucisses.
Le chien à l'eau.
Votre élève sait parfaitement les leçons précédentes, il est rompu à Tobéiss^ce, vous pouvez désormais lui apprendre à aller à Teau et à rapporter tout ce que vousluijetterezàla rivière. Cependant je dois vous faire une observation : si vous n'entrevoyez pas dans vos plaisirs ime chasse d'étang ou de marais ; si vous n'avez pas, dans votre voisinage, quelques ruisseaux ou cours d'eau quelconques habités par les canards sauvages, supprimez cet exercice des études préliminaires ; à la fréquentation de Teau, tous les chiens, et surtout les épagneuls, gagnent des rhumatismes et des chancres aux oreilles, internes et externes.
Mais si vous êtes l'heureux propriétaire d'im étang, si vous avez la jouissance d'ime nacelle, n'importe sur quoi, instruisez votre chien, faites ce que je vais vous dire : rien de plus facile et de plus simple.
Par une journée chaude, déshabillez- vous, entrez dans la rivière et prenez six pouces d'eau, votre chien vous suivra, surtout si vous ne vous en occupez pas trop et que vous lui montriez une friandise. Avancez dans l'eau jusqu'à ce que l'ani-
mal perde pied ; s'il fait des façons, tirez-le vers vous bien doucement par la ficelle que, préalablement, vous lui aurez passée au cou. Quand il vous touchera, passez votre main sous son ventre pour le soutenir, caressez-le. Après im instant de repos, appelez-le un peu plus loin, et, au besoin, entraînez-le, mais sans secousses, car vous le feriez boire, ce qui compliquerait inutilement la question. Revenez au rivage, puis retournez à Teau et répétez votre leçon ; bientôt le chien prendra confiance, et, vers la troisième ou quatrième fois, il traversera la rivière avec vous sans se faire prier. Dès qu'un chien aime Teau, vous lui faites grand plaisir de lui jeter im bâton à rapporter, c'est un jeu dont il s'amuse fort. Cependant, je vous conseille d'avoir toujours dans votre poche, au commencement de l'éducation, une ficelle et même un collier de force, suivant le degré de résistance que vous craignez de rencontrer, et d'éviter l'eau trop froide ; comme vous ne devez jamais céder, vous vous exposeriez vous-même à prendre un bain russe, c'est quelquefois dangereux.
Un de mes amis, M. Roger de Chény, m'avait donné un charmant pointer âgé de deux ans, qui n'avait jamais été dressé. Quand j'eus fait (non sans peine) sa première éducation, j'allai me promener vers la Moselle ; à mon grand étonnement,
à rinstant même que maître Tom aperçut la rivière, il courut s'y précipiter, puis il nagea en professeur, à droite, à gauche, et finit enfin par la traverser, de façon que je crus qu'il désertait et que nous nous disions un éternel adieu. Il n'en était rien ; il revint, toujours jouant, comme un amphibie. Le lendemain, la promenade nautique recommença, sans aucune excitation de ma part ; mais ayant, par hasard, lancé un morceau de bois à Teau, non-seulement il refusa de le chercher, mais même il ne voulut plus s'approcher de la rivière. C'était une éducation à refaire, et moyennant trois bains, selon mon procédé, le rétif animal ne laissa plus rien à désirer pour la quête et le rapport au marais.
J'ai cité ce fait à l'appui de ce que j'ai dit . qu'un chien qui n*a rapporté qu'en jouant, qui n'a pas rapporté malgré lui^ n'est pas dressé, et que vous ne pouvez compter sur lui au moment intéressant.
Donnons maintenant la parole à M. d'Houdetot. C'est toujours le même étalage de grands mots, de phrases sentimentales, sans aucune conclusion touchant le but qu'on se propose ; cependant, je m'attache particulièrement à faire connaître le Chasseur rustique^ parce que le mérite réel de l'ouvrage sur quelques points, la grosse caisse de la réclame battue en sa faveur par les journaux, et
la chance grande d*être arrivé le dernier dans la lice, lui ont donné une réputation exagérée, et par conséquent dangereuse pour les écoliers. J'ai voulu que cliacun pût juger, les pièces à la main. « Lorsque le moyen ordinaire, qui consiste à « jeter au chien (que Ton fait jeûner tout exprès selon rinstruction) de petits morceaux de pain, pour le forcer à aller les chercher dans la rivière, ne suf&t pas ; les gardes ont encore recours au collier de force muni d'un double cordeau.
« Voyez-vous d'ici, toujours au dire de quelques praticiens fort recommandables d'ailleurs, tous les avantages de ce va-et-vient? Il est évident qu'en tirant de la sorte et chacun de son côté, il faudra, sous peine d'être étranglé, que le pauvre animal se décide à entrer dans l'eau. « S'il s'agissait de dresser un tigre à cet exercice on ne s'y prendrait pas différemment ; et il s'agit du meilleur ami de l'homme, du chien, le plus noble des animaux, plein de douceur, de reconnaissance, de sensibihté, d'intelligence, qui ne demande enfin qu'à faire ce que vous lui enseignez ! c'est d'une cruauté ignorante et stupide...
t S'il sait rapporter (ce qui est indispensable), jetez-lui un petit morceau de bois, il ira le chercher; car, sentant le terrain solide sous ses pas,
« il n'appréhendera rien ; si ce moyen ne suffit t pas, excitez-le par l'appât de quelques morceaux « de pain, mais ne le privez pas de son modeste « déjeuner pour cela... etc. »
Deux simples réflexions sur ce qui précède. Je n'ai lu dans aucun livre le procédé des deux cordeaux, je ne sache aucim dresseur qui en fasse usage et je me rends même mal compte de la manière de s'en servir ; mais j'y entrevois le moyen d'arriver à l'obéissance passive, et je le préfère par conséquent à la recette anodine des morceaux de pain. Tout ce que je puis concéder, et c'est beaucoup, c'est que le chien ira manger le pain ; quant à votre bâton, il n'y touchera pas, surtout si, pour l'atteindre, il faut perdre pied. J'en ai fait cent fois l'expérience et je vous en parle savamment.
Chasse aux morelles.
Lorsque votre chien ira bien à l'eau, s'il ne s'emporte plus aux coups de fasil, s'il poursuit le but que vous lui indiquez sans se soucier de ce qui se passe aux environs, s'il n'est pas chien à faire comme celui qui nage d'un canard démonté à un autre et les manque tous deux, si enfin son
éducation a été dirigée selon nos principes, acceptez les invitations de chasse aux morelles que vous adresseront vos amis ; quand on peut compter sur son chien, il n'y a pas, à T arrière-saison, de parties plus charmantes que celles des étangs.
Après Tétang de Lindre (Meurthe), où la Seille prend sa source, le plus grand est celui de la Chaussée (Meuse) ; son périmètre a au moins trois Heues. Les morelles s'y réunissent en bandes, jusqu'au moment de leur migration, déterminée par les premiers froids de novembre. Les gardes au coup d'oeil exercé estiment leur nombre, année moyenne, à 8,000, et se trompent peu. Dans les grandes chasses d'autrefois, il n'y a pas d'exagération à dire que les trois quarts des coups étaient manques, et que, cependant, on tuait le tiers des morelles, sans parler des canards, des oies et des grèbes. Représentez-vous donc, si possible, cette scène animée, ces trente nacelles pavoisées à l'arrière, ces millions de cmieux, ces volées d'oiseaux ahuris, éperdus; écoutez ces clameurs et ces cris bientôt suivis d'un silence solennel, quand le blocus rigoureux d'un golfe ne laisse plus aux pauvres bêtes d'autre salut qu'une trouée à travers la flotte ennemie ; alors éclate une fusillade infernale à laquelle se mêlent les gémissements des victimes trahies parle sort des armes, le bruit des corps qui tombent dans les flots, les hourras de la
foule, ses applaudissements et ses sifflets saluant votre maladresse ou votre triomphe.
A chaque queue de Tétang, le théâtre change, les épisodes varient, mais le résultat reste le même et votre plaisir se renouvelle jusqu'à l'heure d'un dîner toujours joyeux, souvent agréable. Toutes les pruderies du monde peuvent-elles offrir un tel délassement ? Non, mille fois non, en dépit de l'envie.
Si, au milieu d'un tel vacarme, votre chien est resté impassible, s'il a poursuivi sa carrière sans se laisser distraire du but, dites qu'il est fameux et semblable à l'homme fort d'Horace :
Si fractus illabatur orbis, Impavidum ferienl ruin».
Sous prétexte que vous n'avez pas le pied marin, ou, si vous aimez mieux, sous le prétexte moins vrai peut-être, mais plus poH, d'une discrète déférence p^ur les personnes âgées, refusez l'honneur d'une place dans un bateau, demandez à demeurer sur les bords ; par ce moyen :
lo Vous échapperez au voisinage des étourdis qui perdent la tête à la vue d'une pièce de gibier; vous éviterez le danger des armes chargées avec précipitation, et un troisième péril causé par les oscillations de la barque. Ce furent autrefois les suites cruelles d'un accident de ce dernier genre
qui ont attristé les gaies réunions de la Chaussée et y ont mis fin * ;
2o Vous tirerez autant, et de plus beaux coups que les chasseurs embarqués. Dès que les morelles voient qu'elles ne gagnent rien à fuir d'ime queue de Tétang à une autre, elles essayent au vol ou à la nage d'atteindre la rive prochaine. Mais hélas ! grasses et lourdes à l'excès, elles tombent dans les premiers buissons et s'y laissent prendre par les gamins ou assommer à coups de bâton par les curieux ;
3* Vous ferez une double récolte de victimes, les vôtres, puis celles que le vent pousse vers le rivage et que votre chien pourra apercevoir. J'ai gardé le souvenir d'un épagneul qui, à une chasse des étangs de Bouconville (Meuse), ne rapporta pas moins de quinze morelles à son maître, lequel, sur le nombre, n'en avait pas tiré une seule. Cette moisson a son prix ; la morelle, reléguée dans les domaines aquatiques de quelques heureux privilégiés, est un gibier de passage, et se mange en maigre ; les cadeaux que vous en ferez seront donc appréciés, surtout si vous joignez à votre envoi la manière de s'en servir, d'après la méthode des bons moines de Saint-Benoit «.
1 M. Bertin, de Mars-la-Tour (Moselle), eut la main emportée et mourut des suites de cette blessure, s Boutades d'un chasseur, p. 130.
De la quête et de l'arrêt.
Les premières leçons de quête doivent se donner à la chambre, moins cependant pour atteindre le but qu'on se propose, que pour familiariser rélève avec les mots sacramentels: Cherche! apporte! tout beau ! et avec le petit sifilotement excitateur consacré par Tusage, justement le même que les rouliers emploient pour inviter leurs chevaux à se soulager. Jusqu'à présent j'ai été fort sobre d'anecdotes, mais en voici une qui arrive au bout de ma plume à propos du sifflet, et il faudra qu'elle passe.
Un jour de 1829, je quittai, sans permission, ma garnison de Tours pour aller à Amboise visiter la fabrique de limes. C'est un travail excessivement curieux et délicat ; les limes pour les graveurs sur bois, pour les horlogers sont confiées à des femmes, les mains grossières des honunes ne pourraient suffire à cette tâche minutieuse. Je pris tant d'intérêt à tous les procédés de fabrication que m'expliquait un contre-maitre de l'usine, que j'oubliai et manquai le bateau à vapeur ; il restait une seule ressource, c'était l'horrible et sale patache d'un commissionnaire ; je me résignai el
montai, moi troisième, avec deux marchands de porcs, à peu près ivres-morts. Heureusement je pus me placer seul sur le devant, leur abandonnant le fond de Taffreux bocal. Au train dont nous allions, il n'y avait pas d'espoir de faire 22 kilomètres en moins de huit heures et d'arriver à Tours en temps opportun ; je me mis donc en devoir de harceler Tapathique automédon, mais à chaque observation il arrêtait court et faisait entendre le petit sifilet que vous savez. « Ah I monsieur, disait-il, je connais mes chevaux (il appelait cela des chevaux), s'ils pissaient, ce serait comme s'ils avaient mangé un picotin. » Et là-dessus, nouveau temps d'arrêt et nouveau sifilet. Une fois, à un petit bruit de gouttière qui frappa mes oreilles, je crus que les haridelles se mettaient en devoir d'avaler (par le procédé de leur maître) le picotin désiré. Je me trompais étrangement, c'étaient mes soulards seuls qui répondaient à l'appel du conducteur par un déluge, et pour que l'erreur ne fût pas même possible : « Là I là ! Jean, mon ami, Jean ! disait l'un, il ne faut pas vous fâcher, vous voyez bien qu'on y va tant qu'on peut ; là I Jean, là ! »
Après cette belle aventure, je me hâtai de descendre de ce cloaque, et je fis ma route à pied.
Votre chien est arrivé à ce point qu'il attend impatiemment que vous lui jetiez un gant pour le
rapporter. Vous le conduisez donc dans votre chambre, et vous profitez de sa bonne volonté en faisant semblant de jeter quelque chose; à ce geste, vous joignez les paroles : cherchel apporte! et un peu de musique. Vous le promenez dans tous les coins, sous les tables, sous le lit, et quand vous lui aurez fait trouver Tobjet deux ou trois fois, il en saura autant que vous et il n'attendra plus d'ordres pour se mettre en quête et fouiller partout.
Vous continuerez cette leçon en plaçant votre gant à une hauteur d'un pied et pas trop en vue ; quand vous remarquerez que votre chien l'aperçoit ou en a le sentiment, vous lui crierez : beau I il n'en tiendra compte el prendra le gant. Vous l'enlèverez doucement dans vos bras (le chien', vous le remettrez à sa place et le maintiendrez à un mètre, en face de l'objet, en disant : beau/ et, après un instant : apporte ! Deux ou trois reprises de cette manœuvre le décideront à arrêter de lui-même devant l'objet. Vous ne demanderez pas ici une trop grande perfection , car tout à l'heure vous donnerez la même leçon en plein air et avec plus de détails.
J'ai insisté pour que vous cachiez votre gant à une certaine hauteur, et ce n'est pas sans raison, car il y aurait dans le fait contraire deux graves défauts en herbe : il faut les éviter, si possible.
Votre chien pourrait d'abord y contracter l'habitude d'essayer de voir le gibier pour arrêter, alors il approcherait trop près et le ferait partir ; comme ce vice n'exclut pas la prudence, on peut encore tuer beaucoup avec une telle bête, mais, pour moi, c'est un cas rédhibitoire et je n'en voudrais à aucun prix ; et si, par aventure, il a la vue mauvaise, il arrêtera à tort et à travers les mottes de terre, les taupinières et tout objet qui frappera ses yeux. C'est horriblement embêtant ; j'ai passé par là.
Le second défaut que vous pourriez inoculer à votre élève, si vous ne l'habituiez pas, dès sa jeunesse, à chercher en l'air et avec son nez, ce serait de le rendre fouilleur. Je n'ai pas grande estime pour les chiens fouilleurs, mais je ne crois pas qu'il faille les mépriser entièrement, et, en cela, je suis heureux de me trouver d'accord avec M. d'Houdetot. Voici son avis :
« De MaroUes, qui s'est montré aussi exigeant « que moi à l'égard de certaines qualités, fait pe- « ser tout le poids de ses dédains, non sur le chien « qui n'arrête pas naturellement, mais sur celui « qui quête le nez près de terre, au lieu de pren- « dre le vent et de quêter le nez haut. Selon lui, a le chien coupable de cette fâcheuse disposition « ne mérite pas la peine d'être dressé. C*est un peu * sévère, et, pour mon compte, tout en reconnais;-
« sant la supériorité du chien qui chasse le nez « haut, je n'admets pas que Thabitude opposée « motive une semblable dégradation. Il est prouvé « au contraire, que ces chiens terre-à-terre sui- « vent admirablement la piste d'un perdreau dé- « monté, celle d'une caille ou d'un râle qui se « dérobe, et qu*ils rendent enfin plus de services « que d'autres dans les gros temps et à mauvais « vent, par la raison que les émanations élevées « sont plus facilement entraînées que celles qui « tiennent au sol, aux feuilles des plantes en court tact avec le gibier *. »
Suivant moi, un chien fouilleur piste dans la perfection une pièce de gibier blessée, et avec lui il est rare qu'on en perde une seule. De plus, il trouve quatre cailles quand votre épagneul au nez haut en trouve une à peine ; mais voici le revers de la médaille, il essaye d'approcher les perdreaux et les lièvres comme il fait des cailles, et les oblige à partir. Autre chose, et plus sérieuse, il se blesse le nez et les yeux surtout contre les chaumes, dans les temps secs ; j'en ai vu qui se mettaient dans un état affreux et faisaient peine à voir.
Durum ; sed levius fit patientia Quidquid corrigere est nefas '.
i Le Chasseur rustique, p. 95.
* «Destin cruel ! Mais on adoucit, par lapatience, le mal qu'on ne saurait empêcher. » (Horace, ad Virgilium,)
A part une éducation mal dirigée et quelques circonstances particulières qui peuvent rendre un chien fouilleur, je vous dirai qu'un chien naît fouilleur, comme le cuisinier nait rôtisseur ; cela ne s'apprend guère, c'est une affaire d'instinct ou de nez. En voici la preuve, elle est saignante.
J'ai dans ce moment im épagneul quêtant le nez haut et faisant merveille sur les lièvres et les perdreaux ; cependant il est un peu vif ; sa sœur, de la même portée, aies mêmes qualités, mais elle est si sage, si calme, qu'après votre coup de fusil à terre, devant son nez, et n'importe quoi qui s'agite et se débatte sous ses yeux, elle ne bouge jusqu'à ce que vous ayez ramassé. Un troisième frère, appartenant à un habile chasseur et dressé secundum artem^ est d'une pétulance que les corrections n'ont pu refréner encore, et il fouille dans la perfection.
En passant, vous fere« avec moi cette réflexion : le proverbe, le chien chasse de race, n'est pas- exact d'une manière absolue ; il en est des chiens comme des enfants, ils sont souvent loin de se ressembler entre eux ou de ressembler à leurs auteurs, malgré le sang.
Pour faire quêter et arrêter votre chien au jardin, vous vous procurerez, s'il est possible, une caille ou une perdrix vivante, vous lui couperez les plumes d'une aile, lui attacherez un fil à la
patte et à rextrémité de ce fil un petit papier. Vous lâcherez Toiseau dans la prairie, et au moyen du papier vous remarquerez où il se fixera Un quart d'heure après, quand il aura un peu perdu l'odeur de votre personne et recouvré la sienne propre, vous appellerez votre chien, vous prendrez le hon vent, et le ferez quêter en prenant la direction de la caille. Dès que vous remarquerez qu'il en a le sentiment, vous crierez : beau ! Soit qu'il arrête ou n'arrête pas naturellement, il devra, d'après les leçons précédentes, arrêter à votre commandement. S'il ne le faisait pas, vous le rappelleriez, lui passeriez une ficelle au cou et vous le conduiriez de nouveau avec bon vent dans la direction de la caille ; au moment même où le sentiment lui en arrive (ce qu'il est facile de reconnaître), s'il continuait encore d'avancer, vous le retiendriez doucement, toujours en répétant : tout beau! et le contraindriez à arrêter, la secousse et le sentiment du gibier arrivant simultanément ; il arrêtera bientôt au premier indice de l'un pour éviter l'autre.
Il suffira de quelques reprises pour le rompre à cette manœuvre. Dès qu'il arrêtera sans hésiter, sans tâtonnement, vous tournerez autour de lui et de la caille^ puis vous la prendrez et la lui ferez sentir en le caressant. Vous recommencerez ime seconde, ime troisième fois, toujours en tournant
plus longtemps pour habituer le chien à la patience, et en évitant soigneusement de couper Tarrêt; enfin, quand vous le jugerez convenable, vous tuerez l'oiseau d'un coup de fusil et vous direz au chien : apporte I Un peu désorienté d'abord par la détonatiSn, il perdra la tête, mais vous le rassurerez en lui parlant très-doucement et vous le conduirez sur l'oiseau qu'il rapportera. Vous pourrez* continuer l'exercice avec la caille morte, et avant la fin de la journée il prendra grand plaisir à la chose.
Il n'est pas facile, avec la loi de 1844, de se procurer une caille ou une perdrix, vous pourrez y suppléer par votre gant porté, durant quelques instants, sous Taisselle, ou mieux encore par des morceaux de pain frits dans du saindoux. Vous jetez ces morceaux de pain dans la prairie, en ayant soin de remarquer leur place par une herbe cassée ou un petit piquet. Un quart d'heure après, vous amenez votre chien et vous manœuvrez comme précédemment, c'est-à-dire que vous faites arrêter, que vous saisissez le pain comme s'il s'agissait d'une caille. Pour terminer la leçon, au lieu de prendre le pain, vous tirez dessus un demi- coup de poudre, et vous dites au chien : cherche I apporte! Il a bientôt trouvé, et, comme vous êtes près de lui, vous empêchez qu'il n'avale et vous lui faites rapporter, puis vous lui donnez
cet excellent pain frit. Quand il aura compris (et ce ne sera pas long) qu'il ne perd rien pour attendi*e, il rapportera du bout des lèvres, et le parfum tentateur du saindoux ne le pourra séduire.
Quand j'en suis arrivé là de l'éducation de mon chien, je lui fais répéter dans la campagne ce qui est possible des leçons précédentes ; si nous sommes au mois de mai, s'il y a des cailles vertes, je touche de l'appeau ; quand ime caille est arrivée, je prends le vent, la fais arrêter, et je tourne jusqu'à ce qu'elle parte. Mon chien, surpris par le bruit du vol, veut s'élancer, mais je le maintiens de mon mieux. Si, de ce côté, il montre trop de disposition à courir, je lui mets le collier et je retiens fortement l'extrémité du cordeau ; quand il veut poursuivre, il se jette lui-même dans les pointes, et j'ai soin de joindre une ou deux secousses à cette correction, en disant : beau ! Cette première punition est ordinairement efficace, il est rare qu'il en faille une seconde, à moins que ce ne soit au moment de la vraie chasse et quand ill>artira des perdreaux.
Cette leçon des cailles vertes est excellente. Quand on pourra la donner, elle couronnera parfaitement l'éducation entreprise.
J'allais oublier de vous prescrire, quand vous êtes à la promenade, de. faire souvent passer Médor deiTière vous et de l'y maintenir quelques
minutes. Rien n'est plus aisé, il suffira de dire : derrière ! et de lui barrer le passage ; lorsqu'il tentera de violer la consigne, criez de nouveau : derrière! et donnez-lui un petit coup de fouet sur le nez ; comme dit M. Blaze, il comprendra l'apologue. Il est indispensable qu'un chien emboîte le pas de son maître au moindre signe, sans cela il devient impossible de surprendre des canards sur Teau, des ramiers sur un chêne.
Du Plan Mt et des chiens qui arrêtent naturellement.
Revenons un peu en arrière ; dans l'article précédent j'ai fait usage du pain frit dans du saindoux; cette idée n'est pas de moi, je l'ai trouvée dans un bon ouvrage, le Traité complet de la Chasse au fusil *; seulement il prescrit de joindre à la friture des vidanges de perdrix. Je l'ai fait plusieurs fois, et je ne me suis jamais aperçu que le chien en eût la perception du pain plus vive, et je pourrais dire comme Fontanarose : Si ça ne fait pas de mal, ça ne fait pas de bien. Cependant, ne nous hâtons pas de juger et de condamner, surtout quand il s'agit d'un înaitre reconnu. Il ne se-
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rait pas impossible d^ailleurs que, bien que le sentiment ne fût pas plus vif avec des vidanges, il fût au moins plus prononcé dans le sens du fumet de la perdrix, et, si cela était, on comprendra facilement l'avantage de l'emploi de ces vidanges.
M. d'Houdetot, lui, n'est pas aussi conciliant. Il tranche les questions à la manière d'Alexandre, et blâme tout le monde sans appel *.
« Dans leur esprit (l'esprit des gardes), rien ne « remplace le collier de force ; ils ne connaissent « que ce procédé pour faire rapporter ou arrê- « ter... arrêter, grands dieux ! A quelles tortures « ne serait pas exposé le pauvre chien qui n'ar- « rête pas naturellement ! Car, suivant encore en « cela les traditions routinières imprimées dans a tous les livres de chasse, le garde instructeur « pour s'y conformer littéralement, devra faire « frire des petits morceaux de pain dans du sain- « doux avec des vidanges de perdrix, les poser à Ta- « vance dans la plaine et forcer ensuite le chien « à les arrêter successivement à l'aide du fatal col- « lier; s'il bouge, on lui criera : tout beau I et on le « rossera ; s'il garde cet arrêt factice trop long- « temps, on lui criera : pille l pour le faire se pré- « cipiter sur le pain ; ainsi de suite, en prescri-
1 h$ Chassewr nautique, p. 89 et 90.
« vant encore de remplacer Tusage de la voix par « un coup de fusil, de conduire le chien aux per- « drix après cette épreuve, et de le remettre au « pain frit s'il commet quelque faute...
« Avouez que ce serait grotesque si ce n'était « cruel... Mais, malheureux que vous êtes! ces « tortures sont inutiles ; les chiens arrêtent natu- ■ Tellement dans la proportion de sept sur dix « pour ceux de bonne race, et de trois pour les « autres. Ils arrêtent mieux, cent fois mieux que • ceux que vous torturez inutilement. Dites cela « à certains gardes, et ils vous répondront que « l'arrêt naturel ne vaut rien... hérésie ! »
On a beau être un vieux de la vieille, un grognard de l'Empire ; ce n'est pas une raison pour critiquer si amèrement im article excellent qu'on n'a sans doute pas essayé de mettre en pratique, im article dans lequel il n'y a à retrancher que le vocable pille , lequel doit être inexorablement rayé du répertoire du chasseur.
Si votre chien arrête dans une haie, dans un buisson^ à la lisière d'un bois, et que vous ne puissiez tourner, jetez de la terre, une pierre, faites partir, mais n'excitez pas votre chien à bourrer, à piller ; c'est un antécédent qui pourrait avoir des suites fâcheuses, surtout s'il prenait la pièce de gibier, ce qui est probable, car pour l'ordinaire, c'est un pouillard quelconque. Au besoin, j'aime-
rais mieux tirer en Tair, réservant le second coup pour parer aux événements.
M. d'Houdetot affirme que sept sur dix chiens de bonne race arrêtent naturellement, et que c'est
seulement trois sur dix pour les chiens de
mauvaise race, apparemment. Je prends acte de ces paroles pour faire voir que, malgré son opinion précédente, il trouve la race bonne à quelque chose.
La proportion que le Chasseur rustique établit là fort arbitrairement me semble fautive de tous points. Il est rare de rencontrer un chien d'arrêt qui arrête naturellement, ferme comme un piquet, cependant j'en ai vu plusieurs ; mais tous, en général, à moins qu'ils ne manquent de nez, pointent le gibier et avancent, avancent encore jusqu'à ce qu'ils l'aient fait partir. Si votre élève n'est pas dressé, s'il n'est pas habitué à demeurer immobile au commandement : beau ! vous pourrez bien tuer, mais vous serez privé de ce vrai plaisir de la chasse en plaine, s'il n'est pas le seul, celui de voir manœuvrer votre chien, puis le voir arrêter quand son odorat lui dit : la perdrix est là.
Une dernière question pour finir. Si, quand vous aurez élevé votre chien jusqu'à l'âge de douze ou quinze mois, il arrive qu'il n'arrête pas, que ferez-vous? Sensible comme vous l'êtes, vous ne le mettrez pas au pain frit et au collier de
force ; mais alors vous le jetterez à Teau pour recommencer une seconde éducation, puis ime troisième, si la seconde ne réussit pas mieux que la première ; avouez que c'est cela qui serait grotesque si ce n'était cruel. En vérité, ce n'est pas du Chasseur rustiqite qu'on dira : In ore tuo loquitur ipsa sapienHa,