MALADIES DES CHIENS
Prélimmaires.
Le chien étant, de tous les animaux, celui gui vit dans la plus grande intimité avec l'homme, a dû, plus qu'aucun autre, subir les conséquences de la domesticité et de la nature toujours contrariée, à savoir : les mauvais traitements, les traitements inintelligents, la privation de liberté, Tabondance, la pénurie ou la mauvaise qualité de sa nourriture. Il en est résulté que, sans préjudice de quelques maladies qui lui sont particulières, il est soumis à toutes celles de Thumanité.
L'impuissance de diagnostiquer les maladies chez les animaux a rendu la pathologie canine un art difficile, incertain, conjectural. Cependant, rÉcole d'Alfort a, depuis quelques années, fait
avancer la science, et beaucoup d'affections sont à présent signalées par des caractères infaillibles, conséquemment elles peuvent être combattues avec une apparence de certitude. En général, si les symptômes d'une maladie vous sont inconnus, s'ils vous paraissent douteux, faites venir im vétérinaire, et si le cas semble urgent, consultez à la hâte deux ouvrages également recommandables : la Pathologie de M. Delabère-BIaine, et le Traité des Maladies des Chiens, de M. Prudhomme ; ce dernier traité fait suite au Chasseur rustique^ par M. d'Houdetot.
Mon intention, on peut le croire, n'est pas de recommencer l'un ou l'autre de ces traités, je veux seulement parler des maladies les plus commîmes, de celles que j'ai soignées moi-même en l'absence d'un praticien, et des remèdes que j'ai employés avec succès.
Avant d'entrer en matière, il convient d'avertir que l'hygiène générale des chiens a une importance extrême; en en pratiquant les préceptes, on évitera la plupart des maladies, ou tout au moins les affections les plus graves perdront ime partie de leur maUgnité. Ces préceptes sont : une bonne nourriture, un exercice suffisant, un chenil sec et aéré.
Nourriture.
Suivant moi, un chien de taille moyenne sera bien nourri avec 750 grammes (1 livre 1/2) de pain par jour, partagés en deux soupes grasses, l'une d'une 1/2 livre le matin, Tautre de près d'une livre le soir. Il est bien entendu que ces soupes pourront contenir les légumes et autres restes de la cuisine. Les os de veau et ceux de volaille (ceux des ailes et des cuisses exceptés *) seront donnés à part, et en manière de dessert. Quand les issues de la cuisine ne suffisent pas à rendre la soupe assez grasse, on y ajoute quelques petits morceaux de lard frit, ou de cette graisse de bœuf qu'on se procure facilement chez les bouchers.
On voit que je ne suis pas de l'avis de beaucoup de chasseurs qui ne donnent qu'ime soupe le soir, ni de ceux qui, ne donnant qu'une soupe, y ajoutent un peu de pain sec le matin. Voici pourquoi : quand vous partez pour la chasse, vous n'êtes jamais assuré de ramener vos chiens ; donc, si, par cas de force majeure, vous les laissez au bois
A Ces os creux se brisent en esquilles très-fines qui peuvent se piquer profondément sur les parois intérieures de la gorge ou de l'estomac.
(quoique les chiens puissent rester plusieurs jours sans manger et sans trop en souffrir), ce sera une consolation pour vous de penser que vos serviteurs ont le boudin un peu garni, pour parler comme le bon seigneur du Fouilloux. J'ai de même renoncé au pain sec, parce que, sur dix chiens, il y en a toujours cinq qui, le matin, boudent dessus; soit que leur appétit ne soit pas assez ouvert pour un mete fade, soit que le froid de la nuit leuraitfait mal aux dents. Cette dernière raison est juste, je crois; car c'est particulièrement Thiver que j'ai vu les chiens refuser le pain sec. Ainsi donc, donnez deux soupes de pain de troisième qualité ou de pain de munition; cela causera im peu plus de peine à votre cuisinière, mais vos chiens s'en trouveront mieux et vous aussi.
Pendant l'été, il convient d'ajouter à là nourriture du lait caillé vers deux heures, et de deux jours Tun. Quelques personnes font la soupe avec ce lait caillé, c'est très-rafraîchissant.— Les bains et le peigne ne doivent pas non plus être négUgés.
Je fais aussi donner la soupe à mes chiens dans de rustiques mangeoires portées sur des chevalets. C'est un procédé que je reconunande particulièrement, car le valet de chien étant obUgé de renverser l'eau pour la soupe, l'auge est toujours propre pour la recevoir, et, la soupe mangée, il ' est forcé de rincer et de remettre de Teau fraîche ;
c'est une des premières attentions à avoir vis-àvis des chiens, non pour les préserver de la rage, Feau ne garantit de rien, mais parce qu'ils sont d'un naturel ardent et échauffé, qui leur fait im besoin et un plaisir de boire souvent.
Un soin suprême, c'est de veiller à ce que la soupe soit donnée tiède, presque froide. Un valet, ou néghgent, ou sot, ou sans amour pour ses chiens, peut, pour se débarrasser de la besogne, jeter la soupe bouillante dans la mangeoire, n n'en faut pas davantage pour altérer la finesse du nez de vos bons animaux. Quelquefois le mal causé par plusieurs soupes trop chaudes est irréparable ; dans tous les cas, il est sensible pendant plusieurs mois.
Après une laborieuse campagne cynégétique, les chiens sont très-échaufifés ; pour les rafraîchir, les ims font saigner, les autres donnent un purgatif ; quoique j'aie souvent fait un bon usage de Tun et de l'autre de ces moyens, je reconnais qu'ils peuvent occasionner une secousse dangereuse ; je crois qu'il serait plus prudent, et qu'on atteindrait le même but, en faisant donner plusieurs jours de suite une soupe légère aux pieds de veau.
Exercice.
Pendant l'automne et Thiver, des chiens qui chassent deux fois par semaine ont suffisamment pris d'exercice ; durant le printemps et Tété, il faut les faire promener trois fois par semaine, sans compter qu'après chaque repas ils doivent être lâchés une demi-heure ou plus dans la cour.
Chenil.
Un chenil doit être bien aéré et, autant que possible, avoir la porte d'entrée du côté du couchant ; il sera badigeonné à la chaux vive deux fois par an ; le lit de camp doit être à 4 pouces du sol, assez élevé pour que le balai y soit introduit^ et pas assez pour qu'un chien puisse aller se coucher dessous ; les planches, légèrement en pente et divisées en stalles, ne doivent pas avoir plus de 0",50 de haut, afin que les chiens soient contraints de descendre pour leurs besoins. Elles seront recouvertes d'un lattage espacé d'un demi-pouce, et, pendant les grands froids, on y déposera des bottes de paille pour préserver les animaux d'un air trop vif. Ces précautions ne doivent pas faire
négliger rétablissement d'un petit poêle qu'on allumera de temps à autre, durant des pluies con^ tinuelles, et à chaque retour de chasse. Si vous le pouvez, vous aurez, attenant au chenil, une cour dans laquelle sera Fange à eau et à soupe. Vous aurez soin enfin que la paille du chenil soit changée à nn jour fixe de la semaine. Dans un coin du chenil ou de la cour seront, à demeure, un balai, une pelle, un arrosoir, une fourche en bois, afin de remuer la paille du lit de camp tous les matins , et de satisfaire aux autres exigences de la propreté; dans le chenil même il y aura un pendeir et des planches pour les couples, les colliers, le peigne, Téponge, la brosse de chiendent et le fouet. Le fouet joue im grand rôle dans le chenil, il faut s'en servir contre tous^ quand il y a bataille ou aboiements ; sans cela, point de tranquillité à la campagne et encore moins à la ville, où le bruit a mille inconvénients. Si un valet couche près du chenil, ou fait poser dans le chenil une sonnette dont le cordon répond à son lit ; quand il y a hurlements ou bataille, il sonne et rosse tout le monde , innocents et coupables ; après deux ou trois exécutions de cette justice peu impartiale, il suffira de faire tinter pour obtenir le silence de mort d'un couvent de chartreux K .
1 Le chasseur au chien d'arrêt prendra de ces observa-
De la maladie.
La maladie est une affection particulière des chiens, comme la petite vérole pour les enfants, les gourmes pour les chevaux. Les chiens y sont tous sujets, ou à peu près, de quatre mois à im an. Jusqu'à cette époque, le chien a été vif et joyeux, les premiers symptômes de la maladie sont donc faciles à reconnaître ; Panimal perd sa gaieté et devient triste, son nez est sec, ses yeux rouges ; quelquefois un catarrhe nasal se développe et les naseaux sont obstrués par l'humeur, d'autres fois il devient sujet à des mouvements violents et convulsifs.
Chaque zoologue, chaque vétérinaire, chaque chasseur a, pour son usage particuHer, un remède infaillible, ce qui n'empêche pas les trois quarts des patients de succomber ; c'est mieux encore cependant que de laisser la maladie suivre son cours ; car, dans ce cas, il n'en échappe pas un seul, excepté peut-être quelques rares sujets qui ont joui d'une liberté entière et se sont soignés eux-mêmes. Les ims prescrivent, au début de la
tions sur le chenil, ce qui lui sera utile; s'il n'a qu'un chien, il peut très-bien l'établir à l'écurie.
maladie, Taloès pendant plusieurs jours, ou bien une forte dose d'émétique ; d'autres emploient un selon sur le cou, ou le séton anglais sur la poitrine; les purgatifs, Téther sulfurique ont été aussi à la mode. M. Delabère-Blaine a plusieurs formules suivant les divers symptômes ; quand la maladie s'annonce par la perte de l'appétit et par la tristesse, il recommande * six dosesàpi'endre en trois jours, matin et soir, de :
Poudre antimoniale ... 12 grains.
Digitale en poudre. ... 8 grains.
Nitre en poudre 1/2 drachme.
Quand la maladie débute par des convulsions, il prescrit l'émétique *, puis la médecine suivante :
Éther 1 drachme.
Teinture d'opium .... 1/2 drachme.
Camphre • . . 10 grains.
Esprit de corne de cerf. 1 drachme.
On mêlera le tout ensemble et on donnera 70 gouttes de deux heures en deux heures.
M. Prudhomme ' recommande des laxatifs en breuvage ou en lavement, si l'animal est constipé ; il indique aussi la saignée au début de la maladie,
t Pathologie canine, p. 205 et suiv.
• 1 grain par moitié dans un demi-verre d'eau à 10 minutes de distance ; si l'effet n'est pas complet, on recommence avec un deuxième grain fractionné.
* Traité de$ Maladie$ des Chiens, p. 433.
et enfin les décoctions de sulfate de quinine, si l'affection devient chronique.
M. Sponville, chasseur excellent du département de la Moselle et judicieux observateur, se bornait à faire de la médecine préventive, et rarement, très-rarement, il perdait ses élèves. Après le sevrage, il donnait ime once de manne fondue dans du lait. Puis quinze jours après et ensuite tous les mois, une once ou deux, suivant Tâge, de sirop de nerprun dans une demi-tasse de lait, et de la liberté autant que possible.
J'ai connu, dans la Haute-Marne, un chasseur très-expert, M. de Rouyer, qui, au début de la maladie, et quels que fussent ses symptôme^, jetait, trois jours de suite, dans la gueule de la bête, une poignée de sel de cuisine ; jusqu'à ce que le sel fût avalé, il tenait élevée la tête du chien, et de l'autre main lui caressait le col. Il réussissait fort souvent.
Je dois dire maintenant qu'à l'époque de mon noviciat cynégétique , j 'ai pratiqué tous les moyens , essayé toutes les prescriptions avec un zèle et une patience que rien ne décourageait. Mes succès ont été très- variés, et j'ai sauvé au moins autant de malades que j'en ai perdu. Quel docteur, même parmi les célèbres, pourrait en dire autant ? Cependant je n'étais pas satisfait, j'allais toujours cherchant, tâtonnant, jusqu'à ce qu'un jour, il y
a de cela vingt-cinq ans, dans un journal, je ne sais plus lequel, ou dans un livre dont je regrette d'avoir oublié le nom, car je voudrais lui rendre ce qui lui appartient et appeler sur sa mémoire la reconnaissance des chasseurs, je lus : « Si le vac- « cin, maladie d'une vache, peut être avantageu- « sèment inoculé aux enfants, on ne voit pas « pourquoi il ne réussirait pas également sur les « jeunes chiens; M. X... Ta tenté plusieurs fois « avec succès... » Je Tai dit, il y a de cela vingtcinq ans, et depuis lors, je n'ai pas perdu un seul chien, bien que j'en aie vacciné ou fait vacciner pour moi ou mes amis, soixante-dix à quatrevingts environ. Une remarque que j'ai faite, c'est qu'avec ce procédé de la vaccine, la dentition (vers quatre ou cinq mois) se fait plus difficilement que dans d'autres circonstances, sans jamais devenir dangereuse cependant.
Voici, à présent, comment je pratique l'opération : à deux mois, quand mon élève est sevré depuis quelques jours, je le purge avec une once de manne ; deux jours après, quand il est remis de la secousse, je le vaccine comme à l'ordinaire, avec du vaccin bien frais, par trois piqûres à la face interne de chaque cuisse, en ayant soin de ne faire que rubéfier pour ainsi dire la peau avec la lancette ou le canif, sans provoquer le sang ; durant l'heure qui suit l'opération, il faut occu-
per le chien et le surveiller pour Tempêcher de se lécher ; on purge une seconde fois quinze jours après et tout est dit.
Chancres internes et externes des oreilles, tumeurs des oreilles.
CHANCRE INTERNE. — Le chaucre interne est facile à reconnaître : le chien exhale de temps à autre et par Toreille affectée, une odeur fétide ; il gratte souvent le canal auditif, flaire ensuite ses ongles et les lèche. Chaque fois que je me suis aperçu à temps de la présence d'un chancre, je Tai guéri, en faisant, pendant trois jours, des injections d'eau de guimauve tiède dans l'oreille, en continuant, durant quatre jours, par l'introduction d'im mélange d'huile et de merciu'e doux, et en terminant par trois injections avec une petite seringue ad hoc d'extrait de Saturne léger et tiède, malin et soir.
Les injections d'eau de tan (écorce de chêne) sont excellentes et donnent moins de peine : ce qui, à mérite égal, consacre toujours la supériorité d'un remède.
J'ai eu un ou deux chiens que je n'ai pas réussi à guérir par ce procédé, et comme d'autres de mes
chiens ont eu, dans le même temps^ des chancres, j'ai lieu de croire quecelte maladie est contagieuse et de nature psorique; ilfautdonclasurveiller,et quand elle résistera, on fera usage de la prescription suivante, de M. Delabère-Blaine, elle est fort bonne :
Acétate de plomb. ... 1/2 drachme.
Eau de roses 4 onces.
Faire dissoudre et introduire dans l'oreille, deux fois par jour, une cuillerée à café du mélange chauffé à la température du corps.
Si vos remèdes n'aboutissent pas, si vous ne parvenez pas à guérir le malade, croyez-moi, faites-le tuer, sans vous laisser toucher par cette belle phrase de M. d'Houdetot ^ :
« En vieillissant sous le toit domestique, le chien a droit à la retraite que toute âme élevée doit au pauvre serviteur. »
Oui, très-bien, conservez un pauvre serviteur qui a une patte cassée, qui est aveugle, mais s'il est rogneux, s'il a des chancres dans Toreille, ne vous attendrissez ni avec la loi Grammont, ni avec M. d'Houdetot, et mettez une balle dans la tête du vieux serviteur ; vous rendrez service à votre invalide qui soufTre horriblement, et vous sauverez vous et les vôtres d'une puanteur intolérable.
1 Le Chasseur rmtique, p. 144.
CHANCRE EXTERNE. — Le chancre externe n'a de commun que le nom avec le chancre intérieur ; il se manifeste sur le bord de Toreille, à la suite d'une piqûre, d'une morsure ou de toute autre cause inconnue. Il paraît d'abord sous la forme d'un petit bouton gris qui s'exfolie, met Toreille au vif et la ronge insensiblement. Durant la pluie et si le chien est exposé à l'humidité, le mal fait des progrès plus rapides.
Tous les caustiques, orpiment, sublimé corrosif, eau-forte, ont été employés avec plus ou moins de succès, et sont dangereux à cause de l'excès possible ; ce qui est le mieux, le plus efficace, c'est un fer rouge, une tenaille, par exemple, avec laquelle on cautérise le mal, et un peu au delà ; ensuite, il faut frotter avec du beurre frais.
L'inconvénient de ce procédé, c'est de déshonorer l'oreille, aussi ne Tai-je employé que dans les cas extrêmes. Pour l'ordinaire, je passais un séton avec de la grosse laine enduite de beurre, à deux lignes au-dessus du sommet du chancre, puis je nouais, par un double nœud, la laine tout contre la déchirure; ce petit séton fait dériver l'humeur.
Avec les chiens d'arrêt qui sont doux et patients, je plonge, deux fois par jour, le bout de Toreille dans de l'eau aussi chaude que l'animal peut la supporter ; après trois minutes, je Tessuie
bien et le frictionne légèrement, soit avec de l'onguent mercuriel double, soit avec de la pommade camphrée. L'huile de navette employée seule, quand on peut s'en procurer de la pure, est également efficace.
TUMEUR. — La tumeur de Toreille externe a sa cause, comme le chancre, dans ime piqûre, et plus souvent encore dans une réclusion prolongée, ou une nourriture trop substantielle; quelquefois aussi elle est la suite d'un coup.
Quand la tumeur est mûre, c'est-à-dire quand vous sentez les sérosités fluer sous la pression du doigt, prenez votre canif et faites une large ouverture ; dès que l'humeur sera écoulée, mettez un peu d'étoupes ou de charpie entre les lèvres de la plaie, pour Tempécher de se refermer trop tôt.
En général , dans tous les traitements des oreilles, il faut faire usage d'un filet qui, fixé comme une cornette sur la tête du chien, l'empêche de la secouer. On trouve ces bonnets chez tous les armuriers.
Aggravée, aggravure, dessolement.
Ces trois mots expriment une même chose, les écôrchures que les chiens se font à la sole des
pattes, quand ils chassent par un temps sec sur une terre dure et brûlante, ou pendant l'hiver, quand le froid a condensé les vapeurs et l'humidité de la terre en petits cristaux pointus comme des aiguilles.
M. Delabère-Blaine conseille d'envelopper les pattes avec des compresses d'eau-de-vie étendue d'eau naturelle. Peut-être le remède est-il bon, je ne l'ai pas essayé, mais dans tous les cas, il est difficile et ennuyeux, les chiens ayant une propension particulière à arracher toutes les ligatures. A moins qu'il n'y ait une grande différence dans le mérite de deux prescriptions, il faut toujours donner la préférence à la plus simple ; il y a des livres de chasse et des vétérinaires qui ordonnent des remèdes impraticables, rappelant les formules des empiriques d'autrefois: prenez la langue d'un ours, ou bien la cervelle d'un lion, etc. Dans le cas dont il s'agit, battez ensemble un blanc d'œuf et une cuillerée de vinaigre, joignez-y im peu de suie pour empêcher le chien de se lécher, et quand il est couché dans sa stalle, prenez une patte de lièvre et frottez-lui avec la mixture le dessous des pattes, les ongles et l'entre-deux des doigts. Répétez plusieurs fois par jour.
Comme dans presque toutes les occasions, la médecine préventive trouve ici une utile application. Ainsi, quand vous partez pour la chasse par
UD des temps indiqués plus haut, faites frotter les pattes avec de l'extrait de Saturne, et, en rentrant, jouez de la patte de lièvre et du restreinctif.
Crevasses.
Durant les chaleurs, le dessous de la patte est sujet à se fendre, à se crevasser : ce n'est rien, mais le chien souffre beaucoup, surtout en quêtant dans les chaumes ; frottez la patte malade avec de la pommade camphrée, introduisez-en dans l'ouverture, et quarante-huit heures après ce sera fini.
De l'œil.
Les jeunes chiens, surtout à l'époque de la maladie, sont sujets à une ophthalmie produite par une taie blanchâtre qui recouvre toute la cornée des yeux!
J'ai toujours réussi à rendre la lumière aux malades, en injectant dans l'œil, et deux jours de suite, une pincée de sucre en poudre tamisée. S'il reste un peu d'inflammation, il faudra bassiner
avec une décoction de pavots ; si rinflammation persiste, une saignée au col Bera salutaire. Le même procédé peut être employé contre les piqûres d'épine qui laissent une tache sur le globe de rœil.
Pour les autres maladies, comme Tulcération de la paupière, la cataracte, il sera bon de consulter un praticien.
Vers, puces.
VERS. — Les chiens, surtout les jeunes, sont sujets au taenia ; M. Delabère-Blaine * recommande la formule suivante :
Limaille de fer très-fine. . . 1/2 drachme.
Poudre antimoniale 12 grains.
Digitale en poudre 8 grains.
Nitre en poudre 1/2 drachme.
dont il faudra faire six pilules, donner une tous les matins à jeun, puis purger doucement.
Contre les autres espèces de vers, et notamment les petits blancs et plats qui sont fort Communs, j'ai employé, toujours avec succès, dix morceaux d'aloès, gros comme des grains de blé, que je fais avaler dans du beurre.
Pathologie canine, p. 319,
Une tasse d'ail, bouillie avec une feuille ou deux d'absinthe, réussit très-bien.
PUCES. — Chez les chasseurs qui se respectent, un chien ne doit jamais avoir assez de puces pour qu'elles deviennent dangereuses ; cependant , si elles s'étaient beaucoup multipliées avant qu'on s'en fût aperçu, il faudrait faire laver immédiatement le chien dans de Teau de savon gras ou de feuilles de tabac; dans ce dernier cas, il faut museler le chien pour l'empêcher de se lécher.
Empoisonnement.
Nous n'avons jamais laissé échapper l'occasion de protester contre Fimpéritie de certaines municipalités, qui, sous prétexte de chiens enragés, font répandre des boulettes empoisonnées à travers les rues ; nous y reviendrons encore à l'article Rage , bornons-nous ici à constater que malheureusement le fait existe. Constatons encore que dans les campagnes on empoisonne des charognes pour tuer les loups, et que des petits garçons, pour prendre des corbeaux, jettent de la noix vomique dans les endroits fréquentés par ces oiseaux ; un voisin, un jaloux, un envieux de votre bon chien et de vos succès, un homme à pendre
enfin, peut aussi laisser tomber sur votre chemin des morceaux de viande suspecte. Dès que vous remarquez quelque chose, si votre chien est pris de convulsions subites, faites-le vomir à tout prix. Si vous n'avez pas sous la main ou de l'ipécacuanha, ou du turbith minéral, ou de Témétique, ou le demi-gros de staphisaigre recommandé avec raison par M. E. Blaze *, entonnez de Teau tiède mêlée de vinaigre, frottez Tintèrieur du gosier avec les barbes d'une plume. Si le chien vomit, il est sauvé, mais pas entièrement guéri ; continuez donc vos soins en donnant de Teau sucrée dans laquelle vous ferez battre trois blancs d'œufs.
Empoisonnement par les conlenvres, les vipères, les frelons.
Dans les pays chauds, dans les années chaudes,^ et surtout dans les terrains secs, pierreux, accidentés, le chasseur et son chien sont exposés à rencontrer des ennemis dangereux; ce sont les couleuvres et les vipères.
La couleuvre (coluber) est plus grosse que la vipère et plus longue ; sa tête est elliptique, son
* Le Chasseur au Chien d'arrêt, p» 387«
ventre jaunâtre, elle n'a point de dents à crochet et partant point de venin ; sa morsure cause un peu d'inflammation, et dans le doute si on a eu affaire à une couleuvre ou à une vipère, il faut répandre de l'alcali volatil sur la plaie. La médecine, surtout la médecine ancienne, faisait un grand usage de la couleuvre. En Afrique, on la mange, en France on ne s'en prive guère, et à Angoulême, on la sert très-bien aux voyageurs, sous le nom champêtre et fallacieux d'anguille de haie ; je me rappellerai toujours qu'au lycée impérial de Nancy le tambour du collège rapportait souvent, entourant sa caisse, une grosse couleuvre, chaque fois que la promenade avait été dirigée vers les rochers de la Croix gagnée ; quand on rentrait en ville, les ouvriers se disputaient notre trophée pour en faire un régal.
La vipère (vipera) est plus petite que la couleuvre, il est rare qu'elle dépasse deux pieds. Ses couleurs sont plus ternes, sa tête a la forme d'un cœur et mesure plus de largeur que son corps. Derrière chaque œil il y a une raie noire et ses yeux sont rouges, vifs et méchants ; sa langue grande, noire et fourchue, est inoffensive ; on la rencontre rarement le matin, plus rarement encore le soir; c'est au grand jour et par le soleil qu'elle est hors de son trou. Elle n'attaque pas l'homme ; pour sa défense seulement, quand on
la trouble, quand on marche trop près d*elle, elle fait usage de sa mâchoire redoutable ; alors elle se dresse, siffle, s'élance comme une flèche et mord ; la douleur est intense, et Tinflammation à peu près immédiate. Un coup de bâton sur le dos la met hors de combat.
Parmi ses dents de la mâchoire supérieure, elle en a deux remarquables ; crochues, creuses, pourvues d'un canal intérieur rempli d'une liqueur visqueuse et jaunâtre ; elles se contractent par la pression et distillent le venin par leur orifice. Les morsures de la vipère sont instantanément mortelles pour les petits animaux : dans les pays méridionaux elles tuent jusqu'aux brebis, si la piqûre est faite à la tête ou dans la région du cœur. En France, elles sont moins redoutables ; un homme cependant, mordu deux fois, pourrait en mourir, s'il ne recevait de prompts secours.
Le Dictionnaire d'histoire naturelle, par une société de naturaUstes et d'agriculteurs, prescrit le traitement suivant * :
« Dès qu'on se sent atteint, il faut faire une « forte ligature au-dessus de la plaie, il faut la « sucer ou la faire sucer, la scarifier et la faire « saigner le plus possible, la cautériser avec un « fer rouge ou la pierre infernale ; ces opérations
i Vol. XXIII, p. 341,
« préliminaires diminuent beaucoup la gravité « des symptômes, en dénaturant ime partie du « venin et en l'empêchant de se répandre dans le « sang. Si on ne les a pas faites dans le premier « quart d'heure, elles deviennent inutiles et tour- « mentent le malade. Dans tous les cas, il faut « mettre sur la blessure des compresses d'alcali, « et en faire prendre le plus possible dans de « l'eau, à raison de deux gouttes jusqu'à dix dans « une cuillerée d'eau. Le patient sera mis au lit « et à la diète ; quand il suera, il faudra prendre « les plus grandes précautions contre un refroi- « dissement. »
Pour les chiens, le traitement est évidemment analogue, seulement on n'y regarde pas de si près. On fait une ligature, si c'est possible ; on débride la plaie avec un canif, on la fait saigner, on la cautérise avec un peu de poudre que Ton enflamme, puis on frictionne avec de l'ammoniaque et on en fait avaler comme pour l'homme.
Quelquefois un chien se jette étourdiment dans im nid de frelons ou à travers un rucher ; on vient à son secours et on empêche l'inflammation par des lotions à l'ammoniaque, et, à défaut d'alcali, par des lotions au vinaigre.
Parturition, avortement.
PARTURiTiON. — Les chieiines sont en chaleur communément deux fois par an. Pour élever des petits, la chaleur du printemps est préférable*. La chienne porte 62 à 63 jours ; une seule fois j'ai vu ime notable exception à cette règle. Une jeune chienne de 18 mois, couverte le matin du 15 mars 1860 et conduite immédiatement à la campagne, loin du bruit et des chiens, n'a mis bas que le 23 mai durant la matinée, c'est-à-dire le soixantedixième jour. Ses petits étaient au nombre de quatre, bien portants et de tous points semblables au père, ce qui aurait enlevé tous les doutes, si, la surveillance la plus minutieuse ayant été exercée, il avait pu y en avoir. Dans ce fait anormal, la nature ne paraît avoir été nullement contrariée, seulement, dès le soixante-troisième jour, les mamelles s'engorgèrentpourne cesser leurinduration que le jour de Tenfantement.G'estune barbarie de laisser plus de quatre petits à la mère ; trois, c'est tout ce qu'elle peut faire sans s'épuiser, et il faut avoir soin de lui donner de la soupe à discrétion trois fois par jour. Pendant les vingt-quatre heu-
4 L'abbé du Rec, qui au xvie siècle écrivait VAntagonie du lièvre et du chiens n est pas de cet avis; il préfère la chaleur d'automne, pour que les élèves s'habituent au froid.
res qui suivent leur naissance, on laisse tous les petits à leur mère et le lendemain on fait assommer et enterrer au loin ceux qu'on ne conserve pas. Une lice a ordinairement six petits et elle peut aller jusqu'à douze ; j'en ai eu une qui en a fait quatorze, dont douze mâles * ; nous voilà loin de Pancienne opinion de mauvais observateurs, prétendant que les animaux n'ont jamais un nombre de petits supérieur à celui de leurs mamelles. Je ne doute pas qu'il suffise de faire tenir la lice une seule fois ; cependant, j'ai vérifié souvent qu'un second accouplement, à huit jours de distance, est également prolifique et a les plus graves inconvénients au point de vue des élèves. Ainsi, une chienne d'arrêt, placée volontairement et comme expérience dans les circonstances précédentes, a mis bas des chiens d'arrêt et des mâtins ; de même, une chienne courante a enfanté des courants et des épagneuls. Et qu'on n'aille pas croire que les chiennes dont je parle avaient pré-
A Une jeune chienne courante, à moi appartenant, âgée de 7 mois (décembre 1858), est tombée suhitemmit en chaleur durant la nuit, et le domestique n'est pas arrivé à temps pour la protéger contre les accidents ; le 17 février 1859, elle a mis bas treize petits. C'est très-curieux, et, je crois, fort rare à Tendroitde la nubilité et de la fécondité. Les frères et les auteurs de cette bête incontinente sont de haute taille ; mais elle, elle est restée petite quoique vigoureusç.
cédemment contracté un mariage du côté gauche, et qu'il y avait seulement un rappel, un souvenir ; non, les expériences ont été faites consciencieusement sur des chiennes qui avaient été mes lices portières^ et qui jamais n'avaient commis de mésalliance même par la tête ou les yeux ; car, dès que les premiers symptômes de chaleur se manifestent, je les fais toujours enfermer loin de la vue et du bruit du chenil ; ce n'est que quand elles sont vieilles que je les livre à Tépreiive, n'en voulant plus tirer race. Les expériences ont été faites d'accord avec un homme fort habile, feu M. Bournier, ancien vétérinaire de la garde royale ; le résultat obtenu avait bouleversé ses idées ; si la conformation particulière des organes n'avait pas été un obstacle invincible, il aurait cru à la superfétation.
Sa foi fut encore ébranlée par le fait suivant, dont il fut témoin ; il est si extraordinaire, que j'ai besoin de déclarer solennellement qu'il est authentique et que les hommes de l'art peuvent s'en occuper, l'étudier, le discuter comme s'ils l'avaient vu, de leurs yeux vu.
Un domestique négligent jiyant oublié, malgré mes ordres, de mettre à part une chienne pleine, arrivée au soixantième jour, elle mit bas au chenil. Durant la nuit du soixante - troisième , les chiens la troublèrent dans ses intéressantes fonc-
tions, et lui livrèrent, sans doute, un combat terrible pour lui enlever ses petits, qui, le lendemain , furent trouvés morts et quelques-uns dévorés à moitié ; la pauvre mère était dans un coin, harassée, Toeil étincelant, et prête à se jeter sur les visiteurs ; plusieurs des assassins avaient les oreilles en lambeaux et de graves morsures sur le corps, preuve de la violente de la lutte. Le méchant valet chargé de surveiller avait tout entendu, mais le temps était mauvais et froid, et il ne s'était pas levé.
J'eus bien de la peine à faire sortir la malheureuse bête, qui tenait sous elle quelques lambeaux de chair échappés à la voracité des autres ; quinze jours de soins intelligents la rétablirent, et le vingt-huitième jour après le massacre des innocents, je la conduisais à la chasse. Malgré son antique et vaillante ardeur, elle n'entra pas au bois et ne courut pas même au lancer; enfin, après quelques hésitations, je la vis regagner la maison. A mon retour, je la trouvai essayant d'allaiter un chien gros comme une souris, qu'elle venait de mettre au monde, la pauvre bête n'avait point . de lait ; j'élevai le petit au biberon et dans de la flanelle auprès du feu, il vécut quinze jours. Voilà le fait sans commentaire , je ne le compi^nds pas; que d'autres l'expliquent et en tirent les conséquences.
Lorsqu'on est près de T ouverture de la chasse, que, pour une raison ou pour une autre, on ne veut pas que la chienne nourrisse, on lui ôte tous ses petits un jour après Tenfantement. On lui frotte alors, plusieurs fois par jour, les mamelles avec du vinaigre dans lequel on a délayé un peu de terre anglaise, et on diminue la nourriture. D'autres, auteurs * prescrivent, à la place de vinaigre, du vin blanc dans lequel on a fait bouillir du persil.
Dans tous les cas, il faut nourrir peu et rafraîchir beaucoup.
Si les mamelles ou une mamelle s'engorgeait, si le lait s'y formait en grumeaux plus ou moins durs, il faudrait frotter la partie malade avec du beurre ou du saindoux légèrement chauffé.
AVORTEMENT. — Quclquefois il arrive que pour ne pas contrarier la nature on laisse couvrir la chienne quoiqu'on ne veuille pas élever ses petits ; alors, dit M. Blaze, on la fait avorter par la bonne recette que voici, pratiquée depuis longtemps en Angleterre * : « Hachez en très-petits morceaux « un quarteron de vieux plomb, le plus vieux que « vous pourrez trouver ; faites quatre bou- « lettes avec de la viande, et mettez-y votre plomb
1 Traité complet de la Chasse au fusil, p. 113. * Le Chasseur au chisn d'arrêt, p. 242, et Verrier dç La Conterie [Vénerie normande).
« en parties égales ; donnez ces quatre boulettes « en deux jours, une le matin, une le soir. »
Eh bien I j'ai fait deux fois Texpérience de celte bonne recette du vieux plomb ; une de mes chiennes a en effet avorté, l'autre a mis bas comme à l'ordinaire, mais toutes les deux ont été sujette», pendant un an, à des attaques d'épilepsie. J'ai souvent bien mieux réussi en faisant avaler, le matin à jeun, et, pendant trois jours, un verre d'eau de savon.
Queue des chiens.
De même que jadis on coupait un peu l'oreille des chiens pour qu'ils fussent moins exposés aux chancres, de même, vers l'âge de deux mois, on coupait moitié de la queue du chien d'arrêt pour qu'en quêtant dans les couverts il fît moins de bruit et n'effrayât pas le- gibier; aujourd'hui, la mode a changé, on laisse la queue et les oreilles aux chiens de chasse. Qui a tort? qui a raison ? Je ne sais, mais je suis pour la mode et la nature. Je ne connais rien de plus laid qu'un chien courant et un chien d'arrêt sans queue; cependant je recommande qu'on leur en coupe un morceau-, mais très-petit, car ime importante renmrque à
faire, c^est que les courants qui ont subi une légère abcission se mettent moins la queue en sang pendant l'hiver que ceux à tous crins.
Dans ce but, un excellent chasseur de ma connaissance diminue la queue de tous ses chiens ; il n'emploie ni ciseaux, ni fer rouge ; mais quand les petits animaux ont dix à douze jours (époque où les yeux s'ouvrent à la lumière), il enveloppe la queue dans un linge, et prenant dans ses dents six lignes à l'extrémité, il tire doucement l'autre côté, tout près de la bouche, jusqu'à ce que le morceau saisi se détache; la section a toujours lieu sur un nœud, c'est un avantage, et la mère a bientôt, en léchant, guéri cette blessure insignifiante ; alors, la queue est raccourcie d'une manière imperceptible, le chien n'est pas déshonoré, et il faut un temps bien froid, bien contraire, pour que le chien s'écorche et se mette en sang.
De la gale, des dartres.
Qui est-ce qui n'a pas eu la gale au moins ime fois... dans son chenil? Malgré vos soins, votre propreté, malgré votre chenil bien sec, il a suffi que vos chiens vissent un jour mauvaise société, ou qu'ils couchassent dans une écurie à porcs, ou
bien encore dans une écurie qui aurait abrité des animaux galeux. Il se pourrait aussi que vous eussiez accepté un jeune élève provenant d'une mère ou d'un père galeux, et alors cette maladie organique venant à se déclarer, elle peut avoir envahi tout le domicile avant qu'on l'ait remarquée et qu'on y ait porté remède.
J'ai eu des chiens galeux que, par nécessité, il a fallu laisser avec les autres et ils ne leur ont pas commimiqué la maladie ; moi-même, pour une blessure, et, à défaut d'autre place, j'ai couché plusieurs jours dans la chambre des galeux, à l'hôpital militaire de la rue Blanche, à Paris, sans être atteint, quoique je n'eusse pu prendre d'autre précaution que celle d'avoir toujours des gants ; ce sont des cas rares et bien exceptionnels ; nonobstant ces faits et le doute de certaines personnes, tenez pour certain que la gale est contagieuse, peut-être même pour l'homme de la part du chien, et prenez vos précautions en conséquence.
Les praticiens et les livres reconnaissent plusieurs variétés de gale; ils distinguent et classent tant qu'ils peuvent ; il peut être intéressant, indispensable même pour les gens de l'art, de savoir qu'il y a ime gale idiopathique, une gale de contagion, une gale aiguë, une gale causée par la présence d'un acare, une gale rouge, une gale-
ébullition et enfin le roux vieux. Mais nous, qui devons éviter de nous embrouiller et de nous perdre dans les catégories, nous ne reconnaissons qu'une seule espèce de gale et nous rapportons toutes les variétés au rouge, si tristement connu de tous les chasseurs.
Le rouge est une inflammation chronique de la peau ; les démangeaisons qu'elle cause sont intolérables, l'animal se met en sang, son poil devient terne et finit par tomber ; le rouge, qui d'abord avait paru dans le pli des articulations, étend ses éruptions sous le cou, le ventre, sur le dos, et si les secours n'arrivent pas, il envahit la tête, Tanus, les parties génitales, et le rouge devient rougevieux, c'est-à-dire incurable ou à peu près; le mieux à faire alors, est d'abréger, par un coup de fusil, les souffrances atroces du chien, et de cesser des soins pénibles et impuissants.
Il en est du rouge comme de la maladie, vétérinaires, chasseurs, bergers, chacun a un remède par excellence. Tôt capita, tôt sensus. M. Delabère- Blaine * recommande de calmer l'irritation avant de faire des topiques, et pour cela il emploie, pendant quelques jours, des frictions avec :
Onguent blanc de baleine. . 2 onces.
Suracétate de plomb 1 drachme,
t Pathologie canin e^ p. 160,
Quand Tirritation est détruite, il ordonne de nouvelles frictions pendant quelques jours avec l'onguent suivant :
Charbon de bois en poudre. 2 onces.
Soufre . i . * 4 onces.
Potasse 1 drachme.
Saindoux. . . , 6 onces.
Térébenthine de Venise. . . 1/2 once.
Dès que le remède a opéré, il donne un ou deux purgatifs très-doux.
Le Traité complet de la chasse au fusil S ouvrage estimé, dédié, je crois, à M. le comte de Girardin, ancien grand veneur, contient une recette dont j'ai éprouvé Tef&cacité, et que d'autres auteurs lui ont empruntée sans le citer, la voici :
Fleur de soufre 1/4 de livre.
Huile de noix 1 livre.
Noix de galle en poudre. . . 1/4 d'once.
' Un coup de poudre à tirer. »
On fait im onguent à consistance de suif, en chauffant modérément, on frictionne tous les matins pendant huit à quinze jours, à Tabri de l'air et du froid, puis on purge.
Voici le remède du piqueur du comte de Bourcier, à Baihelémont (Meurthe) :
Huile de noix 1 livre»
1 Traité compUt, etc., p. 110.
Pleur de soufre 1/4 de livre.
Noix de galle en poudre. . . 1/8* »
Il fait cuire à petit feu, jusqu'à ce qu'une goutte, jetée à terre, devienne blanche comme du lait; pendant la coction, il faut remuer sans cesse pour éviter la précipitation du soufre. On soumet ce mélange à un fëu doux avant de s'en servir, puis on frotte le chien sur tout le corps, soit avec la main, soit avec une petite brosse, au soleil ou devant le feu. On répète cette friction deux ou trois fois, à huit jours d'intervalle, si la gale persiste. Quelques chasseurs se bornent à saupoudrer ranimai d'une poudre composée de parties égales d'amidon et de fleur de soufre. J'ai vu réussir cette recette quand la maladie est à son début.
Une pommade, composée d'un bâton d'onguent citrin et d'un verre d'huile de noix fondus ensemble, est un remède très-efiicace ; il suffit de frotter vigoureusement le malade quatre jours de suite avec ladite pommade, préalablement fondue, pour qu'elle pénètre sans peine.
Dans quelques équipages de la Touraine et de la Bretagne on se sert de la formule suivante :
Huile de noix ........ 1 livre.
Fleur de soufre ....... 2 onces.
Noix de galle en poudre. . . 12 gros.
Alun pulvérisé .*.,*;. 2 gros.
Sel de cuisine , ..... v , 25 grammes.
Avant d'employer ce remède, on saigne le chien et après on le purge.
Des frictions de poudre de cévadille ^ chauffée dans de l'huile d'oUve ont quelquefois réussi au début de la maladie.
Toutes ces graisses, ces onguents, ces pommades ont été éprouvés par moi, et, je dois le dire, toujours sans succès, quand la maladie était invétérée ; j'ai souvent obtenu une peau nette, et blanche pendant quinze jours ou un mois, mais les rougeurs reparaissaient ensuite ; je reviens donc à dire que, quand on a laissé au rouge le temps de faire des progrès, il est bien difficile à guérir. Gela bien compris, il m'a semblé plus avantageux de renoncer aux frictions, opération bien longue et bien sale pour la faire soi-même, et qu'un domestique fait toujours mal, pour en venir aux bains sulfureux. Voici comment je m'y prends :
Je fais tirer cinq à six onces de sang au malade ; quatre jours après, je fais mettre dans un baquet ou une baignoire d'enfant de l'eau tiède et du sulfure de potasse en quantité nécessaire (à peu près la moitié d'un bain d'homme^, et j'y fais plonger le chien pendant un quart d'heure ; durant ce temps, s'il est tranquille, s'il ne faut pas les deux mains pour le contenir, j'en emploie une à le
* Graine d'Amérique ; la poudre en est employée à tuer les poux.
laver et à le frotter. Quand il sort, je le fais essuyer avec des torchons bien chauffés, puis je renferme près du feu ou dans une chambre chaude. — Le soir on réchauffe le même bain devenu moins fort (de façon qu'une portion de sulfure suffit pour deux bains), et on recommence. Après quatre ou cinq jours de ce double bain , le rouge a disparu ; dans le cas contraire, on fait encore donner deux ou quatre bains. Après quelqties jours de repos, on purge avec une once ou une once et demie de manne, et Ton donne ime nourriture rafraîchissante, légèrement saupoudrée de fleur de soufre.
LES DARTRES. — Lcs dartros sont cousines germaines de la gale ; au lieu d'envahir tout le corps, elles se localisent, et particulièrement sur le dos et les pattes. Les vétérinaires distinguent trois espèces de dartres ; les dartres sèches, les dartres humides et les dartres cancéreuses.
M. Delabère-Blaine, qu'il faut toujours citer à cause de sa juste et immense autorité, prescrit pour les dartres cancéreuses Texcision des parties malades et Ta^pHcation journahère de cataplasmes de feuilles de ciguë.
M. Prudhomme recommande, dans le même cas, la cautérisation par Talun calciné ou le nitrate d'argent solide, puis des purgatifs légers. Quant aux autres dartres, sèches ou humides, il les traite
par des lotions de lessive ou d'extrait de Saturne ou par des frictions à la pommade citrine, à la pommade mercurielle, etc.
Je n'ai jamais pratiqué aucun de ces moyens ; je n'en puis rien dire, mais j'ai toujours réussi par des lotions de sulfure de potasse contre les dartres sèches ou humides, et quand elles se montraient rebelles, j'en ai triomphé par un remède que je dois à un vieux éleveur de chiens : le soir, plonger un œuf tout entier dans un verre de vinaigre, et le matin tamponner les dartres avec la solution.
De la rage.
Chaque fois que, dans la ville de Metz, Fautorité municipale a cru devoir prescrire de museler les chiens, de les enfermer, de les conduire en laisse, nous avons été étrangement étonné, car plusieurs maires de la ville ont été docteurs, et nous avons pris la respectueuse liberté de faire observer à Tédilité qu'elle suivait une fausse route, qu'elle s'égarait ; nous lui disions avec le sens commun : « Ce n'est pas le froid, ce n'est pas la chaleur, ce « n'est même pas la privation d'eau ou de nourri- « ture qui prédispose les chiens à la rage, c'est « la contrainte et l'absence de liberté. Voyez ce « qui se passe dans le Nord, dans le Midi, en Tur-
« quie, où les chiens n'ont ni feu ni lieu, eh « bien 1 la rage y est inconnue, parce que, à côté « de toutes les misères, les chiens y jouissent au « moins d'une liberté absolue. Vos muselières, « vos laisses, votre séquestration, vont contre le « but que vous vous proposez ; à elles seules elles « donneraient la rage à ceux que vous voulez « garantir, etc. »
Le Journal des Chasseurs, dans lequel on trouve des contes charmants du marquis de Fondras, des appréciations spirituelles et des observations judicieuses de M. A. Sorrel, avocat à la cour de Paris, et trop rarement des fanfares harmonieuses et gaies de son directeur, le Journal des Chasseurs, disons-nous, est aujourd'hui de notre avis. C'est avec un vrai plaisir que nous reproduisons Tarticle signé Maurice Germa * et destiné à convaincre les plus incrédules ^
« La rage affecte spontanément le loup et le « chien ; elle s'attaque, mais plus rarement, au « renard et au chat. En résultat, les animaux des « genres canis et felis sont les seuls chez lesquels « cette maladie se produit d'elle-même.
« La rage, qui ne se développe spontanément
1 Journal des Chasseurs , numéro du 31 juillet 1857, p. 206.
que chez les carnivores, est communiquée trèsfacilement par ceux-ci à tous les autres animaux. On a cru longtemps que la rage, transmise aux herbivores, ne pouvait se propager ; malheureusement, des expériences positives constatent que cette opinion n'a pas de raison d'être. « Voici d'authentiques exemples de rage communiquée.
« Un fort cheval, etc.
« Autre exemple tiré d'espèce différente, il est extrait de South Eastern Gazette :
« Un nombre considérable de moutons, appartenant à des fermiers de Rousiney-Marsh sont morts dernièrement d' hydrophobie. Trois semaines environ auparavant, on avait vu un chien se jeter sur les moutons ; on l'avait poursuivi et tué sans soupçonner qu'il pût être enragé ; la fatale maladie s'est déclarée dans le troupeau quelques jours après et y a causé de grands ravages. »
« La rage est abusivement appelée hydrophobie, Teau ne cause pas la rage ; il ne faut pas l'attribuer non plus à l-influence du climat, aux froids excessifs, aux chaleurs sans mesure.
« Dans les pays chauds, la rage n'apparaît que très-rarement. Aux Antilles, dans Tîle de Chy-
.t pre, dans la Syrie, au cap de Bonne-Espérance, « dans rinde, en Egypte, à la Jamaïque, c'est ime « maladie complètement ignorée.
« Dans les contrées froides, elle n'est pas plus « connue, les cas de rage sont excessivement « rares dans les pays du Nord, Arkangel, Tobolsk, « et au delà de Saint-Pétersbourg. Au delà des <« cercles polaires, on n'a jamais observé un seul « cas de rage.
« On a encore considéré comme cause déterre minante de la maladie la soif et la faim, c'est à « tort.
« En Afrique, en Egypte, dans les déserts dévo- « rés par le soleil, les chiens subisseiit souvent la « famine et la soif prolongées jusqu'à la mort, « mais ils ne deviennent pas enragés, ilsmeurent. « La rage est inconnue en Afrique et en Egypte.
« MM. Bourgelat et Magendie ont, à des époques « successives, emprisonné plusieurs chiens en- « semble, ils les ont privés d'eau et de nourriture, « et aucun n'est devenu enragé. Quand la faim a « été trop grande, ils ont agi comme nos marins « perdus dans les déserts océaniques, ils se sont « mutuellement dévorés ; de rage, point I »
« Chez l'homme, la rage paraît être quelque- «• fois spontanée ; elle est alors l'objet d'une émo-
tion violente et plus souvent d'une imagination frappée , surtout à la suite d'une morsure , même innocente. La théorie admise jusqu'à ce jour, est qu'il est impropre à transmettre luimême la maladie, et qu'il n'en est atteint qu'accidentellement, à la suite de morsures d'animaux enragés.
« Ce principe concorde avec l'opinion de bon nombre de médecins, et en particulier du docteur Forster, qui est d'avis que la rage n'existe pas comme maladie distincte sut generis, mais qu'elle doit être rapportée à une de celles dont rhomme est attaqué spontanément. En effet, la rage, communiquée à l'homme, présente des analogies fréquentes avec d'autres maladies que l'espèce humaine contracte spontanément, la nymphomanie, le satyriasis et autres. Ces maladies, parvenues à leur plus haut degré d'intensité, offrent, à l'exemple de la rage, comme symptômes caractéristiques : l'envie de mordre, I la bave écumeuse, l'horreur de l'eau, les grinf céments de dents.
« Ces observations ont été confirmées par i MM. Bachelet et Froussard, deux savants qui « ont étudié les causes de la rage et les moyens « d'en préserver l'humanité. Ils ont constaté que ' la marche progressive de la maladie est en rap- ' port direct avec le mouvement de la civilisation.
« et qu'aujourd'hui elle fait son apparition redou-
« table dans des contrées où aucun cas n'avait
« encore été observé. Il en est ainsi, notamment
« pour r Algérie. Ils assurent que la rage est plus
« ou moins fréquente dans les pays où les ani-
« maux sont privés de leur indépendance, et où
« la civilisation, entravant les lois naturelles, a
« contrevenu maladroitement à ses instincts les
« plus impérieux, ou les a imprudemment répri-
« mes. Les lions, les panthères, les tigres, tous
« les animaux de race féline qui vivent à l'état
« sauvage, ne sont jamais attaqués de la rage.
« Pour Tespèce canine, il est avéré que les cha-
« cals des pays chauds, les chiens nomades de
« l'Afrique, les chiens errants de Gonstantinople,
« ignorent complètement cette affreuse maladie.
« En revanche, nos chiens devienneîit fréquem-
« ment enragés ; Téléphant domestique, le dro-
« madaire dompté, éprouvent des mouvements
« de colère gui sont bien près de la rage.
« La rage est fille de la civilisation. »
« C'est de ce point de vue nouveau que doivent « partir les études sur la maladie la plus désas- « treuse de Tami fidèle de l'homme ; Félève du « chien doit être modifiée.
« La rage est immuable. Ce sont donc les
moyens préventifs qull faut étudier et auxquels il faut avoir recours. Les meilleurs sont : « lo L'hygiène rationnelle ; « 2° L'éducation bien comprise.
« En outre, MM. Bachelet et Froussard proposent de traiter les chiens comme les autres animaux domestiques supérieurs, et de leur faire siihir la castration.
« La castration sur les jeunes chiens n'exige ni le fer ni le feu. Pour propager les meilleures races , on réserverait un choix d'étalons.
« Le Co5mo5 le faisait remarquer dernièrement, il est temps que les morahstes signalent les inconvénients funestes de la domesticité des chiens et des familiarités excessives auxquelles on les haWtue. Si l'on y fait attention, on reconnaîtra qu'un grand nombre de ces animaux sont atteints de vices honteux, complètement étrangers aux individus qui vivent libres ou à l'état sauvage. De ces vices à la rage, la transition est prompte ; le mal est suivi de près par le châtiment.
« M. d'Houtetot s'écrie, dans la Petite Vénerie : Est-il bien prouvé que ce soit le chien qui ait inoculé la rage à l'homme ? ne serait-ce pas, dans l'origine, im homme qui a mordu un chien ?
« Ces paroles ne sont point une vaine boutade, « elles sont le cri de la vérité pressentie. »
Si je n'avais pas été, de toute éternité, de Tavis du Journal des Chasseurs, cet article remarquable de M. Maurice Germa m'aurait converti à son opinion ; et ici encore les moyens préventifs sont les seuls efficaces : de la liberté autant que possible, et, s'il s'agit d'une chienne, ne lui refuse» pas im mari. Je pense comme lui que la rage est incurable ; aussi, si votre cliien a été mordu, si ses allures deviennent équivoques, s'il mordille tout ce qu'il rencontre, n*hésitez pas, car la chose est sérieuse, et qu'une balle dans la tête tranche la question.
Cependant, si vous tenez à votre chien à cause de son mérite ou de sa fidélité, ne soyez pas aussi expéditif; d'ailleurs, le chien par Iqguel il aura été mordu était-il lui-même enragé? Dans ce cas, enfermez-le, durant un mois, dans im cabinet dont vous seul aurez la clef, faites-lui, par un vasistas, donner à boire et à manger du laitage, du bouillon de veau, examinez-le, et s'il reste gai, s'il mange, s'il boit, s'il témoigne de la joie de vous voir, s'il reconnaît votre voix, rassurez-vous, et après trente jours d'épreuve, rendezlui la liberté, sans cependant vous relâcher de toute surveillance durant six mois, car la maladie prend quelquefois ce temps avant de se déclarer,
J'ai oublié de dire que le cabinet de séquestration doit, autant que possible, communiquer par une porte à coulisse dans ime autre chambre ou dans une cour ; au moyen d'une friandise qu'on lui jette, on le fait passer de l'une dans Tautre, et sans s'exposer, on nettoie les ordures, on change la paille.
Il y a des personnes habiles qui croient à la possibilité de guérir la rage, c'est donc un devoir pour nous de faire connaître les procédés qu'elles recommandent.
M. Prudhonmie * conseille « lorsqu'un animal « a été mordu par im chien enragé, si la plaie est « profonde, de la débrider, de la faire saigner, de « la nettoyer ensuite et de la cautériser avec du « feu. »
M. Delabère-Blaine dit* : « La rage, dans les « chiens, devint très-commime en Angleterre en « 1806, et s'étendit jusqu'aux environs de Lon- « dres, où. Tannée suivante, elle augmenta à tel t point, que rarement il se passait un jour sans « que je fusse consulté. Les deux années suivantes « elle reprit avec une fureur presque semblable ; « et il est remarquable que, depuis ce temps jus- « qu'à l'année précédente (1823), elle n'a jamais
* Traité des Maladies des Chiens, p. 436.
• Pathologie canine^ p. 243 et suiv.
disparu de Londres... En 1827, je publiai un mémoire particulier sur la rage dans les chiens, résultat d'une attention assidue pendant plusieurs années, jointe à des occasions de faire des observations si nombreuses, que personne n'eut jamais aucune de ces occasions... Par ce mot enragé, on suppose naturellement qu'un chien affecté de la rage doit nécessairement être farouche et furieux ; mais loin que ce soit le fait, à peine ai-je trouvé un seul chien adulte qui ait une aliénation mentale ; les malheureuses victimes reconnaissent ordinairement la voix de leur maître, y obéissent, et cela souvent jusqu'au dernier moment de leur existence.
« Il faut reconnaître cependant que le terme est plus propre, appliqué à d'autres animaux. Les loups paraissent féroces et furieux, mais non sans sentiment ; les cochons éprouvent le délire ; le paisible mouton a aussi le délire et devient féroce ; le cheval enragé est épouvantable, j'en ai vu un qui, pendant sa frénésie, a démoli toute une écurie à six chevaux, râteliers, mangeoires, poteaux, tout, excepté les murs.
« Mais si le mot rage est souvent incorrect, celui d'hydrophobie est encore plus éloigné d'une exactitude scrupuleuse, et, en effet, il lui est aussi peu applicable qu'à la coqueluche ou à la petite vérole dans l'homme.
« ... Nous sommes certains que la rage a une origine spontanée ; les contagions humaines, la syphilis, la petite vérole, la rougeole, etc., se montrèrent d'abord de cette manière ; mais à présent, comme on ne les considère jamais comme venant spontanément, sommes-nous autorisés, d'après l'analogie, à conclure que la rage doit, dans tous les cas, son origine à la contagion ? Les opinions sont diverses et il serait prudent de suspendre notre jugement. Cependant, d'après ce que m'enseigne mon expérience, je n'hésite pas à donner comme mon opinion, que la maladie, à présent, n'a jamais d'origine spontanée...
« Ayant cherché à reconnaître quels sont les animaux capables de communiquer la rage et ceux qui peuvent la recevoir seulement, nous allons nous informer comment cette communication morbifique s'effectue entre eux. Nous avons des preuves que cette maladie se produit par l'insertion d'un poison dissous dans la salive de certains animaux attaqués de la rage, laquelle insertion est effectuée au moyen d'une morsure. Nous avons donc lieu de croire que la salive est la seule sécrétion capable de produire cet effet...
« La rage commence ordinairement par quelques singularités, quelques écarts dans leshabi-
« tudes ordinaires, il y a tendance à ramasser des « pailles, du fil, du papier, etc., un désir ardent « et continuel de lécher Tanus et les parties de la « génération d'un autre chien, de lapper son « urine, et c'est là un des symptômes les plus posi- « tifs, je n'en connais pas de plus caractéristique... t Quand im chien ou tout autre animal a été « mordu, Timpossibilité pour lui d'indiquer les « blessures qu'il a reçues, et que le poil empêche « peut-être d'être observées, fait qu'il est nécessaire d'examiner très-minutieusement toutes les « parties du corps en rebroussant le poil ; après « quoi, afin de retirer la salive qui pourrait être « attachée au poil, il faut laver tout le corps de « l'animal, d'abord avec de l'eau chaude, ensuite « avec une dissolution de soude, en prenant bien « garde aux yeux de l'animal. En lavant la se- « conde fois, il faut presser les blessures afin « d'exciter un second écoulement de sang. Après « cette opération, qui garantira le chien du virus « qui pourrait s'être attaché à lui, on augmentera « la sûreté de l'opération en lavant les blessures « avec ime solution d'un gros d'arsenic dans qua- « tre onces d'eau, puis on procédera à l'enlève- « ment de la partie mordue, soit avec le bistouri, « soit avec des applications caustiques, et, pendant « quelque temps, on entretiendra la suppuration « des plaies. »
■Éta^MM
A l'inslant même, il me tombe sous la main la recette suivante, que j'ai trouvée jadis dans un journal ; le sujet est si grave que je crois devoir la transcrire, quoique je ne puisse rien dire touchant sa valeur et son efficacité :
Remède ëprouTé contre la morsure des chiens enragés.
c A la fin du mois de mai, au commencement de juin, ou bien au mois de septembre, il faut cueillir les quatre espèces d'herbes suivantes :
« i'^Euphorbiavillosa, 2oVeratrum album, S^Polygonium hydropider, 4* Helleborm vidgaris,
« Ces plantes croissent habituellement dans les prairies marécageuses. Pour s'en servir, on prend une forte pincée de chacune d'elles, on les met dans une théière, et on jette dessus de Teau bouillante, comme pour une infusion de thé. Après quelques minutes d'infusion, on en donne la valeur d'un verre ordinaire à la personne ou au chien qui a été mordu par un chien que l'on sait ou que Ton croit savoir être enragé. Dans les premiers moments, on se contente de laver la plaie avec de l'eau et du vinaigre ; il faut laisser écouler vingt-quatre heures pour un chien et deux fois autant pour un être humain, avant de leur faire avaler le remède que l'on vient de décrire. Il a, outre l'avantage précieux de détruire les effets de la morsure, celui d'indiquer avec certitude si elle
provient d'un chien effectivement enragé ou non. Dans le premier cas, cette potion, qu'il faut toujours prendre à jeun, produira des vomissements violents, et Ton continuera à la donner jusqu'à ce que les vomissements soient entièrement calmés^ ce qui arrive ordinairement après la troisième ou la quatrième dose, en en prenant une chaque jour. Si, au contraire, le chien n'était pas enragé, le malade ne vomira pas. Il suffit de l'essayer deux fois de suite, mais alors la frayeur serait dissipée, et on éviterait le danger qui provient d'une imagination frappée. Après avoir passé à Tépreuve de ce remède, on peut, sans aucun inconvénient, conserver un chien qui aura été mordu, et que l'on verra retrouver de Tappétit, recommencer à boire de Teau comme de coutume, sans être sujet à aucune rechute ni incommodité ultérieure. »
Voici une ordonnance de poHce que Ton pourra également consulter * :
« Le préfet de poHce, dans le but de prévenir les cas d'hydrophobie, vient de publier une ordonnance faisant défense de laisser errer sur la voie pubhque des chiens non muselés, et il a
1 Les considérants de cette ordonnance sont erronés, ou tout au moins contraires à nos propres sentiments. Aussi nous ne la transcrivons qu'à cause des moyens curatifs indiqués, et qui peuvent être bons, quand le mal est fait.
chargé ses agents de faire exécuter rigoureusement les prescriptions de cette ordonnance, à laquelle le conseil de salubrité de la ville de Paris a joint l'avis suivant :
t Les chiens sont au nombre des animaux chez lesquels la rage peut se développer spontanément, et par lesquels elle se communique ensuite avec le plus de facilité. On croit communément que la rage se déclare plutôt chez ces animaux pendant les grandes chaleurs et les grands froids qu'à toute autre époque. L'ignorance où Ton est, en général, des premiers moyens préservatifs à employer en cas de morsure, a souvent occasionné de graves accidents. Ces divers motifs ont déterminé la publication de l'avis suivant :
« lo Toute personne mordue par un animal enragé ou soupçonné tel, devra, à l'instant même, presser la blessure dans tous les sens, afin d'en faire sortir le sang et la bave \
« 2o On lavera ensuite cette blessure, soit avec de l'alcali volatil étendu d'eau, soit avec de l'eau de lessive, soit avec de Teau de savon, de l'eau de chaux ou de l'eau salée, et, à défaut, avec de l'eau pure ou même de l'urine ;
« 3° On fera ensuite chauffer à blanc un morceau de fer que l'on appliquera profondément sur la blessure.
« Ces moyens, bien employés, suffiront pour
écarter toute espèce de danger. Il est inutile de dire que toutes les fois qu'ils pourront être administrés par un homme de Tart, il y aura avantage pour la personne mordue, et que, dans tous les cas, il sera nécessaire d'en appeler un, même après l'emploi de ces moyens, attendu qu'il pourra seul apprécier la profondeur des blessures, et qu'une cautérisation qui aurait été incomplètement faite serait sans efficacité.
« On ne saurait trop rappeler au public le danger qui existe dans l'usage des prétendus spécifiques que vendent et distribuent des charlatans. On ne connaît, jusqu'à ce jour, de préservatif certain contre la rage que la cautérisation suivie d'un traitement local convenable.
« Comme il est avantageux de ne pas tuer, comme on le fait ordinairement, les chiens qui auraient fait des morsures, afin de constater s'ils sont véritablement enragés, on prévient que les chiens seront toujours reçus à l'École vétérinaire d'Alfort.
« Le préfet de police, Carlie r. »
Le Journal des Chasseurs du 30 septembre 1859 rapporte :
« Un garde forestier saxon, M. Gastall, arrivé à l'âge de quatre-vingt-deux ans et ne voulant
pas emporter avec lui un secret aussi important, a publié, dans le Leipzig- Journal, les moyens mis par lui en pratique depuis cinquante ans, et par lesquels il affirme avoir sauvé plusieurs personnes et un grand nombre de bestiaux de la mort causée par rhydrophobie.
«Il conseille de prendre, immédiatement après la morsure, du vinaigre chaud et de Teau tiède, de bien laver la blessure, de la laisser sécher, puis de verser sur la plaie quelques gouttes d'acide hydrochlorique, les acides minéraux détruisant le venin de la salive. Il assure que le danger se trouve immédiatement et pour toujours neutralisé. (BelVs life in London.) »
Enfin, on lit dans VUnion du 15 février 1860 Tarticle suivant, qui ne manque pas de malice :
« On se rappelle les ravages cruels que fit un bouledogue dans le canton d'Eure-et-Loir, limitrophe des départements du Loiret et de Loir-et- Cher.
« Voici les détails que le Journal de Chartres nous donne sur les résultats de ce malheur :
<t La jeune Estelle Gochin, dont l'état, au commencement de la semaine, paraissait des plus satisfaisants, a succombé, mercredi soir, à une brusque attaque de la terrible maladie qui a déjà emporté la veuve Manceau, le fils du docteur Perrier, et le jeune Emile AUain. Mardi encore, dans
la journée, elle jouait insoucieuse et gaie avec d'autres enfants du voisinage.
« Le bulletin de santé des autres bjessés d'Authon devient de jour en jour plus rassurant ; quelques-uns d'entre eux ont même repris leurs travaux , et , physiquement comme moralement , paraissent hors d'atteinte de tout accident grave.
«f A cet égard, nous avons appris une circonstance qui, nous Tespérons, doit modifier du tout au tout, les prévisions que nous avons conçues sur le sort de ces infortunés.
« Il y a quarante ans, trois personnes d'Authon furent mordues p^r un chien hydrophobe. Deux d'entre elles s'adressèrent à un homme possédant, dit-on, un secret transmis de génération en génération, et qui guérissait infailliblement de la rage. Ces deux personnes guérirent et survécurent. La troisième, qui s'était, au contraire, mise entre les mains d'un médecin, succomba peu de jours après à la terrible maladie. Ce fait était connu dans le pays; aussi, lorsque arriva l'accident du mois de janvier, six des personnes mordues eurent recours au fils de cet empirique, actuellement possesseur du secret ; les quatre autres se firont traiter par des médecins.
« Maintenant, de quel nom qualifierons-nous le résultat qui vieni de se manifester. Sera-ce coïncidence ? hasard ? Devons-nous y voir un de
— osées faits bizarres, incompréhensibles et devant lesquels il n'y a pas d'explication possible ? Tant est-il, toutefois, que les malades survivants sont ceux qui ont eu recours aux remèdes secrets, tandis que les morts sont ceux-là mêmes qui se sont adressés à la Faculté. Ces faits, dont nous garantissons la plus parfaite exactitude, se confirmeront-ils dans Tavenir ? le succès du passé doit-il être un sûr garant du présent? Nous Tignorons encore, mais nous pouvons au moins l'espérer. »
Catarrhe nasal.
Dans le courant de Tannée 1859, vers le mois de février, dont la température avait été particulièrement douce, et alors que la clôture de la chasse venait d'être prononcée, il se déclara, parmi les chiens de la Moselle, une épidémie qui affectait tous les caractères d'un catarrhe nasal, et, par conséquent, plusieurs des symptômes de I91 maladie proprement dite.
Le patient était triste au début et refusait de manger, puis ses yeux devenaient chassieux, une petite toux sèche le tourmentait, et enfin une humeur épaisse, verdâtre, nauséabonde s'écoulait sans interruption de ses naseaux ; beaucoup de
malades de tout âge ont succombé ; ceux qui ont été sauvés Font été par le placement d'un se ton derrière les oreUIes, l'emploi fréquent des fumigations, et par une diète sévère, rompue seulement par quelques tasses de bouillon de veau et de fleurs pectorales coupées avec moitié lait. Après trois semaines ou un mois, on supprime le séton et on purge avec une once et demie de manne fondue dans une tasse de lait *.
Monomanie.
J*ai eu des chiens qui, sans raison, sans motif, sans but, sans objet fuyant devant eux, partaient soudainement avec la rapidité d'une flèche et poussaient des hurlements continus comme dans un ferme roulant; dans cet état, ils traversaient les troupeaux, passaient près des travailleurs sans paraître rien remarquer. Cette extravagance du-
i De toutes les médecines liquides pour chien, la manne est préférable, parce que l'animal la boit sans difficulté, avec plaisir même. 60 grammes de sulfate de soude purgent très-bien, mais l'amertume du breuvage, quoique tempérée par du miel, a quelque chose de répulsif; beaucoup de chiens repoussent le breuvage, et vous tombez alors dans l'ennui et l'inconvénient d'une ingurgitation forcée.
rait un quart d'heure environ, puis ils revenaient très-abattus, et quinze jours, un mois souvent, s'écoulaient avant une nouvelle crise. A Tâge de deux ans et demi ou trois ans, Tanimal semblait guéri et n'avait plus d'attaque.
J'en ai eu d'autres qui, pendant la soupe, se figuraient avoir une mouche sur le dos, et au lieu de manger, restaient à la guetter. Je leur faisais donner la soupe à part, et alors le phénomène se produisait dans tout son développement. Le chien , toujours préoccupé d'une mouche qui n'existait pas, était une demi-heure à vider son écuelle. Cette manie, apparente l'hiver, mais plus sensible durant Tété, a fini vers trois ans les deux fois que j'en ai été témoin.
J'ai ouï dire que M. de Talleyrand voyait souvent, dans Iqs derniers moments de sa vie, une mouche imaginaire sur le bout de son nez, et qu'il se livrait aux contorsions les plus étranges pour la chasser ou pour la prendre. Si le fait est vrai, il faut admirer cette punition, et cette conduite de la Providence jetant le ridicule sur la sombre figure de ce modèle des variations politiques; prince, duc, évêque, laïque, ministre du Directoire , des consuls , de l'Empereur, de Louis XVIII, membre de la Constituante, pair de France, etc., etc., etc., sans scrupule sur les moyens d'arriver à son but, le pouvoir, quel gou-
vernement h'à-t-il pas servi ? De quel maître n'ât-il pas eu là faveur ? Avec Pozzo et MetternicH il a fait partie de ce fameux triumvirat qui â'est moqué de TEurope entière et a si lourdement pesé sur ses destinées.
A son lit de mort, le duc de Talleyrand se plaignait à Louis-Philippe de souflTrîr comme un damné, — Quoiydèjà! répondit le roi des Français, entraîné par l'ascendant de la vérité où par le plaisir de dire un mot piquant, même à l'ancien collègue de son père, Philippe-Égalité !
Je reviens à mon sujet; je n'ai pas observé d'autres variétés de monomanie chez les chiens.
S'il vous arrivait d'avoir des chiens affectés des lubies signalées plus haut, et que d'ailleurs ils fassent bons et propres à servir d'étalons, que cela ne vous arrête pas. Malgré la transmission héréditaire du père aux enfants de ses qualités ou de ses défauts, d'un système d'organes bon ou malade, il en est chez les chiens comme de la folie chez les hommes, la loi n'est pas absolue, et il pourra arriver qu'im ou deux petits seulement soient atteints ; et puis, si d'un autre côté vous avez soin de donner à votre chien une lice plus âgée, plus vigoureuse par elle-même et par ses ancêtres, sa prédominance se fera sentir dans les produits, et, selon les probabilités, aucun ne sera atteint de monomanie.
Je ne pousserai pas plus loin les réflexions sur ce sujet intéressant des influences héréditaires, parce que je Tai traité déjà et que je prévois que j'aurai occasion d y revenir à propos des races et du choix à faire 4'uîi élève.
Cependant je ne veux pas omettre de dire, au risque de les répéter plus loin , les soins minutieux qu'il faut prendre lorsqu'on veut faire des élèves. Le père et la mère doivent être non-seulement de race, mais encore bien dressés, afin de joindre dans le foetus les qualités acquises aux qualitésnaturelles. Pour couvrir votre bonne chienne, ne vous laissez donc pas séduire par l'apparence de ce chien que vous rencontrez dans la rue. Les villes fourmillent de beaux braques qui n'ont reçu aucune éducation; les trois quarts sont la propriété ou de bons bourgeois qui, dans leurs promenades solitaires, apprécient la société d'un fidèle animal, ou de certains jeunes gens qui, n'étant pas chasseurs, sont cependant bien aises qu'on les croie doués de ce sixième sens indiqué par la bosse cynégétique ; assez semblables en cela aux Lauzuns de comptoir qui saluent lès équipages afin d'éveiller l'attention sur leurs relations avec la finance et l'aristocratie, ou à d'autres sots qui ont toujours des éperons, sans jamais la moindre rosse à l'écurie.
Luxation des nerfs, ecchymose ou épanchement de sang entre la peau et la chair.
Les luxations des nerfs et les ecchymoses sont choses graves ; en pareille circonstance, il sera toujours plus sage d'appeler un vétérinaire. Cependant, à défaut d'un homme de Tart, on pourra, dans le premier cas, commencer par des compresses émollientes, pour terminer le traitement par des frictions toniques ; et, dans le cas d'épanchement de sang, quand, par la violence de la pression ou de la contusion, Tos a été offensé, quelques pointes de feu sur la partie malade sont très-efficaces. Le feu étant ime opération douloureuse, il conviendra d'éthériser le patient.
Dents.
Les chiens ont communément quarante -deux dents ; blanches et hsses dans la jeunesse, elles jaunissent et se sillonnent plus tard. Vers six mois, il en tombe plusieurs qui sont bientôt remplacées. Quelquefois il se forme aux gencives des
ulcérations sui* lesquelles viennent adhérer et s'accumuler des débris de nourriture, qui occasionnent une odeur infecte ; le chien perd sa gaieté et Tappétit. Ses mâchoires ne ferment plus, il souffre beaucoup. Avec des pinces on enlève cet amas de saleté qui se détache sans peine, puis ou touche pendant quelques jours Tulcère 'avec un pinceau ou un tampon trempé dans 10 gouttes d'acide chlorhydrique, étendues de 10 parties d'eau.