‹ Manuel du dessinateur lithographe, ou, Description des meilleurs moyens à employer pour faire des dessins sur pierre dans tous les genres connusChapitre 6 sur 6 · X. Dessins blancs sur un fond noir · texte numérisé non relu

X. Dessins blancs sur un fond noir

Après avoir fait fondre de la gomme arabique dans l’eau et y avoir ajouté une couleur quelconque , on se sert de cette dissolution pour tracer au pinceau ou à la plume, sur une pierre polie et acidulée , en suivant le procédé indiqué dans le chapitre précédent , des lignes , des caractères, des arabesques, des étrusques, etc.

Quand la pierre est sèche, on la recouvre comme celles gravées d’une couche de couleur grasse 5 on la mouille ensuite et la gomme se dissolvant, le dessin exécuté perce en blanc sur un fond noir.

Les Anglais font usage de ce genre de dessin pour de très-jolies couvertures de livres qu’ils impriment sur papier de couleur. On peut aussi tirer ces planches de telle couleur que ce soit, sur du papier blanc.

§. XI. Des contre-épreuves.

Les épreuves des planches de cuivre étant tirées avec de l’encre grasse, il est facile, et cela se conçoit aisément, si l’on veut bien se rappeler les détails dans lesquels je suis entré au cha-

pitre 7, de contre épreuver sur pierre, lesépreuves de ce genre nouvellement tirées, et d’en obtenir ensuite des épreuves lithographiques.

Ce n’est cependant pas sans difficulté que l’on arrive à des résultats purs dans cette opération ; toutefois j’ose dire qu’il m’a réussi de l’exécuter avec une perfection telle qu’on peut à peine établir une différence entre ces contre-épreuves lithographiques et les épreuves gravées. De cette manière , on peut multiplier à l’infini , en leur conservant leur vigueur première , les épreuves d’une planche de cuivre.

La publication des moyens que j’emploie et dont on ne peut faire usage que dans les ateliers de lithographie, ne pouvant guères être utile aux amateurs, et devant préjudicier aux intérêts de plusieurs manufactures , dont l’existence et la prospérité reposent en partie sur le mystère dont ils sont encore enveloppés , je m’abstiendrai de toucher à cette matière délicate, et je me bornerai à offrir mes soins a ceux qui désireraient faire tirer des contre-épreuves lithographiques de planches de cuivre.

§. XII. Lavis lithographique.

Les différens genres de dessin sur pierre, dont je viens de faire la description , sont plus

ou moins connus des lithographes. Malgré les nombreuse ressources qu’ils présentent, il existait encore une assez grande lacune dans leur série, car aucun des moyens précédemment indiqués ne donnait la faculté d’exécuter des teintes légères, telles que des ciels et des lointains. Il fallait renoncer à ces objets d’un effet si remarquable, si nécessaire, ou se borner à de simples traits indicatifs, si l’on ne vouîoit courir le risque de voir ces parties devenir ou trop lourdes ou trop noires, ou enfin de perdre la moitié du travail. On regrettait , et non sans raison , l’absence des demi-teintes indispensables à l’harmonie des dessins : le blanc du papier se montrait partout avec une sorte de crudité désagréable ; il était presque impossible de mettre de la couleur et d’observer la dégradation de la lumière et des tons dans les planches lithographiques.

Des études constantes, des essais répétés avec succès m’ont mis à même d’applanir ces difficultés par le nouveau procédé que j’ai découvert en 1819, et auquel j’ai donné le nom de Lavis-Lithographique, à cause de sa ressemblance, dans ses effets, avec les ouvrages de ce genre.

Depuis cette découverte , on s’aperçoit de l’amélioration sensible qui s’est opérée dans les produits lithographiques , et c’est surtout dans

l’intéressante collection des Souvenirs d’Espagne, de M. le général Bâcler d’Albe , et dans l’ouvrage capital de MM. Taylor de Cailïeux et Charles Nodier, sur l’ancienne France (1) , qu’on peut remarquer les heureux résultats de ce procédé nouveau.

Les ciels et les endroits les plus délicats des dessins , les reflets de la lumière, les tons vaporeux y sont ménagés et rendus avec toute la pureté, toute la légèreté désirables, et il m’est permis de dire que sans l’emploi du procédé que j’ai eu le bonheur de découvrir, on n’aurait jamais obtenu de résultats semblables. C’est donc en lui donnant de la publicité, que je crois acquérir des droits à la bienveillance de ceux qui se livrent à l’étude et a l’exécution du dessin sur pierre.

Les litographes, j aloux d’imiter les lavis à l’encre de la Chine, avaient essayé de divers moyens; ils espéraient arriver au but qu’ils se proposaient d’atteindre , en se servant de l’encre lithographique plus ou moins étendue d’eau : ils ont tous échoué dans leurs tentatives, et cela devait

(1) Voyage pittoresque et romantique dans l’ancienne France. Prix de chaque livraison , 1 5 fr. 5o c. , chez Engelmann , rue Louis-le-Grand , n° 27.

être ainsi, d’après les raisons que j’ai développés dans le chapitre 6 de cet ouvrage.

Pénétré que j’étais de l’impossibilité d’avoir aucun résultat satisfaisant en suivant cette voie, et persuadé qu’il n’y avait qu’un moyen d’obtenir des effets a peu-près semblables à ceux du lavis , celui de produire sur la pierre des teintes d’un grain fin et égal , dont on pût à volonté augmenter la vigueur , de manière à offrir tous les tons intermédiaires entre le blanc et le noir, je m’appliquai à rechercher les moyens de parvenir à ce point difficile.

11 fallait que la matière dont les teintes devaient se former, fût très-adhérente à la pierre, afin que les points presqu’imperceptibles qui en seraient recouverts, résistassent à l’acide et attirassent la couleur d’impression. Dès lors, je jugeai que c’était d’une encre liquide et noire , et non d’un corps sec tel que les crayons , qu’il fallait se servir. Je remarquai ensuite qu’en faisant usage d’un tampon de peau légèrement chargé dune couche d’encre, on obtenait sur une pierre préparée pour le crayon un grain très-fin et parfaitement égal. Cet effet est aisé à concevoir : la peau fortement tendue ne peut atteindre le fond de la pierre entre les petites aspérités du grain, elle ne dépose l’encre qu’à leur sommité, et à mesure que l’on augmente l’é-

paisseur de la couche d’encre, que l’on exerce une plus forte pression du tampon sur les aspérités , celles-ci s’y enfoncent davantage et se chargent de plus de couleur; mais en même temps , les aspérités inférieures recueillent aussi une portion de la couleur , et de cette façon on obtient une dégradation ou une vigueur progressive dans les tons.

Mais l’emploi de ce procédé laissait encore quelque chose à désirer , il ne suffisait pas qu’on put donner aux teintes la force désirable , dégrader à l’aide du tampon les ciels et les autres parties de ce genre , en appuyant fortement aux endroits qui devaient être les plus foncés, et en diminuant la pression à mesure que l’on approchait des parties lumineuses; il ne suffisait pas que même avec un petit tampon l’on pût faire quelques nuages d’une forme vague et molle [; il fallait pour produire des nuances arrêtées et*d’une dimension très-resserrée, préserver la pierre du contact du tampon dans les endroits où l’on ne voulait pas mettre de couleur. Cela a lieu en interposant, entre le tampon et la place à ménager, un corps imperméable à la graisse, la gomme a cette propriété ainsi que je l’ai expliqué aux chapitres 2, g et 10; mais en l’employant seule , on ne trace que difficilement des lignes pures sur la pierre lorsque déjà elle

est un peu chargée de graisse. J’ai donc composé pour suppléer à la gomme , une couleur que j’appelle réserve $ elle s’étend fort aisément, et les traces formées par elle sont très-visibles à travers le tamponnage le plus foncé.

Après avoir établi ce qui constitue l’aquatinte ou le lavis- lithographique , je dois indiquer quels sont les précautions à observer, les moyens à prendre pour assurer le succès de son travail.

11 faut :

i° Des tampons de dilférentes grosseurs, garnis d’une peau de gant très-fine , rembourés de coton, et pourvus d’une manche facile à tenir dans la main;

2° Un bâton d’encre pour le lavis lithographique , (je dis lavis parce que celle dont on se sert pour le pinceau et la plume n’est point bonne à cet usage, elle n’est pas assez gluante);

5° Un godet de réserve ;

4° Un flacon, contenant un mélange d’essence de thérébentine et d’essence de lavande , à-peuprès en égale quantité; la première sèche trop vite, la seconde tient l’encre plus long-tems fraîche et gluante; mais employée seule, elle sécherait trop lentement.

On doit faire d’abord un décalque suivant les procédés indiqués dans le chapitre 5, en ap-

puyant toutefois les traits avec plus de force ; autrement, il pourrait arriver qu’en appliquant les premiers tons, le tampon n’arrachât ou ne fît disparaître les lignes trop faiblement tracées. On ne peut cependant employer dans ce cas pour le trait, le crayon ou l’encre lithographiques, tous les deux étant des corps solubles dans l’eau, se perdraient en lavant la pierre pour en détacher la réserve. Ainsi, pour obtenir un trait d’une extrême netteté, comme quand il s’agit de dessiner un morceau d’architecture, il faut se servir d’un pinceau ou d’une plume trempés dans l’encre lithographique délayée avec de l’essence de thérébentine ou de lavande. Le premier tracé déterminé , on étend à l’aide d’un pinceau la réserve dissoute dans l’eau, sur la marge delà pierre et sur toutes les parties du dessin qui doivent rester blanches. Il faut que la couche en soit assez nourrie pour que l’encre ne puisse pénétrer nulle part; toutefois il est nécessaire d’éviter qu’elle soit épaisse au point de former relief, parce que cela empêcherait le tampon d’approcher immédiatement du bord , et dès-lors il serait à craindre que les contours ne restassent mous et indécis.

Cette opération achevée, on verse sur une palette quelconque ou sur une assiette, quelques gouttes d’essence de thérébentine et de

lavande mêlées , dont on se sert pour délayer le bâton d’encre et l’on ne cesse de frotter le bâton sur la palette, que lorsqu’on a obtenu une couleur noire ayant à-peu-près la même consistance que du miel. On en charge alors, mais en petite quantité, l’un des tampons que l’on appuie contre l'autre à plusieurs reprises et en tout sens , jusqu’à ce que la surface de la peau semble couverte également, et dans toutes ses parties, de la couleur noire. On essaye le tampon ainsi disposé sur une portion de la pierre où il ne doit point y avoir par la suite de travail , ou sur un autre morceau de pierre : il convient qu’il ne laisse après lui qu’une marque légère pour faire les premiers tons et les plus diaphanes. Il y a moins d’inconvénient à ce qu’il n’y ait pas assez d’encre sur le tampon que s’il y en avait trop, car en ce cas, des taches seraient presque inévitables.

Ceux qui ne sont point habiles dans le maniement du tampon, doivent , avant d’en faire usage ^ s’y exercer sur une pierre inutile, jusqu’à ce qu’ils soient parvenus à faire des teintes bien unies et régulièrement dégradées.

Lorsqu’on a donné sur la pierre quelques coups de tampon , on le frappe sur celui qui a servi à étendre la couche colorée et que l’on tient dans la main gauche. Cette précaution est

indispensable , car on conçoit que sans elle le milieu du tampon, dont la couleur s’est détachée sur la pierre , ne marquerait plus , tandis que ses bords qui ne Font point touchée, et qui conséquemment sont encore chargés d’encre, pourraient, au moindre coup donné irrégulièrement, produire sur le dessin des cercles noirs qu’il serait presqu’impossible de faire disparaître. Si malgré cette attention,, il arrive que le tampon ne laisse plus de teinte sur la pierre , alors on le recouvre légèrement d’encre, en observant le procédé que j’ai indiqué plus haut, et en ne s’en servant qu’après l’avoir toujours préalablement essayé • du reste , on sent que la pratique , mieux que la théorie, donne dans ces moyens d’exécution les connaissances nécessaires, et si je m’attache à de si minutieux détails , ce n’est que dans l’intention de convaincre ceux auxquels je m’adresse , qu’ils ne sauraient apporter trop de soins et dans leur travail , et dans les préparations qu’il exige : la moindre négligence ne peut que nuire au succès de leur ouvrage.

Je poursuis donc.

Du moment que la teinte forme suffisamment les tons les plus légers , ( s’ils doivent rester tels), on les couvre de la réserve \ dès qu’elle est sèche , on recommence le tampon-

nage afin d’avoir un ton plus vigoureux dans les parties qui le demandent. On le recouvre encore de réserve comme le premier, et l’on continue ainsi à monter progressivement les tons jusqu’au degré de vigueur que l’on desire leur donner. Je dois faire observer qu’il faut laisser aux teintes le temps de sécher avant de passer la réserve dessus, autrement la couleur rouge de la réserve s’attacherait à l’encre trop gluante et laisserait au dessin une nuance rougeâtre qui en rendrait la couleur désagréable et empêcherait d’en voir l’effet.

Si durant le travail , l’encre se desséche sur la palette , on la détrempe d’un peu d’essence en frottant de nouveau avec le bâton : lorsque l’on travaille à la portée d’un poêle ou d’une cheminée , on fera bien d’en approcher de temps en temps la pierr^ , afin de la chauffer légèrement, par la l’encre èt la réserve sèchent plus vite , et le travail s’en trouve de beaucoup accéléré.

Si, croyant son dessin terminé, ou ne se retrouvant plus dans les tons divers, ou enfin pour tout autre motif , on desire reconnaître l’état au juste du travail , on plonge la pierre dans l’eau, où on la laisse quelques minutes , ou bien l’on en verse dessus à grands Ilots jusqu’à ce qu’on juge que la réserve soit dissoute } puis , avec une éponge mouillée on

essuye légèrement la pierre jusqu’à ce que la réserve et le noir qui couvrait celle-ci en soient disparus entièrement. A mesure que cette opération approche de son terme, on peut frotter avec plus de force pour détacher absolument toutes les parcelles de noir qui tiendraient encore à la pierre. Si Ton se bornait à la laver seulement avec une éponge, il arriverait sans doute que l’encre qui couvre la réserve et qui s’en détache à mesure que la dernière se dissout, s’attacherait à l’éponge qui en laisserait des traces dans les lieux qui doivent en être préservés : tous les efforts que l’on ferait dans ce cas pour effacer les taches seraient superflus , et n’en produiraient que de nouvelles; enfin l’ouvrage serait entièrement gâté et perdu.

Lorsque la réserve et l’encre sont enlevées , on rince avec soin son éponge dans une eau limpide et l’on relave la pierre , afin de n’y laisser aucun vestige de gomme, car s’il en restait la moindre portion , elle ferait le même effet que la réserve : elle empêcherait les tons nouveaux ou la retouche au crayon de se fixer sur la pierre.

Du moment que la pierre est parfaitement sèche, on peut recouvrir les parties du dessin où cela doit avoir lieu , et retamponner celles qu’il faut monter de ton : de cette manière ,

on a la faculté de passer des glacis sur l’ensemble , de mettre des détails dans les masses trop confuses ou trop peu indiquées dans la première opération.

Cette retouche terminée, on lave de nouveau la pierre comme il a déjà été dit , et au moyen de ces précautions, il est possible de revenir sur son dessin autant de fois qu’on le juge néces saire.

En définitif, après avoir fait du tampon l’usage que l’on a voulu, soit qu’on ait seulement établi les grandes masses , soit qu’on ait exécuté les détails , il n’y a point d’inconvénient à se servir du crayon lithographique, de la plume ou du pinceau pour terminer son dessin ; on peut même les employer ensemble , et pour ajouter à l’effet on peut enlever les lumières au moyen du gratoir. Tout ce que j’ai dit d’ailleurs des dessins au crayon , s’applique à ceux exécutés par le lavis.

Mais je dois faire observer que lorsque l’on a effectué les retouches au crayon , il n’est plus possible d’y revenir avec la réserve et le tampon, car le crayon se dissoudrait lorsqu’on laverait la réserve ; toutefois , avec de l’adresse on peut ajouter quelques glacis au tampon , en n’appuyant que dans les endroits qui doivent être colorés. Ily a encore un moyen auquel on peut

recourir, mais je ne l’indique que comme un pis aller, c’est de laisser à jour dans un papier que l’on applique sur la pierre , la place du dessin qui doit être tamponnée. Ce procédé est long, vétilleux, et n’est guère propre à exécuter des formes franches et compliquées.

Sur un fond uni fait au tampon , que l’on dessine un sujet quelconque dont on enlève les lumières avec le gratoir, on obtient les mêmes effets que ceux du dessin sur papier de couleur. Il est aisé d’avoir ainsi des demi- teintes légères que le tirage reproduit presque toujours au mieux, tandis que celles exécutées seulement au crayon' ne tiennent que rarement bien. On peut tamponner cette première teinte, de manière à ce qu’elle soit plus foncée dans* un endroit que dans un autre , et qu’elle ajoute à l’effet et à l’harmonie de la composition. Il semblerait même qu’il est plus facile de manier le crayon sur une pierre préparée de la sorte que si elle était uniquement blanche.

Un tampon dont on a fait usage pendant un certain temps finit ordinairement par s’encrasser. Il s’y forme de petites élévations de couleur sèche qui font au tamponnement des marques sur la pierre. On doit donc pour les détacher du tampon , le laver avec de l’essence de térébenthine et le racler avec un couteau, et

si cela ne suffisait pas , il faudrait en renouveler la peau (1).

Je crois que si l’on observe scrupuleusement les précautions bien simples , mais bien nécessaires, que j’indique dans ce chapitre, on doit arriver, selon le talent que l’on possède dans l’art du dessin, à des résultats aussi satisfaisans qu’il est possible d’en obtenir du lâvis lithographique.

§. XIII. Des moyens dy effacer.

Si l’on a le désir, ou si l’on est dans la nécessité d’effacer une partie d’un dessin 9 soit au crayon soit au lavis , pour y redessiner un objet quelconque, l’opération offre quelques difficultés. S’il ne sagissait que d’enlever des traits ou des taches qui se trouveraient dans des endroits blancs, on le ferait aisément sans doute à l’aide dugratoir; mais l’emploi de cet instrument détruit le grain de la pierre , il y substitue suivant le plus ou le moins de finesse de son tranchant , une surface plus ou moins rayée : or , le dessin

(1) Les peaux neuves étant plus souples, produisent un grain plus fin , plus égal ; que celles qui sont durcies par l’encre.

cjui serait fait sur cette portion ainsi gratée porterait l’empreinte de ces raies, et le crayon privé du grain primitif, ne produirait plus qu’un travail massif, duquel résulteraient inévitablement des taches au tirage.

En conséquence, si l’on est réduit à grater quelque partie du dessin, il ne faut recourir à cette opération que lorsqu’il est terminé , et avoir bien le soin de n’enlever pas seulement le crayon , mais encore une légère portion de la pierre ÿ sans cette précaution , la substance grasse du crayon qui s’introduit dans la pierre repousserait au tirage.

Quand il n’est question que d’éclaircir une teinte ou un trait trop vigoureux, on se sert d’une pointe excessivement fine , au moyen de laquelle , ou l’on divise les points les plus gros en tachant de les égaliser , pour rendre la teinte générale plus égale elle-même , ou l’on trace des lignes assez fines pour n’être point aperçues à une courte distance , ou enfin 1,’on exécute un travail rompu en promenant la pointe en tout sens (1). C’est surtout dans les ouvrages d’un fini précieux que l’on use de cette ressource.

Si la partie du dessin que l’on veut corriger

(1) Voyez la fig. 11.

ou remplacer , est d’une étendue assez importante , il faut recourir à l’emploi du sable dont on s’est servi pour donner le grain à la pierre. On le frotte avec une molette de pierre sur la place indiquée , jusqu’à ce que le crayon en soit entièrement effacé: l’on balaye ensuite le sable, et l’on épouste l’endroit effacé avec un blaireau. Ce travail demande de l’habitude , car il arrive fréquemment qu’on donne à cette' partie de la pierre un grain plus ou moins fin que celui du reste : il convient donc que l’on s’exerce à cette opération sur des matières inutiles, avant d’entreprendre la correction d’un ouvrage de prix. La pierre ponce ne peut dans aucun cas servir à effacer les parties d’un dessin qu’on voudrait refaire , parce qu’elle a la propriété de polir la pierre.

Le dessin à la plume étant exécuté sur des pierres polies l’usage du gratoir , lorsqu’il sagit d’effacer, n’offre là aucun inconvénient. 11 faut cependant éviter de le faire entrer trop profondément dans la pierre , car ni le rouleau qui porte la couleur sur la pierre , ni la pression qu’exige le tirage ne pourraient atteindre le fond de la cavité formée par le gratoir. Dès lors il existerait sur les épreuves des places dépouillées de couleur , sans qu’il fût possible de remédier à ce fâcheux résultat.

Enfin, on peut encore avec de l’essence de térébenthine enlever des traits nouvellement faits à l’encre , ils ne reparaissent point au tirage. Cette opération demande autant de délicatesse que de précision , car il est bien aisé d’endommager malgré soi le travail que l’on veut ménager.

§. XI Y. Des retouches.

Lorsqu’une pierre est préparée à l’acide pour le tirage des épreuves, elle est couverte d’une substance insoluble qui lui donne un aspect jeaunâtre. Cette couche est impénétrable à la matière grasse du crayon^ et l’eavx fait ciisparaîtro aisément tous les traits que l’on trace sur la surface de la pierre ainsi préparée.

Jusqu’à ce moment, différens procédés avaient été mis en oeuvre pour enlever ce corps insoluble sans altérer le dessin. On regrettait la presqu’impossibilité où l’on était de retoucher une pierre du moment qu’elle avait reçu la préparation qu’exige le tirage , ou au moins de ne faire cette opération qu’avec une extrême incertitude.

Désireux de suppléer à cette lacune qu’offraient encore les moyens d’exécution en lithographie , elle est devenue l’objet unique, l’objet constant

de mes observations, et je suis enfin parvenu à remettre les pierres dans l’état où elles étaient avant le tirage, à les rendre propres à toutes les retouches possibles, et à recevoir toutes les additions que les dessinateurs voudraient faire à leurs ouvrages.

Mais il me sera permis de me taire sur les moyens que j’emploie. Je ne puis qu’offrir mes soins à ce sujet, à ceux qui voudront en faire usage ; il est nécessaire que je sois averti quelques jours d’avance pour repréparer une pierre et la mettre en état d’être retouchée.

Ici se termine la tâche que je m’étais imposée ; j’ai voulu , en donnant des détails clairs et positifs et en indiquant des moyens faciles, aider ceux qui s’occupent spécialement de lithographie ; j’ai cherché, en signalant le mal, à fournir le remède; peut-être y suis-je parvenu. Je n’ai pas besoin, je le pense, de dire que je n’ai point eu la prétention défaire un ouvrage brillant d’érudition , et de toute la pompe du style. A la simplicité du mien , on reconnaîtra aisément que je me suis plus occupé du fond que des ornemens. Je me suis efforcé d’exprimer mes pensées avec clarté ; voilà tout. Heureux si j’ai toujours été bien compris, et si surtout l’on rend justice à l’intention dans laquelle j’ai composé ce modeste manuel.

Je recevrai au reste avec reconnaissance , toutes les observations utiles que l’on sera dans le cas de m’adresser sur mon travail. Je le rectifierai s’il y a lieu; je donnerai toutes les explications qui pourront développer les procédés que j’aurais indiqués d’une manière obscure , enfin, je continuerai mes recherches, mes études, afin d’ajouter, s’il est nécessaire, un supplément à ce premier essai.

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