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MACHINE A DESSINER

IPrVLNTKli i'AIV M. GAVARD, LIEUTENANT AU COUPS T.OYAU DES INGÉNIEURS-GÉOGRAPHES.

Pour concevoir le jeu de cet appareil, il faut se rappeler le principe fondamental de toute perspective. Entre l'œil d'un speelaleur et les objets qu'on veut dessiner, tels qu'un paysage, un édilice, etc., on imagine une glace verticale interposée : les rayons visuels menés aux divers contours de ces objets percent la glace enditïérens points. Si Ton suppose que ces poinls de rencontre laissent leur empreinte sur la glace, ou plan du tableau^ les contours ainsi formés, revêtus des couleurs et des ombres des objets, en donneront l'image fidèle , en sorte que si les objets étaient subitement cachés , la glace les reproduirait exactement avec les mêmes apparences.

Toutes les machines qu'on a imaginées pour dessiner la perspective, et qui sont fondées sur les procédés géométriques de cet art , se réduisent en dernière analyse à des pratiques propres à reproduire sur une table horizontale la série d'empreintes qu'on se figure exister sur le plan de cette glace verticale imaginaire. Yoici comment M. Gai^ard exécute celte transformation.

Sur une table unie on dispose une sorte de chariot en forme de T, dont je désignerai la branche courte et transversale par le nom de tête^ et la longitudinale par celui de queue. Ce chariot est porté sur trois

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roulettes placées sous les extrémités des branches; et comme il ne doit prendre qu'un mouvement à droite et à gauche, les deux roulettes de la téte sont façonnées en gorge de poulie, et roulent le long d'une tringle d'acier. Le systèn^e de cette tringle et du chariot qui lui est perpendiculaire imite la figure delà lettre capitale T. Cette tringle , qui guide les deux roulettes antérieures , est fixée par deux pointes qui entrent dans la table, et reste parallèle au plan du tableau perspectif, ou plutôt c'est verticalement au-dessus de celte tringle que cette glace est censée élevée pour projeter le dessin.

Dans cet état, le chariot prend avec une extrême facilité un mouvement à droite et à gauche, en roulant sur ses trois galets, et est transporté sur la table, en tel lieu qu'on désire.

Au milieu de la tête du T et à l'extrémité antérieure de la queue s'élève une tige verticale méplate, que j'appellerai le guide ^ parce qu'en effet elle sert de guide à un petit curseur qui peut monter et descendre le long de son côté. Ce curseur a la forme d'un cadre carré fermé par une petite vitre, sur laquelle est marqué un point noir ou blano, que j'appellerai signal. Des galets rendent le mouvement très-facile le long du guide, et les choses sont ajustées de manière que le cadre ne peut pas tourner comme ferait une girouette sur son axe ; il doit seulement monter et descendre en demeurant dans le plan vertical du guide.

On comprend d'abord que si , tenant le curseur à la main, ou le faisait promener en le glissant le long du guide, le point qui sert de signal décrirait une verticale, et que si, en même temps, on poussait le charriot latéralement, le signal pourrait passer par tel point qu'on voudrait de l'espace , sur le plan vertical du tableau , qu'on imaginerait élevé au-dessus de la tête du T. Faisant donc passer le signal par tous les contours apparens des objets , s'il laissait des traces de son passage , ce signai en décrirait la perspective.

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L'œil ne doit pas se déplacer dans cette opération; une pièce de tôle noircie , portée par un pied , est fixée à la table , le dessinateur y applique sou œii , devant un trou tenant lieu d'oculaire.

Mais celte perspective ne forme pas son cmj)reinte dans Tespace, puisque le signal du curseur ne kii-.se aucune trace de son passage. Le debsin, tel que nous xerioDs de le l'aire concevoir, est, pour ainsi dire, imaginaire : c'est cependant ce système de figure , ce sont ces contours variés, suivis par le signal, qu'il faut imiter sur la table borizontale ; en outre , comme il serait fort incommode d'étendre le bras pour manœuvrer le curseur, il faut que le mouvement du signal soit produit par d'autres moyens que nous allons actuellemenl indiquer.

Le long de la queue du chariot est placé uu autre curseur, qui contient un porte-crayon semblable à celui des panlograpbes ; une capsule placée en haut du portecrayon peut recevoir des grains de plomb pour faire peser le crayon sur le papier, qui en reçoit les traiîs. En appuyant le doigt sur un poussoir en bascule , le crayon est légèrement soulevé et ne marque pas , lorsqu'on veut que le papier ne poi te pas trace des mouvemens.

Le curseur du porte-crayon peut glisser avec facilité d'avant cii arrière et décrire une ligne parallèle à la queue du T, qui lui sert de guide. En combinant la marche de ce curseur avec celle du chariot , le crayon est , comme ou voit, transportable en tous les points de la table , et laisse des traces de son passage d'un lieu à l'autre. Un fil de métal extrêmement fin et flexible communique, par des poulies de renvoi, du porte-crayon au cadre du signal, de manière que tous les mouvemens imprimés au premier sont transmis au second avec une exacte fidélité. Le cadre descend par son seul poids quand le fil est lâché ; il remonte quand le fil se tend : ainsi les mouvemens du crayon et de la main qui le conduit se transmettent au signal , et on peut amener ce point noir successivement sur les lignes de tous les rayons visuels,

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Ce poinl tracera dans l'espace les lieux apparensdes objets par le seul déplacement du crayon.

D'après cela, on conçoit qu'il est aisé , du moins lorsqu'on a acquis un peu d'habitude de ce mécanism»», de traîner le porle-crayon où il convient , sur la table de dessin , pour conduire le signa! et lui faire parcourir dans l'espace le contour apparent des objets. La pointe du crayon laissera sur la feuille de papier l'empreinte de ce contour. Pour comprendre comment ces traces sont la copie fidèle du dessin imaginé dans l'espace sur la glace ^ dite plan du tableau , il suffit de remarquer que chacun des points de ce dessin est déterminé par deux coordonnées , comptées l'une le long de la tringle qui forme la tête du T, l'autre verticalement dans l'espace : ces deux coordonnées sont celles du c.ignal dans l'une de ses positions; mais d'un autre côté, la i)oinle du craymi a aussi deux coordonnées , l'une parallèle à la tète du ï, l'autr-e à sa queue. Il est évident que , dans tous les mouvemens forjnés par le signal et par la pointe du crayon , les figures tracées sont égales , parce que les coordonnées des divers point sont égales.

L'oculaire , qui est le pchit de vue , se place où Ton veut; seulement une fois déterminé, il doit rester fixe. Plus il se rapproche du tableau , plan vertical élevé sur le guide du chariot, et plus le dessin diminue. En même temps l'image sera d'autant plus grande que l'angle sera plus ouvert. Avec une grande machine à dessiner , les perspectives auront plus d'étendue ei de fidélité. La réduction est à l'objet à réduire comme les dislances de l'oculaire à l'objet et au plan perspectif. Ainsi , pour réduire vni objet à moitié, le signal ou son cadre doit diviser en deux parties égales l'espace compris entre l'oculaire et l'objet. Si l'on veut réduire au tiers , il faut diviser en trois parties égales cet espace, et séparer par la première division l'oculaire du signal. Cet instrument peut donc servir à opérer toutes réductions des images. M. Gavard se réserve de présenter bientôt un panto^

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graphe fondé sur les mêmes principes , et qui convient très-bien à ce genre de constructions.

L'instrument imaginé par M. Gavard, pour dessiner la perspective, est certainement la plus heureuse de toutes les inventions de ce genre. L'appareil de. M. lioucher, qui a été décrit et figuré dans le Bidleiin de la Société du mois de juin 1821, page 164, produit des dessins Irès-exacts ; mais comme ii ne donne que des points isolés de la perspective, et qu'il faut, après coup, joindre ces points par des traits continus , le travail est un peu long ; et c'est vraisemblablement ce qui a empêché le succès de cet instrument, très-ingénieux d'ailleurs. Le public a continué de préférer l'usage de la ehand)re noire, qui conduit à des lèsullaJs plus faciUs à obtenir.

Mais outre que la chambre obscure est d'un transport assez enibarrassant , on sait que, vers les contours, les traits ne sont pas purs et produisent des images douteuses. L'instrument de M. Gavard , qu'il appelle un cUagraphe^ est facile à transporter; on s'habitue promplement à s'en servii-, et les résultats en sont très-satis- (aisans. On peut l'employer pour esquisser des tableaux, des gravures , des paysages , des portraits d'après nature , etc. , ainsi que l'auteur nous en a donné la preuve. Le prix de cet appareil varie de 100 à 200 francs, selon la grandeur et l'élégance des pièces.

M. Gavard peut même mettre en perspective , avec son diagraphe, un système dont il n'a pas la vue actuelle, mais diint on lui donne le plan et l'élévation. Il lui suffit de graduer la tige verticale qui guide le signal, et après avoir fait la perspective du plan proposé, en opérant comme il vient d'être dit , l'élévation de chaque point au-dessus de sa projection est donnée par les divisions du guide. On voit que dans ce genre d'oj)érations on n'obtient ainsi que la perspective de certains points isolés , ce qui suffit le plus ordinairement aux personnes que ces sortes de pers|)ectives intéressent. Il faut ensuite unir les points ainsi déterminés par des traits.

M. Gavard fait subir à sou diagraphe un changement

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qui le rend propre à dessiner des panoramas. On sait que ces perspectives, au lieu d'élre laites sur des plans verticaux , le soiU sur des surfaces cjliiidriques. Le spectateur conçoit, entre lui et les objets, une glace verticale circulaire que ses rayons visuels percent, en y laissant leurs cmpreiales : le système de toutes ces traces, où Ton fait jouer la lumière et les couleurs , forme le dessin demandé. Le speeîateur, placé dans l'axe d'une salle cylindrique , a devant les yeux la perspective tracée comme on vient de le dire , et se croit transporté en présence des ol)jcls mêmes. Le néorama de M. Allaux y en offrant des intérieurs de grands monumens, a protivé jusqu'à qr.el point de pîM-fciion l'art pouvait imiter la nature : il a réussi à produire l'illusion la plus complète et à représenter aux yeux l'image de longues ligues droites , quoi(ju'en effet on anei coive des courbes tracées sur une surface cylindrique.

Pour construire ce genre de projection , M. Gavard ne se contente pas de faire traîner le chariot du diagraphe en ligne droite transversale, mais il lui donne pour guide un arc de cercle, qui se meut sur des roulettes, en avant et en arrière, quand le chariot marche de droite à gaiiche. Le porte-crayon est pi omené et la marche modifiée par cet axe concentrique à la base du cylindre de projection. L'œil du spectateur est situé dans l'axe de ce cylindre. Nous n'entrerons ici dans aucun détail pour cxpiicjuer ce mécanisme. L'auteur se propose de publier une instruction , dans laquelle il démontrera les principes qui servent de base à ses instrumens, pour mettre les dessinateurs à même de s'en servir avec toute sûreté. Il serait difficile de faire concevoir ici la démonstration de ces principes sans le secours d'une figure.

Cet instrument, très-ingénieux, ne dispense sans doute pas de savoir la perspective , surtout lorsqu'il s'agit de représenter des monumens d'architecture qui n'ont d'existence qu'en projet; mais il sera très-utile, même dans çe cas, pour aider le dessinateur, à abréger ses opéra-

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tîons , et il restera encore assez d'occasions au génie d'invention pour se distinguer.

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