‹ Manuel du laboratoire de physiologieChapitre 32 sur 120 · PROBLÈME DU TRAVAIL MÉCANIQUE EFFECTUÉ PAR LE CŒUR EN UN · texte numérisé non relu

PROBLÈME DU TRAVAIL MÉCANIQUE EFFECTUÉ PAR LE CŒUR EN UN

temps donné. — Dans le paragraphe précédent nous nous sommes servis des termes d’effet mécanique des contractions du cœur et de travail mécanique du cœur, sans les expliquer. Avant d aller plus loin, il est nécessaire de les définir. Le travail exécuté par

PRESSION ENDOGARDIAQUE

le cœur, en un temps donné, est égal au produit de la pression aortique par la quantité de sang qui traverse l’orifice de l’aorte pendant le même temps. Pour le démontrer il est nécessaire de nous reporter à l'expérience décrite au § 48 , dans laquelle la circulation est maintenue artificiellement, dans la grenouille, en substituant au cœur une colonne de sérum d’une hauteur suffisante. Dans ce cas, tant que la hauteur de la colonne n’est pas modifiée, le travail effectué représente véritablement le travail du cœur. Si on abaisse la hauteur, la vitesse de l’écoulement diminue également. Pour maintenir la circulation constante, il faut que le liquide, qui s'échappe par le sinus veineux, soit constamment remplacé dans l’entonnoir à mesure qu’il s'écoule. Le travail, qui est ainsi effectué en une minute, est le travail nécessaire pour maintenir la circulation. Ainsi, en supposant que la hauteur de la colonne de sérum soit de 400 millimètres et que le niveau du liquide dans l’entonnoir reste stationnaire lorsque le courant du nouveau liquide qui le remplace a une vitesse telle, que le poids du sérum qui s’écoule par l’aorte, pendant une seconde, soit égal à un cinquième de gramme, la force dépensée pendant une seconde est égale à celle qui serait nécessaire pour élever un cinquième de' gramme à une hauteur de 400 millimètres, ou bien un gramme à une hauteur d’un mètre en 12 minutes 5 secondes, ou un huitième de gramme à la même hauteur en une seconde. Ce résultat est obtenu conformément à la proposition émise plus haut, c’est-à-dire en multipliant la pression aortique (exprimée par la hauteur d’une colonne de sang) par la quantité de sang qui traverse l’aorte pendant le temps donné.

Si l’on pouvait arriver à connaître exactement la quantité de sang que le cœur chasse à chaque hatlement, il serait possible de mesurer la quantité de travail mécanique effectué parle cœur pour maintenir la circulation chez un mammifère, et par suite, chez l’homme; mais comme, jusqu’à présent, il n’existe aucune méthode qui nous permette d’y arriver, on ne peut donner aucune évaluation même approximative. Chez la grenouille cependant, on peut, à l aide des méthodes décrites § 65, obtenir un résultat assez exact. Ainsi, quand le cœur communique exclusi-

CIRCULATION DU SANG

vement avec le manomètre, le travail qu’il exécute consiste à élever le mercure contenu dans le manomètre du niveau correspondant à la diastole au niveau correspondant à la systole, c’est-à-dire à la hauteur moyenne de h exprimant la différencedehauteuren millimètres des deux niveaux, llestévident, en effet, que si nous considérons les particules delà colonne de mercure dans la branche libre du manomètre, dont le niveau s’est élevé à h millimètres au-dessus du niveau du mercure dans l’autre branche, celles qui sont tout à fait au sommet s’élèvent seules à h millimètres, et celles qui son! situées exactement au milieu s’élèvent seulement de la moitié de /g et celles qui sont situées au-dessous plus ou moins, suivant leur distance du milieu, de sorte que l’élévation moyenne est de Le poids s’obtient facilement, si l’on connaît le calibre du tube et le poids spécifique du mercure. Si l’on désigne le premier par a et le second pars, le poids soulevé par le cœur à la hauteur ~ à chaque contraction est égal à a s /<, et le travail effectué, c’est-à-dire le produit du poids soulevé par la hauteur à laquelle il a été porté, est égal àa— Quand on veut obtenir des résultats parfaitement exacts, il faut employer un manomètre, dont le diamètre de la branche' aortique soit relativement très grand. Dans la seconde forme d’expérience décrite au § 66, c’est-à-dire quand un courant continu de sérum est chassé par le cœur dans un tube représentant le système artériel, le problème est quelque peu différent. Il faut, au préalable, déterminer la rapidité du courant dans ce tube, en mesurant le liquide qui s’échappe par son extrémité libre. Cette quantité une fois connue, on arrive à la solution du problème en cherchant quelle hauteur devrait avoir une colonne de sérum, si on la substituait au cœur pour produire un courant aussi rapide. C’est à quoi l’on arrive très exactement par des expériences comparatives; on peut aussi le déduire approximativement en mesurant la pression moyenne de l’aorte. Ici, comme précédemment, le travail mécanique effectué par le cœur est le travail nécessaire pour élever la quantité de sérum, expulsé pendant une seconde, à lu hauteur correspondant à la pression, c’est-à-dire à une hauteur égale à environ douze fois celle indiquée par le manomètre à mercure.

PRESSION ENDOCARDIAQUE 151

69. Étude de la pression endocardiaque chez les mammifères. — Comme ce genre d’études ne peut être pratiqué que sur des animaux de grande taille, il suffira d’indiquer rapidement ici la méthode employée, et, pour de plus amples détails, nous renverrons aux Mémoires du professeur Chauveau. La méthode consiste à introduire dans l’une ou l’autre des cavités du cœur une ampoule de caoutchouc, communiquant par un longtube mince avec un manomètre. L’introduction de l’instrument en question, qui a reçu le nom de sonde cardiaque, dans les cavités droites à travers la jugulaire externe, est très facile, et peut s’effectuer chez le cheval, je puis l'assurer d’après ma propre expérience, sans occasionner à. l'animal la moindre souffrance : fait facile à comprendre, si l’on réfléchit que la surface

Fir/. 57. — Tracés obtenus en enregistrant simultanément sur le même cylindre les variations de la pression dans l’oreillette droite, le ventricule droit et le ventricule gauche. L’intervalle entre deux lignes verticales successives correspond à un laps de temps d’un dixième de seconde. La deuxième ligne verticale correspond au moment qui précède l’achèvement de la systole auriculaire. La contraction des ventricules se produit entre la troisième et la quatrième ligne. Elle se termine entre la septième et la huitième. Par suite, chez le cheval, l’intervalle qui s’écoule entre la systole auriculaire et la systole ventriculaire est d’environ 0,15 sec., et la durée de la systole ventriculaire est d’environ 0,4 sec. (d'après Chauveau).

interne de l’appareil vasculaire ne reçoit aucun filet nerveux

CIRCULATION DU SANG

sensitif. L’ampoule ne doit pas être en contact avec la surface du cœur. On arrive avec plus de difficulté dans le ventricule gauche en passant par. la carotide. Quant à l’oreillette gauche, elle est naturellement inaccessible.

Les résultats les plus importants ont été obtenus avec une sonde cardiaque construite de façon à transmettre simultanément les variations de lapression dans l’oreillette et dans le ventricule. Au moyen decet instrument, M. Chauveau a pu démontrer l’ordre de succession des mouvements du cœur, ainsi que les intervalles de temps qui les séparent, avec une exactitude qu’il aurait été impossible d’atteindre de tout autre manière. Ainsi, il a fait voir que, chez le cheval, l’intervalle qui sépare le durcissement de l’oreillette de celui du ventricule est juste d’un dixième desèconde, et que la durée de la systole ventriculaire est de trois dixièmes, quelque soit le nombre des contractions par minute, de telle sorte que la fréquence du pouls ne dépend pas du temps employé par le cœur pour effectuer chaque contraction, mais de l’intervalle de relâchement qui sépare une systole de celle qui la suit (voy. la 11g. 57).

Chauveau a trouvé que la pression pendant la systole, chez le cheval, est d'environ 128 millimètres dans le ventricule gauche et de 25 millimètres dans le droit ; ces chiffres n’expriment que la quantité relative de travail mécanique exécuté par les deux ventricules. La quantité absolue, comme nous l’avons déjà dit, est inconnue, à cause de l’impossilité de déterminer la quantité de sang qui passe à travers le cœur dans un temps donné.

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