DES HOMMES
2o Xj ) État n'est- il pas, lui aussi, une vraie et l^arfaite société?
Oui, l'Etat est, lui aussi, une vraie et parfaite société; il possède, en effet, comme l'Eglise, tous les éléments constitutifs d'une société proprement dite; car il réunit, sous l'autorité d'un ou de plusieurs chefs, une multitude de familles poursuivant par des efforts communs une fin qui leurefst commune: LA FELICITE TEMPORELLE.
3o Chacune de ces deux sociétés possede-t-elle un
pouvoir qui lui est propre ? Et ce pouvoir est-il véritablement souverain ?
Oui, chacune de ces deux sociétés possède un pouvoir qui lui est propre, et ce pouvoir est un pouvoir véritablement souverain. C'est là une conséquence de Tordre établi par Dieu pour le gouvernement du monde; car. ayant voulu qu'il existât, pour procurer aux hommes le salut éternel et la félicité temporelle, deux sociétés distinctes, il s'ensuit que chacune d'elles doit être indépendante de l'autre en ce qui tient à la poursuite de sa fin spéciale; qu'elle doit posséder des moyens d'action qui lui soient propres; et enfin, qu'elle doit avoir le droit de se mouvoir dans sa sphère d'action propre avec
Une SOUVERAINE LIBERTE.
4o Bien que V Église et VÉtat soient deux sociétés distinctes, jou issa nt Vu ne ët Vautre (Pun pouvoir'Souverain, V Église ne possède ~t -elle pas sur VÉtat une maie prééminence ?
Oui, bien que l'Eglise et l'Etat soient deux sociétés distinctes, jouissant l'une et l'autre d'un pouvoir souverain, l'Eglise possède sur l'Etat une vraie prééminence, car Dieu, " qui assigne aux puissances qu'il a établies le rang qui convient," (1) (Rom. XIII, i. ) Dieu a élevé l'Eglise au-dessus de l'Etat en la faisant supérieure à lui par son origine, sa fin, la nature même de son pouvoir, et l'excellence de ses moyens d'action.
5o Comment V Église a-t-elle j>r<'< inin< nr< sur VÉtat par son origine ?
L'Eglise a prééminence sur l'Etat par son ori-
( 1 ) -Qnae sunt à Deo, ordinatae sunt. ( Rom. XIII. i. j
gine, parce qu'elle a été instituée parN.-S. J-C. luimême d'une manière immédiate et tient de lui sa constitution et ses prérogatives. Bien que les sociétés civiles aient Dieu pour auteur, parce que Dieu a mis dans le cœur des hommes l'inclination qui les porte invinciblement à se réunir pour vivre en société, ces sociétés ne doivent pas, cependant, leur existence à son intervention immédiate; car il a laissé aux hommes le soin de les établir et de choisir, à leur gré, la forme de leur gouvernement.
60 Comment V Eglise est-elle supérieure à V É~ tôt par sa fin ?
L'Eglise est supérieure à l'Etat par sa fin,parceque cette fin est manifestement plus élevée et plus, noble que celle de l'Etat. En effet, elle consiste à procurer l'union des hommes avec Dieu par la grâce ici-bas, pour assurer ainsi leur éternelle union avee lui dans la gloire du ciel. L'Etat, au contraire, n'a pour fin spéciale que la félicité temporelle de ses membres, et dès lors l'Eglise l'emporte sur lui par .sa fin autant que les biens éternels de la vie future l'emportent sur les biens périssables de la vie présente.
7o Pourquoi dites-vous que V Église a prééminence sur VJÉtat par la nature de sa puissance ?
L'Eglise a prééminence sur l'Etat par la nature de sa puissance, parce que cette puissance est une puissance essentiellement spirituelle, puû qu'elle se; rapporte d'une manière immédiate à la sanctification des âmes.
La puissance de l'Etat, au contraire, ne peutêtre par sa nature qu'une puissance temporelle, pui$> qu'elle n'a pour but que d'assurer l'ordre extérieur de la société et d'en procurer la paix et la prospéri-
té temporelles,
80 Comme/n 1 excellence aes mot/eux a action ae V Église lui a<sure-t-elle une vraie prééminence sur VÈtat ?
L'excellence des moyens d'action de l'Eglise lui assure une vraie prééminence sur l'Etat, parce que ces moyens sont surtout, comme la fin à laquelle ils se rapportent, des moyens de Tordre surnaturel ou de l'ordre de la grâce; par exemple: la prédication de la parole de Dieu, les sacrements, etc.. autrement ils ne seraient pas des moyens proportionnés à cette fin. Les moyens d'action propres à l'Etat ne sauraient être, par la même raison, que des moyens de l'ordre naturel, par exemple: l'emploi de la force publique, la prison, les amendes, etc.
9o La prééminence que V Eglise possède sur P M tat est-elle seulement u ne prééminenct de dignité et
aV honneur ?
Non, ki prééminence que l'Eglise possède &ur l'État n'est pas seulement une prééminence de dignité et d'honneur. Elle est aussi une prééminence de juridiction véritable, directe dans les choses spirituelles, et indirectes dans les choses' temporelle s; car, s'il faut reconnaître d'abord, 3omme l'enseigne le Pape Boniface VIII, que "la puissance spirituelle surpasse en dignité et en noblesse la puissance temporelle, autant que les choses célestes surpasse nt les choses humaines et terrestres," il faut encore professer avec le même Pape que le glaive temporel ( symbole de l'autorité civile ) doit être soumis au glaive spirituel (symbole de l'autorité de l'Eglise), selon cette parole de l'Apôtre: " Il n'y a pas de pouvoir qui ne vienne de Dieu, et tout pouvoir qui vient de Dieu est bien ordonné par lui." ( Rom.. XII I,
i. ) Or, les deux puissances ne seraient pas bien ordonnées si le glaive temporel n'était soumis au glaive spirituel, comme l'inférieur au supérieur. " ( Bulle Unam Sanctam. ) Les leçons suivantes vont faire comprendre en quoi consiste cette prééminence.