CONSERVATION DES BOIS
Consommation. — Défrichement. — Altération des bois ; causes principales , ravage des insectes. — Végétations cryptogamiques (mousses , champignons parasites). — Essais pour reconnaître la matière albumineuse ; essais de* cotons et laines. — De quelques espèces de bois. — Acacia. — Conservation ; divers procédés : Biot, Boucherie, Duhamel , Gaudichaud, Moll, Bréant, Kyan. — Application des bois conservés. — Bois de construction ; nouveau Bystème de pavage ; bois de luxe, etc.
La conservation des bois résume en elle-même une question de la plus haute importance. Ménageant nos forêts que Ton détruit d'une manière si effrayante depuis plusieurs années, qu'au dire de quelques météorologistes, le défrichement de la France aurait beaucoup influé sur le climat, elle favoriserait une industrie nouvelle, celle des chemins de fer. Cette dernière industrie emprunte h nos forêts des masses considérables de bois de con« struclion qui doivent être souvent remplacés, si Ton ne les préserve pas préalablement de la putréfaction. Il en est de même pour les bois de construction navale. Enfin , *luns ces derniers
temps , une sorte de fléau vint ravager nos plantations d'arbres verts, seule culture des terres arides et des landes : nous voulons parler de nuées d'insectes qui nous sont venus des pays étrangers , ronger les bois destinés à nos constructions maritimes, soit sur pied , soit dans les chantiers. Dans les départemens de la Sarthe et de la Charente-Inférieure , ces insectes ont poussé si loin leurs ravages sur les poutres et les charpentes des maisons , que celles-ci , menacées dans leur solidité , ont été abandonnées , et les locations ont considérablement diminué.
Examinons donc les causes de ces graves altérations du bois, et les moyens d'y remédier. D'abord , il nous faudra reveuir sur ce que nous avons dit précédemment à propos de l'albumine \ ègèt aie ; cette substauce congénère avec l'albumine animale et qui remplit les cavités cellulaires du bois > est un appât pour les insectes et un élément de putre&ction* Si les bois ne renfermaient que de U cellulose * ils résisteraient i toutes ces «**$*$ de destruction, car la cellulose pure est iuahèmble; «tais eette cellules* est toujours no <V4»|^v^ee de wwtfi?sr* iuetttstante « dont la tgucantfre \*rie$etau ksltrèk et denrôme <pa*st>*iùmale rc^MN^e 4*us le tfesu «Muhftnr ftus em noons *«w ^ yJ« ** «feriu$ taïwtatt*: d^fVt>*D*u jArrsï- Spi«^ ^ s <«M*e **« ï\r*vo* tu ^ i*£ae à s*»
La matière albumineuse, disons -nous, est celle que recherchent les insectes xylophages , et ils vont la trouver jusque dans l'intérieur des cellules, s'aidant de leur tarière pour se faire un passage , et traversant le bois en tous sens , ils le réduisent en poussière (ce qni fait dire , d'un bois ainsi attaqué par les insectes, qu'il est vermoulu). Si donc on peut éliminer cette matière , ou la rendre imputrescible par un agent chimique qu'on sera parvenu à introduire dans le bois, celui-ci sera à tout jamais préservé de l'attaque des insectes.
Cest encore cette matière albumineuse qui, sous l'influence de l'air humide et d'une température moyenne, est cause de la putréfaction. On a voulu dans ces derniers temps voir deux sortes de putréfactions , dont on a désigné l'une sous le nom de pourriture sèche (érémacausie), et l'autre sous celui de pourriture humide. Jamais le bois De s'altère à l'air parfaitement sec; or, il n'y a point de putréfaction sans le concours de l'humidité. Si à cette provision de matière quasi-animale , nous ajoutons une texture lâche , tubulaire (i) , le bois ne pourra jamais être employé sans avoir été soumis à des procèdes de conservation.
(i) Dans cette circonstance , l'air et l'eau pouvant s'introduire facilement dans le bois , y amènent la destruction ; car l'on sait que l'air et l'humidité sont les seules causes de la décomposition des substances azotées. Ajoutons à cela que les tissus végétaux contiennent souvent des principes fermentescibles, tels que le sucre, l'amidon , etc.
La décomposition de l'albumine végétale est absolument la même que celle des matières animales : il y a production d'ammoniaque ou de carbonate d'ammoniaque, d'hydrogène carboné, d'acide carbonique, etc. Lorsque par suite de longues pluies, récorce des arbres se trouve pénétrée d'humidité, il se forme une petite putréfaction qui donne bientôt accès aux moisissures et aux champignons parasites (i). Ce que nous disons des arbres sur pied, s'applique aussi très bien aux bois de construction qu'on laisse exposés aux influences atmosphériques. Lorsque des végétaux de celte sorte ont commencé à attaquer le bois qui présentait quelques pointes de putréfaction , ils rendent celle-ci plus active et plus générale , et concourent à une décomposition plus profonde.
S'il s'agit de faire un choix dans les bois qu'on destine à des constructions ou è un travail queltouque , ou devra donc s'assurer qu'il renferme peu de matière albumineuse , et l'on s'en rendra compte par un essai assez simple , qui consiste à en traiter une petite portion par une dissolution de soude caustique à l'aide de la chaleur. La soude n'attaque pas d'une manière sensible la cellulose,
(1) Les champignons croissent ordinairement dans les endroits riches en matières ammoniacales» Depuis quelque temps, les maraîchers de Paris arrosent les couches de champignons arec une dissolution de sulfate d'anuno* niaque.
fan dis qu'elle dissout la matière albumineuse. Si Ton a eu soin de peser le bois avant de le traiter ainsi , et de le peser après l'essai , Ton saura par la perte en poids ce qu'il contenait de matière albumineuse : c'est ainsi que l'on peut reconnaître la nature des tissus textiles, s'ils sont mélangés, etc. Soumis fa cet essai , le coton ne subit aucune allération , tandis que la laine , la soie se dissolvent en entier. Cette action de la soude caustique sur les matières d'origine animale , peut être mise a profil, lorsqu'il s'agit de reconnaître si la laine est mélangée avec dû coton, la soie, etc... De tout ce que nous avons dit précédemment , il résulte que les bois doivent être rangés par catégorie de bois durs, bois blancs , etc.; que ces dénominations indiquent l'emploi qu'on en doit faire. Ainsi , le peuplier est un bois blanc tendre et léger , parco que sou tissu est peu serré et contient de l'air ; il renferme en outre des liquides azotés; toutes causes de putréfaction. Le bouleau , qui possède aussi ces caractères , ne doit pas se conserver longtemps ; aussi est-il employé le plus souvent comme combustible léger pour les fours anciens de boulangerie, pour la fabrication des allumettes, etc. Le chêne fournit un bois dur, ses cellules ligneuses sont très agrégées , contiennent de la matière incrustante et un peu de matière albumineuse. Sur ioo parties de bois de chêne, on trouve 4° pour ico de cellulose et 60 pour 100 de matière iucrus-
tante (i). Le bois de chêne résiste assez bien au frottement, mais non autant à la pourriture; dans l'eau il s'altère moins facilement , parce que le tannin qu'il contient se dissout et réagit sur la matière albumineuse renfermée dans les cellules ligneuses. U acacia, qui contient plus de cellulose, moins de matière incrustante et de matière azotée, est le bois qui résiste le plus aux divers agens destructeurs. C'est en Amérique que cette propriété a été d'abord reconnue , et où l'on en fait la plus grande consommation. Dans cette contrée, on a établi des réglemens sévères pour Pabattage des acacias. On s'en sert avec avantage pour faire des jantes de roues , des bobines pour filatures , des gournables ou chevilles pour la membrure des navires, etc. Eu raison de son inaltérabilité , on s'en sert pour faire des châssis , des charpentes de serres , bâches , etc. (2). Enfin l'expérience a appris que , soumis aux mêmes influences qui ne font
durer le bois de chêne que de un à deux ans ,
(1) Le bois de chêne fournit environ 50 pour cent de charbon.
(2) Les bois dits de placage étant découpes en feuilles inincesi n'ont pas besoin d'être soumis aux agens conserva* teurs, qui , d'ailleurs, dans quelques cas, changeraient la nuance du bois (voyez plus loin). M. Picot, ancien élève de Châlons , trouve moyen de couper dix feuilles de bois dans un millimètre d'épaisseur. Le prix de ces feuilles est assez modéré, et ne varie que d'après la qualité ou la rareté du bois. La feuille de bois ordinaire coûte 1 franc le mètre carré ; celle de bois des îles , A fr. 50 , etc.
le bois d'acacia en dure de quinze à vingt. C'est donc assez dire que son usage n'est pas assez répandu chez nous , et qu'on ne saurait trop s'efforcer de le vulgariser. Les pins et les sapins résisteraient bien à la pourriture ; mais aujourd'hui on devra rechercher le moyen de les préserver sur pied de l'attaque des insectes, et cela ne paraît pas jusqu'à présent possible-
Donc, la matière albùmineuse ou quasi animale contenue dans le bois étant reconnue la cause évidente des altérations que nous venons de signaler, il devenait important de la désorganiser, de l'éliminer des cellules ligneuses , d'en faire un composé inaltérable , etd^ de là les divers procédés de conservation dont nous allons exposer les principaux.
Haies, Duhamel , Buffon , etc., indiquent les premiers qu'on peut conserver les bois , et quels sont les moyens que Ton peut employer pour les Tendre inaltérables.
M. Biot observa, il y a quelques années» que le lois peut être pénétré par les liquides à l'aide de la pression. Une bûche» placée debout et recouverte d'eau, s est peu à peu imbibée» et Ton est parvenu à lui en faire absorber une grandeiqpanlité. Cela indiquait un moyen d'imbiber les bois dans le bot de les rendre inaltérables ; mais il fut reconnu que ce procédé était imparfait , parce que , dans cette circonstance , le liquide s'introduit dans des voies (Félcction, et qu'il y'a beaucoup de parties du.
bois qui se trouvent non pénétrées r ainsi près de l'axe, le tissu du bois étant plus serré que dans les autres parties, l'infiltration ne suit pas son cours naturel.
M. Boucherie a profité de la force ( i) végétative des arbres pour appliquer d'une manière économique les liquides dont il voulait pénétrer les bols. Dans l'espace de dix ou douze jours seulement , îl fait arriver, par son procédé, le liquide à l'extrémité des arbres qui ont de sept ou huit mètres de hauteur; les feuilles mêmes de ces arbres s'imprègnent avec facilité. On peut arriver a ces résultats sur des arbres encore inhérens au sol, ou sur des arbres abattus. Quand larffce est debout, ou fait avec une scie, de chaque côté de l'arbre, deux entailles qui pénètrent jusqu'à une certaine profondeur; on a soin de mettre une cale à chaque entaille pour que le vent ne puisse renverser l'arbre. Malgré ces précautions , il est arrivé quelquefois des accidens dans les forêts où l'on s'est livré a ces essais.
Ces opérations faites, on met l'intérieur de l'arbre en contact avec le liquide dont on veut l'imprégner. Pour ce faire, on fixe autour de Tarbrqptu-dessus et au-dessous des entailles, nne
(1) Il ne faut pas oublier la part bien importante que prend ici la capillarité végétale , ou endosmose. Quant à la force de la succion, elle dépend de cette force physique sous l'influence de la vie. (Becquerel , Physique appliquée à V fcwtoire naturelle.)
peau en cuir on en caoutchouc, a laide de cordes que l'on serre fortement et en lutant les joints avec de l'argile; on ménage dans cette bande une ouverture pour l'introduction d'un tube, qui met les entailles en communication directe avec un tonneau plein d'une solution saline. Le liquide ne tarde pas à être aspiré par l'arbre, et à monter jusque dans les extrémités les plus élevées et les plus ténues.
Un autre moyen , qui est plus facile et qui présente quelques avantages, consiste fa abattre l'arbre, soit en l'arrachant, soit en le sciant : toujours est-il qu'il est nécessaire de séparer les racines du tronc ; on le dégage aussi presque entièrement de ses branchages, souvent on lui laisse quelques feuilles, mais il paraîtrait que cette précaution est inutile et qu'on peut n'opérer que sur le tronc seulement. Le tonneau contenant le liquide est disposé sur un support très élevé : de cette manière la pression de l'air atmosphérique fait entrer le liquide avec beaucoup plus de facilité et de vitesse ; on le fait aspirer par la base de l'arbre en prenant les précautions que nous avons indiquées plus haut.
Ai. Kyan a proposé, dans ces derniers temps, an procède de conservation des bois qui a réussi en Angleterre et qui a déjà obtenu quelques succès en France. On débite le bois en planches plus ou moins épaisses, on les met dans un bassin renfermant une dissolution de bi-chlorure de mercure ; on les y laisse s'imbiber pendant sept ou
huit jours; au bout de ce temps, on peut réunir ces planches pour en faire des poutres, des charpentes, employées dans toutes sortes de constructions. On a bâti, chez le duc de Devonshire, des serres avec des bois ainsi préparés ; elles ont parfaitement résisté aux intempéries de l'atmosphère et à l'attaque des insectes.
Tous les agens et réactifs qui conservent les matières animales conservent aussi les matières végétales. On sait qu'on conserve des cadavres entiers dans une dissolution de bi-chlorure de mercure; l'eau ne dissout cependant que a °/# de ce sel.
Le colonel Morland a été rapporté d'Egypte dans une solution de sublimé corrosif (deuto-chlorure de mercure) (i).
Cependant on a dû renoncer à ce procédé dispendieux pour la conservation des bois (le sublimé corrosif coûte de ia à i4 francs le kilogramme). .
On sait aussi que les plantes imprégnées de bichlorure de mercure se conservent bien; les amateurs d'herbiers ont souvent recours à ce procédé.
(1) Le bi-chlorure de mercure coagule l'albumine animale , et se combine avec elle pour former uif composé insoluble ; aussi ne connaît-on point de meilleur antidote dans l'empoisonnement par ce toxique. Toutefois , on ne devra pas employer un excès d'albumine, car le précipité se redissoudrait. La gélatine est également coagulée par ce sel.
Le tannin , qui se combine aux tissus animaux , est aussi employé avec succès pour la conservation des bois.
M. Moli a proposé l'emploi de la créosote pour la conservation des bois. La créosote est un des produits de la décomposition par le feu des matières végétales. On sait que c'est à une petite quantité de ce principe essentiel que les viandes fumées doivent leur inaltérabilité; mais l'emploi de la créosote pour la conservation des bois a dû être rejeté, le procédé employé par Moll étant, du reste , très peu manufacturier : il consistait à soumettre des planches à Faction de la vapeur du goudron de bois. Néanmoins, bien que l'emploi du sublimé corrosif et de la créosote doive être rejeté, à cause du prix élevé de ces produits, on peut jusqu'à un certain point s'en servir, lorsqu'il s'agit de soumettre aux procédés conservateurs de petites quantités de bois. Ainsi pour les herbiers dans lesquels on conserve de petites branches et de grandes herbes, on peut employer la dissolution alcoolisée de sublimé corrosif; l'alcool a la propriété de rendre le sublimé plus soluble dans l'eau.
H. Bréant a proposé un appareil qui est en faveur aujourd'hui dans plusieurs localités, pour soumettre les bois à la conservation. À l'aide de cet appareil , on comprime l'air renfermé dans les cellules ligneuses , et l'on se sert du vide qui se trouve formé pour aider l'aspiration du liquide conservateur. Ce procédé peut s'appliquer surtout aux pièces d'une petite dimension , et il a l'avantage de rendre l'opération plus complète que par
les autres méthodes. En effet, les arbres soumis au procédé Boucherie n'absorbent pas le liquide conservateur dans toutes leurs parties, le cœur est rarement imprégné, il n'y a que l'aubier qui le soit parfaitement, et s'il y a dans l'arbre certaines parties qui ont cessé de vivre depuis quelque temps, elles ne seront pas atteintes, ce qui se conçoit aisément. Or, les bois ainsi préparés devront être employés en grume outrés peu équar* ris ; alors ils pourront très bien résister aux agens extérieurs et k l'attaque des insectes. Il n'en est point de même des bois conservés par le procédé de M. Bréant ; ils sont imprégnés de liquide dans presque toutes leurs parties, et peuvent se débiter en autant de pièces qu'on le désire. Toutefois les parties nodeuses et les parties du coeur dont l'agrégation est trop grande ne sont que très difficilement atteintes; mais l'inconvénient n'est pas grand , car il est rare que le tissa ligneux présentant une telle cohésion 6e trouve altéré*
L'appareil à comprimer l'air contenu dans les cellules ligueuses est venu donner l'idée de tremper les bois dans des liquides chauds et de les faire pénétrer promptement et très profondément. A l'aide de la chaleur, l'air contenu dans les cellules se dilate et finit par s'échapper pour donner passage au liquide contenu dans la chaudière. C'est ainsi qu'on est parvenue imprégner diverses sortes de bois avec des dissolutions degalipot, de brai etc. et à remplir toutes les cavités cellulaires.
L'huile de lin litliargirée a été employée de cette manière avec uu plein succès; le bois soumis h ce mode de conservation est inaltérable dans toutes les circonstances pi&pve* à la pourriture (i). '-■.■!.■
Le sulfate de fer, sel antiseptique* comme chacun sait , a été souvent employé f mais IL Bréant a fait observer avec raison qu'on ne doit pas employer ce 6el isolément : il arrive quelquefois qu'un peu d'oxide de fer se combine avec diverses matières organiques contenues dans les cellule»» tandis que l'acide sulfurique » devenu libre * agit à la manière ordinaire, en colrodanfctft en brûlant la matière organisée dit bois 4 Des piëees soumises à l'infiltration du sulfate de fer m sont souvent désagrégées au point dfe tomber en poussière.
Bien avant quota ne songeât à préserver les bois de la putréfaction et de l'attaque des insectes* les poutres et les charpentes employées au milieu des mines de sel ne subissaient aucune al» lération , et les efflorescences qu'elles présentaient
(1) Quelque* essais , qui 6ht été faits àiï {font LouisJWii- Bppc, à Paris, ont montré l'efficacité de ce procédé. Au bout de deux ou trois ans, le bois qui n'avait pas été Réparé prétentait dans quelques unes de ses parties de fortes altérations | tandis que des planches imprégnées d'huile lithargirée, et placées dans les mêmes circonstances, n'offraient aucune trace de pourriture , même dans les endroits traversés par les clous. On sait que la pourriture se manifeste ftesque toujours, dans les bois de construction , dans les parues clouées.
de temps h autre , avaient fait dire aux ouvriers que le bois régénérait le sel. Il est très facile de comprendre pourquoi cette inaltérabilité, et pourquoi ces effldrescences ; c'est que dans les mines de sel gemme , le bois se trouve constamment imprégné de chlorure de sodium , que le chlorure de sodium est par excellence l'agent conservateur des substances organiques , la base de toutes les salaisons. Quant aux efflorescences, elles sont dues aux différences de température qu'éprouve le bois salé de la sorte , et à une petite quantité de sulfate de soude contenue dans le sel marin.
Ces observations furent faites d'abord dans les mines de sol^jemme de Saltzbourg et communiquées à M. Payen. Depuis, des essais furent faits dans les salines de Dieuze , et il nous est acquis aujourd'hui que le bois imprégné de chlorure de sodium est parfaitement h l'abri de toute espèce d'altération : néanmoins, on ne peut l'employer à tous les genres de constructions, à cause de l'hygroscopie bien connue du sel marin. Cette hygroscopie serait peu de chose, si le chlorure de sodium ne contenait pas toujours une petite quantité de sels déliquescens (chlorure de magnésium , de calcium , etc.). Les bois ainsi conservés peuvent être employés dans les constructions des ateliers où la température est constamment élevée.
Ou n'a pas dû s'en tenir à conserver les bois. (1) Les différons procédés d'infiltration que nous
(1) M. Biot avait fait observer, lors de la découverte de
venons de signaler ont également servi à préparer des bois de luxe (pour Y ébénisterie , la marqueterie , les objets de fantaisie, etc.). C'est ainsi que le platane imprégné de pyrolignite de fer et poli , offre une fort jolie teinte , et se trouve agréablement moiré. En se servant de tannin d'abord, puis de pyrolignite de fer, on obtient de Y encre dans les cellules du bois ; mais comme cette combinaison ne s'effectue pas partout d'une manière complète 9 il en résulte des accidens, des veines, etc., qui sont fort agréables lorsque le bois a été poli.
Enfin, par tous ces procédés, on peut, & l'aide de matières colorantes, obtenir des bois qui rivalisent avec les bois étrangers , en éclat et en durée (i).
M. Boucherie , que Ton pourrait , à l'aide d'une espèce de lévigation dans les bois récemment coupés , obtenir tous les principes immédiats contenus dans les cellules ou les espaces intercellulaires.
(4) Les procédés de conservation que nous venons d'examiner succinctement pourront trouver une application importante pour la préparation des bois employés aujourd'hui au pavage des rues , pavage stéréotomique, dont on fait en ce moment un essai à Paris , rue Neuve-des-PeUte- Champs , entre la rue Yivienne et la rue des Bons-Enfans.