CHAPITRE V
Promenade sans fusil. — Lorsque vous conduisez votre chien dans la campagne, habituezle à se placer derrière vous au commandement, et à Y rester. A cet effet, tenez-le en laisse avec son collier de force et une corde un peu longue; ayez un fouet à la main. Lorsqu'il sera en avant de vous, dites-lui d'une voix énergique : Derrière! Tirez en même temps sur le collier de force et faites claquer votre fouet, jusqu'à ce qu'il se soit placé derrière vous. Ramenez-le par le même procédé, s'il veut se porter en avant sans commandement. Bientôt, au premier appel ou au claquement du fouet, il prendra de lui-même la place indiquée.
Lorsque vous voulez le mettre en quête devant vous, dites-lui doucement : Alle{! Âllei! faites en sorte qu'il parte sans emportement.
Le chien est éminemment imitateur du caractère de son maître. Si vous êtes calme, il sera calme; si vous ne l'êtes pas, faites en sorte de le devenir, ou du moins de le paraître, en chasse surtout ; vous y gagnerez, et lui aussi.
Les époques convenables pour commencer à con-
duire un jeune chien dans les champs sont les mois de janvier ou de février, lorsque les perdrix sont accouplées; ou les mois de juillet ou d'août, après la moisson; le gibier alors tient à l'arrêt.
Au début, il faut lui faire quêter des perdrix de préférence ; la caille, au printemps, dite caille verte, et le râle lui font prendre la mauvaise habitude de choupiller, c'est-à-dire de quêter le nez bas et de forcer l'arrêt qu'ils tiennent mal. Les chiens de bonne race ont ordinairement l'odorat assez fin pour sentir le gibier, le suivre et l'arrêter sans mettre le nez à terre.
La chasse étant une guerre de surprise, il faut arriver sur le gibier sans lui donner l'éveil. Les grands cris le préviennent de votre présence, vous disposent à la colère et intimident le chien, qui n'ose plus revenir à vous ; parlez-lui donc à voix basse.
En le mettant en plaine, donnez-lui le bon vent. Il sera plus disposé à quêter le nez haut, croisera mieux le terrain, chassera plus près de vous et aura plus de facilité pour arrêter.
Lorsqu'il sera assez éloigné, à 25 ou 30 mètres, s'il ne revient pas de lui-même, un petit coup de sifflet, un claquement de fouet le ramèneront, et il continuera à croiser devant vous.
Le fouet est préférable, il agit plus énergiquement sur le chien, épouvante moins le gibier.
Si votre chien ne prend pas de lui-même l'habicLide de croiser le terrain, vous la lui ferez contracter en le croisant vous-même sur un espace plus restreint. S'il est trop éloigné, il se rapprochera en vous voyant changer de direction; le chien cherche toujours à reprendre sa place devant son maître.
Si une haie se présente, ne laissez jamais votre chien la franchir avant vous.
S'il a négligé de fouiller quelques sinuosités de terrain, quelques touffes d'herbes ou d'arbustes, réparez vous-même son omission.
Votre chien est en arrêt, rapprochez-vous de lui en disant : Tout beau! Tout beau!
Placez votre pied sur la corde. Le gibier parti, s'il veut s'élancer, il est retenu par la douleur.
Rappelez votre chien de temps en temps sans nécessité, pour lui faire prendre l'habitude de revenir sans défiance.
S'il s'est trop éloigné, s'il a forcé l'arrêt ou poursuivi une pièce de gibier, s'il n'est pas revenu à votre appel, fustigez-le avec votre fouet, légèrement d'abord; plus ou moins vivement ensuite, suivant son caractère.
Le chien fustigé à propos, et sans brutahté, se soumet à la correction et ne tient pas rancune.
En Chasse. — Pour chasser au chien d'arrêt,
ne vous mettez pas en plaine avant neuf heures du matin, à moins que vous ne soyiez dans un pays très-chaud.
Le grand jour de l'ouverture seul peut faire exception.
Avant de partir étudiez la direction du vent ; et, d'après les localités que vous avez à parcourir, dirigez-vous de manière à le conserver en face de vous le plus longtemps possible.
En vous mettant en quête tenez votre arme à la poignée avec la main droite ; ne placez l'index sur la détente qu'au moment de tirer.
Le premier jour de chasse, il est utile de laisser un jeune chien porter son collier de force, et même traîner sa corde; il sera plus soumis et plus prudent.
Si une pièce de gibier se lève à l'improviste près de lui, ne la tirez pas; grondez-le de ne l'avoir pas arrêtée, comme s'il avait manqué de prudence.
Si vous avez levé des perdreaux rouges, une caille, un râle, allez de suite à la remise.
Si c'est une compagnie de perdreaux gris, que vous les ayiez tirés ou non, faites en sorte de les compter; remarquez leur remise en prenant des repères. Ne vous pressez pas trop d'y aller; ils tiendront mieux après un petit laps de temps.
S'ils sont divisés, commencez par les fractions les moins nombreuses, vous aurez plus de chances de les tirer à bonne portée.
• Vous êtes presque sûr de tirer un perdreau seul, remis dans un champ, si vous le prenez à bon vent.
Si le perdreau est dans une haie, donnez-le bon vent à votre chien, et tenez-vous du côté opposé.
A moins d'être dans une chasse où le gibier foisonne, n'abandonnez pas la compagnie de perdreaux que vous avez levée, surtout si elle est divisée.
Si vous avez vu un lièvre se raser, remarquez bien son gîte ; éloignez-vous pendant quelque temps^ une demi-heure au moins ; rapprochez-vous ensuite, sans marcher directement sur lui, ou mieux encore en décrivant des cercles concentriques.
Quelque chasseurs ne permettent à leur chien de suivre le lièvre qu'après un ou deux coups de fusil; c'est une bonne précaudon quand on veut éviter la perte de temps et surtout dans les localités où le gibier abondant peut être déplacé par la course du chien. D'autres tolèrent toujours la poursuite; car il arrive qu'un lièvre qui n'a pas fait le plus léger mouvement sous le coup de fusil tombe mort à quelques centaines de mètres. Souvent il est perdu pour le chasseur, s'il a pu gagner un fourré, un bois ou une haie.
Le mieux est de pouvoir retenir son chien, ou de le laisser suivre en lui disant : Allei.
Lorsque votre chien est en arrêt, approchez-vous
de lui en disant : Tout beau! Tout beau! mettez le pied sur la corde.
La pièce de gibier levée et abattue, maintenez-le un instant avant de la lui laisser rapporter; plus calme, il y a moins à craindre qu'il ne la serre.
Il est très-important d'abattre les premières pièces de gibier qu'arrête un jeune chien; il prend confiance en son maître, devient reconnaissant du plaisir qu'on lui procure^ et fier de se rendre utile.
Il s'habitue ainsi à ne s'occuper que de la pièce qui tombe, pour la rapporter, et ne poursuit pas les autres.
Un chien intelligent sait bientôt distinguer, dans une compagnie, le perdreau blessé; il le suit de l'œil et se met à sa recherche.
Si vous êtes dans un terrain découvert, et qu'une pièce de gibier se lève près de vous, ne vous pressez pas, vous avez grandement le temps de la tirer avant qu'elle soit à 25 ou 30 pas, distance la plus avantageuse; vous aurez même le temps de doubler le coup avant qu'elle soit hors de portée.
Si vous avez manqué une pièce de gibier, retirez votre arme de l'épaule pour tirer votre second coup ; peut être n'avez-vous manqué que parce que vous aviez mal épaulé ; en tous cas il faut changer d'attitude pour ne pas tomber dans la même faute.
Si deux pièces se sont élevées en même temps et que vous ayez abattu la première, tirez la seconde
MANIERE DE CONDUIRE SON CHIEN. î3
en maintenant votre arme à l'épaule, ou après l'avoir retirée et replacée, en obéissant à votre impulsion naturelle ; les deux manières comptent de beaux tireurs.
Assurez bien votre premier coup d'abord, le coup double viendra bientôt.
Rappelez-vous que, sur loo coups manques, 95 le sont parce qu'on se presse trop. J'ai vu de vieux chasseurs, hommes très-graves d'ailleurs, ne pouvoir jamais conserver leur sang-froid devant le départ d'un perdreau.
Celui qui est calme tire vite et bien.
Si le garde-chasse, si le braconnier manquent rarement leur pièce de gibier, c'est qu'impassibles ils ne voient que le but à atteindre. L'un a appris à tirer, et tire tous les jours pour exercer sa profession; l'autre ne pense qu'à la perte ou au gain qui va se traduire par le résultat de son coup de fusil. Ne leur enviez pas cet avantage, vous le posséderez le jour où vous le voudrez résolument. Vous avez de plus qu'eux le feu sacré qui donne les vives émotions de la chasse.
En mettant en joue, ne couvrez pas la pièce de gibier ; car alors, ou vous perdez du temps à la chercher en baissant le bout du canon, ou vous tirez sans ajuster, dans la crainte que la pièce ne soit hors de portée avant de la voir au bout de votre ligne de mire.
Si VOUS chassez au bois, et qu'une pièce de gibier se lève, placez rapidement votre fusil à l'épaule; suivez votre gibier de l'œil, pour le tirer au moment où il traverse une clairière ; s'il ne se découvre pas, tirez au juger. Ce mode de tir, moins aléatoire qu'on ne le croirait d'abord, est fort avantageux pour la chasse du lapin et de la bécasse.
Si une pièce de gibier se présente en travers, il faut la suivre dans son mouvement et, sans arrêter celui du canon, tirer d'autant plus en avant qu'elle est plus éloignée et que son mouvement est plus rapide : 15 ou 20 centimètres pour un perdreau ou une caille, à trente pas; 10 ou 15 pour un lièvre.
Si une pièce de gibier vient sur vous, tirez-la au coup du roi, c'est-à-dire sur votre tête ou lorsqu'elle vous a dépassé.
Lorsque vous vous arrêtez pour charger votre arme, ou pour un motif quelconque, exigez que votre chien reste à vos pieds.
Si vous vous trouvez, par mégarde, sur un terrain où vous n'avez pas le droit de chasser, répondez avec politesse aux observations qui vous sont faites par un propriétaire, par un garde-champêtre ou un particulier ; ne rendez pas injure pour injure; en vous montrant homme de bonne compagnie, souvent on vous accordera, pour le moment et
même pour l'avenir, ce que tout d'abord on était disposé à vous refuser.
Vous éviterez fréquemment ainsi les suites désagréables et parfois onéreuses d'un empiétement souvent involontaire sur la propriété d'autrui.