LES ARTÈRES
Au début de la période de relâchement du cœur, c’est-à-dire de la période qui s’écoule entre deux contractions successives, le mouvement de progression du sang dans l’aorte devient presque nul. A ce moment et pendant tout le temps qui précède l’ouverture brusque des valvules aortiques, la pression exercée par les parois du vaisseau est la seule cause de la progression du sang. Pendant chaque systole ventriculaire, la pression de l'aorte est renforcée par le mouvement que communique au sang la contraction du ventricule. Par conséquent, si, pour faciliter l'intelligence du phénomène, nous considérons le cœur comme une pompe simple fonctionnant régulièrement et expulsant à chaque coup de piston une quantité de liquide invariablement la même,
la force qui détermine la circulation du sang à un moment donné est exprimée par la tension des artères et varie avec elle, ou si nous supposons que la tension du système artériel reste constante, la quantité de travail effectué varie avec la vitesse moyenne du courant sanguin au commencement de l’aorte, en d'autres termes varie avec la quantité de sang chassée du cœur par minute.
Le travail effectué par le cœur se manifeste dans l’aorte de deux façons, par la tension et par la progression du sang. Ces deux phénomènes n’ont cependant pas les mêmes relations avec l’agent qui les produit. Le premier est plutôt la cause efficiente du second ; aussi longtemps en effet que la pression artérielle se maintient, c’est-à-dire aussi longtemps que la pression dansl'aorte est plus grande que dans lesveines caves, le sang continue à se mouvoir; il s’arrête au contraire dès que l’équilibre est établi. La mort générale survient par suite de l’abaissement de la pression du sang dans l’aorte ; cet abaissement peut avoir lieu rapidement comme dans la syncope, mais d’ordinaire, même dans le cas de mort violente, il est très graduel ; dans la mort à la suite de maladie, il peut se continuer pendant des jours, des semaines et même des mois.
33. — La pression artérielle, remarquablement constante en moyenne, presque aussi constante que la température du corps, est cependant sujette à des augmentations et à des diminutions qui alternent régulièrement et qui sont de trois ordres différents. Les unes sont dues à la poussée rhythmique du sang dans les artères par les contractions du cœur, d’autres à l’influence que les mouvements respiratoires exercent sur la circulation ; les autres enfin à la variation dans la tonicité des artères causée par le système nerveux, variation qui amène des changements continuels dans le calibre de ces vaisseaux.
Pour mesurer la pression artérielle, il faut donc résoudre deux
CIRCULATION OU SANG
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problèmes distincts : premièrement, déterminer la pression moyenne, et en second lieu distinguer les variations dues à l’action du cœur, à la respiration ou à la contractibilité artérielle.
La détermination de la pression artérielle moyenne, ainsi que celle des variations qui rentrent dans la deuxième et la troisième classe s'effectue de préférence avec le manomètre à mercure ordinaire, dont une des branches communique avec uue artère, tandis que l’autre reste ouverte. Cet instrument constitue ce que Poiseuille a appelé l’hémodynamomètre (fig. 17). On l’a employé
Fig. 17. — Hémodynamomètre de Poiseuille.
sous cette forme simple jusqu’en 1848, époque à laquelle Ludwig, par l'invention du kymographe, posa les bases des méthodes plus exactes aujourd’hui en usage (fig. 18). La méthode de Poiseuille se trouve en germe dans les expériences plus grossières de l’anglais Haies; de même le principe du kymographe a été, dit-on, suggéré par un appareil de Watt, destiné à enregistrer la pression dans les machines à vapeur.
Le kymographe est un instrument qui sert à inscrire sur une feuille de papier, animée d’un mouvement horizontal uniforme par un mécanisme d’horlogerie, les mouvements d’abaissement et d’élévation de la colonne mercurielle dans la branche ouverte
d’un manomètre. A cet effet une tige métallique verticale, reposant sur le mercure au moyen cl’un disque flotteur, porte à son sommet un crayon horizontal, dont la pointe appuie sur la feuille
de . papier. Le principe sur lequel est basé le .kymographe a donné naissance à la méthode généralement connue sous le nom de méthode graphique.
34. Description du Kymographe en usage au laboratoire de Umiversity college. — 1 . La canule artérielle est un tube de verre en T ayant exactement la forme et les dimensions représentées dans la figure (fig. 19). La branche verticale du T communique avec le manomètre ; des deux branches horizontales, l'une a le même diamètre que la branche verticale et se continue avec un tube court en caoutchouc fermé par une pince d’acier à pression continue, l’autre est étirée et taillée en biseau de la
buhdon SAJXDEH80N, labor. de physiologie.
Fig. 19. — Canule artérielle en T ; la branche horizontale communique avec le kymographe.
manière suivante : le tube dont on veut faire une canule est ramolli à la tlannne d'un chalumeau à gaz, puis légèrement étiré. Quand il est refroidi, on applique de nouveau la flamme à I une petite distance de l’étranglement
\ produit en x et on étire de nouveau de
façon à ce qu'il prenne la forme représentée dans la ligure (fig. 20). Avec une lime triangulaire on marque un trait oblique dans la direction de la ligne ponctuée, et on sépare le tube en deux en tirant fortement
chacune des deux extrémités, en sens opposé. Il ne reste plus qu’à user les bords de l’extrémité coupée, soit avec la lime, soit avec de la poudre d'émeri et à les passer' légèrement à la flamme.
Un tube ainsi disposé peut être très aisément introduit dans une artère d’un diamètre bien plus petit. On doit toujours préférer les canules de verre aux canules d’argent, non seulement parce qu elles pénètrent plus facilement, mais encore par ce qu’une surface de verre est moins susceptible qu’une surface de métal de déterminer Jes coagulations du sang avec lequel elle est en contact.
Fig. 20. — Forme qu il faut donner un tube pour fabriquer une canule artérielle.
2. Le manomètre est réuni à la canule à l'aide d’un tube de plomb c fixé à cette dernière par un caoutchouc (flg. 21). On évite ainsi une cause d’erreur appréciable, les parois rigides du lube de plomb ne cédant pas sous la pression de l’ondée sanguine, comme le feraient les parois élastiques d’un tube de caoutchouc.
3. L’une des branchesdu manomètre est mise en communication à son sommet au moyen d’un long lube flexible b, fermé par une pince, avec un réservoir rempli d’une solution de carbonate de sodium, que l’on abaisse ou que l’on élève de façon à obtenir
PRESSION ARTERIELLE
une pression pins ou moins considérable1; un peu plus' bas aboutit le tube en plomb c, dont il a été déjà parlé.
Fig. 21. — Kymographe à mercure. — a. Tige en caoutchouc durci qui surmonte le flotteur ; b, tube de communication avec le flacon de pression c, tube de communication avec l’artère; d, cylindre moteur; 1, 2, 3, axes faisant un tour complet en une minute, en dix secondes et en une seconde et demie.
4. Le manomètre est fixé au bord de la petite table d’acajou, sur laquelle est placé l’appareil enregistreur, au moyen d'un collier de cuivre qui permet de l’élever ou de l’abaisser à volonté.
1 Depuis plusieurs années je me sers, au lieu de cet appareil, d’un flacon de Wolff dont les trois tubulures portent des bouchons de caoutchouc traversés par des tubes de verre. De ces trois tubes, l’un est court, et aboutit à une pompe de compression; le second, qui arrive jusqu'au fond du flacon, communique avec lemanomètre, et le troisième sertà remplir le flacon d’une solution saturée de bicarbonate de sodium. Cette disposition est plus commode; car on a souvent besoin de se servir de l’appareil, alors qu’il est impossible de fixer une poulie à une hauteur suffisante.
CIRCULATION DU SANG
Le disque flotteur et la tige qui le surmonte sont en caoutchouc durci. Le disque a la forme d’une coupe renversée, dont la concavité repose sur la surface convexe de la colonne mercurielle. La tige est quadrangulaire; elle est guidée dans son mouvement, de façon à être toujours maintenue verticalement, par une pièce métallique placée à environ quinze ou vingt centimètres au-dessus de l’extrémité du tube du manomètre. Le diamètre interne du tube est de 4 à 5 millimètres, celui du disque est un peu moindre. Un fil de fer mince, horizontal, d’un liera de pouce de longueur, s’enroule par un de ses bouts autour d’un petit pinceau en poils de martre et par l’autre sur la tige. Le pinceau suit de la sorte les mouvements de la tige et les inscrit sur l’appareil enregistreur. La piôce’métallique, qui sert de guide, supporte, au moyen d’un petiL bras horizontal, un fil de soie tendu par un poids et disposé de façon à appuyer sur la branche horizontale du fil de fer. Grâce à cette disposition, la pointe du style est toujours maintenue en contact avec le papier, sans que la pression exercée soit trop grande.
5. L’appareil enregistreurse compose d’un mouvement d’horlogerie mu par un ressort puissant et muni d’un régulateur de Foucault, qui permet d’obtenir une vitesse constante. Un de ses axes prolongés porte un cylindre qui fait un tour par minute. A droite du cylindre, comme le montre le dessin, se voit une bobine de laiton de meme diamètre, sur laquelle est étroitement enroulée une bande de papier suffisamment longue pour servir à plusieurs centaines d’expériences. La bande de papier, appliquée sur le cylindre par un ressort muni de roues de frottement en ivoire, est tendue lorsque le cylindre tourne.
35. Règles a suivre dans les observations faites avec le kymographe. — Avant de commencer une observation, il est indispensable de vérifier si le manomètre est en bon état. Le mercure dans la branche ouverte doit être propre et sec, et le pinceau humide et débarrassé de toute trace d’encre. Pour être sûr que cette dernière condition soit toujours remplie, il est bon, après chaque observation, de tremper le pinceau dans l’eau.
Il faut ensuite remplir le système de tubes intermédiaires entre l’artère et le manomètre d’une solution de bicarbonate de sodium de la manière suivante : — le tube artériel étant fermé par une pince à pression continue, on introduit la solution avec une pipette dans la partie supérieure de la branche libre du manomètre, que l’on ferme également avec une pince. Cela fait, à l'aide du réservoir que l’on élève à une certaine hauteur, on pousse le liquide dans le tube b de façon à le remplir complètement, après quoi on le fixe au manomètre. Si l’on a laissé entrer quelques bulles d'air, on s’en débarrasse facilement en ouvrant le tube artériel. Le mercure s’élève dans l’autre branche du manomètre cà une hauteur qui varie avec la pression employée. On dispose le réservoir de façon à ce que la différence entre les niveaux des deux colonnes mercurielles soit un peu moins grande que la colonne correspondant à la pression artérielle probable de l’animal que l’on veut mettre en expérience. On interrompt la communication entre le manomètre et le réservoir , et l’appareil est alors prêt pour faire une observation.
Les seules artères sur lesquelles on observe la pression artérielle, sont la carotide et la crurale. Cette dernière est préférable, car on ne peut pas mettre à nu la carotide sans risquer de léser le nerf vague. Sur le lapin on prépare la carotide de la manière suivante : — L’animal ayant été fixé sur l'appareil à contention de Czermak et le poil coupé avec des ciseaux, on saisit la peau entre le pouce et les autres doigts au niveau de l’extrémité supérieure de la trachée; le pli horizontal ainsi formé est incisé verticalement par un aide. Aussitôt que la légère hémorrhagie causée par l'incision a cessé, la blessure est essuyée avec une éponge humectée d'une solution saline, l’aponévrose qui s’étend entre la ligne médiane et le bord du sterno-mastoïdien est soulevée avec une pince à mors mousses et fendue avec le scalpel ou les ciseaux. La fente est élargie avec l’aided’une autre pinceà bords mousses, le sterno-mastoïdien légèrement écarté en dehors, de façon à laisser voir l'artère avec les trois nerfs qui l’accompagnent, le pneumogastrique, le nerf dépresseur etle sympathique. La gaine est ouverte, l’artère soulevée avec un crochet mousse et
CIRCULATION DU SANU
facilement isolée sur une étendue d’environ deux centimètres de chaque côté. On lie l’extrémité supérieure de la partie ainsi isolée