DES LIBERTÉS DE L'ÉGLISE GALLICANE
Chacun peut comprendre maintenant toute la portée de ce que nos pères ont appelé libertés de l'Eglise gallicane. A l'époque qui les vit naître , l'extension extraordinaire qu'avait prise la puissance pontificale la faisait peser d'un poids accablant sur les rois, sur les peuples et quelquefois môme sur le clergé : — Pour les rois, il s'agissait de leur existence même, puisque Rome s'arrogeait le droit de les déposer; — Pour les peuples, il s'agissait de leur indépendance , puisque Rome aussi prétendait avoir le droit d'en disposer, de transférer le gouvernement des royaumes, de les adjuger à qui bon lui semblait, et de donner l'investiture du pouvoir politique ; — Pour l'Église nationale il avait fallu défendre la personne et la dignité des évêques, leur juridiction propre et le pouvoir qu'ils tiennent immédiatement de Jésus-Christ, contre les entreprises et les atteintes trop directes de la juridiction papale ; on avait dû s'opposer à l'abus toujours croissant des exemptions, à l'action trop impérieuse des légats, à l'immixtion des vicaires apostoliques dans les affaires intérieures du clergé de France ; il avait fallu défendre notre propre territoire contre la collation abusive des bénéfices français prodigués à des étrangers et aux sectateurs les plus outrés des doctrines ultramontaines, auxquels ils servaient à la fois d'appât et de récompense. — Ces libertés servaient aussi de rempart au clergé du second ordre contre les ricochets de la puissance , quand les supérieurs immédiats abusaient de leur autorité pour vexer ou contraindre indûment leurs inférieurs ! — Enfin dans la société civile et pour les actes les plus importants de la vie , le citoyen , le fidèle se trouvèrent en butte à des prescriptions, à des exigences, à des extorsions, à des excommunications téméraires contre lesquelles il fallait incessamment se défendre , si l'on ne voulait être tenu dans un véritable état d'exploitation et de servitude. — Les libertés de l'Eglise gallicane ne sont donc que la défense naturelle à d'injustes prétentions; défense qu'il faudra reproduire aussi souvent que les entreprises et les attaques se renouvelleront.
Il s'est trouvé cependant des gens ( et cela parmi ceux qui ont l'habitude de se croire plus libéraux que les autres )
DE L'ÉGLISE GALLICANE
qui se sont mis à dire : Qu'est-ce donc que les libertés de l'Église gallicane au XIXe siècle? Eh quoi! vous en êtes encore là ! c'est aujourd'hui un non-sens ! —
Oui, peut-être , pour ceux qui ne sont pas catholiques , ou pour les esprits forts qui se piquent de n'avoir aucun culte et de les braver tous. Ceux-là, j'en conviens, n'ont pas besoin pour leur usage de ce qu'on appelle les libertés de l'Église gallicane; ils en ont assez d'autres; ils ont toutes celles qu'ils se donnent, et tout ce qu'ils entreprennent sur celles d'autrui. Mais pour le catholique, pour celui qui tient à vivre intimement avec sa foi , à ne point s'en séparer, celui-là a besoin de se défendre autrement que les dissidents et les athées; il faut que sa défense se concilie avec le respect qu'il doit et qu'il veut garder aux choses de la foi et de la hiérarchie.
Sous ce point de vue, les libertés de l'Église gallicane sont donc : 4° pour l'Église qui leur a donné son nom, la marque et la garantie la plus certaine que le gouvernement auquel elle est soumise n'est pas un gouvernement tyrannique et absolu , mais un gouvernement réglé par des lois, auxquelles son Chef même ne peut pas arbitrairement déroger; c'est une monarchie, mais une monarchie en réalité constitutionnelle , et dont l'alliance avec les gouvernements civils qui portent ouvertement ce nom, semble d'autant plus facile que celui de l'Église leur a pour ainsi dire servi de modèle. (Voyez les notes sur l'art. XL des libertés, ci-devant p. 46. ) 2° Pour les simples fidèles, les libertés gallicanes sont encore ce qu'elles ont toujours été, le moyen de n'être point opprimés dans V exercice de leur foi , de ne dépendre que des véritables règles de V Eglise , et non du caprice ou de l'ambition excentrique de tels ou tels de ses ministres. 3° Pour l'État , les libertés de l'Église gallicane n'ont pas cessé d'être ce qu'elles étaient autrefois, suivant la Déclaration de 4 682 : le gage le plus assuré de l'indépendance de la couronne , et les droits du pouvoir politique dans tout ce qui regarde les rapports du pouvoir temporel avec le pouvoir spirituel et la police des cultes. C'est le droit des gens de la France vis-à-vis de la Cour de Rome , c'est son droit public à l'égard du clergé national. — Le baron Charles Dupin , mon frère , a parfaitement exprimé et résumé ces idées dans le discours qu'il a prononcé le 23 avril 1844 à la Chambre des Pairs en répondant à