‹ Manuel du dessinateur lithographe, ou, Description des meilleurs moyens à employer pour faire des dessins sur pierre dans tous les genres connusChapitre 5 sur 6 · VIII. Epreuves rehaussées · texte numérisé non relu

VIII. Epreuves rehaussées

Il existe , surtout en Allemagne , beaucoup de feuilles lithographiques couvertes d’une teinte colorée et unie dans laquelle on ménage des lumières , quelquefois aussi ce sont seulement les parties vigoureuses du dessin qui sont légèrement chargées de couleur, tandis que les grandes masses de clarté sont uniquement blanches* de tels effets s’obtiennent par l’emploi d’une seconde planche que Fon fait de la manière suivante :

On tire sur la pierre une contre-épreuve du dessin primitif, ensuite l’on couvre d’encre tout ce qui doit être coloré, et l’on ne laisse à nud que la place des lumières * on ajuste enfin cette

seconde planche bien exactement, moyennant des repairs , sur les épreuves de la première , et l’on a le soin de ne la tirer qu’avec de l’encre d’impression de la couleur spéciale que l’on veut donner à l’ouvrage. Il est possible en suivant le même procédé , d’appliquer successivement plusieurs planches sur un seul dessin et d’ajouter ainsi à la richesse de ton, à l’effet général à l’harmonie du tableau.

§. IX. Gravure sur pierre.

Tout moyen dont le but est de fixer sur une pierre des lignes ou des points graisseux d’une forme déterminée , donne pour résultat des planches susceptibles de fournir des épreuves lithographiques.

A son origine , le travail à la plume n’étant pas assez perfectionné pour offrir les effets satisfaisans que l’on en obtient aujourd’hui, il fallut recourir à la gravure pour exécuter des détails d’une grande pureté , et d’une scrupuleuse exactitude, tels, par exemple, que ceux qu’exige la topographie.

Yoici comment on procédait à ce genre de gravure : on passait sur une pierre polie un mélange d’acide muriatique et d’eau tirant deux degrés de l’aréomètre des acides, on essuyait la

pierre avec un linge propre, et Ton étendait dessus une couche très-mince de gomme arabique rougie par un mélange de sanguine , ou noircie de la même manière avec du noir de fumée. Quand cette préparation était sèche , on y décalquait le dessin et l’on en gravait les lignes avec une pointe ou un gratoir d’acier trempé. S’il s’agissait de recommencer une partie faite , l’on y passait un peu d’acide à l’aide d’un pinceau, et l’on y mettait ensuite de la gomme ; on pouvait dès-lors travailler de nouveau et obtenir un résultat plus satisfaisant , si toutefois les premiers traits n’étaient pas creusés trop profondément dans la pierre. Lorsqu’on pouvait croire son ouvrage achevé , on en couvrait la surface entière d’encre ordinaire d’imprimeur, de manière à ce qu’elle s’introduisit bien également dans toutes les parties gravées , l’on mouillait ensuite le dessus de la pierre , et, l’on y passait un rouleau d’imprimerie. La dissolution de la gomme s’effectuait à mesure que l’eau y pénétrait , et l’encre qui n’était posée qu’à sa surface, s’attachait au rouleau; de cette façon et au bout de quelques instans,il ne restait de noir que dans les endroits où par l’effet de la gravure, on avait enlevé la gomme et mis la pierre à nud. On conçoit qu’il n’était pas nécessaire que les lignes fussent gravées bien profondément , il suffisait d’avoir tra-

versé l’épaisseur de la gomme et enlevé une légère poussière de la pierre. S’il arivait que des parties de la gravure fussent susceptibles de retouches, on les recouvrait de nouveau, toujours avec de la gomme , mais sans y mêler du noir. On n’employait qu’une faible teinte de rouge pour distinguer le travail nouveau, en laissant toute fois la faculté de reconnaître les traces du premier. Au reste, on y gravait absolument comme on l’avait fait d’abord i et l’on usait des mêmes procédés pour introduire l’encre dans les tailles. Cette opération pouvait se répéter aussi souvent qu’il en était besoin , et jusqu’à ce qu'ùn eût obtenu un résultat satisfaisant.

Mais ce mode était dans son exécution presque aussi long , presque aussi difficile que la gravure à Peau forte; on y a renoncé , et il n^est employé maintenant que par les personnes qui n'ont que des connaissances incomplettes dans le travail de la plume. Le seul cas où l'on peut recourir encore avec avantage à ce genre de gravure , c'est lorsqu'il s^agit de tracer des parties extrêmement fines, telles que les ciels et les lointains, que la plume ne rendrait certainement pas avec autant de délicatesse : en définitif, cette espèce de gravure offre de singuliers rapprochemens avec celle à la pointe sèche sur cuivre.

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